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LE BARON' DE NOGARET

temps .après, maître des requêtes en service ordinaire. Il avait été nommé comrnandeurde la Légion-d’Honneur , le 25 prairial an XII, lors de l’organisation de cet ordre, et quelque temps après baron , titre qui lui a été confirmé par le roi Louis XVIII.

Pendant la durée de ses fonctions, il a été présenté trois fois comme candidat pour le Sénat conservateur, deux fois par le département de l’Aveyron et une fois par celui de la Lozère.

A partir de 1814 , M. le baron de Nogaret vécut pendant quelques années dans la retraite , étranger aux affaires publiques et uniquement occupé des travaux de l’agriculture. Il fut ensuite nommé maire de la commune de Saint-Laurentd’Olt , modeste place qu’il a occupée jusqu’à sa mort. En 1827, après la dissolution de la Chambre des députés , il fut porté à la députation par les électeurs constitutionnels de l’arrondissement de Millau; son compétiteur, appuyé de toute l’influence du parti qui dominait alors, l’emporta sur lui. L’élection fut annulée, parce qu’il ne put pas prouver qu’il payait le cens voulu par la loi , et le collège électoral ayant été réuni de nouveau , M. de Nogaret fut élu à une assez grande majorité. Jusqu’à sa mort , il n’a pas cessé de représenter cet arrondissement, votant constamment à la Chambre avec les amis de l’ordre et de la paix et avec ceux qui veulent le maintien des institutions sorties de la révolution de Juillet.

Il fut réélu en 1830, 1831 , 1833, 1837 et 1839, et presque toujours à de très-fortes majorités. Il a été membre du Conseil général du département depuis 1830 jusqu’en 1837 ; il a eu l’honneur de présider plusieurs fois cette assemblée qui a depuis regretté ses lumières et son expérience.

Devenu doyen d’âge de la Chambre des députés , il l’a présidée quatre fois en cette qualité. Pendant la durée de ses fonctions législatives , si une extrême timidité ne lui a pas permis de monter à la tribune , il s’est plu à composer quelquefois, sur des questions intéressantes, des discours qui auraient pu être fort utiles à la cause qu’il défendait. Estimé et honoré par tous les partis , il a été, durant ces dernières

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annéès, porté presque continuellement , par les suffrages de ses collègues ,■ à la présidence de son bureau. M. le baron de Nogaret était à la Chambre le seul représentant des trois premières assemblées. Il avait une connaissance complète de tous les faits relatifs à notre première révolution , ayant été acteur ou témoin de plusieurs.

Ce qui a distingué M. le baron de Nogaret pendant sa longue carrière , c’est la probité politique , vertu si rare de nos jours. Son caractère était un heureux alliage de bonté et d’énergie. Il fut doué d’une rectitude d’esprit remarquable ; son coeur était noble et élevé.

Il racontait avec esprit un grand nombre d’anecdotes pleines d’intérêt; il avait beaucoup vu et beaucoup retenu. Il avait à peu près connu tous les hommes politiques qui ont joué un rôle depuis la première révolution.

Arrivé au terme d’une carrière si bien remplie , M. le baron de Nogaret ne demandait ou plutôt ne désirait qu’une récompense pour ses services , sa promotion à la pairie ; et cette récompense , souvent promise à ses nombreux amis , il

est mort sans l’avoir obtenue

M. de Nogaret est mort à Sainl-Laurent-d’Olt, à la suite d’une longue et douloureuse maladie, le Ier septembre 1841.

Lunet.

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Pierre-Jean-Baptiste de Pas , baron de Beaulieu , naquit , le 16 juin 1787 , à Saint-Affrique , fit ses études classiques à l’école centrale de Rodez , puis entra , le 6 avril 1805 , à l’école militaire de Fontainebleau , d’où il sortit , le 1 0 octobre 1806, en qualité de sous-lieutenant au 12e régiment d’infanterie de ligne. Peu de jours après , il traversait le Rhin , qu’il ne devait repasser que le 1er octobre 1814. Pendant un intervalle de près de huit années , il prit la part la plus active aux

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luîtes immortelles des armées françaises , dirigées si longtemps au-delà de ce fleuve par le génie de la victoire.

En 1809 , le 12' de ligne souffrit beaucoup a la bataille de Wagram et surtout devant Presbourg , un mois avant ce nouveau triomphe du grand capitaine. Il emporia trois redoutes défendues sur la rive droite du Danube par les Autrichiens , qui voulaient empêcher la jonction de l’armée d’Italie avec la grande armée. En un quarl-d’heure , il avait perdu plus de six cents hommes ; plus, vingt-deux officiers, et le général Petit lui-même était tombé victime de son impétueuse bravoure.

A la revue passée à Znaëm par l’Empereur, peu de jours après Wagram , cet intrépide régiment se trouva avoir beaucoup de places d’officiers vacantes. Au nombre des lieutenants présentés pour celles de capitaine étaient plusieurs élèves de l’école militaire, âgés de 20 à 21 ans.

Parmi ceux qui existaient encore naguère , nous mentionnerons MM. de Beaufort, ancien député ; de Rumigny, lieutenant-général ; Thierry, maréchal-de-camp ; Petit-Jean, lieutenant-colonel , et enfin le baron Pas de Beaulieu , qui fut le premier appelé. En apercevant des officiers aussi jeunes, l’Empereur dit au colonel , avec sa brusquerie habituelle : « Vous me présentez là des enfans I » Mais voyant le sako du lieutenant Pas de Beaulieu percé par un biscaïen et la plaque brisée , il y porta le doigt et demanda à son possesseur d’où il sortait , combien il comptait d’années de grade de lieutenant, combien il avait fait de campagnes Il ajouta en

élevant la voix : Tu peux dire : vice la guerre ! je te fais capitaine.

En 1811, le 12e de ligne était à Magdebourg, en Prusse. Le comte de Saint-Marsau , ambassadeur de France à Berlin, reçut l’ordre de célébrer la naissance du roi de Rome , et le maréchal Davoust celui d’envoyer douze officiers de son corps d’armée pour assister aux fêtes qui devaient être données à celte occasion. Celle députation se composait du colonel du B' régiment polonais , prince de Radziwil, et de deux de ses capitaines , de trois officiers du 33e régiment d’infanterie légère , de trois officiers du 57' régiment de ligne , et de trois

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du 12e : MM. de Beaufort, capitaine; de Barzun, lieutenant (tué à la bataille de la Moscowa), et de Pas de Beaulieu , capitaine.

En 4812 , quoique absent, par suite d’une blessure grave, reçue le 4 7 août sous les murs de Smolensk, de la revue passé par l’Empereur sur le champ de bataille de Valonlina , îe 20 août , le capitaine Pas de Beaulieu y fut décoré de l’ordre de la Légion-d’Honneur.

Ce fut là, d’après M. de Ségur (I) « que l’on vitl’Empereur s’entourer de chaque régiment comme d’une famille. Là, il interpellait à haute voix les officiers, les sous-officiers , les soldats , demandant les plus braves entre tous ces braves , ou les plus heureux, et les récompensant aussitôt. Les officiers désignaient , les soldats confirmaient , l’Empereur approuvait. »

Pendant la désastreuse campagne de Moscou , le soir de la bataille de Krasnoë , le général Gérard , depuis maréchal , confia au capitaine Pas de Beaulieu le commandement de tous les grenadiers de sa division , réduits alors au nombre de deux cents au plus , et , se reposant sur sa valeur, il le plaça à l’arrière-garde. Pendant trois heures consécutives, l’infatigable capitaine , animant par son exemple la poignée d’hommes placés sous ses ordres , repoussa les Cosaques qui revenaient sans cesse à la charge en tourbillons épais, ainsi que les canons montés sur les traîneaux qu’ils approchaient jusqu’à demi-portée de fusil des débris de l’armée française. Dans une de ses charges , il eut le bonheur de sauver le maréchal Davoust, qui, accablé de fatigue, se chauffait aux débris d’une maison incendiée, san.5 s’apercevoir qu’il était sur le point de tomber aux mains des Russes , entourant déjà la position où il se trouvait. Le môme jour, à huit heures du soir, le capitaine Pas de Beaulieu fut relevé par un bataillon de la vieille garde ; il était blessé ainsi que la plupart de ses hommes.

A la fin de janvier 484 3, à Posen , le prince Eugène prit le

(1) Campagne de Russie, 1. I", chap. 8, p. 308.

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commandement de l’armée qu’il tenta de réorganiser. Les cadres de tous les régiments du premier, corps (celui du maréchal Davoust) furent renvoyés en France pour concourir à la formation de nouveaux régiments. Mais tout ce qu’il y avait de valide en officiers, sous-officiers et soldats fut retenu. D’un corps composé six mois auparavant de cinq divisions fortes de 70,000 hommes pleins d’ardeur et de vie , il ne restait que cinq bataillons, et de chaque régiment qu’une compagnie de cent-vingt à cent-cinquante hommes au plus. Le capitaine Pas de Beaulieu dut demeurer pour prendre le commandement de la compagnie du 12e régiment; tous ces débris furent dirigés sur Sleltin. Une heure après leur entrée dans cette place , ils se trouvèrent bloqués par les Russes et par les Prussiens réunis. Sleltin fut assiégé pendant neuf mois par ces derniers , et se rendit le 5 décembre 181 3 ; la garnison , considérée comme prisonnière de guerre , fut conduite à Insterburg (vieille Prusse).

Durant ce siège mémorable , les débris du premier corps occupaient tous les postes extérieurs de la place , le fort de Dam , situé à deux lieues de Sleltin , et la digue qui joignait ce fort à la ville. Sur cette digue furent construits cinq blokaus , très-souvent attaqués par les Prussiens du côté de la terre , et par les chaloupes canonnières suédoises du côté du Lac. Le capitaine Pas de Beaulieu eut à soutenir plusieurs assauts et conserva toujours son poste. Dans une sortie faite par les troupes du fort de Dam, les compagnies du 12* de ligne et du 7* léger, dont il avait le commandement , emportèrent rapidement un retranchement prussien et prirent une pièce de canon qu’elles ramenèrent dans Stetlin. Leur brave chef fut blessé de nouveau près du pont-levis en rentrant dans le fort.

En apprenant qu’on songeait à une capitulation , les cinq mille soldats composant la garnison furent consternés ; ils vinrent supplier leurs officiers de les sauver de la Sibérie , promettant de défendre encore la place, et, s’il n’était plus possible d’y vivre , de faire une sortie désespérée, de traverser le pays les armes à la main et d’aller joindre à Hambourg le maréchal Davoust. Trois ou quatre cents officiers subalternes délibérèrent et résolurent de porter ces propositions

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au gouverneur. Arrivés près de son hôtel , les camarades du capitaine Pas de Beaulieu lui demandèrent unanimement de porter la parole ; il le fit avec cette éloquence du cœur qui devait le caractériser aux principales époques de sa vie. Mais les généraux l’ayant menacé , pour toute réponse , de le traiter en chef de révolte , il n’y eut qu’un cri : Ce n'est pas lui seul qui vous parle , c'est nous tous et la garnison entière ! Ces paroles d’honneur et de patriotisme ne furent pas comprises. La place fut rendue peu de jours après.

Rentré en France le 1er octobre 1814 , le baron de Beaulieu trouva la place de capitaine de la 1re compagnie de grenadiers prise au 1 2e régiment de ligne , et fut mis à la demisolde. Il était dans le Midi au 1er mars 1815. L’Empereur avait dégagé à Fontainebleau l’armée de ses serments ; le baron de Beaulieu crut remplir un impérieux devoir en marchant sous les ordres du duc d’Angoulême. Ce prince , à sa rentrée en France , le nomma chef de bataillon le 25 juillet

Placé, à la formation de la garde, dans le 1er régiment d’infanterie comme capitaine de grenadiers , il fut nommé , peu de temps après, chef de bataillon dans ce même régiment , puis , breveté lieutenant-colonel en 1819.

En 1 824 , ses blessures et les douleurs contractées dans les bivouacs de ses nombreuses campagnes le forcèrent à prendre sa retraite au moment où de l’avancement lui était offert.

Mais bientôt s’ouvrit pour lui une nouvelle carrière où il devait se consacrer aux intérêts , au bonheur, à la dignité de la patrie, comme s’il n’avait pas déjà largement payé sa dette.

En 1827, ses amis, c’est-à-dire presque tous les principaux habitants de Valenciennes où il s’était fixé , le portèrent candidat pour la députation. Elu à une forte majorité, M. de Beaulieu justifia la confiance de ses commettants. Royaliste dévoué, mais intelligent, il fit partie dans la Chambre du petit nombre des amis sincères de la monarchie qui prévirent l’avenir, et dont la fidélité désintéressée s’inclina la première, après la tempête de juillet, devant la majesté d’une immense infortune.

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Dès son début dans le Parlement , H. Pas de Beaulieu se posa franchement en défenseur de toutes les gloires de la France. En 1828, il appuya fortement la pétition des officiers en non-activité qui , n’ayant pu entrer dans l’organisation de l’année en 1814 et 1815, demandaient que la demisolde leur fût continuée , contrairement aux dispositions de l’ordonnance du 21 mars 1828, jusqu’à leur retraite. Le discours qu’il prononça en faveur de la réclamation relative k l’arriéré des membres de laLégion-d’Honneur lui valut également des félicitations unanimes.

Durant la même session, M. Pas de Beaulieu parla de nouveau avec toute l’autorité de son talent et de son caractère dans les discussions concernant un amendement de M. Laffitte k l’article 1er du projet relatif à l’inscription de quatre millions de rentes au grand livre de la dette publique , le règlement définitif des comptes de 182G et la loi des finances; il proposa une réduction sur le chapitre du comité des fortifications (budget de la guerre), et un amendement au chapitre des droits de douanes (budget des recettes). Il fut , en outre , nommé membre de la commission chargée de l’examen du projet sur les écoles secondaires ecclésiastiques.

A son retour à Valenciennes , ses commettants s’empressèrent de lui témoigner leur gratitude dans une réunion solennelle.

En 182‘J, M. Pas de Beaulieu fut élu un des quatre secrétaires de la Chambre. Il éleva une voix indépendante dans les principales discussions , telles que celles relatives aux budgets des affaires étrangères et de la guerre , à une augmentation de solde de l’infanterie , etc. Il fut appelé à faire partie de la commission chargée de l’examen des réclamations renvoyées par la Chambre des députés au ministère de la guerre.

Au mois de mars 1830 , dans la discussion de l’adresse des deux cent vingt-un , il prononça un discours qu’on regarda , ajuste litre , comme un modèle de patriotisme et de véritable éloquence parlementaire.

La première phrase de M. Berryer, qui remplaçait dans celle séance M. Pas de Beaulieu à la tribune, où le célèbre avocat montait pour la première fois, fut celle-ci « Messieurs,

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