‹ Orchestres; poésiesChapitre 26 sur 50 · MINUIT DES JALOUX · texte numérisé non relu

MINUIT DES JALOUX

Un pas dans l'escalier!... Si c'était l'infidèle!

Une voiture roule et s'arrête... c'est elle!

Non, c'est quelque voisin qui rentre. Et dans^le bruit

De la voiture qui repart sonne minuit.

C'est l'heure où des jaloux redouble le martyre....

Sûrement, sûrement elle est en train de dire

En se de'shabillant : « Je n'ai jamais aimé

Que toi.... » Son tiède bras sort blanc et parfumé

Du corsage, et voici sa jupe qui se couche

A ses pieds.... Elle marche au lit ouvert.... Sa bouche

Scelle les lèvres du jeune homme qui l'étreint....

Elle se tait.... Pourquoi n'ont-ils donc pas éteint

La veilleuse qui brûle au milieu de la chambre?...

Et sous la nuit sinistre et froide de décembre

Dans les villes de boue et d'amour, les jaloux

Se couchent, redoutant une quinte de toux

Qui doit les éveiller et leur montrer sans cesse.

Plus nue à chaque fois, leur lascive maîtresse....

L'arbre s'éveillerait, ne faites pas de bruit.

A l'heure où le soir tombe en annonçant la nuit,

11 vient de recevoir tout un vol d'hirondelles,

Et ses ramures ont moins de feuilles que d'ailes.

C'est un platane séculaire et bien doré

Par l'été finissant ; son tronc est décoré

De chiffres et de cœurs gravés dans son écorce.

Fût végétal, large, écailleux et plein de force,

Les rustiques amants vinrent tous l'entailler.

Ne faites pas de bruit, vous pourriez l'éveiller,

Et moi, je veux dormir en laissant ma croisée

Ouverte à cette nuit de perle et de rosée,

Et sentir vaguement jusqu'au prochain réveil,

Tous ces sommeils d'oiseaux voisins de mon sommeil.

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