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LE PEINTRE RICHARD

qui sont de beaux modèles , que les élèves coosullenl avec profit ; ils constituent une leçon parlante. Les bûcherons abattant des arbres dans une forêt , et le passage du Bac , réunissent tout ce qui peut plaire et séduire dans un paysage ; on y trouve une belle couleur, une grande harmonie et une touche large et facile, qualités qui sonl l’apanage du grand artiste et qui avaient rendu Théodore Richard jusqu’à présent inimitable. Dans ses compositions , les figures sont touchées avec une supériorité que les peintres de paysage atteignent rarement.

La forêt de hêtres et les forêts de chênes et de sapins offrent encore des études variées où la nature est imitée avec habileté ; la végétation y apparaît habilement groupée , énergique par la couleur et harmonieuse dans tous ses tons ; on retrouve dans ses tableaux de l’air et de la profondeur.

L’année 1845 marqua plus heureusement encore que les précédentes les productions de Richard. 11 embellit l’exposition artistique de Toulouse de onze tableaux tous remarquables à divers titres. On n’a pas oublié le château de Pau, le lac , les chèvres et les brebis au pâturage. Dans cette dernière composition , la peinture est grassement touchée, et les laines ont un caractère de souplesse telle que l’on serait tenté de plonger sa main dans cette riche et moelleuse toison.

Richard prenait souvent ses sujets d’étude dans sa patrie d’adoption. Les deux grandes toiles qui ornent le salon du cercle du commerce sont les vues de Toulouse les plus pittoresques qui aient encore été produites dans la contrée.

Cet habile artiste n’avait point oublié son pays natal : à peine la Société des Lettres , Sciences et Arts de l’Aveyron était-elle formée, qu’il s’empressa d’en faire partie. Dès 1837 il comptait parmi ses membres, et pour payer sa bien-venue, il enrichissait le musée de Rodez de plusieurs grands paysages qui font l’admiration des connaisseurs (1).

L’âge n’avait pas ralenti dans Richard l’inspiration artistique ; il peignait encore quelques jours avant sa mort, et le

(1) Un loup dévorant une brebis. — La procession des Rogations. — Un autre joli paysage de plus petite dimension , aquarelle.

AMANS BODAT.

lot qu’il envoya au concours de Toulouse de <838 rivalisait en mérite et en nombre avec les lots les plus féconds et les plus heureux. Encore là, on reconnaissait dans ces productions , qui devaient être malheureusement les dernières , une étude longue et sérieuse des différents règnes de la nature , étude que les paysagistes, en général, négligent beaucoup trop de nos jours, et sans laquelle ils ne parviendront jamais à reproduire ces variétés infinies d’arbres et d’arbustes qui peuplent nos campagnes , nos forêts et nos jardins.

Toulouse doit à Théodore Richard l’école nouvelle du paysage , presque inconnu avant la vulgarisation de ses modèles , et le monde artiste une de ses gloires dans la personne de M. Brascassat.

M. Richard est mort à Toulouse le 12 décembre 1859, à l’àge de 77 ans. Ses amis et ses anciens élèves reconnaissants ont formé une souscription pour élever un pieux monument sur sa tombe, et ils sollicitent de la ville la concession gratuite du terrain où reposera sa cendre, qu’ils se proposent de couvrir des fleurs que Richard aimait le plus.

Amans RODAT.

Rodai (Amans), ancien conseiller de préfecture , secrétaire perpétuel de la Société d’agriculture de l’Aveyron, chevalier de la Légion-d’Honneur, mort à Olemps , le 10 février

Voici le souvenir que lui a consacré M. de Guizard , préfet de l’Aveyron , dans son mémorable rapport de 1 846 :

« En perdant M. Amans Rodât, non-seulement le département de l’Aveyron a perdu un des hommes les plus distingués qu’il ait jamais produits, mais un homme qui lui appartenait en propre, qui n’avait jamais secoué au loin la poussière de ses pieds, et qui , né pour être lui aussi une des gloires de la grande patrie , avait préféré rester fidèle aux montagnes, aux mœurs et aux occupalious du pays natal.

AMANS RODAT.

» Attaché dès l’enfance aux idées de 89, M. Rodai en était dans son pays le représentant le plus vrai , et il savait mieux que personne les traduire dans le langage approprié à ses compatriotes. C’est ce qui donnait tant d’autorité aux écrits de circonstance qui s’échappaient de loin en loin de sa plume si naïve et si exercée , si agréable et si mordante à la fois.

» On peut le dire hardiment, peu d’hommes de notre temps, même sur les plus grands théâtres , possédèrent au même degré les grandes qualités du prosateur, ces qualités simples, naturelles, spontanées, qui font qu’en écrivant on obéit à son génie et non à l’imitation. Ce qui le prouve, c’est que chez lui la mémoire la plus riche et la plus exercée n’altérait jamais l’originalité du style. Il se souvenait de tout et ne copiait rien.

»Mais c’est surtout dans ses ouvrages d’agriculture qu’apparaît tout son talent d’écrivain. Rien n’est plus difficile que d’écrire avec agrément dans les sciences spéciales. Les mots techniques , les expressions consacrées altèrent le style ; la propriété de l’idée nuit à celle du langage, et pour être exact on devient barbare. M. ltodat avait su éviter ce danger, tant il y avait de sûreté dans son goût et de ressources dans son talent.

» Son Cultivateur avcyronnaù tout entier et la plupart de ses écrits agronomiques , même les plus simples , se font remarquer par une rare perfection de composition et de style.

»Tant comme écrivain que comme simple agriculteur, cultivant sa propre ferme, il a été, en un mot, le véritable Olivier de Serres aveyronnais, le père et l’initiateur de l’agriculture perfectionnée dans nos régions. Depuis trente ans, il était à la tète de tous les progrès, joignant toujours l’exemple au précepte.

»On citerait bien peu d’innovations utiles dont il n’ait été le précurseur principal et qu’il n’ait efficacement contribué à populariser. Il suffira de citer l’introduction des instruments perfectionnés, l’art de soigner les animaux domestiques, spécialement de l’espèce ovine, et l’importation de races précieuses , enlin, le mérite si grand d’avoir donné une méthode raisonnée d’application pratique des plus saines théories

AMANS nODAT.

agricoles au sol , aux usages et aux conditions économiques du pays auquel il avait voué ses veilles.

»A propos de M. Rodât, j’ai nommé tout-à-l’heure Olivier de Serres. On aurait pu nommer aussi Rabelais qu’il connaissait si bien , et dont il avait cette intarissable gaîté, ce mélange de verve bouffonne et de fine raison qui en font la merveille de notre ancienne littérature. Mais c’est surtout à La Fontaine qu’on songeait en voyant, en écoutant M. Rodât, en assistant à ses distractions , et surtout en épiant les allures diverses de sa constante , mais aussi parfois de sa malicieuse bonhommie. Comme La Fontaine aussi il était éminemment conteur, conteur infatigable. Et , sous ce rapport , que de choses il a emportées au tombeau qui n’avaient d’existence qu’en lui et par lui i Que de traditions , que de souvenirs , que d’anecdotes piquantes ont disparu avec lui ! Le vieux Rouergue et les hommes d’autrefois, tout vivants encore dans ses écrits , ne seront plus pour la plupart d’entre nous que lettre morte. M. Rodât avait, en effet, à un haut degré une qualité rare et charmante, apanage des esprits d’élite et des âmes élevées : en même temps qu’il appartenait à l’époque moderne par les idées et les opinions , plus que personne il avait l’intelligence du passé, le goût des anciennes mœurs, le respect des traditions , le culte de la vie de famille »

Une réflexion nous est venue au sujet du nom qui fait l’objet de cet article; c’est que ce nom dément avec éclat cette loi de l’humanité qui veut que dans les races les facultés intellectuelles ne brillent que par intervalles et laissent souvent de longues lacunes dans les générations successives

Antoine Rodât, d’Olemps, père du savant agronome, était un homme de beaucoup d’esprit et de savoir. Député du tiers- Etat à l’assemblée constituante , puis président de l’administration départementale , il n’eut que le tort, grave à nos yeux, de suivre un parti (4) qui nous mena à la dérive , prépara , dans son aveugle présomption , tous les maux qui ne tardèrent pas à fondre sur la France et dont il fut sur le poiul d’être lui-même la victime.

(1) Le parti fédéraliste ou girondin.

AMANS RODAT.

Le brillant éloge qu’on vient de lire nous dispense d’ajouter quelque chose sur son successeur, mais nous sommes heureux de trouver cette occasion de consacrer ici quelques lignes à la troisième génération de ces hommes d’élite destinés à vivre longtemps dans les souveuirs du pays.

M. Henri Rodât avait depuis quelque temps résilié de modestes fonctions dans le ministère public,, quand la tourmente de 1848 éclata. Il ne balança pas à s’unir au parti de l’ordre et il en fut un des plus fermes défenseurs. On verra ailleurs (article Vesin) l’admirable courage qu’il déploya dans les plus mauvais jours de celte époque critique , et comment il vint à bout, de concert avec M. Vesin , à déjouer les sinistres pro-t jets de la démagogie.

Peu de temps après , les suffrages électoraux réunis en sa faveur pour la législature vinrent prouver d’une manière éclatante que ses concitoyens avaient dignement apprécié sa noble conduite.

M. H. Itodat a fidèlement rempli son mandat et n’a quitté l’arène législative où il se faisait remarquer par la modération des principes unie à la force du caractère , que lorsque des événements majeurs ont mis fin à l’existence de l’assemblée.

Dans ce moment critique, il montra toute l’abnégation que peut inspirer la noblesse des sentiments dans un cœur généreux.

Il était absent de la réunion (mairie du 10e arrondissement] où ses collègues furent arrêtés. Il arrivait, lorsqu’il aperçut l’appareil de la force déployée contre la représentation nationale et les députés entraînés par des soldats en armes. Rien ne lui était plus facile que de se tenir à l’écart et de laisser passer l’orage. Ce sentiment inslinctif de la sûreté personnelle, si naturel à l’homme menacé d’un péril , n’eut chez lui aucune prise. Il hâte le pas, pénètre dans le cortège et demande à partager le sort de ses amis, honneur qui lui fut accordé. Un tel dévoûment mérite de vivre dans l’histoire.

Peu de temps après , les agents du nouveau pouvoir qui cherchaient à rallier dans tous les partis les hommes de mérite , firent à M. Rodât des avances, et il ne tint qu’à lui , à ce qu’on assure , d’être appelé au conseil d’Etat. Fidèle à ses

LE CHEVALIER ROGÉRY. 463

convictions, il préféra rentrer dans la vie privée. Il revint dans sa ville natale où il exerce , depuis celle époque , avec une supériorité que rehausse encore sa modestie, les fonctions de jurisconsulte et d’avocat.

Le chevalier ROGÉRY.

Rogéry (Marie-Joseph-Bernard), né à Saint-Geniez le G août 1775, était frère du savant médecin qui administra pendant de longues années avec tant de distinction sa ville natale.

Parti soldat dans le 2e bataillon de l’Aveyron qui fut amalgamé dans la 85* demi-brigade le 4 juillet 1792 , il fit dans les grades subalternes toutes les campagnes d’Italie , fut blessé àBrajac, en Tyrol, le 10 ventôse an V, passa en Egypte comme maréchal-des-logis dans le régiment des dromadaires, au commencement de l’an VII, et devint successivement souslieutenant et lieutenant dans le cours de cette glorieuse expédition.

De retour en France , Rogéry , dont la bravoure s’était faite remarquer, fut nommé lieutenant aux grenadiers à pied de la garde impériale le 16 messidor an X , et capitaine le 4 nivôse an XII. Il fit en 1 806 et 1807 les campagnes de Prusse et de Pologne et fut blessé d’un boulet au pied droit à Eylau , le 8 février. Il passa de là en Espagne en 1 808 , retourna en Allemagne pour la campagne d’Autriche et fut promu an grade de chef de bataillon au 4e régiment de tirailleurs de la garde , le 5 avril 1809.

Ce brave officier rappelé en Espagne y combattit encore en 1810 et 1811 ; mais enfin , épuisé par les fatigues de la guerre , force lui fut de se retirer et il fut admis à la retraite le 1er juillet 1811.

Le lieutenant-colonel Rogéry avait été décoré de l’étoile des braves le 26 prairial an XII (6 mai 1804) ;il fut promu au grade d’officier de la Légion-d’Honneur le 14 mars 1806, et a été créé chevalier de l’Empire le 15 mars 1810.

Il est mort à Saint-Geniez, sa patrie, le 17 novembre 1823,

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