‹ Ore mesteChapitre 60 sur 88 · MARIE · texte numérisé non relu

MARIE

Dors mon enfant ! Mais ton front brûle !

Eh quoi ! tu dis encor son nom !

La fièvre en tes veines circule,

Le mal égara ta raison!

Tu ne reconnais plus ta mère

Que tes larmes font tant souffrir !

Prends pitié de ma peine amère;

Ma fille, ne vas pas mourir!

Dans ma main ta main s'est glacée , Sur moi ton front s'est abattu !

Soulève ta tète affaissée; Mon enfant, mon enfant qu'as-tu?

Réponds, ah réponds à ta mère, Oh! dis-moi que tu peux guérir !

Vers moi, lève encor ta paupière; Ma fille, attends moi pour mourir!

Oh! qui m'expliquera celte vague tristesse Qui torture mon cœur et le fait tant souffrir;

Pourquoi cet ennui qui m'oppresse, Et quel est donc le mal dont je me sens mourir?

Par un trouble inconnu mon âme est agitée, Je pleure, sans savoir la cause de mes pleurs,

Et tour a tour riante ou tourmentée, Je souris sans motif ou gémis sans douleurs.

2jî

Tout me trouble*, m'irrite, ou me pèse, ou m'ennuie, Chaque front de quinze ans blesse mon œil jaloux;

Ma gaité s'est évanouie, Et mon cœur ulcéré couve un ardent courroux.

Pourquoi ? demandez donc a la mer irritée Quel souffle a soulevé son sein tranquille et pur,

Quand naguère l'onde argentée D'un ciel limpide et bleu réfléchissait l'azur.

Et mon cœur est semblable h la vague marine Oui s'agite et bondit sous d'intimes élans,

Et je sens battre ma poitrine Sans savoir le secret de mes soupirs brûlants.

Ah! quel est donc le nom de ce malaise étrange? Jamais je n'éprouvai ce tourment d'aujourd'hui;

Ah! par pitié! viens, mon bon ange, Me redonner encor ce calme qui m'a fui!

Rends moi , rends moi la paix arrachée k mon âme ! Pourquoi de vains pensers troublent-ils mon repos ?

Mon cœur a des vagues de flamme, Ma voix, au lieu de chants, n'a plus que des sanglots.

Et pourquoi? quel malheur a donc frappé ma vie? Quel bien ai-je perdu? quels maux ai-je soufferts?

Quelle espérance m'est ravie?

Ai-je a pleurer la mort de ceux qui me sont chers?

Non, l'air autour de moi toujours tranquille et tiède D'aucun vent étranger n'a senti le frisson;

Et chaque jour au jour succède Sans voiler la splendeur de mon calme horizon.

Quel est donc ce chagrin qui m'accable et me tue? Par quel mal inconnu sens-je battre mon coeur?

Ma tête s'incline abattue, Comme un camélia qui périt de langueur.

Et je sens que je meurs sans en savoir la cause, Et j'ai soif d'un bonheur que je ne connais pas;

Mon âme cherche quelque chose Qui sans doute n'a point de nom même ici-bas!

Mars, 1845.

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