A UN LAURIER DE MON AGE
Laurier que l'on planta quand je naquis, grand frère,
Je te revois ce soir de retour, et la terre
Est sèche, car l'été ne fut pas pluvieux.
Te voilà, droit, touffu, grave, harmonieux.
Je t'apporte de l'eau bienfaisante, je t'aime....
Ton feuillage frémit mieux que tout mon poème.
Ton bois est musculeux, tu t'es orienté.
D'un seul jet, vers l'azur, la chaleur, la clarté;
Mais moi, regarde-moi, grand frère simple et riche :
Je me trompe sans cesse, et je doute et je triche.
Je ne sais pas... l'inquiétude est dans mon cœur;
Tends-moi comme une main un noir rameau vainqueur.
J'en suis digne, malgré l'âpre et tragique étude,
Et je n'ai, comme toi, rien que ma solitude.