‹ Orchestres; poésiesChapitre 29 sur 50 · XL VI · texte numérisé non relu

XL VI

Comme vous m'émouvez, ô troubles héroïnes,

Aventurières toujours tristes et divines :

Wanda qui méprisiez votre sinistre époux

Sacher Masoch, l'amant des fourrures ; et vous

Hélène de Racowitza, belle et si rousse

Qu'en un parc de Munich aux troncs jaunes de mousse,

L'enfant royal qui devait être Louis Deux

Croyant que le soleil mourait dans vos cheveux,

Prit votre chignon d'or dans sa main potelée,

Tandis que s'effaraient en tunique étoilée

D'Aigles Noirs et de Croix de Fer, les chambellans.

Et que riait à vos cheveux, à vos rubans,

Cette petite altesse en bonnet de dentelles

Qui chérissait déjà les choses les plus belles,

Et qui devait mourir dans le lac de Starnberg

Pour avoir trop aimé les Cygnes de Wagner

Elisabeth, l'Impératrice vagabonde,

Vous ressemblait, Hélène, et votre nuque blonde,

Votre épaule de marbre et vos bras durs et beaux

Firent pendant des nuits rêver le vieux Carpeaux

Qui se levait plus tôt quand il vous avait vue

Accoudée au balcon d'une loge, mi-nue,

Dans les velours royaux des robes d'apparat,

Par ces soirs de galas fleuris à l'opéra.

Qui sentent les gants blancs, les violettes de Parme,

Et ce parfum léger qui, plus que tous, me charme,

D'une robe de soie échauffée au soleil.

Hélène de Racowitza, grand corps vermeil

De princesse allemande et de fille guerrière

De Sparte, j'eus voulu vous voir sous la lumière

D'un lustre, et respirer, parmi les roses-thé,

L'odeur d'œillet poivré de votre bras ganté.

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