‹ OrfaChapitre 4 sur 6 · LES DEUX CHÈVRES · texte numérisé non relu

LES DEUX CHÈVRES

Deux chèvres très dissemblables Paissent là-bas sur ce mont bleu.

La chèvre blanche est au bon Dieu ; Mais la chèvre noire est au diable.

— Chevrier, je veux, à mon tour, Boire au pis fumant de tes chèvres,

— Gitane, je veux sur tes lèvres, Boire, en un long baiser, l'amour!

<ir ir,

}.- i dernier coup fut une in n qui fit

— La riant Mme Darquier, r maintenant du

n, mignoni

Et elle tendit unec«»rbeille de magnifiques raisins à la gitane qui prit m

viens manger maintenant du raisin, mignonne! p. 3s .

ORFA. 6l

remerciant seulement du regard, tandis que M. Darquier tendait une pêche superbe à Sam qui la saisit sans se faire prier, et à Janot un morceau de brioche que Tours flaira goulûment à travers sa muselière.

— Mangez tranquillement, leur dit Mme Darquier et vous boirez, avec nous, tout à l'heure, à la santé des iiancés.

— Ça c'est le bouquet! pensa Pitonnet. Ils vont jeter un philtre dans mon verre.

La gitane et son compagnon se rapprochèrent de la bordure de pierre de la terrasse; Sam s'y accota seulement, croisant ses jambes l'une sur l'autre, et la gitane s'assit, en se haussant avec les mains, les jambes pendantes et battant legravier du talon. Elle prit ainsi une pose méditative d'un joli mouvement abandonné.

Quant à Janot, assis sur son derrière pelé, mais les pattes de devant posées à terre, désespérément mélancolique, il humait, de son mufle noir et poudreux, dans l'air nocturne, le parfum du morceau de brioche présenté à travers la muselière et que

molle dont je lui •

ippcqu entre |uc le U

Mme

leur par; .quel

: M. Darquier le le leur lieu que dans u- urner le

lendemain à l' Mme Roui

naturellement sa future belle tille: M. I phile Nolac jurait de trouver dans la Garonne un

eau plus phénoménal en ur le -

de l'hyménée. Piton net, sentant la jolie Paule à jamais perdue p»ur lui, lui pleurait abondamment en attestant que enait de

l'enrhumer subitem* ia belle Marthe

lui faisaii des grimaces par derrière. De tout ce monde, la gitane, toujours immobile sur son siège de pierre ne semblait s'intéresser qu'à deux personnes — les deux plus intéressantes, en effet, de l'assemblée. Elle dévisageait curieusement, tour à tour, JeanRouvière avec uneadmiration manifestetement sympathique et Paule avec une expression mêlée de haine et de jalousie. Mais qui faisait attention aux impressions de la gitane ? Il fallait les deviner d'ailleurs, avec quelque subtilité passionnelle, dans cette nuit où la flambée agonisante des bougies troublait et mêlait d'ombres la grande clarté sidérale qui tombait partout ailleurs, de la lune et des étoiles, sur le fleuve moutonnant aux barrages, sur les ramiers immobiles, sur les clochers voisins dont le coq flambait à la lune. Pierre Nolac, qui s'était volontairement isolé du groupe principal, contemplait aussi quelqu'un avec une intensité véhémente; mais qui eût bien lu dans son regard perdu, parmi tant de regards lumineux, n'eût vu qu'une préoccupation d'artiste, qu'une émotion de poète et non d'amoureux dans la façon

du plu

- im rcl sant qu'il

au ph. 'idre monnaie eût mil

lionneui H ne et la lit remplir jusqu'au h pu la d'un ira

Aux fiancés! dit Mme Darquicr en le

coupe.

avant qu

pu l'en empêcher. Orfa le\a la sienne au

en mille éclats. Puis d'une voix str

aux

— Chez nous, dans les fiançailles, cria-t-elle, on casse toujours un verre.

Chez Mme Darquier l'antiquaire endormie s'était soudain réveillée. Une pièce de son plus beau service ! introuvable! La pauvre femme ne fut pas loin de s'évanouir, pendant que M. Darquier, possédé de la même fureur de collectionneur, chassait le couple maudit, et administrait au cul pelé de Janot un coup de pied bien peu généreux, puisque l'animal était enchaîné et muselé. La porte se referma comme un coup de canon, mais le rire clair, strident, ironique d'Orfa sonna encore longtemps sur la route, mêlé aux grognements de l'ours et aux imprécations de Sam qui menaçait d'un procès ces châtelains qui se donnaient un concert et oubliaient de payer les artistes!

— Bah ! bah ! dit gaiment, mais avec une gaité feinte, Pierre Nolac, pour rasséréner un peu la compagnie, un verre blanc cassé porte toujours bonheur.

— C'est vrai ! se crut obligé de répéter tout le monde.

ment, que le

la

,ant dcpro|

le monde alla

uneind

On ai; ' ,c

|0I qui m- la ^r:llc d'honneui

on fit cortège jusqu'à leui

aux invités,

qui semaient dans l'air, de microscopiq

pi tan*.

le lendemain Jean I >lac

échangeaient des anne ntuna

plein d'espérance. Pauk N lil ,on^ "

ment son ami et Jean

plein de celle qu'il attendrait un an encore.

L'atelier de Jean Rouvière, à Paris, était voisin de celui de son maître, une pièce de forme assez régulière, largement éclairée par le haut, au sol macadamisé, sans aucune coquetterie. Car les sculpteurs n'ont pas, en général, pour leur lieu de travail, les attentions des peintres ; ils demeurent plus ouvriers et c'est peut-être pour cela que la sculpture a brillé, depuis un quart de siècle, d'un éclat supérieur à celui delà peinture. Moins de souci de vendre; moins de souci de plaire ; une plus grande sincérité.

Quelques beaux moulages, ce joli médaillon de

iphic

Ile, un c

lu jeune statua

Il ;

vaill<

par la allonj ivaient I

litions d

ent plus qu'u: rdue

du niait* lien. I a lui la

omme p«>ur chant. petit homn

s'enflait pour pousser d< rmidables. rap-

vraiment le I qui, tout menu, tout

frêle, domine toutes et. Il chan-

tait m importun, comme

Pierre Dupont, en son beau te: prenait

OfcFA. 71

les rythmes écrits, des libertés qui n'étaient jamais au détriment de la poésie.

Jean Rouvière n'avait laissé, dans son propre atelier, que quelques études, en partant pour ses vacances. Mais il rapportait un projet considérable pour lequel il avait besoin du maître. Il voulait exposer au prochain salon, un Orphé déchiré par les Ménades, un groupe qu'il concevait considérable et qui lui semblait propre à de beaux développements académiques. Falguière fut absolument de son avis et, sous ses doigts prestigieux, quatre ou cinq maquettes se bâtirent et s'écroulèrent, pendant que Rouvière lui expliquait son idée. Falguière ne pouvait entendre parler d'un mouvement qu'il ne le cherchât. Pour lui, l'idée jaillissait immédiatement en glaise. Il était malheureux maintenant de ne pas avoir songé, pour lui-même, à ce magnifique sujet.

Jean sortit ébloui de ce feu d'artifice d'invention et éprouva un besoin absolu de se recueillir pour remonter à sa propre inspiration originelle. Pendant trois jours il se promena solitairement dans le Luxem-

ilaicnt

I innombrablcmcn-

jL. | ma-

mi ont

dans le s mvenir récent d

rai : G :. qui n ulu en

quitter le \ ille, qu; r»ar

. ur loui

cette \ nui de

bure rial.

que. tr

durant, le jeune statuaire I pour

nouvelle, inquiet comme un amoureux quand il redoutait d'eu talion.

détour d'un taillis cependant il se trouva en face du poète RvoriqueStolh dont il déplorait la décadence voulue sous laquelle il devinait un talent vraiment personnel et qui aurait pu être sain. Ils causèrent un moment et Jean Rouvière, tout plein de son idée, ne se put retenir de la lui confier.

— J'ai une admirable femme à vous proposer, interrompit le poète. D'une beauté tout à fait gracieuse et triomphale.

— Je rêve mes ménades comme des furies et y chercherai moins la plastique que le mouvement.

- Aussi, n'est-ce pas pour vos Ménades, cher ami, mais pour votre Orphée...

Jean Rouvière bondit. Dans sa native conception des choses, il n'avait jamais supposé que l'idée monstrueuse pût venir à un homme de représenter Orphée sous les traits d'une femme.

— Vous avez tort, lui dit Rvorique Stolh qui comprit son mouvement indigné. Il est temps d'introduire le travesti dans la sculpture. Les poètes ne veulent plus que de lui au théâtre, et s'en sont fort bien trouvés.

je l'aura

,uc. Il ci

qu'il

et défit, s'CJI

cependai ins heurts anat

d'une

trui un Orphée infiniment plus pla jue la ; le du n

Les :i> e manquèrent :

envoya une m< dont la l

i la nature eure

du Beau. S. -us les ebai. ue soni tant

de créatures il de\inait l'idéal du ivpe rè\é par

ir lui le diamant.

obscur pour tous, jaillissait clairement de sa gangue et il en était ébloui. Il voyait avec des veux surhu-

mains par delà les voiles dont la nature avait laissé l'idée prisonnière. De là ses enthousiasmes qui ne paraissaient incompréhensibles qu'aux sots.

Avec quelques surprises, Jean, qui, tout en ayant un fort grand talent n'avait pas ce don de poésie émancipatrice de la forme réelle, résolut de s'en remettre à son esthétique naturelle. Il connaissait à peu près tous les beaux modèles féminins, ayant eu, avec la plupart, des au delà de camaraderie, résolu qu'il était à ne pas prendre de maîtresse attitrée, amoureux sincèrement qu'il était de Paule.

Pendant qu'il se livrait à ce travail préparatoire de sélection, lequel n'avait rien d'ennuyeux, il échangeait avec Pierre Nolac une correspondance suivie. Ses lettres, à lui, étaient pleines de ses indiscrétions d'artiste. Celles de Pierre étaient plus intéressantes et nous détacherons, d'une des plus longues, ce passage important.

« ....Tu me demandes par quel hasard, mon cher Jean, la gitane que nous avions vue, aux Moines,

de n.

ip ma

,ur que je ne la .

ive d'ui

fiier, poui ncnl P

re ren-

inl

devani

qui n mme u

image inflexiblemeent u *u.

„ j tenant mU

unie elle le semble, cl

mme je m'y atte

1er maintenant mes inul Hc me

demande, avec un sourire malk l'ai priée de venir poser. Je suis honteux et r heureux. Je lui ai demande hic.

qu'elle même venait I 'non atelier, p

qu'elle voyait que je réussissais si mal à la traduire. — Causer, m'a-t-elle répondu le plus simplement du monde. Et, de fait, elle ne tarit pas de questions sur tout ce qu'elle a vu là-bas, aux « Moines » et tu es l'objet le plus constant de ses curiosités. »

Dans la lettre qui suivit, Jean put lire encore.

«... Décidément il faut que je déshabitue Orfa de venir ainsi tous les jours chez moi, avec son pouilleux de montreur d'ours. Car, sous le prétexte qu'une demoiselle bien élevée ne doit pas sortir seule, elle traîne ces deux monstres à sa suite. Son frère me vole tous les raisins que j'avais soigneusement mis dans des sacs et laissés à ma petite treille. Janot, l'ours, a entamé avec ses incisives, mal contenues dans sa muselière, le beau bahut de vieux chêne que j'avais rapporté de Cazèrcs et auquel je tenais tant. Cela a beaucoup fait rire Orfa.

« Et puis elle se mêle maintenant de tout. Elle me demande si tu m'as écrit et c'est tout au plus si elle ne veut pas que je lui lise tes lettres. Elle s'étonne que tu ne parles jamais d'elle. Cette famille extraordinaire, qui m'est venue de chez le diable, se

»uand I

un peu pi

.tume peut- i un

en ai pris une telle habitude qu'il lient de iudra

bien cependant puisque

une statue, que ma treille n'a pli.

ci que l'ours ne \eut plus maintenant m.. que du vieui chêne... *

ean crut de s.,n devoir d

quelques remontra-

compagnon. lit un amour tout a l'ait ridicule

que celui -la: une telle passion romprait la l<

et l'intimité exquises qu nt entre Paulcc

frère. Je n'ai- à chercher le motif égoïste des

n avait une peur mortelle qui.

se laissait entraîner à cette fantaisie. Pierre ne fût

Qt il avait e ;n pendant un an

Quinze jours s'écoulèrent sans qu'il reçût de lettre nouvelle de Pierre. Celle qu'il reçut enfin n'était pas pour le tranquilliser. On en peut juger par ce passage.

« Je m'avoue maintenant, mon pauvre Jean, qu'en chassant cette femme, qui avait été grossière avec ma sœur, j'ai fait une chose au-dessus de mes forces. Dix jours déjà que j'ai fait ce chef-d'œuvre, et je ne puis me relever d'un véritable anéantissement. Les deux premiers que je ne l'ai pas revue, j'ai été assez ferme. J'avais fait, après tout, mon devoir. Mais la lâcheté m'est vite venue. Comment m'étais-je fait une telle illusion! Comment n'avaisje pas compris que je l'aimais?... L'aimer! est-ce que je sais encore si je l'aime... Ce n'était pas du désir; je ne sais pas ce que c'était ; mais je souffre d'un effroyable besoin d'elle... je souffre de tout ce qu'elle a emporté et de qui était mon cœur, tout mon être, sans que je m'en fusse aperçu....

«... C'est de la trop grande ivresse que je prenais à la regarder que me venait mon impuissance à faire mon œuvre. C'est du poison que je buvais dans

Icciucl ni

mmcncc à le DC autre femme ne n

tenant plu

ni bohémien

ni, ma

mai nu.L'ui

lotit le loi cn

• m«>n chagrin. — ' ni-

elles dit, en I P»-

us-mêrr |uelque

temps déjà qu ment parmi n<

- m ? et J - Partis p<»ur la i

5 tel n au d I je rentrais

«...Je -dre la raison, Uni

injusi «là qu^

ORF'A. til

Paule, comme si c'était sa faute. Elle est sortie en pleurant. Jean, Jean, pardonne-moi. »

— Pourvu qu'elle ne revienne pas à Toulouse, pensa Jean Rouvière. Pauvre Pierre! Comme il est cruellement touché.

Oh! ces êtres contenus qui enferment toutes leurs douleurs et toutes leurs joies!.. Heureusement que Paule est plus expansive que lui ! J'aurais >ur de vivre auprès d'une à m e mystérieuse comme celle de son frère.

Et Jean Rouvière écrivit une lettre très tendre, très affectueuse, très raisonnable. . trop raison-

il !

\uc le •

un

chercheui

den un

— car il a'

ment. Mais la

septième lui n imenten

ras trouvé le m< rc ,a P,us

cr> .cldcmandail puisqu'une impression

de >u de brutalité.

;I11C pen n*t mémorable.

U !a . . mduleuse comme un

pcnl. par: vre

mcua ani du sifflement >on

rire dont elle allait moidi me

OR l'A. 83

une chienne au cou d'un chevreuil, la gorge haletante encore de l'époux d'Eurydice.

Un tas de bonnes filles de Montparnassse et de Montmartre avaient tordu leurs jolies bouches, faites pour les baisers, pour lui donner l'impression de cette grimace sanguinaire. Elles avaient armé d'une férocité feinte leurs beaux yeux de velours. Lui-même avait failli s'esclaffer devant leurs contorsions tragiques. Non! ce n'était pas ça! Et il se frappait le front, et il courait à toutes les adresses, et il interrogeait toutes les concierges sans rien trouver. Et ce fut comme cela pendant huit jours encore après la lettre de Nolac qui l'avait si fort inquiété.

Le neuvième, il commençait à désespérer et à se dire qu'il lui faudrait modifier sa composition quand un coup fut frappé à sa porte. Seul, en ce moment, devant son œuvre interrompue il répondit par un : « entrez! » très indifférent. Une femme, de mise sombre et assez sobre, dont un voile plutôt épais cachait le visage, ouvrit la porte et la referma lentement derrière elle quand elle se fut assurée qu'au-

,puc par son apparition.

il la 'l!'

nus, sut l( rnmc é'

.ppanl

de

e qu'il avait vui d'un mouchoir jaui

s cette dame d1 entriqui

qui ai K'r

une allure lunl dtmcura

m me hébété.

Vousmcreconr • ,ui

nu.

— Pardon: - selle... M m'at-

tendais si pc S heureux d

Vraiment? et elle semblait près Vous me donnerez peut-êti d louvelles

mon ami

Elle pâlit légèrement et très simplement lui répondit :

— Il y a près d'un mois que je n'ai eu le plaisir de le voir.

— Et qu'alliezvous faire chez lui ?

lit en bondissant de son canapé Jean qui, lui aussi, était pâle de colère, sans motif apparent.

— Lui parler de vous.

Il fut un moment désorienté par la franchise à brùlepourpoint de cette réponse. Il se radoucit et d'une voix mieux contenue :

— Vous lui avez

Icmeni

— i \iulc que j'allais rendre

visite. Au fait, fe i

lpteur r.

métier, m*

SI pas ma fauM S de talent • I

amouraché de m

reste

lit il \ eut d une méUnc

qui empêcha Jean nt.

— Et que venc -

— \ | au métier.

de mes Kt elle ir lui - ax à la

îronïqu larmcurs.

— Je n'ai . icle en ce moment.

répondit Jean Rouvière très troublé par ce regard.

— Mais cela peut venir. Alors vous vous rappellerez d'une fille de Toulouse qui a besoin de ga-

I le prit un i

sque voisins, h pose au

l'ensemble. Peut- Uni une

Ile.

— Adieu ! lui dit-il en la reonduisar

— Au revoirl lui - irire sur de -

Quand elle fut partie, il lui sembla qu'il \^ .happer à un mau 11 entr

pendant la p'>rte, machinalement, pour la

. Elle TU urna pas, conl

mais il put admirer la nnnchalan*

marche et la beauté de sa jambe qu'elle 'ait

en remontant sa jupe, u- npli la

cour de flaques d'eau. Jamais IV ne lui parut mieux trouvé. Elle marchait cepen-

dant, non pas comme une déesse antique, et le glissement de ses pieds faisait plutôt penser a ces grands fauves dont le pas est léger et majestueux à la fois, le rythme en semblant marqué par le balancement souple de l'échiné.

Quand elle eut tourné la rue, il referma l'atelier, et s'en fut rêver à une petite fenêtre qui s'ouvrait au-dessus de la place où s'étendait son principal siège. On v voyait un coin du ciel, les toits où se posaient des pigeons et les feuilles jaunes qui passaient emportées par le vent. Il lui sembla que sa tète était délicieusement rafraîchie par cette échappée d'air. Mais un frisson lui vint bientôt de la température froide du dehors. Il repoussa la vitre et s'en revint à son escabeau. Comptant reprendre sa maquette, puisqu'une des ligures principales lui semblait irréalisable, il avait donné campo à son modèle ce jour-là. Assis devant son bloc de glaise, il se perdit en une profonde méditation.

— Allons ! c'est trop bête ! fit-il tout haut et tout à coup. Car, volontiers, nous autres, Toulousains, nous nous parlons à nous-mêmes et ce n'est

tuquelUnel

en. un insuni

Un u-

lendemain, qu'

qu'il r.

pa. q" ''

lit la veille,

nenant

déme„« ,1 étail hante. Car maintenant que ce rire cruel au. blancheurs cnm

mordan, datantes comme., -

.., bien celui de la mfa.de qui à

■e la struc-

ORFA. C)l

turc si souple et si ondulante, que moulait la robe et que trahissaient les moindres mouvements, était faite pour son personnage rêvé, et qu'enfin Orfa le réalisait, dans son charme robuste et dans sa férocité charmante comme personne au monde.

— L'atroce créature! fit-il à lui-même. Mais l'injure que disaient ses lèvres était comme une bravade de son cœur blessé.

lTn à un ses modèles vinrent se mettre à sa disposition pour la continuation du travail. Mais il ne retint que l'Orphée dont il voulait rendre la pose plus lamentablement tragique encore.

— Est-ce que vous avez trouvé la camarade qui vous manquait? lui demanda le docile garçon en s'afl'alant plus misérablement encore sous une imaginaire morsure.

— Peut-être! fît Jean Rouvière.

Avec plus de franchise vis-à-vis de lui-même, il aurait dû dire : — certainement.

Car il était en train de vaincre ses derniers scrupules. Il eût été impie de refuser une faveur

de

ir ne pas lui

lil!< lui. ur

• ni

plètement i

en

a première heu

rendez-vou

rimpertinc

imphante qu'il s'appi

1 1* « au '^ar lequel

lu, deu . : » Elle -que mêla-

lique et il n'eut pas à lui rabattre le caquet qu'il

sup

— habille ? lui de-

manda-t-elle le plus simplement du mon

OR FA. y 3

— Je vous en serai fort obligé, lui répondii-il poliment.

Alors, elle piqua, avec une épingle, son chapeau sur lecanapéet retira ses souliers mouillés de pluie, sans s'asseoir pour ôter ensuite ses bas, une main appuyée seulement au rebord du siège. En un clin d'oeil ses jupes se rabattirent sur ses pieds nus et l'enchantement de son corps jeune, vigoureux, d'une harmonie puissante, légèrement bronzé de couleur, mais ayant surtout la coulée rigide du bronze, jaillit de sa chemise qu'elle fit sauter pardessus ses épaules correctes et frissonnantes.

Pour le coup Jean Rouvière eut un véritable éblouissement. La réalité dépassait de beaucoup son rêve, surprise que la beauté de la femme, seule, nous donne quelquefois. Mais le sentiment religieux qui nous envahit, quelquefois aussi, devant certaines images où revit le marbre auguste des Dianes ne lui vint pas cependant de cette apparition trop charnellement humaine, trop violemment tentatrice de toutes les profanations.

Sa fantaisie ne le prit pas de rouler son front dans

un léc, son torse flu

eu Un tel boum

lu \.»ulais mordre ! lui -

ant d'une

rouche, clarté n na

bien la figure du D

qu'avait pressenti s«»n in n.

— Cherchons maintenant la pose, lui dit-il.

Et avant 1 • »' P™» sur le car

l'attitude de l'Orphé*

attitude, a elle-même, au rythi *u mo -

ment d • mouvant mu-

lacre une volupté 5. Mais se n ani

bientôt :

— C'est bien, fit-il. Le modèle homme va venir tout à l'heure et nous réglerons tout.

En même temps, il se dégageait de l'étreinte d'Orfa qui s'était prêtée le plus pudiquement du monde, en professionnelle déjà convaincue, à ce caprice et qui se releva les yeux baissés, en fillette bien obéissante.

Deux heures après, il avait fait des maquettes du groupe que formaient Orphée et la menade tant attendue, et réglé la position de ce groupe dans la composition générale. Il était sur maintenant de son œuvre et ressentait pour elle une tendresse enthousiaste qu'aucun de ses autres travaux ne lui avait jamais inspirée. Toute son âme était passée dans cette argile et c'était comme une incarnation mystérieuse de son être dans cette image où se confondaient toutes ses admirations et toutes ses fièvres. Admiration de poète! Fièvre d'artiste! pensait-il. Mais, chez lui, le poète rare et l'artiste fréquent étaient doublés d'un homme vigoureux et sensuel. Pour le moment cependant, î>on cerveau était surtout dompté. Il convient d'ajouter qu'Orfa ne fai-

a pente q >U-

OS lui II »U-

pirt

Devaril que un

ive( u que lui avait décrit le

malheureux I aiment

plus rien. a même femn ' ant

la " enhar-

se dh qu'il i bien :

De là à prDJ quer, lui-même, un plus^randal -

I qu'ur»

le franchit, eu retenant quek mer

i dîner, *c~

nades au Luxemt uand le jour baissait. I

ne lui refusait ia: n et ne cherchait pas. non

plus, à prit en devint terocement amoureu

EN IN CLIN D'CEIL SES JUPES s'ABAT- TIRENT SUR SES PIEDS NUS P. 93).

tout en se répétant la raison excellente qu'il avait de ne pas être son amant. Cependant le modèle en terre du groupe était fort avancé. Le défilé des camarades avait commencé, enthousiastes pour la plupart, quelques-uns cependant jaloux. Falguière était venu et avait serré la main du jeune statuaire avec une émotion vraie et un très bien! qui valait tous les panégyriques du monde. Orphée et les Ménades allaient partir pour le moulage.

— Vous n'avez plus besoin de moi maintenant? dit Orfa, tout à fait simplement à Jean Rouvière quand il annonça ce départ.

Il la regarda avec des yeux hébétés, comme s'il ne comprenait pas.

— C'est comme vous le voudrez ! finit-il par lui répondre, avec une voix qui roulait des sanglots de colère.

— Moi, je veux ce que vous voulez, dit-elle, avec un extrême accent de douceur. Au revoir, alors, n'est-ce pas? A quand ?

— Mais à demain ! répliqua vivement Jean d'une voix où vibrait l'inquiétude.

en lui menant ' c,,c ''

nient ; inl

qu'elle était tl<

manda

m< iui

qu'un l-»ur i

g, || 3 ava • c n beau

et une bonne SOmm

lonté.S rmement i la

gloire , u^e- préalablement la

qui il avait don» l hon'

inl lout ma'^ cette volonté n'avait rien lérant. Elle planait au-,i iventures et il

enture qui lui

vraiment au cœur et aux sens, er ins

1er une où il jouerait un rôle :ue.

par d'aim -ail ainsi bien nel"

tement sa lign< - - anl

à celle-ci, il y avait longtemps qu'elle avait tracé la sienne et que, sans s'en douter, Jean Rouvière se débattait inutilement dans la trame ensoleillée qu'elle avait tendue autour de lui, pareille aux araignées matinales dont l'œuvre délicate est comme un scintillement de petites perles.

Le rendez-vous qui suivit fut définitif. Une délicieuse journée de printemps en lit une série de délices. Orfa y arriva dans une de ces toilettes gracieusement allégées dont les femmes à Paris, même les moins parisiennes de race, saluent si bien le retour des heures fleuries. On eût très malaisément défini la mode suivant laquelle elle s'était transformée et les couturières y eussent relevé, vraisemblement, un certain nombre de barbarismes professionnels. Mais elle était charmante, comme le papillon qui sort de sa chrysalide, inconscient encore des beaux velours vivants dont il est vêtu. Son caprice l'avait merveilleusement guidée dans le choix de ses vêtements nouveaux, cette inspiration qui fait le costume des femmes de goût adéquat à leur particulière beauté.

tuniqi.

|UV<

oublar

emblaii, pelure som lU Jc '

penché sur un nid é

s une a lean R a quii

de ne pa lui.

Ils se sautèrent sentait l'équivoque rompue. C'était leur prem promenade d'amants que le train de banlieue allait emporter sous les feuillages nou • -ans le : -

fumdc ini

leurs ailes encore mouilM ins le frisson d'une

dure tendre qui flotuit comme une vapeur d'émeraude paie sur la colline de Meudon, ils nfoncèrent, ntre l'autre, buvant le

mutuel parfum de leurs jeui ent

prisés par les ettluves ambiar

Les modestes cabarets, à peine achalandés encore en ce temps de premier renouveau, qui tendent aux passants leurs tonnelles encore dégarnies, sont, aussi, plus ou moins, des hôtelleries familières. Quand ils quittèrent, à la nuit tombante, celui où ils avaient déjeuné, ils étaient silencieux et comme recueillis, inerfablement heureux d'une joie commune et reconnaissante. Et Orfa, aux traits légèrement battus, plus pâle qu'à l'arrivée, était plus belle encore de je ne sais quel divin apaisement de son rêve.

Ils se quittèrent à Paris. Quelques jours après, Jean Rouvière avait apporté, chez sa maîtresse, ses albums à croquis, ses livres de chevet et sa meilleure pipe.

Prudente dans la victoire, Orfa ne lui noua au cou qu'une de ces chaînes parfumées de liserons qu'il semble toujours aisé de briser au moindre mouvement, dont le toucher n'est qu'une caresse. Rien ne sentit moins la tyrannie que le pouvoir grandissant qu'elle exerça sur lui, semblant tenir, elle-même, à peine, du bout des doigts, la bride dont elle le dirigeait.

nt ipc

'jnquillcment parm

ians ; felleâvail liel,il pensait tx

à Tou

l'auleq

trouva 4ui ,ui Par

lui, maintenar J'"

même, àcorrespondn ment a

e n'était plus par la même expan-

de confiance et le même d'âme d'autre:

Rarement il rétlèerm nouvel étal de

chnscs. qui était assez ;- nt chez lui: n

quand il s'y attarda . M dun

— A DEMAIN, FIT-ELLE, EN ABANDON- NANT SA MAIN DONT IL APPROCHA SES LÈVRES P. ICO'.

remords subitement rencontré sur la route de ses pensées, il avait bien vite trouvé sa propre défense dans l'admirable conduite d'Orfa à son endroit. Où aurait-il trouvé une maîtresse semblant aussi peu préoccupée d'entraver l'avenir convenu? Jamais aucune allusion à ce qu'elle savait du passé et redoutait, sans doute, du présent. Quelle discrète créature que cette Bohémienne! De plus il lui devait le meilleur de sa renommée, ce qui était aussi bien avantageux à sa future famille qu'à luimême. En vérité, il ne pavait qu'une dette en s'en laissant aimer quelques mois. Car il ne s'apercevait pas, dans sa fatuité méridionale, que ce fût lui qui, par le fait, était allé au-devant d'elle. Et puis quand le bonheur vient, faut-il jamais s'interdire d'être heureux ?

Ces escarmouches contre sa propre conscience n'étaient jamais, d'ailleurs, de longue durée. Un long baiser d'Orfa ramenait la paix dans son âme qui ne demandait qu'à être rassurée, et les temps se déroulaient très doux, dans l'épanouissement des douceurs de l'année, en une existence qui ressem-

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Et le temps s'écoulait, leur comptant les heures avec des baisers, silencieusement, comme avec la crainte de les réveiller avec le bruit de ses pas.

Leur bien-être voluptueux s'accroissait des chaleurs, où, tous les deux, fils du soleil, respiraient mieux la vie. Toulouse leur brûlait aux veines sous le ciel d'été parisien. Toulouse qui allait reprendre son enfant tout couronné de lauriers et de roses. Comme la jolie Paule, dans la chaude maison de l'Embouchure où était l'atelier de son frère, devait compter maintenant impatiemment les instants! Ses lettres maintenant, toutes parfumées de virginales tendresses comme les Ii las blancs dans les jardins, sonnaient, aux oreilles de l'absent, comme le glas de ses coupables amours, un glas silencieux. Jean avait beau en secouer l'obsession, il lui en venait une tristesse qu'il se reprochait à soi-même. 11 s'en voulait d'accueillir, avec tant de mélancolie cette échéance d'un destin que lui-même avait choisi.

Ne trahissait-il rien de cette rêverie de plus en plus douloureuse, de cette inquiétude intérieure?*

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Les roses étaient maintenant en plein épanouissement estival. La vraie fiancée attendait là-bas dans sa robe fleurie. Les cloches de la Dalbade apprenaient leur chanson de bienvenue dont la Garonne aux eaux bleues devaient emporter le refrain.

Un soir qu'elle lui faisait, à demi assise sur ses genoux, une provision de cigarettes pour le lendemain, Orfa sentit les bras de Jean qui se pressaient convulsivement autour de sa taille souple, en même temps que la gorge de son amant étouffait, dans sa nuque, des sanglots dont ses cheveux étaient mouillés :

— Jean, qu'as-tu ? lui demanda-t-elle, en se retournant vivement et en contemplant son visage inondé de larmes.

— J'ai qu'il faut que je partedemain ! lui répondit le statuaire d'une voix où vibrait un vrai désespoir.

— Alors, tu retournes à Toulouse? continuât-elle d'un ton calme dans sa solennité.

— Tu sais bien qu'il faut que je me marie.

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SERRÉS L'UN CONTRE L'AUTRE, BUVANT LE MUTUEL PARFUM DE LEURS JEU- NESSES (P. I02\

ORFA. Il5

Morne il se laissa retomber sur le canapé, les deux mains sur les yeux. Elle les dénoua de ses mains de fée et, par la fenêtre ouverte, ils virent ensemble un coin de ciel baigné de lune, le bruit lointain de la rue leur rappelant la terre. Elle le calma, comme 'un enfant, avec un bourdonnement de paroles très doux. Il sembla, le reste de la nuit, qu'ils eussent oublié l'un et l'autre.

— Adieu! lui dit-il le lendemain d'une voix ou il étouffait.

— Au revoir! lui répondit-elle avec un sourire triste.

Et elle ajouta, en refermant lentement la porte :

— Souviens-toi, que c'est toi qui l'auras voulu. Le lendemain, le statuaire Jean Rouvière, acclamé

de ses amis, follement embrassé de la jolie Paule, faisait son entrée dans la bonne ville de Toulouse.

Un an, date pour date, du jour où nous avons fait connaissance de tous les personnages de cette histoire. Le mariage civil de Paule Nolac et de Pierre Rouvière sera célébré dans la journée. On ne perd pas, à Toulouse, l'occasion de faire deux fêtes pour une. Le mariage religieux n'aura lieu que le lendemain.

Nous sommes de bon matin sur la terrasse du domaine des « Moines » où l'excellent ménage Dastier a fait dresser une tente sous laquelle on dînera, mais avec une solennité plus luxueuse encore que la première fois. Les fenêtres de la propriété ont

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tiquagc, gymnastique et corvée, se contentant d'être d'une maladresse qui divertit fort ses compagnons de service. Mais l'arrivée du jour de l'exercice à

feu lui causait un émoi indicible. Depuis plusieurs nuits il n'en dormait pas déjà. |Se planter en face d'une cible et tirer un vrai coup de fusil lui paraissait un effort vraiment au-dessus de ses forces. Quand on lui avait remis, comme à te us, une car-

1er lui-même lu

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temps de tirer! D'autant plus que

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l'intéresser aussi peu que possible. Les sous-

jurent bientôt et leur mita l'uni- la sienne. On

tira un peu ; - le, au hasard, à la papa el clairon sonna le repos qu'une grande partie

OR FA. 12 1

hommes encore n'avait pas déchargé ses armes.

Pitonnet commençait à respirer.

i)n s'assit sur les mottes de terre en fumant et en blaguant. On but du café; ce fut un instant vraiment svbaritique et délicieux. Pendant ce temps, le lieutenant avait disparu et je parierais qu'il avait été cueillir, dans les haies sauvages, quelques belles fleurs pour les apporter, au retour, à sa bonne amie.

Le soleil baignait largement la côte et allumait des feux d'artifice tout le long de la Garonne, quand un nouveau coup de clairon annonça la reprise du tir et retentit lugubrement jusque dans la poitrine de Pitonnet. Ce fut encore pis que la première fois. Les sous-ofiieiers se baignaient le dos dans la lumière chaude et les coups de fusil se suivaient irréguliers, à peine épaulés, infiniment dangereux poulies passants lointains qui attrapent, de temps en temps, dans les mollets, des balles perdues et l'impatience d'en finir avec ce fastidieux divertissement commençait à se faire sentir partout. L'heure approchait du retour dans la ville. Pan! pan ! pan !

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querait de lui. Il allait donc rentrer à la caserne. ad niellant qu. riît pas spontanément

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Éviter de rentrer à la caserne! Il crut a

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