A UNE FEMME
Qu'as-tu donc fait de lui? Jadis je l'ai connu,
Une haute pensée assiégeait son front nu.
Sous les arbres dormants, sa vieille maison grise
Avait l'air d'abriter toujours la Muse assise
A son calme foyer et dans son grand fauteuil ;
Nulle agitation n'en franchissait le seuil....
Du rêve, des beaux vers, c'était toute sa vie.
Ses jours de pur cristal et de mélancolie.
Pour remplacer cela, qu'as- tu donc apporté?
Tes mensonges, un peu de triste volupté.
Tes lèvres dont le temps fait s'effeuiller les roses.
Et tes deux bras d'argile, et tes cheveux, des choses
Qui n'ont pas plus de prix qu'une pierre ou qu'une eau,
Ou qu'un brin de hlas ou qu'un petit rameau.
Sans doute, il te disait : « Tes yeux sont pleins d'étoiles,
Et c'est sur l'infini lorsque tu te dévoiles,
Que tu m'ouvres une fenêtre de clarté ! » Mais c'était de son cœur que venait cet été. Ce qu'il voyait en toi montait de sa grande âme, Et pour nous, tu n'étais vraiment, ô pauvre femme. Qu'une arche sans écho lorsqu'il n'y chantait pas, Et tu tirais de lui tes passagers éclats. Qu'as-tu fait de cet homme, ô mauvaise servante, Qui soufflas brusquement sur la lampe brillante, Et qui mêlas, furtive, un narcotique noir. Au vin que but le maître à son repas du soir ?