‹ Orchestres; poésiesChapitre 28 sur 50 · LE MINUIT DU MOINE · texte numérisé non relu

LE MINUIT DU MOINE

La nuit d'août est pesante au toit du monastère.

— On ne passe, mon Dieu, qu'une fois sur la terre,

Me suis-je pas trompé? dit le grand moine blanc.

Je n'ose plus lever mon visage tremblant

Vers les astres, le ciel me trouble, il est immense.

Êtes-vous, ô Seigneur, au fond de ce silence?

Jamais rien à mon cœur ne s'est manifesté;

Je sens dans l'infini marcher l'aube d'été,

Mes frères endormis dans leur robe de bure

Vont bientôt délaisser leur couche moite et dure

Pour aller psalmodier l'office matinal.

Mes jours passés à vous servir sont de cristal.

Je n'ai rien, je suis là tout seul, les mains ouvertes,

Dans l'écrasante nuit aux ténèbres désertes.

Au village pourtant, sous vos étoiles d'or

J'entends un violon qui fait danser encor

Les couples d'une noce aujourd'hui célébrée.

La mariée avait une toison dorée....

Je suis vieux, je puis bien de mes anciens jours

Remonter une fois le pacifique cours.

Vous savez que j'aimais avant de vous connaître

Une enfant qui riait au bord de sa fenêtre,

Derrière son rosier, belle rose de chair.

Si j'avais épousé la fille au rire clair,

Si je l'avais conduite au foyer de ma mère,

Pour y vivre la vie âpre, splendide, amère,

N'aurais-je pas, quand même, et selon vous, été

Un humble serviteur de bonne volonté?

La nuit a déjà fait les trois quarts de sa course,

Aux routes du ciel noir tourne le char de l'Ourse,

Ne vous offensez point... je pense, seul et vieux,

A l'enfant qui rêvait en me suivant des yeux.

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