LES OREILLONS PEUVENT-ILS DÉTERMINER LE DIABÈTE SUCRÉ
La question des rapports du diabète et des maladies infectieuses a, de tout temps, intéressé les médecins etles expérimentateurs. |
Claude Bernard, Lancereaux, Hédon, Von Mehring Minkowski, et d’autres, ont démontré d’une façon très nette que le pancréas peut être atteint au cours d’une maladie infectieuse, et déterminer chez le patient un syndrôme diabétique.
De nos jours, parmi les maladies infectieuses, deux sont susceptibles de toucher le pancréas : La Syphilis et les Oreillons. C’est de cette dernière que nous nous occuperons exclusivement.
La Pancréatile ourlienne est une complication très commune des oreillons, et depuis les travaux classiques de Lemoine et Lapasset, bien des observations en ont été rapportées.
C'est Cuche, qui, le premier, a signalé cette complication des oreillons. Au cours d’une épidémie d’oreillons, il remarqua que chez presque tous les malades (vingt sur vingt-six), existait une douleur provoquée par la pression au milieu d’une ligne allant de l’ombilic à l’'appendice xiphoïde, et pouvant être provoquée par une pression plus forte sur une ligne transversale qui se
dirige de ce point vers l’hypocondre gauche.
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Cette douleur sourde, plus ou moins accusée suivant l’intensité du processus ourlien, est attribuée par l’Auteur à l'existence
d’une « Fluxion pancréatique » (pancréatique ourlienne).
Après lui, en 1900, Crayke Priestly publie deux nouvelles observations de Pancréatite Ourlienne recueillies, l’une chez un jeune homme de vingt-cinq ans, l’autre, chez un enfant de quatorze ans.
La même année, Monsieur Jacob observe la même complication chez un enfant de dix ans. SH
En 1903, paraît le très important travail de Simonin qui repose sur dix observations de Pancréatite relevées chez des militaires. A l’occasion de la communication de Monsieur Simonin faite à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, Legendre signale un nouveau cas de Pancréatite Ourlienne chez l’enfant.
Depuis cette époque, ont paru le travail de Galli en 1904, et une communication de Lemoine et Lapasset à la Société Médicale des Hôpitaux de Paris, en 1905, sur un Cas de Pancréatite ourlieñne avec autopsie. |
En 1922, Farman réunissait 119 cas qui tous, sauf un, furent suivis de guérison. Mais, dans tous ces cas la Glycosurie ou le
Diabète n’ont été qu’exceptionnellement signalés.
Le premier cas de Diabète consécutif à l'infection ourlienne paraît être celui rapporté par Harris en 1899 (Observation D). Il s'agissait d’un bomme de quarante-deux ans, un fermier, qui, un mois après la guérison des Oreillons, présenta les signes nets
du Dabèête : Polyphagie, Polydipie, Polyurie (6 litres 440 d'urine
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par vingt-quatre heures), amaigrissement considérable, (38 livres,
quand Haris le vit), et 46 grammes de glucose par litre d'urine.
Laignel-Lavastine, en 1906, signalait un cas de diabète secondaire à l'atteinte d’oreillons (Observation 2). C’était une jeune fille, bien portante antérieurement, qui fit à seize ans, une Parotidite Ourlienne, avec fièvre élevée pendant quinze jours. Après six mois d’une convalescence pénible, la jeune fille vint consulter un médecin pour faiblesse et amaigrissement. L'analyse d’urines montra 50 grammes de glucose dans les urines de 24 heures. Malgré le repos et le régime, le diabète s’accrut. Deux ans après, le sucre avaitatteintla proportion de 60 grammes par litre. L’amaigrissement et la faiblesse étaient tels que la jeune fille ne résista pas à une Tuberculose Pulmonaire évoluant en même temps. Elle mourut deux années plus tard.
A propos de ce cas, Carnot fait remarquer que « les malades n'ayant pas présenté le tableau de la Pancréatite Ourlienne, etle Diabète n'ayant pas été démontré d’origine Pancréatique, il est
difficile d'affirmer une filiation des lésions ».
Mais, est-il bien nécessaire d’avoir sous les yeux le tableau complet du syndrôme pancréatique : défaut de digestion des graisses et des albumines, le rejet de selles abondantes, molles, d’odeur butyrique ; amaigrissement rapide et intense, et douleurs au niveau de l’hypocondre gauche, pour affirmer l'atteinte du pancréas ? Ainsi, chez la malade que nous avons actuellement en traitement salle Labric, et dont le début de la glycosurie
- fut décrit par MM. Lereboullet et Lelong en 1924, nous avons
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observé des signes qui prouvent bien qu’il existe des lésions du
Pancréas. (Observation IT).
Cette enfant de treize ans, entrée à l'Hôpital des Enfants Malades le 10 décembre 1924, présentant des symptômes de Diabète, avait eu, au mois de mai de la même année les oreillons. Sa mère avait été frappée par l’amaigrissement intense qui s'était produit pendant les huit jours qui suivirent la maladie, et par la diarrhée profuse qui suivit. Ces signes sont bien en faveur d’une atteinte du pancréas. Ces manifestations étaient d’ailleurs suivies des signes de grand Diabète avec dénutrition auxquels s’ajoutèrent vers la fin du mois d'août, asthénie, troubles visuels changement de caractère, et coma dont triompha l’Insuline.
L'enfant, eut depuis, de nouvelles crises dans lesquelles la Glycosurie et l’acétonurie furent considérables, et, suivies de coma. La première fois, à la suite d'écart de régime et d’abcès multiples, et la deuxième fois, à la suite d’une infection grippale compliquée d’abcès otitique et de mastoïdite qui nécessite la trépanation.
Chez elle, les signes secondaires à l'infection ourlienne, et dénotant l'atteinte du Pancréas ont été d’une netteté telle qui
nous permette bien d'affirmer l'atteinte grave de cet organe.
Dans ce cas, l’éclosion d’un diabète grave a coïincidé nettement avec les oreillons. Sans doute, on peut objecter que les urines n'avaient pas été examinées avant les oreillons, mais l’absence de tout signe pathologique avant les oreillons, l'existence de la
diarrhée et de l'amaigrissement dans leur décours, l'apparition
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secondaire des grands symptômes de Diabète, (polydipsie, polyphagie, polyurie) puis celle d’un coma dont la malade ne sort que grâce à un traitement insulinique énergique, rendent bien vraisemblable le rapport de cause à effet entre l'infection our-
lienne et le diabète grave.
Un autre exemple probant de Diabète Pancréatique post-ourlien, est celui qui fut publié par Barbiéri en 1909. (Observations IV). C'était un enfant de six ans qui, quatre jours après le début des oreillons, présenta les signes nets de pancréatite aigüe. Les aliments pris en abondance étaient rejetés régulièrement une heure après leur ingestion. L'enfant buvait beaucoup, et, émettait 2 litres 400 d'urine par jour contenant une forte proportion de glucose. Régression de tous les symptômes au bout de quinze jours : l'urine redevenue normale ne contenait plus de glucose. Il est bien évident que nous nous trouvions en présence d’un diabète provoqué par la Pancréatite.
Nous pouvons encore citer, à l'appui de notre thèse, le cas d'un malade soigné par MM. Labbé et Debré en 1924. (Observations VI). Un jeune homme eut à seize ans, une Parotidite Ourlienne compliquée d’orchite et de pancréatite. Chez lui,les signes de pancréatite aigüûe se montrèrent avec une netteté parfaite : douleurs extrêmement vives à l’hypocondre gauche, survenant par crises paroxystiques arrachant des cris au malade. Dans l'intervalle des crises, la région de l’épigastre, très douloureuse, ne pouvait même pas tolérer le frottement des draps. A ce signe,
s’ajoutait une anorexie absolue.