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DIALOGUE

LA RECLUSE

A nos ordres sacrés tu veux lier ta vie, M'a-t-on dit, jeune fille, et tu n'as pas vingt ans; Crains de te repentir.

LA JEUNE FILLE

A la Vierge Marie C'est des premières fleurs qui parent le printemps Qu'on offre la chaste couronne.

LA RECLUSE

Notre règle est austère. Hélas! tu ne sais pas Que ces biens fugitifs, que jeune on abandonne, Plus tard on les pleure tout bas.

LA JEUNE FILLE

Je ne regrette rien des plaisirs de la terre.

LA RECLUSE

Quoi, ton cœur à ses biens est fermé sans retour?

LA JEUNE FILLE

Au pied de l'autel solitaire Je veux rêver au ciel pour oublier l'amour,

LA RECLUSE

Oublier ! mais ici le regret croît sans cesse ! Le monde de tes maux aurait pu te guérir. Enfant, il a pour toi de longs jours d'allégresse.

LA JEUNE FILLE

Non, il est des chagrins dont il nous faut mourir!

LA RECLUSE

La vie a ton âge a des charmes.

LA JEUNE FILLE

Elle n'eut pour moi que des pleurs.

LA RECLUSE

Un sourire bientôt brille à travers les larmes. Ah! crains de regretter le parfum de ses fleurs.

LA JEUNE FILLE

Comme une rose étiolée,

L'espoir s'est flétri sous mes doigts.

LA RECLUSE

Du reste des vivants pour toujours isolée, Jamais d'un être aimé tu n'entendras la voix.

LA JEUNE FILLE

Pour mieux fuir ses accents je cherche le silence.

LA RECLUSE

La cloche chaque nuit troublera ton sommeil.

LA JEUNE FILLE

Prier est le seul bien qui reste à l'innocence.

LA RECLUSE

Ce cloître a tes regards cachera le soleil

LA JEUNE FILLE

Hélas! au fond de ma pensée Je ne verrai que trop des traits que je dois fuir.

LA RECLUSE

Quoi, dans cette tombe glacée Beauté, jeunesse, amour, tu veux tout enfouir?

LA JEUNE FILLE

Je ne regrette point de périssables charmes.

LA RECLUSE

Ce voile sur ton front ne se lèvera plus.

LA JEUNE FILLE

Je pourrai sans témoins répandre enûn des larmes !

LA RECLUSE

Le sol meurtrira tes pieds nus.

LA JEUNE FILLE

On chemine toujours sur la ronce et l'épine.

LA RECLUSE

Un cilice de fer déchirera tes flancs.

LA JEUNE FILLE

Sous ma sanglante discipline Puissé-je de mon cœur calmer les battements !

LA RECLUSE

Plus de soyeux velours, d'éclatante parure ,

De fleurs dans les cheveux, de perles, de rubis,

Mais un long voile noir, une robe de bure.

LA JEUNE FILLE

Belle aux yeux du Seigneur, sous mes pauvres habits, Puisse-t-il m'enlever a ce monde de fange !

LA RECLUSE

Si tes rêves la nuit sont troublés par l'amour...?

LA JEUNE FILLE

A genoux devant mon bon ange, Pour l'éviter, hélas! je prîrai jusqu'au jour.

LA RECLUSE

Sous un fer tombera ta chevelure blonde.

LA JEUNE FILLE

Inutile ornement que j'aimais pour lui seul.

LA RECLUSE

Et morte pour jamais au monde On couvrira ton corps d'un funèbre linceul.

LA JEUNE FILLE

Entre le monde et moi ma tristesse s'élève.

LA RECLUSE

Les hymnes de la mort retentiront pour toi.

LA JEUNE FI! LE

Que mon sacrifice s'achève; Mon cœur, comme un fruit mort, ne frémit plus en moi!

LA RECLUSE

Ainsi tu ne crains pas notre règle sévère ? Aux plaisirs que tu fuis tu ne demandes rien?

LA JEUNE FILLE

La douleur endurcit contre une vie austère.

IA RECLUSE

Pour toi Tépreuve est longue, enfant songes- y-bien.

LA JEUNE FILLE

Quand le but est le ciel, qu'importe le martyre !

LA RECLUSE

Entre donc, chaste sœur, viens, écoute la voix Qui dans ces lieux sacrés, comme un ange t'attire, Et pour gagner les cieux en paix porte ta croix.

J'ai besoin de l'air pur, des champs et de l'espace ;

J'étouffe au sein de la cité, Comme l'oiseau des bois qui sur nos villes passe El va dans le désert chercher la liberté,

Moi, je rêve toujours la colline isolée Où croît l'inculte citronnier; Je pleure le parfum des fleurs de la vallée , Et j'aspire un vent pur au souffle printannier.

Je cours après l'abeille errant de branche en branche.

Je m'arrête au bord d'un ruisseau., Et je pare mon front de l'aubépine blanche Dont l'odorant buisson se balance sur l'eau.

De rose et de lilas je tresse une couronne

Que j'effeuille en chantant tout bas; Et les oiseaux du ciel des grains que je moissonne Viennent se disputer le rustique repas.

Oh que la vie est belle ! une longue journée

A mes yeux charmés vient s'offrir; De saison en saison et d'année en année Je veux voir le blé naître et le raisin mûrir.

Je veux jouir aussi, car la vie a des fêtes ,

Un bonheur que j'ignore encor.

Je veux que tous ces biens deviennent mes conquêtes : L'aigle vole à son but, quand il a pris l'essor.

Ainsi je veux atteindre a la jeune espérance

Qui devant moi sème des fleurs; Mon front décoloré par ma longue souffrance Des roses du printemps reprendra les couleurs.

Tel que le voyageur qui lassé de sa route

S'assied sur le bord du chemin, Découragée, hélas! par la crainte et le doute, Du bonheur qui m'attend dois-je écarter la main?

Non, il est de longs jours, d'enivrantes délices

Je veux les goûter à mon tour; Tout sourit a mes vœux et les destins propices Murmurent doucement des paroles d'amour.

Pour mieux ouïr ces sons laissez moi fuir la ville,

Là du moins nul bruit étranger Dans le fond de mon cœur n'ira de cet asile Troubler de mon bonheur le rêve passager.

Un rêve, un rêve seul! Non, donnez moi des roses!

On dit que le parfum des fleurs A des secrets d'Amour, mystères , douces choses Qui de l'âme blessée endorment les douleurs.

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