‹ Orchestres; poésiesChapitre 40 sur 50 · LA CHANTEUSE · texte numérisé non relu

LA CHANTEUSE

Elle chantait dans l'ombre et sa belle voix pure Ruisselait en tremblant de la croisée obscure, Et m'étant couché tôt, roulé dans mon linceul, Et ma fenêtre ouverte à la lune, et tout seul, Je l'écoutais.... C'était un torrent d'harmonie! Je songeais à des lacs sous une nuit bénie De bleuâtres rameaux en voûtes arrondis, A de grands horizons calmes de paradis, A quelque chant lointain, éperdu, vague et triste. Par un féerique soir, sur des mers d'améthyste ; Aux violons d'un bergamasque carnaval ; A des appels de cors dans un bois automnal ; A tout ce qui fut beau sur la terre, à Diane Passant dans la vapeur légère et diaphane D'une lune de perle ; au magique rayon De l'étoile sur le sommeil d'Endymion ;

Aux bergers d'Arcadie ; au profond soir tranquille Et plein d'abeilles d'or où méditait Virgile ; A l'ombre de Jésus au bord d'un champ de blé ; Aux seins cachés de Ruth sous le ciel constellé ; Aux sapins d'Elseneur, à la voix d'Ophélie Lorsqu'elle lamentait sa charmante folie.... Les lèvres du Vinci, le séraphique azur D'Angelico de Fiesole, divin et pur, Je les voyais.... Je respirais l'odeur unique Des fleurs d'acacia. . . . J'écoutais la musique Qu'écoutait Louis II de Bavière en mourant ; Le bruit mystérieux, le frisson murmurant Que fait l'eau qui se brise à des degrés antiques... Quand j'entendis soudain de grosses voix rustiques Qui, réclamant la paix, se plaignaient lourdement. Le lied flottant se tut devant cet aboîment ; Et je pensais alors à tout ce qui lapide Le Beau, la Poésie et l'Idéal Splendide, Et quand je m'endormis, mon rêve fut peuplé De rustres qui crachaient vers le ciel étoile. D'une foule aux yeux vils, aux visages moroses Qui lançait en criant des pierres sur des roses I

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