‹ Ordres équestresChapitre 78 sur 126 · L. Guirondet · texte numérisé non relu

L. Guirondet

Le général Maurice MATHIEU.

Mathieu de La Redorte (Maurice-David-Joseph), comte de l’Empire, lieutenant-général et pair de France, grand’eroix de la Légion-d'Honneur, grand’eroix de l’ordre de la Réunion, etc., naquit à Saint-Aiïriquc , en 1768, d’une famille de bonne bourgeoisie. Entré au sortir de ses éludes comme cadet dans le régiment suisse de Murait , qu’il suivit au cap de Bonne-Espérance , en 1783 , il obtint, le 23 décembre 1786, une sous-lieutenance dans la légion de Luxembourg et passa aux Indes-Orientales. A son retour en France, en 1789, il entra dans le régiment royal-dragons , que commandait en

second M. de Barrau-Muratel , son oncle. Lorsque ce dernier fut promu au grade de général , il s’attacha son jeune neveu comme l’un de ses aides-de-camp. Le 5 août 1792, Maurice Mathieu se trouva au combat d’Arnheim , près de Landau. Il marcha avec la brigade que M. de Barrau-Muratel conduisità l’armée du centre , Iprs de l’invasion des Prussiens en Champagne , et assista à la bataille livrée , le 20 septembre , près de Sainte-Menehould.

Adjoint à l’état-major général de l’armée de la Moselle, il prit part à toutes les affaires de la campagne de 1793 , et devint aide-de-camp du général Chapsal , puis adjudant-général le 1 3 juin 1 793. Passé à l’armée du nord , au mois de novembre de cette année , il commanda l’avant-garde du corps d’armée chargé du blocus de Mayence , qui fut levé par suite des préliminaires de paix signés à Léoben.

M. Mathieu fut ensuite attaché au corps de troupes qui marcha sur Rome.

Chargé de réduire la ville de Terracine, dont les habitants avaient égorgé le commandant français et arboré l’étendard de la révolte, il investit les nombreux insurgés qui s’étaient réfugiés dans celte place ; et, après huit heures d’un combat sanglant , il s’empara de la ville , passa les rebelles au fil de la baïonnette , et s’empara de leurs armes et de leur artillerie. Il eut un cheval tué sous lui dans cette affaire, à la suite de laquelle il fut promu au grade de général de brigade , par arrêté du gouvernement du 28 septembre 1798.

Après beaucoup d’hésitations, Mack étant sorti de Rome à la tête de quarante mille hommes, se décida à s’avancer contre la droite de l’armée française commandée par Macdonald qui défendait le Tibre. Macdonald, quoique inférieur en nombre, manœuvra si habilement qu’il déconcerta les projets de l’ennemi. Dès qu’il s’aperçut des mouvements de celui-ci, il donna l’ordre au général Maurice Mathieu de se porter en toute diligence sur le village de Yignanello , afin d’y occuper la colonne ennemie qui se dirigeait sur ce point pour gagner la position d’Orleet passer le Tibre. Maurice Mathieu rencontra effectivement les Napolitains (5 décembre), et malgré la lassitude des soldats delà 11* demi-brigade qu’il avait sous

ses ordres , il les attaqua si vigoureusement qu’il les obligea de se jeter dans Vignanello , village situé sur une hauteur et ceint d’une bonne muraille. Les habitants se joignirent aux soldats ennemis pour défendre ce poste ; mais un feu vif et la menace que fit le général français de passer au fil de l’épée tous ceux qui seraient pris les armes à la main , forcèrent les Napolitains à sortir du village. Les cinq colonnes de Mack furent également repoussées dans celle journée, et le général Macdonald eut la gloire de faire échouer avec 6,000 hommes toutes les attaques dirigées contre lui par un général qui en commandait 40,000.

De là , Mack se replia sur les hauteurs de Calvi où il se retrancha. Le général Mathieu ayant eu la commission d’attaquer Magliano et d’en débusquer un détachement ennemi , s’en acquitta avec le même succès. Il battit les Napolitains , leur fit 400 prisonniers , s’empara de leur camp muni de beaucoup de bagages et occupa Magliano.

Le général Moesck , à la tète de 40,000 Napolitains, s’était emparé , le 6 décembre , de la ville d’Ottricoli , poste fort important qui compromettait la sûreté des communications de l’armée française. Championnet ne voulait pas faire attaquer le corps dq général Moesck parla division Macdonald avant de l’avoir renforcéo; mais celui-ci , plein de confiance dans la valeur de ses troupes , ordonna l’attaque. Le général Mathieu , à la tète de quatre compagnies de la 30° demi-brigade, de quatre compagnies de la légion polonaise , d’un bataillon de la 42e et d’un escadron du 16' dragons, forma celte troupe en petites colonnes et dirigeant son artillerie et sa principale attaque sur la grande route, il chassa l’ennemi de toutes ses positions, s’empara d’Otlricoli, fit plus de 2,000 prisonniers, enleva huit pièces de canon , trois drapeaux , plus de 500 chevaux et tout l’état-major du régiment de la Principessa, cavalerie; il culbutta le reste dans les ravins, où les Polonais , placés en tirailleurs, tuèrent encore beaucoup de monde.

Restaient les positions de Calvi. Macdonald ne voulant point donner de relâche les fit attaquer avec vigueur, et le brave général Mathieu fut encore chargé de cette expédition. Il se mit en marche à la tète d’une colonne , pendant la nuit ,

par un temps affreux et des chemins impraticables. A la pointe du jour (13 décembre), il aperçut les avant-postes napolitains. Les Français les attaquent avec vigueur, les culbuttent, forcent le camp retranché, font de nombreux prisonniers et poursuivent les Napolitains jusques sous les murs de Calvi. Le général Mathieu fit occuper par de petits détachements les hauteurs qui dominent la ville et envoya sommer le général de se rendre. Celui-ci fit des propositions qu’on ne pouvait pas admettre. Alors Maurice Mathieu fit battre en brèche la muraille du jardin d’un couvent. Effrayés du danger, les généraux ennemis se rendirent à discrétion, et livrèrent la place avec 7,000 hommes, douze pièces de canon et dix-sept drapeaux. Ce dernier succès , dû presque tout entier à l’audace du général Mathieu , contribua h déterminer la retraite de Mack et l’occupation de Rome par Championnet, le 15 décembre.

Dès le 9 , le général Mathieu était entré dans celte ville , après avoir remporté , près de la Storta , un avantage sur la colonne napolitaine du comte de Damas. Attaqué le même jour, en avant deSaint-Jean-de-Lalran, par une seconde colonne de 6,000 Napolitains qui voulait protéger la retraite de M. de Damas , celte seconde colonne ennemie fut également battue , avec perte d’environ 2,000 hommes, et^ii pièces de canon.

L’armée française , après un court séjour à Rome , en repartit le 20 décembre et se dirigea vers les frontières du royaume de Naples.

Dans ce mouvement, le général Mathieu se distingua encore le 27 du même mois à l’attaque de Coprano qu’il prit à la baïonnette.

Au mois de janvier suivant , Macdonald reçut l'ordre de Championnet de reconnaître la place de Capoue pour en faire le siège. Macdonald prit pour celte opération le général Maurice Mathieu et sa brigade , et , marchant sur trois colonnes , il s’approcha de Capoue le 3 janvier. L’attaque fut des plus vives. La colonne principale, formée d'une partie de la 30' et de la 97e demi-brigade et dirigée par Maurice Mathieu, après avoir enlevé quelques pièces d’artillerie mises en batterie sur

-la route , marcha au pas de charge sur le retranchement qui la défendait et en chassa l’ennemi. Quelque temps après (44 janvier), à l’attaque de la ville, Mathieu , chargeant avec vigueur, eut le bras fracassé d’un biscaïen , ce qui priva l’armée pendant le reste de la campagne de ce brave général.

Sur ces entrefaites , le roi de Naples et le pape lui envoyèrent simultanément leur portrait en reconnaissance de la discipline qu’il avait maintenue parmi les troupes.

Le 47 avril 1799, à peine âgé de 30 ans, Mathieu fut promu au grade de général de division et nommé , dans le mois de mars de l’année suivante , au commandement de la 11® division militaire. Là, il eut l’occasion de repousser plusieurs tentatives faites par les Anglais sur les côtes du Finistère , et il mit le port de Brest à l’abri de toute insulte.

Vers la fin de septembre 4800, le général Mathieu de la Redorte passa au commandement de la 20® division militaire à Périgueux , et de là , il se rendit, au mois de décembre, à Dijon , pour commander une division de l’armée d’observation aux ordres du général Murat. Cette armée ayant été mobilisée, passa le petit Saint-Bernard, envahit le Piémont et se dirigea vers Ancône pour en former le siège. L’armistice conclu à la suite de la bataille de Marengo ayant changé la destination de celte armée , elle marcha en Toscane , puis dans le royaume de Naples , où la division du général Mathieu resta jusqu’au mois de mai 1802, époque de l’évacuation.

Le 4 juillet 1804 , le général Maurice Mathieu vint présider à Rodez le collège électoral de l’Aveyron , convoqué pour nommer deux candidats au Sénat, et , à la tête du bureau de celle assemblée, il alla complimenter l’Empereur Napoléon sur son avènement au Trône. Il avait été créé grand-officier de la Légion-d’Honneur le 1 4 juin de la même année.

Employé à la grande armée d’Allemagne en 1803 , dans le corps du maréchal Augereau , il servit dans le Brisgaw , et conclut avec le général Jellachich une capitulation par laquelle le corps d’armée de ce général autrichien fut fait prisonnier de guerre.

Il fit avec non moins de distinction en 1806 et 1807 les campagnes de Prusse et de Pologne.

Tout couvert de blessures, le général Maurice Mathieu prit, en 1808, le commandement d’une division à l’armée d’Espagne , à la tôle de laquelle il se distingua plusieurs fois durant le cours de cette longue et sanglante guerre.

D’abord à la bataille de Tudéla (23 novembre 1808), gagnée parle maréchal Lannes sur Castanos et Palafox réunis. L’ardeur des troupes françaises leur fit précipiter le moment de l’attaque, Maurice Mathieu s’avança le premier à la tète de sa division sur le centre de l’armée espagnole qu’il enfonça. Après la victoire , il marcha sur Borja et ramassa encore un grand nombre de fuyards.

Au mois de mars 1 81 1 , pendant que le gros du 7e corps d’armée était stationné dans les plaines de Lérida , il se tramait un complot pour livrer aux Espagnols la forteresse de Monljouy qui domine Barcelone et son port. Maurice Mathieu, gouverneur de Barcelone , averti à temps de ces machinations, résolut de les faire tourner à la perle de l’ennemi. Il laissa le marquis de Campo-Verde réunir huit mille hommes sous les murs de celle place. Dans la nuil du 19 au 20 mars, diverses embuscades avaient été placées à l’extérieur et la garnison était sous les armes. Huit cents grenadiers espagnols étaient déjà descendus dans les fossés , lorsqu’un feu terrible de mousqueterie devint le signal de leur destruction. A peine quelques-uns d’entre eux échappèrent h la mort pour porter au marquis l’affreuse nouvelle de l’issue de son expédition. Campo-Verde n’eut plus qu’à chercher son salut dans une fuite précipitée; mais alors les embuscades placées dans la campagne fondirent sur lui et lui firent éprouver de nouvelles pertes. Huit cents hommes tués et douze cents prisonniers furent le résultat de sa tentative si habilement déjouée parle gouverneur de Barcelone.

Le 2i juillet suivant , le général Mathieu , avec un détachement des troupes sous ses ordres , concourut à la prise du Mont-Sarrat, position importante, fortifiée par l’art et la nature et qui était l’unique dépôt d’armes qui restât aux insurgés Catalans.

n janvier i8i2. — Combat d’Âlta-Fulla. — Les Anglais et les Catalans voulant obtenir une diversion du maréchal Suchet qui pressait le siège de Valence firent un mouvement sur Tarragonne. Maurice Mathieu fut chargé de défendre la place. Sorti de Barcelone , il campa le 22 janvier à Villafranca, et sut cacher ses forces à l’ennemi de manière à ne lui inspirer aucune défiance. Ayant marché toute la nuit, il déboucha, le 23 au point du jour, sur la ligne ennemie qui occupait une forte position et fit sur le champ ses dispositions pour l’attaquer. La résistance fut longue et opiniâtre ; mais enfin , cédant à l’impétuosité française , les Catalans et les Anglais furent successivement chassés de leurs positions, mis en fuite et poursuivis par notre cavalerie qui en sabra un grand nombre. Deux mille hommes tués , blessés ou pris , l’artillerie tombée au pouvoir du vainqueur, Tarragonne dégagée , les vaisseaux anglais éloignés du port , les derrières de l’armée d’Arragon garantis , tels furent les résultats du combat d’Alla-Fulla , oit le général Mathieu montra autant d’habileté que scs troupes de courage.

Dans les premiers jours du mois de juin suivant, lord Murray, à la tète de vingt-huit mille Anglais et soutenu par douze mille Espagnols, forma le siège de Tarragonne. Cette place était dépourvue de tout. Le général Bertoletli la défendait avec douze cents braves tous décidés à mourir plutôt que de se rendre. Le général Mathieu , alors gouverneur de la Basse-Catalogne , instruit de la position dans laquelle se trouvait cette malheureuse garnison , conçut le hardi projet de la délivrer. Il partit de Barcelonne , le 17 juin, avec sept mille hommes, seules troupes dont il pût disposer. Après avoir manœuvré pendant trois jours de manière à faire croire à l’ennemi qu’il en avait un plus grand nombre , il donna l’ordre à son avant-garde de tomber vigoureusement sur les postes ennemis. Cette audace en imposa à lord Murray au point qu’il leva le siège avec précipitation et regagna ses vaisseaux laissant en notre pouvoir tout le matériel de son armée.

Tarragoune fut ravitaillée le lendemain par les soins du général en chef Decan.

Pendant toute la durée de cette lutte terrible dont le principal théâtre fut en Catalogne , le général Maurice Mathieu ne cessa de donner des preuves de sa valeur et de ses talents militaires.

Rentré en France en 181 4, il fut créé chevalier de l’ordre de Saint-Louis le 1er juin, et nommé inspecteur général chargé de l’organisation de l’infanterie dans les 12e et 20e divisions militaires.

Pendant les Cent Jours, il commanda la 10' division militaire à Toulouse, et se relira , au mois de juillet de la même année, dans sa terre de la Redorte , département de l’Aude.

Le roi l’appela au commandement de la 1 9e division militaire , au mois de septembre 1817, et le créa pair de France, au titre héréditaire de baron , le 9 mars 1819.

C’était le plus ancien général de division de l’armée française ; couvert de blessures ; comte et grand-officier de la Légion-d’llonneur depuis 1804 ; grand-croix de l’ordre de la Réunion; commandeur de l’ordre de l’Epée de Suède; il était d’ailleurs décoré de presque tous les ordres militaires de l’Europe.

Il est mort le 1er mars 1833, laissant de M"e Clary, sa femme, belle-sœur du roi d’Espagne Joseph, un fils qui, après avoir siégé à la chambre des députés , a été promu à la pairie le 20 juillet 1841 , et a rempli diverses missions diplomatiques.

MERLIN

MERLIN

Merlin (Jean-Pierre-Raymond), jurisconsulte, chevalier de la Légion-d’Honneur, député de l’Aveyron , juge au tribunal de Rodez, né le 22 janvier 1767, àSauvelerre, décédé à Rodez le 29 novembre 1839.

M. Merlin , élevé par les doctrinaires , se destina d’abord à l’enseignement, prit les ordres sacrés, obtint une chaire d’humanités au collège de l’Esquille à Toulouse , et puis de rhétorique au collège royal de La Flèche. LaRévolulion, dont les secousses ébranlaient déjà le monde, vint changer le cours de ces idées et lui ouvrir une nouvelle carrière. 11 entra dans l’administration publique et présida , à son début , le conseil du département de la Sarthe. Mais devenu bientôt suspect par sa modération au gouvernement révolutionnaire , il se réfugia dans son pays natal où , plus heureux qu’au Mans , il exerça paisiblement les obscures fonctions de secrétaire du club.

Après le 9 thermidor, il devint secrétaire-général de l’administration centrale du département de l’Aveyron , et ce fut à cette époque , qu’en concurrence de Capelle et de plusieurs autres , il remporta le prix du département dans une ode sur les victoires de la République.

Quelques années après , il embrassa la carrière du barreau, plaida surtout comme défenseur dans les causes criminelles et obtint des succès.

M. Merlin , par son caractère , ses habitudes , ses idées , n’était rien moins qu’un homme politique. Il pouvait obéir à une impulsion donnée , mais jamais l’imprimer. Cependant , les événements ne cessèrent de le mettre en relief et l’opinion de l’élever sur une sorte de piédestal. Quand les Cent Jours arrivèrent , on le lira de son cabinet pour le faire maire de Rodez , et bientôt après de nombreux suffrages l’envoyèrent siéger à la chambre des représentants. L’ouragan passé,

MERLIN

il reprit ses fonctions modestes qu’il exerça paisiblement jusqu’aux événements de 1830 qui le jetèrent de nouveau sur la scène politique.

Elu à celte époque membre de la chambre des députés et du conseil général de son département , il a siégé dans la première de ces deux assemblées et a constamment présidé la seconde jusqu’à sa mort.

M. Merlin avait débuté à la Chambre de 1831 par une proposition malencontreuse devant laquelle les centres euxmêmes reculèrent. 11 voulait une liste civile de quinze millions accompagnée d’une immense dotation mobilière et immobilière. C’était prendre une position nette parmi les féaux du pouvoir, et il a rarement démenti ce rôle. Plus tard, pourtant, il s’éleva avec force contre le rétablissement de la loi du divorce qu’il regardait avec juste raison comme immorale , impolitique , contraire à l’opinion religieuse, pouvant porter une grande perturbation dans l’ordre social , par le bouleversement de la société domestique dont le principal appui est le lien conjugal.

On a de lui quelques autres discours prononcés à diverses époques , sur la rectification de plusieurs dispositions du Code pénal , sur l’amélioration de l’administration départementale et contre la loi pénale proposée en 1834 sur les détenteurs , les fabricateurs et distributeurs d’armes et poudres de guerre et les attroupements séditieux.

On rencontre dans ses écrits quelques bonnes idées pratiques , mais absence complète d’aperçus neufs et de ces pensées lumineuses qui , relevées par un heureux choix d’expressions , éclairent le sujet , commandent l’attention et captivent les suffrages.

M. Merlin , par son habitude des affaires et son aptitude au travail, avait pris une certaine position à la chambre, et il a plusieurs fois présidé les bureaux auxquels il était appelé.

A la fin de 1834, le gouvernement récompensa son dévoûment par une place de juge à Kodez.

M. Merlin , dans sa longue carrière , n’avait provoqué les antipathies de personne ; ses facultés , peu éclatantes , il faut le dire , le mettaient à l’abri de cette envie qui excite des

MONSEIQÎUT.

ombragés et s’acharne malheureusement trop souvent contre les hommes supérieurs. On ne voyait en lui que l’homme obligeant, toujours disposé h être ulile, toujours prêt à donner son appui à ceux qui le réclamaient , et tout cela explique la participation qu’a deux reprises différentes les légitimistes prirent à son élection.

Félix-Hippolyte de Monseignat , né à Rodez le 7 juin 1764, jurisconsulte , membre de plusieurs législatures , chevalier de la Légion-d’Honneur, fit avec distinction ses éludes au collège de Rodez. Jeune encore quand la Révolution éclata, il en devint enthousiaste et embrassa sa cause avec chaleur. Il y avait alors une certaine gloire à signaler les abus , à provoquer de salutaires réformes dans l’administration publique. Mais il était bien difficile , une fois engagé dans cette voie , de ne pas dépasser les limites au-delà desquelles le droit cesse et la révolte commence. C’est ce que les événements ne prouvèrent que trop. Né d’une famille riche et bien posée , M. de Monseignat n’avait pas, comme tant d’autres , à chercher sa fortune dans un bouleversement social. Cédant à ses convictions ou à la force du courant, quand il pouvait être honorable d’être révolutionnaire, il le demeura pourtant lorsque ce rôle n’était plus avouable chez le bon citoyen.

Le premier acte qui le fit connaître avec avantage fut une lettre qu’il écrivit, le 17 septembre 1790 , à Alexandre Lameth , pour qu’il demandât à l’assemblée nationale la publicité des séances en faveur des corps administratifs des départements.

Quand les théories du gouvernement constitutionnel furent abandonnées par les artisans de la révolution et que les idées républicaines prévalurent , M. de Monseignat se fit républicain. Il se rangea toutefois du côté de ceux que les appa-

rences du patriotisme et l’éclat des talents semblaient rendre plus propres à conduire les affaires (les Girondins). II s'associa à tous leurs actes , qui furent souvent , il ne faut pas se le dissimuler, empreints de beaucoup de violence. On connaît l’existence éphémère de cette faction et l'aveuglement dont elle demeura frappée jusqu’à la fin. La tète était abattue au sein de la convention nationale que , dans plusieurs départements , les adeptes s’agitaient encore pour venger une défaite trop méritée. A Rodez , où cette cause avait excité de vives sympathies , l’altitude des corps administratifs fut menaçante. Le conseil du département exprima sa pensée sur les événements du 31 mai avec une liberté et une rudesse de langage que peut seule expliquer l’illusion puérile dont se berçaient quelques départements méridionaux sur l’issue de cette lutte célèbre. 11 était sans doute honorable , dans celte circonstance , de protester contre les violences d’une minorité factieuse , qui , pour saisir le pouvoir, abattait et proscrivait ses rivaux jusques dans le lieu qui aurait dû être pour eux un asile inviolable.

Mais on regrette que les vaincus n'eussent éprouvé aucun scrupule de ce genre lorsque . peu de temps auparavant , maîtres de la situation , ils avaient fait si bon marché de tout ce qui était garanti par la constitution et de la royauté elle-même.

Monseignat et Cambes furent chargés de porter cette adresse à Paris. Les dispositions qu’ils rencontrèrent dans cette capitale empêchèrent l’accomplissement de leur mission. Ils se renfermèrent dans un discret silence et s’en retournèrent à petit bruit.

M. Monseignat, de retour, crut ne pouvoir mieux faire, pour faire oublier son erreur, que de mettre son patriotisme au service des montagnards vainqueurs , et telles étaient les ressources fécondes de son esprit et la résignation de son caractère qu’il resta presque seul debout au milieu de la déroute de ses amis politiques , expulsés, proscrits, emprisonnés , et qu’on put croire qu’il avait trouvé grâce pleine et entière auprès des vainqueurs. Ceux-ci mettaient son intelligence et son instruction à profit dans les affaires épineuses.

Au club , on confiait la rédaction des adresses , des lettres , des procès-verbaux de quelque importance à sa plume élégante et facile ; on lui donnait de fréquents témoignages de confiance, et quand il fut assez compromis par sa participation aux actes du parti Jacobin , voilà qu’un beau jour, sur un ordre du comité de sûreté générale , il est arrêté et conduit à Paris.

Il fit le voyage côte à côte avec un royaliste prononcé , M. Le Normand de Bussy, ancien receveur particulier des finances , qui dut être fort étonné que des routes si différentes menassent au même terme. Celui-ci se montra fort abattu pendant le trajet , tandis que le jeune républicain charmait les ennuis du voyage par l’enjouement de son caractère et les saillies de son esprit. Il aurait eu pourtant quelque droit de ressentir de l’humeur contre cette révolution ingrate , cette mère dénaturée qui , pour nous servir de l’expression de Vergniaud « semblable à Saturne , dévorait ses propres enfants. »

Cependant , la société populaire de Rodez où il comptait beaucoup d’amis s’émut du danger qui menaçait sa tête. Dans une séance du 6 thermidor, elle reconnut et déclara « que le citoyen Monseignat, après son retour de Paris, avait franchement avoué son erreur ; qu’il avait reconnu que l’icsurrection du 2 juin était légitime et que le côté gauche de la montagne voulait sincèrement et voulait seul la République une et indivisible ; qu’à son arrivée , il s’étàit empressé de provoquer des autorités constituées le rapport des arrêtés liberticides qu’elles avaient déjà pris. »

Nonobstant celte intervention protectrice des montagnards de Rodez, il est fort incertain que l’ancien girondin eût échappé à la hache révolutionnaire , si le dictateur Robespierre, par un revirement inattendu , n’eût été précipité luimême du pouvoir.

M. Monseignat revit donc sa ville natale , ses parents, ses amis. Les affreux montagnards furent détrônés à leur tour. Des voix vengeresses s’élevèrent contre ces hommes teints de sang. La société populaire de Rodez, affranchie de leur joug, voulut constater dans un monument authentique tous les faits qui se rattachaient à leur domination sauvage, et char-

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gca principalement M. de Monseignat de ce rapport. Dans cette pièce , que nous avons sous les yeux, on fait , en effet, le tableau le plus sombre de tous les excès , dé toutes les vexations , de tous les crimes enfin commis par les montagnards de Rodez , à partir de l’irruption de l’armée révolutionnaire qui ouvrit , d’après certaines gens, dans nos murs, l’ère de la terreur. Mais le mémoire est muet sur ce qui s’était passé antérieurement à celle époque , quoique des violences sans nombre eussent été commises ; c’est que la Terreur ne s’étendait alors que sur les anciens partis monarchiques, et que les girondins n’avaient garde de récriminer contre une tyrannie dont ils avaient été eux-mêmes les fauteurs. Leurs yeux ne se dessillèrent, leurs cœurs ne s’amollirent que lorsque le vent de l’adversité souffla sur eux.

M. de Monseignat fut ensuite député au conseil des Cinq Cents et y siégea jusqu’au 18 brumaire.

Tout le monde connaît la situation désespérée que les révolutionnaires du directoire avaient faite à la France quand l’heureuse audace d’un guerrier couronné par la victoire vint l’arracher de leurs mains. M. de Monseignat était à Saint-Cloud lorsqu’il fallut céder à la force et abandonner précipitamment sa chaise curule. Un secret instinct lui faisait entrevoir l’avenir, un rayon du soleil levant avait illuminé sa conscience. Il ne prit donc pas les choses au vif comme son collègue Aréna, et subit sans murmure sa destinée.

Cette modération intelligente lui ouvrit les portes du Corps législatif le 4 nivôse an VIII.

La même faveur lui fut accordée deux ans après (22 ventôse an X) par le Sénat , appelé par la Constitution consulaire à choisir sur l’assemblée précédente les quatre cinquièmes de ce corps.

M. de Monseignat , homme d’élite , méritait sans doute d’occuper une place parmi nos législateurs ; mais ce qui lit décidément pencher la balance de son côté, ce fut l’influence du général de Beurnonville , fortement exercée en sa faveur, k la prière d’un ami commun (1).

(1) M. de Sotanet.

Le consulat avait été la transition naturelle du gouvernement démagogique au gouvernement absolu. Pendant cette période, l’autorité publique avait repris son auréole, les esprits les plus récalcitrants étaient rentrés dans l’obéissance. Aussi , lorsque l’Empire s’éleva , ce fut un curieux spectacle de voiries anciens membres de nos assemblées souveraines , tous ces démocrates et fougueux tribuns, courber silencieusement la tête et former près du nouveau maître une cour nombreuse, qui se trouva heureuse d'accepter les emplois, les honneurs , les dignités, les titres même de noblesse qu’il plut à Sa Majesté Impériale de répandre autour d’elle.

Grâce à la double faveur de ses concitoyens et du gouvernement, M. de Monseignat se perpétua dans les législatures pendant presque toute la durée du régime impérial. Le métier n’était plus périlleux , et il était bien temps que les assemblées législatives , après de si longs et de si dangereux ébats, rentrassent dans le calme et jouissent de quelque repos.

Bien des républicains qui en faisaient partie durent reconnaître que le despotisme impérial valait mille fois mieux pour eux que la république , objet de leur rêves passés. Du moins alors on ne les envoyait pas à la mort pour de bons avis , et on les payait même quelquefois pour de mauvais.

Nommé membre de la commission de législation civile et criminelle au corps législatif, le 9 décembre 1809, M. de Monseignat fut d’abord rapporteur et puis président de celte commission. C’est ainsi qu’il prit une part active à l’élaboration du Code dont l’empereur Napoléon dota la France.

La croix de la Légion-d’Honneur fut la récompense honorifique de ses travaux en 1810 , et, l’année suivante, il fut nommé conseiller de préfecture.

Quand la dernière heure de l’Empire sonna, M. de Monseignat exerçait paisiblement ces dernières fonctions au cheflieu de son département. Le gouvernement royal l’y maintint , ce qui n’empêcha pas qu’aprèsle retour de l’île d’Elbe il acceptât de ses concitoyens le mandat d’aller au champ de mai cimenter l’alliance du second empire avec la vieille république. Cette mission , comme on le sait , fut courte et malheu-

reuse. L’Empire fut une seconde fois brisé et la Restauration bouda un peu le député du Champ de Mai ; mais, en définitive , comme elle avait un faible pour les hommes de talent de tous les régimes , elle oublia bientôt le passé , et une ordonnance royale du 21 juillet 1821 réintégra M. de Monseignat dans sa place de conseiller de préfecture qu’il a conservée jusqu’au moment où , vers la fin de sa vie, il l’a faite passer sur la tête de son fils.

Les allures d’un gouvernement monarchique convenaient mieux, il faut l’avouer, au caractère de M. deMonseignat que les agitations d’une turbulente démocratie. Possesseur d’une fortune considérable, essentiellement homme du monde , recherché autant par l’aménité de son caractère que par les agréments de son esprit, sa place était marquée plutôt dans les salons aristocratiques que dans les conventicules d’nne populace déguenillée.

Malheureusement ou heureusement , M. de Monseignat avait une excessive répugnance à renoncer à toute participation aux affaires publiques. Il n’a jamais compris , nous eo sommes certain , un patriotisme qui se condamne à l’inaction et à l’oubli, plutôt que de servir sous un pouvoir antipathique. On pourrait bien soupçonner aussi , mais ceci n’est qu’un doute , que le patriote de 89 n’avait pas vu sans un secret plaisir l’abaissement de cette orgueilleuse aristocratie dont il venait à peine de toucher le seuil (1), lorsque les décrets nationaux la firent disparaître.

Quant à la résistance active, à l’opposition ardente, il n’en faut point parler. Depuis la terrible épreuve du mois de mai 93 , il ne pouvait venir à l’esprit de l’ancien girondin de se heurter contre le plus fort. L’homme paisible du cabinet ne pouvait bonnement compromettre sa sûreté , son repos, son simple bien-être dans un rôle si dangereux. Il se contentait de se laisser aller tout doucement au couraut , en concentrant toutes les forces de son intelligence et de son adresse pour ne pas sombrer.

(1) M. de Monseignat , père de celui qui fait l’objet de cet article, avait été ennobli par charge en 1782.

MONTEIL

Quand les ordonnances de juillet précipitèrent là crise que l’opposition libérale préparait à la France , le conseiller de préfecture traversa la tourmente sans encombre et son crédit ne perdit point au change. Du reste, si sa conduite fut habile, elle fut modérée , et, sur ses vieux ans, il sut se préserver de cette politique violente qui trouve tant de promoteurs aux temps de révolution et dont une longue expérience lui avait appris le danger.

M. de Monseignat est mort fort chrétiennement à Rodez au sein de sa famille, le 4 décembre 1840.

MONTEIL

« M. Amans-Alexis Monteil était né à Rodez d’un père conseiller au présidial, dans une famille d’antique bourgeoisie , où il avait puisé , enfant, cet amour de l’indépendance et de l’ordre , ce ferme courage , celle volonté inébranlable, celte patience dans le malheur, celle modération et cette modestie qui ne se pouvaient comparer qu’à son bon sens et à son orgueil. Son premier livre fut publié en 1799 ; il a pour litre : De l'existence des hommes célèbres dans les Républiques , et ce beau travail indiquait déjà l’historien qui allait venir. Sa Description de l’Aceyron, qui est restée un livre excellent et toujours consulté , contenait en germe Histoire des divers états ; la division est la même : agriculture , arts mécaniques , finances , commerce , grandes routes , instruction publique. La France manquait alors de statistiques (elle en a trop aujourd’hui), et celle description de l'Aveyron fut accueillie avec reconnaissance , comme un modèle que M. Monteil devait seul imiter et surpasser.

La terreur, intelligente celle fois, dont il ne parlait jamais qu’avec l’épouvante des honnêtes cœurs , et qu’il a flétrie avec toute l’énergie et toute l’indignation que son âme pouvait contenir, avait fait du citoyen Monteil un secrétaire de district , et voilà comment il apprit jour par jour le mécanisme

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de cette administration qu’il a expliquée d’une façon si habile. Il fut plus tard professeur d’histoire à l’école centrale de Rodez , et bientôt aux écoles militaires de Fontainebleau , de Saint-Germain et de Saint-Cyr. Il a appris l’histoire à plus d’un maréchal de France , et par quels sentiers lumineux on arrive h la gloire.

Ce fut en 1827 , grâce aux bons soins et , disons-le , à la louange des deux amis , grâce à l’argent de M. La Romiguière qui l’aimait d’une tendresse toute liliale (deux belles et honnêtes âmes , en effet , bien faites pour s’entendre et pour s’aimer) que parurent les deux premiers volumes de son Histoire des divers états, en dix tomes m-8° , qui ne fut terminée qu’en 1844. Le succès fut grand ; l’attention publique se trouva vivement excitée ; on parla de la nouvelle histoire avec enthousiasme ; les familles l’adoptèrent comme un livre écrit pour le foyer domestique ; l’illustre M. Guizot, ce bon juge d’un pareil travail , le cita plusieurs fois avec honneur dans sa chaire cl dans ses livres ; l’Académie décerna à M. Monteil une partie du prix Gobert , plaçant ainsi dans sa reconnaissance les divers états à côté des livres mêmes de M. Augustin Thierry! M. Monteil a donc recueilli de son vivant une partie de la gloire qui lui devait revenir.

Alors enfin , se sentant vieillir, et voyant son œuvre accomplie, le noble vieillard prit congé de l’humble mansarde qu’il habitait à Passy même, non loin d’un poète , comme lui ami du peuple et de ses douces joies ; M. Monteil vivait dans celle relraile studieuse, de méditation, de promenade et de silence, à peine connu de quelques voisins , bon à tous, importun à personne, et répandant ça et là l’ineffable bienveillance de son cœur.

Il fut longtemps à choisir un autre abri , à renoncer aux derniers bruits de ce monde qu’il aimait sans y être jamais entré. Il se réfugia dans une humble maison qu’il avait achetée à Céli, petit village du département de Seine-et-Maroe, un village inconnu qu’il eût rendu célèbre , car il avait entrepris Y Histoire de Céli, afin de laisser le modèle et l’exemple d’une histoire villageoise. Nous avons lu les premiers feuillets de celle histoire; cela commençait par la description des lieux, et dans cet étroit espace , l’historien de la France féo-

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dale , devenu le garde-note d’un hameau , avait retrouvé une foule de cérémonies oubliées , d’anciens usages , de vieux noms éteints sous ces chaumes , d’antiques familles disparues dans ces sillons! C’eût été une chose charmante , cette histoire de Céli. ’

11 avait aussi entrepris ses mémoires , et naturellement ces mémoires auraient représenté une dernière histoire des divers états de sa province nationale , avant 1789. Quelques chapitres seront sauvés , nous l’espérons , de ce livre que la mort nous envie et nous enlève (1). Voici le titre de ces chapitres, s’il nous en souvient :

Mon père , — ma mère , — ma sœur Joséphine , sans oublier le frère Joachim , avocat pacificateur ; son seul rôle en ce monde c’était d’arrêter les procès commencés ! Et à l’occasion de chaque héros de sa jeunesse, 51. Monteil faisait l’histoire de quelque magistrature ou de quelque industrie. Hélas I au milieu de ce travail sans fin de la nuit et du jour , après ces efforts incroyables de la patience , de l’imagination, de la mémoire , de la science , on ne pouvait guère espérer qu’il mènerait à bonne fin ces dernières entreprises dans lesquelles se complaisait cet aimable génie.

Un grand affaiblissement , une immense fatigue , une lente et calme agonie où se retrouvaient celte grâce , cette bonne humeur, ce vif sentiment de l’amitié qui était sa seconde vie, annoncèrent bien avant l’heure fatale le moment suprême. Il se sentait mourir, il ne luttait pas contre la mort , mais il la voulait calme et souriante comme sa vie. Il espérait aller jusqu’au printemps ; au moins est-il mort par un beau jour.

Il n’appartenait à aucune académie ! Il s’était présenté en 1832 à l’académie des sciences morales et politiques, il manqua son élection de deux voix , et , fier comme il était , il se promit à lui-même de ne plus se présenter ; il s’est tenu parole , et voilà comment il n’a pas encore obtenu de louange

(I) Ce livre est en la possession de la Société des Lettres , Sciences et Arts de Rodez. 11 lui a été envoyé avec d’autres manuscrits précieux parles héritiers de M. Monteil.

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