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ESCUDIER

les campagnes de la République et de l’Empire, conquit tous ses grades par sa valeur, et périt glorieusement à la bataille de Wagram , en 1810 , emporté par un boulet de canon.

Escudier (Joseph), frère cadet du précédent , chef de bataillon en retraite , chevalier de la Légion-d’Honneur , né le 3 janvier 1 778 , s’enrôla à l’âge de 13 ans , et alla joindre son frère à Montpellier , dans le 2' bataillon des Pyrénées , en 1791 . Ce corps ayant été envoyé en Italie , il l’y suivit et fit avec lui les campagnes de l’an III , de l’an IV , de l’an V et de l’an VI , sous les ordres de Bonaparte. Il passa ensuite dans l’armée du Rhin incorporé dans le 57e régiment de ligne et prit part aux beaux faits d’armes du général Moreau pendant les campagnes de l’an VII et de l’an VIII. Le 13 septembre 1804 , étant au camp de Boulogne , on l’admit dans le 1er régiment de chasseurs de la nouvelle garde impériale , et ce fut dans ce corps qu’il fit la mémorable campagne d’Autriche et combattit à Austerlitz. Le 1er mars 1806 , il monta le premier à l’assaut à Nougarlin , en Prusse, et seul pendant quelques instants sur le rempart, il lutta corps à corps avec l’ennemi. Ce trait d’audace et de courage lui valut la croix de la Légiond’Honneur et le grade d’officier dans la garde de l’empereur. Le 18 janvier 1813, il obtint le grade de capitaine dans le 6' régiment de voltigeurs de cette même garde , si célèbre par son héroïque valeur, et bientôt après une dotation sur les fonds de la Légion-d’Honneur.

M. Escudier, criblé de blessures, quitta le service à la chute de l’empire et fut admis à la retraite. Il comptait alors 24 campagnes.

Cet officier s’était acquis un grand renom dans l’escrime ; il avait eu pour élèves le prince Eugène, Murat, Lannes, Duroc , auxquels il donnait des leçons pendant les loisirs que lui laissait la garnison de Paris.

Eugène Escudier, son fils , est capitaine au 32e régiment de ligne.

FLAUGERGUES

FLAUGERGUES

La biographie qu’on va lire embrasse un assez court espace de temps , mais elle tient sa place dans l’époque la plus difficile peut-être et la plus agitée de notre histoire contemporaine.

Pierre-François Flaugerguos naquit en 1767, à la Parrachie, paroisse de Saint-Cyprien , canton de Conques. Quand la Révolution de 89 éclata, il avait vingt-deux ans , et s’était déjà fait un nom dans le barreau. Une conviction forte lui fil adopter les idées régénératrices et il en devint le zélé prosélyte. C’est aux généreux efforts qu’il faisait dans la lutte aussi bien qu’à ses talens qu’il dut la popularité qui l’entoura dès ses premiers pas dans la carrière politique et le porta, le 11 novembre 1792, à la présidence de l’administration du département. M. Flaugergues justifia pleinement la confiance publique, et, malgré les difficultés de la position et le conflit des passions devenues de jour en jour plus ardentes, il administrait depuis quelques mois avec celte modération ferme et calme qu’inspire l’amour de la justice uni à l’amour de la liberté , lorsque, sur un rapport de Chabot , la Convention rendit contre lui , le 12 juillet 1793, un décret qui l’obligeait de paraître à la barre pour rendre compte de sa conduite. A quelques jours de là (le 16 juillet), M. Flaugergues présidait l’assemblée, lorsqu’un adjudant-général se présenta pour lui signifier le décret et s’assurer de sa personne. Ce fut un coup de foudre pour tous les assistants.

M. Flaugergues , idole du peuple, n’était pas moins aimé de ses confrères. Tous les membres de l’assemblée, tous les corps constitués accoururent spontanément chez le représentant Châleauneuf-Randon , qui avait ordonné la mesure, et s’offrirent pour caution de la liberté provisoire du prisonnier.

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Celui-ci ne resta pas longtemps toutefois sous le poids de ce terrible décret , qui fut rapporté le 22 du même mois ; mais déchu de ses espérances , révolté contre l’injustice du pouvoir, effrayé aussi sans doute de la marche des événements, il se retira des affaires pour attendre des jours meilleurs.

Le gouvernement impérial vint rendre M. Flaugergues à la vie publique. Sous-préfet de Villefranche dès 1805, il devint, en 1813, membre du corps législatif, et ce fut là que commença sa lutte avec Napoléon , lutte du courage contre la force , du patriotisme contre le génie ; lutte d’un homme de talent contre un joûteur qui ne pouvait être vaincu que par lui-même.

M. Flaugergues fut un des principaux membres de cette opposition animée qui comptait dans ses rangs MM. Raynouard , Lainé , Gallois , Maine de Biran.

Le moment était-il bien choisi, à la fin de 1813, pour demander compte à Napoléon de cette dictature militaire qu’il avait fait pendant si longtemps peser sur la nation? Le sang français venait de couler à flots dans les campagnes de Leipsick ; après ce grand et irréparable désastre , ajouté au désastre de Moscou , Paris avait vu , pour la seconde fois , l’Empereur rentrer dans ses murs vaincu et fugitif. Etait-il convenable d’attaquer, lorsqu’elle était déjà croulante , celte haute fortune devant laquelle on s’était jusqu’alors si humblement incliné? La coalition menaçait la France d’un envahissement complet , d’un morcellement peut-être ; était-il convenable de compliquer de tous les embarras et de toutes les haines d’une lutte intérieure cette grande lutte où la nationalité française semblait servir d’enjeu ?

Celte question a partagé les esprits ; quelques-uns même sont allés jusques à voir dans les attaques du corps législatif, contre un pouvoir qui commençait à pâlir, un manque de courage. Cette accusation nous paraît injuste. Un homme comme Napoléon ne pouvait jamais devenir assez faible pour qu’il n’y eût pas toujours du courage à l’attaquer. Tout ce qu’il est permis de dire de la résistance que M. Flaugergues et ses amis opposèrent à l’Empereur, c’est que cette résis-

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tance manqua peut-être d’à-propos et fut une erreur politique , mais il est des erreurs qu’on ne peut se refuser à absoudre.

Il est aussi des répugnances d’organisation dont il faut tenir compte dans l’appréciation historique d’un homme.

M. Flaugergues n’aurait pu pactiser avec le gouvernement impérial sans cesser d’être lui-même. Il était essentiellement homme d’étude ; comment aurait-il compris tout ce qu’exige le rôle d’un homme d’action? Il était de la classe des penseurs systématiques; comment se serait-il aveuglément courbé devant le détracteur couronné des Idéologues ? Pénétré d’un respect profond pour la légalité , et peu porté à admettre une distinction entre les époques normales et les époques anormales, comment aurait-il obéi complaisamment à une volonté qui s’était audacieusement placée au-dessus des lois?

Aussi , le duc de Massa s’étant un jour avisé de reprocher à M. Flaugergues l’inconstitulionnalité des ses motions , M. Flaugergues lui répondit vivement : « Monsieur, je ne connais ici rien de plus inconstitutionnel que vous-même. » On sait que par l’effet d’un sénatus-consulte et sur le rapport de M. Molé , le duc de Massa avait été arbitrairement porté à la présidence du corps législatif , et cela en violation do la loi qui bornait la prérogative impériale au choix d’un des cinq candidats présentés par l’assemblée.

Cependant l’Empereur ne méprisait pas assez la législature pour oser tout-à-fait se passer d’elle. Des négociations ayant été entamées par lui avec les puissances coalisées, il ordonna que le corps législatif prit connaissance des pièces originales, par l’intermédiaire d’une commission qui serait composée de cinq membres. M. Flaugergues fut du nombre des commissaires élus (1), et concourut à la rédaction de ce fameux rapport qui , en même temps qu’il déclarait la guerre nationale , sommait presque l’Empereur de rendre à la nation l’exercice de ses droits politiques. Deux cent trois boules

(1) La commission fut nommée le 22 janvier.

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tombèrent dans l’urne en faveur de ce rapport. Le despotisme impérial n’en avait obtenu que cinquante-une.

Les épreuves détruites , les exemplaires saisis , le corps législatif ajourné , après avoir été réprimandé dans une allocution menaçante , les contributions doublées par simple décret , de nouvelles levées en masse ordonnées, la dictature proclamée , tout cela fut pour Napoléon l’œuvre de quelques jours. On fit même courir le bruit que la motion avait été faite au conseil d’Etat de ravir la liberté et plus que la liberté aux auteurs d’un rapport regardé à la cour comme séditieux. Ce bruit empruntait aux circonstances un tel caractère de vérité , que M. Flaugergues crut devoir abandonner momentanément ses foyers , et dit à sa famille en la quittant : « Si je meurs , c’est qu’on aura exigé de moi quelque chose de contraire à mon opinion et à mon honneur. »

On conçoit qu’après les événements du mois de mars 1814, M. Flaugergues ait été des premiers à voter, dans la séance du 3 avril, la déchéance de l’Empereur.

Son opposition , du reste , n’avait rien de haineux , et il n’hésitait pas à saluer son ennemi avant de le combattre. Napoléon qui se connaissait en hommes , avait cherché à s’attacher M. Flaugergues. 11 lui dit un jour : « Je sais que vous n’êtes pas de mes amis , je sais aussi que vous n’êtes pas riche ; je ferai quelque chose pour votre famille. — Sire, répondit M. Flaugergues, je ne suis pas ami de votre système, mais je suis dévoué à votre personne. » Et les choses en restèrent là. Une semblable distinction ne pouvait pas être du goût de Napoléon.

La première Restauration ne trouva pas M. Flaugergues moins rebelle à l’arbitraire et moins fortement lié à ses principes que ne l’avait trouvé l’Empire. Elu membre de la Chambre qui avait été convoquée par le roi pour le mois de juin , il crut entrevoir des arrière-pensées à la royauté et il la combattit sans aigreur, mais aussi sans rélicence. Il s’opposa successivement à la cumulation des exercices , à la création des bons royaux , au projet qui tendait à enlever le droit de cité aux départements réunis à la France , enfin à l’extension qu’on voulait donner à la prérogative royale. Mais de tous

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ces discours remarquables par l’abondance des idées et la fermeté' de l’expression , aucun ne fit une impression plus profonde que celui qu’il prononça, le 5 août 1 81 4 , en faveur de la liberté de la presse.

Pendant les Cent-Jours , il fui encore une fois appelé à faire partie de la Chambre des députés. Les voix pour la présidence se partagèrent entre lui et M. Lanjuinais; mais M. Lanjuinais l’ayant emporté , il fut élu, le 7 juin , viceprésident.

M. Flaugergues avait tout ce qu’il fallait pour gouverner les délibérations d’une assemblée orageuse ; une taille élevée, un front noble, une fierté à la fois calme et douce et une grande dignité dans les manières. Son altitude à la Chambre des députés répondit à la solennité des circonstances. On n’a pas oublié les belles paroles qui lui furent inspirées par l’agitation que communiquaient à l’assemblée les nouvelles du dehors : « Après la bataille de Cannes, la tranquillité était dans le Sérial, et cependant le tumulte était dans Rome. »

Le 24 juin, il reçut mission, ainsi que MM. Boissy-d’Anglas , de Valence et Andréossy, d’aller trouver lord Wellington pour négocier un armistice. Il demanda avec beaucoup d’énergie que la réinstallation du gouvernement royal ne fût pas prise pour point de départ des négociations. C’était la conséquence naturelle de l’opinion qu’il avait manifestée lorsqu’il avait voté pour que la guerre fût déclarée nationale.

A la seconde Restauration , il fut élu une quatrième fois par le collège électoral de l’Aveyron , mais il ne parut pas à la Chambre.

Nommé maître des requêtes en 1816, cette place , d’ailleurs bien au-dessous de son mérite , ne tarda pas à lui être enlevée. M. Flaugergues n’ayant pas voulu faire à la Restauration le sacrifice de ses idées, il était tout simple que sous M. de Corbières, son nom fût oublié sur le tableau du conseil d’Etat. M. Flaugergues pourtant aimait la monarchie , mais plus raisonnablement et surtout plus prudemment que M. de Corbières qui le destituait au nom du principe monarchique.

Au surplus, les loisirs politiques de M. Flaugergues ne furent pas tout-à-fait perdus. En 1820, époque à laquelle la

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question électorale fut jetée sur le tapis , M. Flaugergues publia une brochure qui fit alors grand scandale parmi les libéraux. Or, cette brochure parlait du fractionnement de la société en classes, pour demander la représentation égale de chaque fraction une fois qu’elles auraient été exactement délimitées. Le suffrage universel était au fond de celle idée. Le libéralisme n’y vit que la résurrection de trois ordres comme dans l’assemblée des états-généraux. C’était là une singulière préoccupation. Si la division en trois ordres était mauvaise dans l’assemblée des états-généraux, c’est que doux de ces ordres qui ne représentaient qu'une petite partie de la nation se confondaient naturellement pour opprimer le troisième, qui seul représentait la masse. Le rapprochement n’était donc pas exact. Et la brochure de M. Flaugergues était cent fois plus libérale que le libéralisme. Au reste , en fait de réformes électorales, nous savons tous ce qu’a produit cette terrible opposition des Quinze ans !

La Révolution de juillet rendit à M. Flaugergues sa place de maître des requêtes , et nous devons à ce gouvernement cette justice , qu’il n’a pas cherché dans les convictions de M. Flaugergues ce qu’y avait cherché M. de Corbières.

La vie de cet homme remarquable se divise en deux périodes. La première mit ses talens en relief; la seconde les laissa sans emploi ; de sorte qu’il trouva plus facilement à déployer son activité sous le régime du despotisme que sous le régime du représentatif. Il advint de là que l’oubli pesa bientôt sur lui de tout son poids, et tout ce qui pouvait sortir d’éclairs de cette organisation d’élite se trouva perdu pour le pays. C’est pour nous justice de relever, après leur mort , ceux qu’on n’a su mesurer à leur juste valeur pendant leur vie.

M. Flaugergues réunissait assurément toutes les qualités de l’orateur. Sa pensée était nette, sa parole facile , élégante et quelquefois pleine de force ; son geste était imposant et sa voix sonore. Mais ce qu’il y avait de plus remarquable en lui peut-être , c’était une rectitude d’esprit que peu d’hommes possèdent. Les inèelligences médiocres lui auraient volontiers reproché d’avoir l’esprit faux , parce qu’il maniait très-bien

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l’arme du paradoxe , et qu’un principe une fois posé , il ne reculait jamais devant les conséquences. Ainsi , de la combinaison de ces deux qualités chez lui, une grande nouveauté d’aperçus et une dialectique très-serrée , il pouvait résulter qu’on lui contestât précisément ce qui constituait son principal mérite. Il n’en est pas moins vrai que M. Flaugergues était éminemment propre à la discussion parlementaire , et d’autant plus qu’il improvisait avec une extrême facilité.

Eh bien ! il est arrivé qu’avec tous ces avantages M. Flaugergues a passé vingt ans de sa vie dans une obscurité profonde. Pourquoi ? Demandez-le à ces institutions qui ne laissent passer le talent qu’avec le passeport de la fortune. Demandez-le à ces pouvoirs qui , pour s’entourer de supériorités factices , laissent s’éteindre sans emploi les supériorités naturelles les moins contestables, et repoussent impitoyablement les hommes probes et incorruptibles , les hommes aux convictions fortes qui ne cèdent point aveuglément à leurs exigeances.

M. Flaugergues est mort triste et découragé (1). Il a dû regretter amèrement , ainsi que M. Laffite, d’avoir salué les révolutions comme l’ère exclusive du bonheur social , de l’indépendance des peuples et de la liberté.

M. Flaugergues, marié avec M11* Sophie de Patris , de Rodez , a laissé plusieurs enfants qui ne démentent pas leur belle origine. Mllc Pauline , l’aînée , s’est fait un nom dans le monde littéraire par des poésies pleines de charmes et les publications de divers petits ouvrages consacrés à l’éducation des jeunes personnes. M. Paul Flaugergues occupait avec distinction la chaire de professeur k l’école navale de Toulon lorsque la mort (décembre 1844) est venue le ravir aux espérances de sa famille et de ses amis.

(1) A Bie (Seinc-et-Marne), dans les premiers jcftrs de novembre

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