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PRECIS HISTORIQUE

Vers le milieu du xie siècle , des négociants napolitains , qui commerçaient en Syrie , obtinrent du calife égyptien la permission de fonder à Jérusalem un petit monastère du rit latin , à côté duquel on bâtit pour les pauvres pèlerins et les malades un hôpital , dont la chapelle fut érigée sous l’invocation de saint Jean-Baptiste. Quelques chrétiens de l’occident que le zèle avait conduits en Palestine se dévouèrent au service de ces infortunés. Ainsi la charité jeta les premiers fondements de cet ordre qui bientôt devait remplir l'univers de sa gloire guerrière et de sa renommée.

Le pieux Gérard , natif de Martigues, ville de Provence , était maître de l’Hôpital , lorsque les chrétiens, conduits par Godefrov de Bouillon , se rendirent maîtres de Jérusalem , en

Touchés de son généreux dévouement, les généraux croisés s’empressent de répandre leurs bienfaits et leurs largesses sur celle maison et plusieurs gentilshommes se consacrent au même genre de vie.

L’habit qui distinguait les Hospitaliers était un manteau noir orné d’une croix blanche. Ils faisaient trois vœux de religion (d’obéissance , de chasteté et de pauvreté) , et s’obligeaient encore à recevoir, traiter et défendre les pèlerins. La première règle de leur statut est de l’an 1104, sous le règne de Beaudoin I".

Après la mort de Gérard (fl 18), les Hospitaliers s’assemblèrent pour lui donner un successeur , et frère Raymond Dupuy , gentilhomme, à ce qu’on croit, de la province du Dauphiné , fut élu. Gérard , en engageant les Hospitaliers au service des pauvres , s’était contenté, pour toute règle, de leur inspirer des sentiments de charité et d’humilité; son successeur ajouta aux devoirs de l’hospitalité l’obligation de prendre les armes pour la défense des Saints Lieux, et il résolut de tirer de sa maison un corps militaire , et comme une croisade perpétuelle , soumise aux rois de Jérusalem , et qui fit une profession particulière de combattre les infidèles ; ce qui fut approuvé par Calixle II, en 1120.

Dès-lors , les humbles frères de l’Hôpital devinrent de valeureux chevaliers. Les rois de Jérusalem , qui se flattaient de trouver dans ce corps d’intrépides défenseurs de leur couronne , et les papes qui étaient bien sûrs de diriger à leur gré la valeur de ces moines-guerriers , secondèrent Raymond de toute leur autorité. Un mélange d’amour pour la religion et de goût pour les armes , caractère distinctif de ce siècle , amena à l’instituteur de nombreux et d’illustres prosélytes. Ainsi prit sa dernière forme l’ordre des chevaliers de Saint- Jean , où une noblesse florissante , tirée de toutes les parties de l’Europe catholique , se dévoua à la défense de la religion et à la vengeance des outrages que lui faisaient les infidèles.

De cette époque date pour l’ordre une ère de fortune et de gloire.

Les chevaliers de Saint-Jean furent bientôt l’àme des armées, des conseils et des négociations. Pas un combat où ils ne se signalassent ; pas une bataille , pas un siège dont ils n’eussent l’honneur et les périls.

Dans le cabinet, ils obtenaient la confiance des rois, traçaient des plans de guerre et de politique ; au dehors , ils fournissaient des ambassadeurs , ménageaient les alliances et les traités , et , dirigeant tous les ressorts et tous les mouvements avec autant de bonheur que d’habileté , ils maintinrent durant près d’un siècle le frêle royaume de Jérusalem qui était presque toujours à deux doigts de sa perte.

Forcés de sortir de la Ville Sainte lorsque les affaires des

chrétiens furent ruinées dans le Levant , Us se retirèrent à Margat, en 1290, et suivirent Jean -de Lusigneo , qui leur donna , dans son royaume de Chypre , Limisson , où ils demeurèrent jusqu’en 1310.

Celte même année ils s’emparèrent de File de Rhodes le 15 d’août , sous la conduite de leur grand-maître François de Villaret, et l’année suivante ils la défendirent contre une armée de Sarrasins avec le secours d’Amé IV, comte de Savoie. Ce fut de là que les Hospitaliers tirèrent le nom de chevaliers de Rhodes. Mahomet II assiégea inutilement cette île l’an 1480. Pierre d’Aubusson la défendit courageusement pendant un siège de trois mois. Depuis , Soliman la prit en 1522 , après une longue et généreuse défense de la part des chevaliers.

Le grand-maître , Philippe de Villiers-L’Ile-Adam , qui s’était acquis la plus grande réputation pendant le siège qui dura trois ans, capitula avec Soliman , et fit voile avec le peu qui lui restait de chevaliers et quatre mille habitants pour Candie où il passa l’hiver. De là , il alla en Sicile , et trois mois après à Rome. Il y fut favorablement accueilli du pape Adrien IV, qui donna pour retraite à l’ordre la ville de Viierbe.

Six ans après, en 1530, les chevaliers allèrent s’établir dans File de Malle , dont ils ont depuis porté le nom. L’empereur Charles V la leur accorda.

L’an 1566, Soliman vint en faire le siège. Elle fut vigoureusement attaquée pendant quatre mois , et encore plus vaillamment défendue par le grand-maître , Jean de La Valette-Parisot, et par ses chevaliers. Les barbares, après y avoir perdu quatre mois de temps , quinze mille soldats et huit mille matelots, se virent contraints d’abandonner leur entreprise et de se retirer.

Depuis ce temps , File de Malte n’avail essuyé aucune insulte de la part des ennemis de la religion quand la Révolution française éclata.

Le 19 septembre 1792, sur une motion du député Camus , l’ordre fut détruit en France par l’Assemblée législative et ses biens acquis à la nation,

1 ü ORDRE DE SAINT-JEAN-DE-JÉRUSALEM OU DE MALTE.

Bien que l’hostilité de la France privât l’ordre de ses plus puissants auxiliaires et de ses meilleurs revenus , il se soutint encore pendant plusieurs années , jusqu’à ce qu’enfm Bonaparte, taisant voile pour l’Egypte , vint s’emparer de Malte, le 18 juin 1798 , après un semblant de résistance qui révéla la faiblesse du grand-maître et la honteuse trahison des habitants.

Ferdinand d’Hompech , Allemand de naissance , occupait alors le magistère , et il a été le dernier grand-maître de l’ordre (1).

Les Français ne surent point garder cette précieuse conquête , et Malte devint bientôt la proie de l’avide Angleterre qui la possède encore (2).

Telle fut la première et fatale conséquence de la destruction d’un ordre indépendant qui , depuis des siècles , protégeait la Méditerranée contre les insultes des pirates , avec un égal profit pour tous les Etats de l’Europe, sans nécessiter de leur part des entreprises ruineuses ou exciter de rivales susceptibilités.

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