‹ Ordres de chevalerie et marques d'honneurChapitre 14 sur 272 · ORDRE TEUTONIQUE · texte numérisé non relu

ORDRE TEUTONIQUE

Cet ordre a la même origine que les Eds de Saint-Jean de Jérusalem

et du Temple.

Vers 1128, un pieux Allemand, fixé à Jérusalem, avait ouvert dans sa

maison un refuge aux pauvres pèlerins de sa nation. Sa femme établit à côté un second asile pour les pauvres pèlerines allemandes. Le patriarche bénit ces deux hôpitaux, et permit d'y joindre une chapelle dédiée à la Vierge. Des gentilshommes et des marchands se vouèrent au

Lé

service des pauvres et des malades, et augmentèrent de leurs richesses l'œuvre du fondateur.

L'an 1189, pendant le siége de Saint-Jean-d’Acre, quelques bourgeois de Brème et de Lubeck, émus de pitié pour leurs compatriotes allemands, malades ou blessés, les recewillirent sous une tente construite avec les voiles d’un vaisseau de transport, et les soignèrent avec le zèle de la charité; et,au commencement de11914, quand Frédéric de Souabe arriva avec les débris de l'armée de Barberousse, il comprit toute l'utilité de ces établissements et voulut leur donner une forme et une existence stable. Le patriarche et les seigneurs applaudirent à son projet; les évêques furent chargés de rédiger une règle, tirée de celle des hospitaliers, pour ce qui regardait le soin des malades, et de celle des templiers, pour la discipline militaire. Ce nouvel ordre de chevalerie, nommé la Maison teutonique de la sainte Vierge de Jérusalem, confirmé en 1191 par le pape Célestin LE, eut pour signe distinctif la croix noire lisérée de blanc sur un manteau blanc. Composé de trois classes, il fut exclusivement réservé aux Allemands, et les gentilshommes seuls pouvaient être ads dans la classe des chevaliers.

Bientôt leur renommée grandit au point que Conrad, duc de Mazovie implora leur valeur contre les Prussiens idolâtres. Ils vinrent s'établir dans le pays de Culm, que le prince reconnaissant leur abandonna. Leur audace, égale à leur inhumanité, leur ouvre la Prusse; en 1250, Thorn devient leur capitale. Par l'adresse unie à la force, ils subjuguent en cinquante-trois ans un pays qui avait, pendant quatre siècles, fatigué la Pologne, et,sous le grand maitre Conrad de Jungingen. ils possédaient l'Esthonie, la Livonie, la Courlande, la Samogitie, la Prusse, la Poméranie et la Nouvelle-Marche. La Prusse seule comprenait quarante-neuf mille villages, cinquante-cinq villes, quarante-huit châteaux forts, et rapportait 800,000 florins du Rhin. L'armée avec laquelle le grand maitre Ulric de Jungingen rencontra celle du roi Vladislas V, dans les plaines de Tannenberg (25 juillet 1410), comptaitquatre-vingt-trois mille combattants. Les Polonais en firent un carnage effroyable; et lorsqueles débris de l'ordre se réunirent à Marienbourg, il ne restait plus que trois chevaliers d’un rang assez élevé pour aspirer à la grande maitrise.

En 1440, les villes de Dantzick, d'Elbing, de Thorn, et la noblesse de plusieurs provinces, conclurent une alliance formelle contre l'ordre; en

1454, toute la Prusse occidentale se mit en insurrection, sous la protection du roi Casimir IV, et, après une guerre de douze ans, qui coùta la vie à plus de trois cent mille personnes, détruisit plus de deux mille églises, incendia plus de seize mille villages, les chevaliers signèrent, en 1466, un traité ruineux qui ne leur laissa que la moitié de la Prusse, et les soumit à la suzeraineté de la Pologne.

Ils essayèrent bientôt de s'y soustraire par des négociations aussi infructueuses que la guerre qui leur succéda. Après six années de combats, la paix de Cracovie (1525) anéantit le pouvoir de l’ordre et changea totalement la constitution de la Prusse. Le margrave Albert de Brandebourg, trente-cinquième grand maitre, fut reconnu, par ce traité, duc héréditaire de tout ce que l’ordre possédait en Prusse, à condition d’en recevoir l'investiture des rois de Pologne. Aïnsi fut détruit par une tra: hison un empire fondé par la violence.

Le chef de l'ordre, Walter de Cronberg, retiré, en 1527, à Mergentheim en Franconie, prit le titre d'administrateur de la grande maitrise en Prusse, et de maître de l’ordre Teutonique dans les pays allemands et welches, et fut considéré comme prince ecclésiastique de l'Empire; membre du cercle de Franconie. |

L'ordre se composait alors de la grande maîtrise de Mergentheim, province de quinze lieues carrées et de trente-deux mille habitants, et de douze baïlliages, en partie catholiques, en partie protestants, régis par des commandeurs.

Il perdit, à la paix de Lunéville (9 février 1804) les bailliages de Coblence, d'Altenbriesen et de Bourgogne, perte qui fut compensée aux dépens des chapitres, abbayes et couvents du Vorarlberg autrichien et des couvents encore disponibles des diocèses d'Augsbourg et de Constance, excepté ceux du Brisgau.

Par la paix de Presbourg (4805) l'empereur d'Autriche fut investi de la dignité des droits et des revenus de la grande maitrise.

En 1809, l'ordre fut aboli par Napoléon dans les pays de la confédé-. ration du Rhin, et les princes s’en approprièrent les possessions dans leurs États: dispositions qui obtinrent la sanction de l'Autriche à la paix.

Le congrès de Vienne, respectant les positions acquises, permit à l'Autriche de joindre aux biens qu’elle avait conservés, dans ses États et dans la Silésie prussienne, la souveraineté de la maison de l’ordre à

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