TRADUCTEUR DES LIVRES POETIQUES DE LA BIBLE
Le Seigneur t'a prêté le don de sa parole, Et son souffle puissant, à l'ouragan pareil, A passé sur ton luth qui gémit et console : Aigle dont le regard a fixé le soleil.
Traducteur inspiré des Bardes de Solyme , Seul, tu restes debout sur le temple écroulé ; Aux flots des nations jetant un cri sublime Par ta puissante voix l'Eternel a parlé.
Ta main a fait vibrer la harpe du prophète, Un Dieu fort et caché palpite dans tes chants; Ah! rends nous dans tes vers, ce tems où le poète A la terre du ciel imposait les accents.
Retrempe le génie a sa source première,
Le Seigneur t'a touché de son charbon de feu;
Tout accord ici-bas doit être une prière,
Et nous n'avons des chants que pour mieux louer Dieu.
Mais cette voix robuste et forte
Qui retentissait a Sion ;
Eteinte dans la cité morte
Où gît toute une nation ;
Comme une veuve solitaire ,
N'avait plus trouvé sur la terre
Un coeur pour réchauffer son coeur,
Et nul, ô muse désolée ,
N'a ceint ta tête échevellée
D'une pudique et blanche fleur!
Non, car nos langues passagères
Pour rendre tes chants immortels ,
Auraient de vapeurs mensongères
Parfumé tes chastes autels;
Car dans le moment où nous sommes ,
Le langage même des hommes
N'a plus qu'un éclat emprunté;
Avec la poésie antique
S'éteignit le sens prophétique
Où germait la divinité.
Hélas! la primitive race Plus près que nous du Créateur , Sur son front conservait la trace D'une surhumaine grandeur.
L'homme avant son impur mélange Avait quelque chose de l'ange, Ses chants étaient l'écho du ciel; Et parfois, il croyait entendre La terre craquer et se fendre A l'approche de l'Eternel.
Les merveilles et les miracles Etaient visibles à ses yeux; Le Seigneur rendait ses oracles Qu' écoutait un peuple pieux; De ses crimes voulant l'absoudre , Le front couronné par la foudre Dieu se montre au Mont Sinaï, Tandis que la foule alarmée Contemple la nue enflammée , D'où sort le nom d'Adonaï ! . .
Alors, plein de la foi qui manque à notre époque, Plein de l'esprit divin qui s'est éteint en nous \ L'homme avait avec Dieu ce sublime colloque Que les peuples venaient écouter à genoux.
Ils chantaient en croyant, et voyaient face à face Le Dieu qui resplendit encore dans leurs vers ; Ils pouvaient de ses pieds baiser la sainte trace , Ils le voyaient partout empreint dans l'univers.
Leurs pères leur montraient la rive frémissante , Où les eaux de la mer s'ouvrirent devant lui; Et la terre tremblait sous cette voix puissante A laquelle jadis le chaos avait fui.
Ils se disaient encor d'une voix étonnée, Le vague enchantement qu'Eve eut à son réveil, Quand du premier des jours la fraîche matinée Se dorait des rayons de son vierge soleil.
L'homme plus près de Dieu savait mieux le comprendre: Ses chants pour le louer avaient un son divin , Et quelque chose en lui devait se faire entendre Que nos luths impuissants, hélas, cherchent envain!
C'est la foi, c'est la foi qui grandissait leur âme, Ils n'avaient pas soufflé sur ce divin flambeau, Le doute n'avait pas fait vaciller sa flamme , Ils ne demandaient point son secret au tombeau.
Non, non, car ils croyaient : leur foi pure et sublime Dans leurs seins frémissants n'avait jamais failli; Aussi toujours debout la harpe de Solyme Retentit jeune encor dans ce monde vieilli.
Car le doute a faussé toutes les voix humaines; Le doute 9 plaie affreuse , ô vertige trompeur ! Lèpre de la raison, du vice immondes chaînes , Et qui s'attache a nous, comme un ver à la fleur ,
Ah! dans cet âge impur tout voilé d'impostures, Dans nos folles cités sourdes au nom de Dieu ! Dans cet âge sans foi tout chargé de souillures Tandis que sur nos fronts plane le nue en feu,
Poète, lève toi, que ta voix éclatante Renverse le veau d'or el son infâme autel 5 La lyre est dans tes mains, l'épée étincelante Que l'ange brandissait sur l'antique Babel.
Va, tes chants m'ont rendu cette époque divine Où nos vers inspirés, dictés par le Seigneur, Tous empreints des beautés de leur sainte origine Sillonnaient l'avenir d'une vive splendeur,
La harpe de David, harpe chaste et sacrée, A jeté sous tes doigts un accord solennel ; Et les anges émus, sur sa corde inspirée Sont venus déposer un laurier immortel.
i: ITALIE
ROMANCE
La connais-tu cette rive jolie, Séjour charmant des arts et de l'amour ? C'est le doux sol que Ton nomme Italie, C'est le pays où j'ai reçu le jour; Quand le soir vient, la gondole joyeuse Vogue en chantant sur les flots embaumés \ De bord en bord la lyre harmonieuse Jette des chants par l'amour animés.
La connais-tu cette reine du monde Dont le passé présage l'avenir ?
Terre sacrée, en héros si féconde, Où plane encor un puissant souvenir; En des flots d'or sa lumière étincelle. Et dans les airs frémit la volupté; Le vent remue une cendre immortelle D'où sort encor un cri de liberté.