ORDRE DE CONSTANTIN
Cet ordre, comme celui de l'Éperon d'Or, prétend aussi à une antiquité plus ancienne que la chevalerie. Mais les esprits, auxquels nul intérêt ne commande ou crédulité ou complaisance, retranchent hardiment huit siècles de son existence, et ne signalent ses commencements que sous le règne d'Isaac-Ange Comnène. Cet empereur, séduit par l'exemple des religions militaires des croisades, voulut aussi avoir son ordre dévoué à la défense de l'empire (1490). IL le soumit à la règle de saint Basile, et le nomma Ordre de Constantin, pour consacrer la prétention des Comnène à descendre de ce monarque, ou de Saint-Georges, parce quil le mit sous le patronage de ce bienheureux soldat. Pour recueillir les fruits qu'il se promettait de son institution, il se donna des vicaires généraux dans tous les États de la chrétienté, et obligea les membres à léguer à l’ordre cent couronnes. Ils devaient prouver quatre quartiers de noblesse, et se partageaient en deux classes : grands prieurs et chevaliers. La grande maitrise se maintint héréditaire dans la postérité du
. fondateur. Quand le croissant eut remplacé la croix sur les dômes de
Sainte-Sophie, quand tous les petits princes du Bas-Empire s’esquivèrent devant le sabre des Turcs, les Comnène allégèrent les misères de l'exil par le placement de leur décoration, et les ventes nombreuses la rendirent méprisable et méprisée. Le prétendu dernier rejeton de ces princes, André-Ange Flave, parvenu à la vieillesse et ayant perdu l'espoir de continuer sa maison, se décida à se dessaisir de la grande maîtrise; il trouva un acheteur chez le duc de Parme, François Farnèse; et la cession fut ratifiée par les papes Innocent XIT et Clément XI.
Pour relever l'ordre de son avilissement, le nouveau grand maître en fixa le siége dans sa capitale, lui donna de grands biens, et dota richement l’église qu'il lui assigna, la Madonna della Steccata.
En 1751, la famille Farnèse s’éteignit. L’héritier du duché, l'infant Don Carlos, sempressa de se déclarer grand maitre et de distribuer la décoration de Constantin. Trois ans après, devenu, par le sort des armes, maitre de Naples, 1l transféra dans son nouveau royaume le siége et les archives de l’ordre, qui demeurèrent à Naples, malgré les inutiles réclamations de linfant Don Philippe et de son fils, qui avaient remplacés Don Carlos dans la possession de Parme. Pendant la domination française, l'ordre suivit en Sicile les rois fugitifs.
Le traité de Paris (1814) ayant donné l'héritage des Farnèse à l'impératrice Marie-Louise, cette princesse se déclara formellement et solennellement (15 février 1816) grande maitresse de l’ordre de Constantin, fondant son droit sur ce qu’elle descendait des Farnèse par sa mère, Marie-Thérèse de Sicile, et sur ce que l'ordre était une propriété de son duché, auquel il avait été attaché pendant plus de cent ans.
Je ne pense pas que le procès ait été débattu ni arrangé entre les Bourbons et l'archiduchesse. Chacun des deux souverains agit comme légitime grand maître, crée des chevaliers et distribue la décoration. C'est une croix rouge fleurdelisée, chargée du monogramme du Christ, en or; sur les pointes des branches sont écrites les lettres L. H. S. V. ({n hoc signo vinces); et sur la branche du milieu les lettres À et © (ego sum Alpha et Omega). Elle est surmontée d’une couronne, et à la branche inférieure pend un saint Georges à cheval, en or. (Voir à l'article Parme, pour la forme des insignes.)
À cette décoration, les grands-eroix ajoutent une plaque sur la gauche de lhabit; elle est également représentée sur la planche de Parme (voy.).
DEUX-SICILES
Les chevaliers portent la décoration suspendue à la boutonnière.
Le costume consiste en un manteau de soie azur, doublé de taffetas blanc, serré par un long cordon blanc et bleu; habit blanc; gilet et culottes de la couleur du manteau; bas blancs: souliers blancs avec des rubans bleus; ceinturon en velours cramoisi; chapeau en velours rouge à rebords de soie blanche, avec des plumes; sur le rebord antérieur on voit le monogramme en or; pour les grands-croix, un collier composé de quinze chainons, auquel pend le saint Georges; les chevaliers portent la décoration suspendue à une chaîne d’or.
Les chapelains portent, par-dessus le manteau, une aube bleue garnie de dentelles blanches.
L'ordre, sous le roi grand maître, se partage en deux classes : grandscroix et chevaliers; ceux-ci se partagent en chevaliers effectifs ou donateurs, qui, à leur réception, font une donation de biens; chevaliers honoraires; chapelains, et écuyers.
La grand’-croix n’est décernée qu'à une haute et ancienne noblesse. Pour être chevalier, la preuve de quatre quartiers suffit; et même les chevaliers honoraires y suppléent par les services qu'ils ont rendus.
La fidélité et l’obéissance au grand maître, la défense de la religion catholique sont les principales obligations de l'ordre.
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