‹ Orchestres; poésiesChapitre 39 sur 50 · DESIR D'AIR PUR · texte numérisé non relu

DESIR D'AIR PUR

Tu croyais que l'on a plus de parfums dans l'âme,

Lorsque l'on a dormi près d'une belle femme....

Elle est enfin venue, et tous ses falbalas

Sur les meubles jetés ainsi que des lilas,

De blancs buissons de lourds lilas embaument l'ombre.

Tu ne dors plus ; il n'est pas jour ; ta chambre est sombre.

Hier soir, tu tremblais devant tant de bonheur ;

Tu croyais recevoir un formidable honneur

Lorsqu'elle dépouillait pour toi ses derniers voiles.

Vénus sortait de l'eau dans des reflets d'étoiles ;

Du geste de ses bras t'expliquait l'univers :

Et tes plus humbles mots étaient ceux dont les vers

Uniques, radieux, se composent. Les choses

Prenaient un sens plus clair, et, quand toutes ces roses,

Ces lys, ces ambres chauds, ces nacres, ces blancheurs

Te touchèrent... alors tu sentis mille cœurs

Naître et battre éperdus dans ta jeune poitrine, De cette nuit des nuits la minute divine!...

L'aube paraît. Tu ne dors plus.... Ce corps obscur Pèse à ton bras.... Mon Dieu, comme il doit être pur L'air vierge des sommets que respire une abeille Sur la petite fleur qu'un peu de brise éveille !

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