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ORGANISATION DE L’ORDRE

Raymond Dupuy, à qui le nom de fondateur appartient bien plus qu’à celui qui l’avait précédé dans la direction de l’Hôpital , guidé par son génie et par une sorte de pressentiment des dislinées de son ordre, jeta les fondements de toutes les divisions élémentaires qui le composaient et conçut ces idées génératrices qui l’ont étendu et propagé dans l’univers chrétien.

Il forma d’abord les trois classes principales auxquelles se rallient tous les religieux. La première, en qui réside proprement l’ordre , est celle des nobles qui avaient porté les

(1) Il avaii succédé au prince de Kohan , décédé au mois d’aoih

(2) I,es Anglais s’emparèrent de Malle le 5 septembre 1800.

OHDBE DE SAINT-JEAN-ÜE-JÉHL'PALKM OU DE MALTE. 123

armes , distingués par la qualité de chevaliers , à qui elle appartient exclusivement. La seconde est celle des ecclésiastiques , prêtres et chapelains , obligés par état de suivre les armées et de remplir l’office d’aumôniers. La troisième comprenait tout ce qui n’était ni noble, ni ecclésiastique, et s’appliquait particulièrement à ceux qui depuis ont été appelés du nom de frères servants ; on sait que ces frères servants accompagnaient les chevaliers à la guerre et partageaient avec eux les périls et les fatigues.

Ce fut encore Raymond Dupuy qui créa les divisions secondaires par nations ou par langues et qui en fixa le nombre à sept.

Ces langues originaires , dont trois françaises , étaient celles de Provence, de France, d’Auvergne, d’Italie , d’Arragon , d’Allemagne et d’Angleterre.

Dans la suite et durant le xv* siècle , lorsque le siège de la religion était à Rhodes , pour mettre lin à des rivalités qui s’étaient élevées contre les chevaliers français , on érigea , dans un chapitre géuéral , une huitième langue en faveur des Castillans et des Portugais , connue depuis sous le nom de langue de Castille.

Le partage de l’ordre en différentes langues n’avait pas d’abord produit celui des dignités ; dans les premiers siècles, le chapitre conférait ces grandes places au mérite dans quelque nation qu’il fût reconnu, et le concours était ouvert aux chevaliers de toutes les langues. Des vues sages (pii tendaient sans doute à prévenir les jalousies entre les sujets des divers royaumes déterminèrent le corps à faire une distribution des hautes places entre les différentes langues. Ce grand changement fut l’ouvrage d’un chapitre général , tenu à Montpellier vers l’année 1 331 , sous le grand-maître Hélion de Villeneuve.

Voici quelles étaient ces dignités et la nature des fonctions qui y étaient attachées :

La première était celle de grand-commandeur, attachée à la langue de Provence. FJle donnait l’intendance du Trésor, des magasins de blé et de l’arsenal.

La deuxième , celle de grand-maréchal , dévolue à la langue d’Auvergne , donnait le commandement sur tous les chevaliers, à l’exception des grands-croix.

La troisième , celle de grand-hospitalier, attachée à la langue de France , donnait toute l’autorité sur l’Hôpital et le droit de pourvoir à tous les offices qui en dépendaient.

La quatrième était celle d’amiral , attachée à la langue d’Italie ; elle donnait le commandement des soldats de marine et des matelots.

La cinquième, celle de Turcopolier, jadis attachée à la langue d’Angleterre , et depuis l’extinction de cette langue , réunie aux fonctions de sénéchal du grand-maître , conférait les fonctions de colonel-général de l’infanterie.

La sixième était celle de chancelier, attachée à la langue de Castille, dont le nom désigne assez le pouvoir et les fonctions.

La septième était celle de grand-hailli , attachée h la langue d’Allemagne ; elle donnait le droit d’ordonner de tout ce qui concernait les fortifications.

Les règlements de rassemblée , tenue sous Hélion de Villeneuve, s’étendirent sur biens d’autres objets, tous d’une égale importance.

L’ordre se trouvait dispersé et comme enseveli dans les commanderies de l’Europe; la résidence si recommandée n’était plus d’un devoir étroit , et l’appas de la liberté , et peut-être d’une vie oisive ou dissipée , tenait les religieux loin de leur capitale.

Pour remédier à ce désordre et rappeler les enfants autour de la mère commune , le chapitre déclara incapables de toutes les dignités de l’ordre ceux qui n’auraient pas un certain nombre d’années de résidence actuelle employée à la guerre ou sur les vaisseaux.

Dans la vue de fixer les grands-croix et les principaux chevaliers à Khodes, les huit dignitaires furent choisis pour entrer au conseil , sous la présidence du grand-maître , et on leur donna le titre de baillis conventuels , pour marquer l’obligation qui leur était imposée d’habiter le couvent et d’as-

sister aux délibérations. On leur donna encore le nom de Piliers, par allusion à la place habituelle qu’ils occupaient dans le conseil, dont ils formaient, en quelque sorte, les huit colonnes.

Toutes les affaires courantes étaient portées devant ce tri- ' banal , qui était dans une constante activité , mais il ne prononçait pas en dernier ressort. L’appel était ouvert du conseil ordinaire au conseil complet. C’était dans ces deux conseils que se rendait la justice distributive aux religieux de l’ordre, et le conseil complet ne différait de l’ordinaire que par l’addition de deux anciens chevaliers de chaque langue.

Le partage des dignités entre les diverses nations conduisit à la répartition même des co.nmanderies qui furent d’abord affectées à chaque langue et ensuite divisées par prieuré dans le sein même de la langue qui les possédait. Chaque prieur fut chargé de visiter les maisons de sa dépendance , d’y exercer une autorité de correction et de discipline , et d’envoyer en troupes ou en argent la contribution des commandeurs.

Les prieurés des trois langues du royaume de France forent ainsi établis.

Dans celle de Provence , il y eut deux grands prieurés , celui de Saint-Gilles et celui de Toulouse (1).

Le grand prieuré de Saint-Gilles comprenait la Provence , le Languedoc, le comté Venaissain, le Quercy, le Rouergue, le Dauphiné , le Gévaudan et l’Albigeois. Il y avait cinquanteune commanderies, y compris les quatre affectées aux chapelains et servants d’armes. Le grand-prieur de Saint-Gilles , en 1788 .était le baron de Montigny.

Le grand prieuré de Toulouse s’étendait sur l’Agenais, la Guienne , la Biscaye , le Languedoc , Foix , le Béarn , le Périgord , l’Albigeois , la Bigorre et la Gascogne ; il renfermait

(1) Les possessions des Templiers h Toulouse ayant été donnée» , en 1314, par le pape, à l'hôpital de Saint-Jean-de-Jérusalein , cette dernière maison fut érigée l'année suivante en grand prieuré ( His loir* de la ville de ToulouseJ.

-vingt-huit commanderies. Le dernier grand-prieor a élé le baron de Sade.

La langue de Provence comptait, à l’époque de la Révolution, environ 400 chevaliers, y compris les dignitaires.

Dans la langue d’Auvergne était le grand prieuré d’Aquitaine , qui comprenait l’Auvergne, une partie du Bourbonnais , la Marche , le Limousin , le Velay, le Vivarais , une partie du Dauphiné, le Forez, le Lyonnais , la Savoie , le Genevois , le comté de Bourgogne , le Maçonnais.

Dans la langue de France , il y avait trois grands prieurs : 1° le grand prieur de France; 2” le grand prieur d’Aquitaine; 3° le grand prieur de Champagne.

Le grand prieuré de France s’étendait dans l’île de France, la Normandie , l’Orléanais , une partie du Poitou , l’Auxerrois, le Gatinois , le llurepoix , une partie de la Champagne , la Brie, la Picardie , l’Artois, le Rainant , la Flandre et le pays de Liège.

Le grand prieuré d’Aquitaine avait ses commanderies tant au Poitou et pays d’Aunis qu’en Bretagne , Anjou , Tourrainc et une partie du Bourbonnais.

Le grand prieuré de Champagne tenait les siennes dans une partie de la Champagne , le duché de Bourgogne, la Lorraine , le pays Messin et l’Alsace.

Il y avait dans les trois langues du royaume de France, en 1789, 245 commanderies , et le revenu total de l’ordre y était , à la même époque , de 4,284,651 livres.

L’élection du grand-maitre (1) se faisait dans une assemblée générale de l’ordre convoqué en celte seule occasion. On y procédait avec toutes les formalités prescrites par le pape Urbain VIII et insérées dans les statuts. Outre la puissance qu’il exerçait , en qualité de prince , sur les îles soumises à la religion , il était encore chef et premier supérieur de tous les membres de l’ordre et se trouvait revêtu de la plus grande

(1) Le premier inailre de l'ordre qui recul le litre de grand maître fui Hugues de Revel , en 1267.

autorité. Il présidait le conseil qui ne pouvait s’assembler sans lui ou sans son agrément , non plus que les langues , nommait à une foule de charges , distribuait beaucoup de pensions et de bénéfices , conférait un grand nombre de commanderies , avait droit de faire grâce, etc.

Le premier des tribunaux de l’ordre était le chapitre général , institué pour la réforme des usages , pour régler les points d’administration dans le gouvernement et dans la religion. On le convoquait au couvent. 11 était composé du grandmaître et des membres de son conseil , d’un procureur de chaque langue et d’un autre de chaque prieuré.

Les chapitres provinciaux se réunissaient tous les six mois dans chaque prieuré d’après l’ordre et sous la présidence du prieur. Ils'se composaient de tous les religieux de la province. Ces tribunaux connaissaient en premier ressort des affaires civiles et criminelles qui concernaient les religieux de leur district ; faisaient la révision des comptes des receveurs; nommaient des commissaires pour les preuves des aspirants à l’ordre , pour les visites des commanderies du prieuré, etc.

Nous avons déjà parlé du conseil ordinaire et du conseil complet où se traitent en dernier ressort , sous la présidence du grand-maître ou de son lieutenant , les affaires civiles ou criminelles, les affaires d’Etat et d’administration.

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