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Livre aux récits prodigieux

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Une blanche colonne indique seule encore Le cap, où s'inspirant a la vague sonore

Venait parfois rêver Platon; Àtliène a vu tomber les dieux de sa jeunesse, Le tems n'a respecté des gloires de la Grèce

Que les restes du Parthénon.

Sous ces climats brûlants, où les souples lianes S'agitent mollement aux brises des savanes

Et s'enlacent en verts bosquets, Au milieu des marais, des landes odorantes Quelle main a jeté ces masses imposantes

Que voilent d'antiques forêts? 6

D'une race ignorée, ô robustes vestiges ! L'homme nous apparaît à travers les prodiges

Dont nous contemplons les débris!

Et lorsque tout est mort, ce merveilleux ouvrage Sur la route des tems sillonna son passage,

Qu'il révèle a nos yeux surpris.

42 l'architecture

Ainsi, ces peuplades sauvages Dont les noms k jamais perdus , Dans la nuit épaisse des âges Roulent épars et confondus , Ont jalonné leur existence En semant sur ce globe immense Un gigantesque souvenir; Le tems , en remuant la terre , Cache sous les restes d'une ère Les germes d'un autre avenir.

Ainsi, nos palais et nos temples, Monuments de notre splendeur, Chez nos neveux servant d'exemples Attesteront notre grandeur, Quand, sur nos races éclipsées Rêvant à nos gloires passées Ils viendront peser nos destins, Une colonne renversée Dévoilera notre pensée, Peut-être, a ces peuples lointains.

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Ils souriront a nos sciences; Noire but est loin derrière eux; Mais, s'inclinant à nos croyances, La foi leur montrera les cieux.

Dieu! ce besoin de tous les âges Se révèle dans nos ouvrages, Comme dans l'oeuvre de sa main.

Tout porte une empreinte divine, Et le Créateur se devine Dans l'hommage du genre humain.

Oui, l'image de Dieu dans notre oeuvre est tracée; L'homme, atome d'un jour, porte dans sa pensée

L'instinct de l'immortalité; De ce besoin sublime il agite les âges, Et toujours on retrouve empreint dans ses ouvrages

Le sceau de la divinité.

Dieu! ce nom retentit, et le tems le proclame, De son immensité le poids écrase l'âme;

C'est son nom que roulent les mers, C'est son nom que les cieùx apprennent à la terre, Et l'hymne que redit à la nature entière La grande voix de l'univers^

44 l'architecture

Elevez, élevez des temples à sa gloire , Et venez abriter votre frêle mémoire

A l'ombre de l'éternité; De vos travaux d'un jour sanctifiez l'usage, Et Dieu reflétera sur votre moindre ouvrage

Un rayon d'immortalité.

i; ARABE, OU LA NOSTALGIE.

Oh! rendez moi l'air pur de nos vastes campagnes;

Hélas, je meurs dans vos cités!

J'ai besoin d'aspirer le parfum des montagnes

Chargé d'ardentes voluptés.

Oui, je meurs étouffé dans vos fêtes brillantes,

Vos bals et vos joyeux concerts Vallent-ils la splendeur de mes nuits scintillantes,

Ma solitude et les déserts?

Dans vos salons dorés je rêve nos tempêtes ,

L'Aigle a besoin de l'ouragan; Vous payez vos chanteurs, moi, j'avais dans mes fêtes,

Le murmure de l'Océan ; Libre comme le vent qui dévaste la plaine

J'errais au gré de mes désirs:

Dans vos étroits salons l'étiquette m'enchaîne,

Je pleure au sein de vos plaisirs;

46 l'arabe ou la nostalgie

Ah! rendez moi ie ciel de ma patrie absente,

Je languis dans ce lieu fatal j Je m'y sens dépérir de cette fièvre lente

Dont on meurt loin du sol natal.

Sous ce terne soleil le froid glace mes veines ,

Il me faut un air plus ardent; De factices attraits vos femmes sont trop vaines

Pour mon amour indépendant. Oh! quand pourrai-je encor dans mon désert aride

Rencontrer la vierge a l'œil noir.

Qui, tremblante d'amour comme le daim timide,

Levait son voile pour me voir!

Rendez-moi, rendez-moi la plaine où sans entraves

Volait mon coursier indompté, Car j'appelle toujours dans vos cités esclaves

Le désert et la liberté!

A MATH1LDE JOANNINI

sur la mort de sa Mère MADAME LA COMTESSE JOANNINI CEVA DE SAINT-MICHEL.

Ton âme a sa patrie où Ton aime toujours. (Jocelyn, Lamartine.)

Sur le tombeau sacré qui recouvre ta mère. Laisse-moi, pauvre soeur, m'agenouiller aussi: De baisers et de pleurs humectons cette pierre, Mathilde! ta mère est ici!

Viens, unissons nos mains sur sa cendre adorée : Prions: ta voix encor saura lui parvenir, Vois-tu du haut des cieux son ombre révérée Qui s'incline pour te bénir?

Sur sa fille chérie, elle veille sans doute, Comme un ange de paix elle entoure tes pas; Elle te voit, t'entend, t'appelle!.... hélas, écoute, C'est ton nom qu'elle dit tout bas !

Son âme pour t'aimer embrasse la nature , Elle est dans chaque objet qui plaît à tes regards: Sa voix, c'est ce ruisseau qui pleure et qui murmure Sous ce saule aux rameaux épars.

L'aurore en se levant t'apporte son sourire, Son souffle te revient dans le parfum des fleurs, Et ses baisers encor sur l'aile du zéphire Caressent ta paupière en pleurs.

Son long regard rêveur dont la pudique flamme Te suivait, te cherchait, t'entourait tour-à-tour, Et dont le chaud rayon semblait couver ton âme A son brûlant foyer d'amour,

Ce regard lui survit, et tu crois le surprendre Chaque fois que des yeux viennent chercher tes yeux; Son souvenir à tout prête un charme si tendre Qu'il semble te venir des cieux.

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Oh! c'est elle partout, elle, elle, et toujours elle! Elle dans le présent, afin de respirer, Elle dans le passé que seule elle rappelle, Dans l'avenir pour espérer.

Elle, elle, elle toujours! et tes yeux pleins de larmes Comme un objet absent la cherchent ici-bas: Tes songes seuls, hélas, apaisent tes alarmes, Car alors tu lui tends les bras !

Hélas! tu la revois! mais bientôt réveillée, Fixant un oeil hagard sur les voiles de deuil, Et de tes pleurs brûlants ta couche encor mouillée, Tu pâlis! devant un cercueil!

Et quoi ! c'est donc la tout? de cette vie amère , Quand nous ne sommes plus, il ne reste donc rien? Le néant dévora celle qui fut ta mère,

Son coeur ne bat plus près du tien?

Quoi ? la mort de vos jours a délié la trame ? Et ce foyer d'amour où s'alluma le coeur Peut s'éteindre ici-bas sans voir périr la flamme Dont il alimentait l'ardeur?

Non, la matière seule ici laisse sa cendre; L'âme revole à Dieu, centre de tout amour: Là, ta mère t'appelle! elle courut t'atlendre, Là, tu dois la revoir un jour.

Là, tes nobles vertus auront leur récompense. Car riiomme méconnaît ce qui croît pour le ciel ; Oh, ma soeur, attendons! et vidons en silence Ce calice rempli de fiel.

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Pourquoi si jeune encor ce dégoût de la vie? L'homme, ange détrôné, rêve toujours le ciel; Et les terrestres biens qu'un instant il envie, Quand il les a goûtés, n'ont pour lui que du fiel.

C'est un instinct que Dieu mit, sans doute, en notre âme: Une voix qui nous parle et nous guide ici-bas, Qui, pour la vérité, nous louche et nous enflamme: Le monde l'assourdit, mais ne l'étouffé pas.

Laissons monter au ciel ce parfum d'innocence, Dont l'âme est inondée à son brillant matin, Lorsque des passions la fatale influence N'a pas terni l'éclat de ce reflet divin.

Qu'importe, si des pleurs baignent notre paupière: Le cri de la douleur monte mieux vers les cieux; Un ange en s'inclinanl accueille la prière , Qu'il ravit palpitante au sein des malheureux.

Oui, lorsque vers le ciel notre plainte s'envole, La joie inonde encor notre esprit abattu , Un espoir surhumain nous calme et nous console , Et la foi vivifie et soutient la vertu.

Car ne savons nous pas que la ronce et l'épine Doivent blesser nos pieds meurtris a chaque pas ; Nous arrêterions-nous lorsqu'une voix divine En montrant le sentier, nous appelle tout bas?

Au creuset du malheur l'âme se purifie ,

Et l'on y reconnaît le juste du pervers;

L'épreuve tour-à-tour rejette ou sanctifie ,

Et l'on sort triomphant des maux qu'on a soufferts,

Et quel être ici-bas n'a pas versé des larmes? Quel sourire ne fut attristé par des pleurs ? Sur le front le plus pur, le souffle des alarmes Cache toujours un pli sous des touffes de fleurs.

Dans toute voix humaine, hélas, tremble la plainte, La vie en longs soupirs palpite en notre sein; La joie est un flambeau dont la flamme est éteinte, Et le bonheur pour nous n'a pas de lendemain.

Et cependant l'orgueil a d'erreurs mensongères Voilé la vérité dans nos coeurs égarés; Nous cherchons du plaisir les pompes passagères, Et dédaignons du ciel les préceptes sacrés.

Car l'homme, être incompris qui s'ignore lui même., A méconnu l'instinct dont il est agité, Lorsqu'un sublime espoir, une attente suprême Semblent lui révéler son immortalité.

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