MINUIT DES JALOUX
Un pas dans l'escalier!... Si c'était l'infidèle!
Une voiture roule et s'arrête... c'est elle!
Non, c'est quelque voisin qui rentre. Et dans^le bruit
De la voiture qui repart sonne minuit.
C'est l'heure où des jaloux redouble le martyre....
Sûrement, sûrement elle est en train de dire
En se de'shabillant : « Je n'ai jamais aimé
Que toi.... » Son tiède bras sort blanc et parfumé
Du corsage, et voici sa jupe qui se couche
A ses pieds.... Elle marche au lit ouvert.... Sa bouche
Scelle les lèvres du jeune homme qui l'étreint....
Elle se tait.... Pourquoi n'ont-ils donc pas éteint
La veilleuse qui brûle au milieu de la chambre?...
Et sous la nuit sinistre et froide de décembre
Dans les villes de boue et d'amour, les jaloux
Se couchent, redoutant une quinte de toux
Qui doit les éveiller et leur montrer sans cesse.
Plus nue à chaque fois, leur lascive maîtresse....
L'arbre s'éveillerait, ne faites pas de bruit.
A l'heure où le soir tombe en annonçant la nuit,
11 vient de recevoir tout un vol d'hirondelles,
Et ses ramures ont moins de feuilles que d'ailes.
C'est un platane séculaire et bien doré
Par l'été finissant ; son tronc est décoré
De chiffres et de cœurs gravés dans son écorce.
Fût végétal, large, écailleux et plein de force,
Les rustiques amants vinrent tous l'entailler.
Ne faites pas de bruit, vous pourriez l'éveiller,
Et moi, je veux dormir en laissant ma croisée
Ouverte à cette nuit de perle et de rosée,
Et sentir vaguement jusqu'au prochain réveil,
Tous ces sommeils d'oiseaux voisins de mon sommeil.