‹ Orfèvrere mérovingienneChapitre 3 sur 26 · CALICE DE CHELLES · texte numérisé non relu

CALICE DE CHELLES

3/5" de l origmai .

A l'abbaye de chelles. 5 im fait authentique, la tradition qui attribue à sainte Bathilde le don d'un objet, non-seulement à l'usage de l'éveque de Noyon, mais encore fabriqué par lui. Frappé en outre de l'importance du monument, du Saussay en fit exécuter une gravure que l'on trouve parmi les planches trop peu nombreuses de son rare et savant ouvrai2;e ^ .

Le P. Lecointe (1668) a copié presque textuellement la Panoplia sacerdotalis au chapitre de Sancto Calice. Gérard Du Bois (1690), plus concis, suit les mêmes errements : « In monasterio habetur calix, opus sancti Eligii ex auro

* « Hic est quod non abs re mireris verba haec, Calix parvus : Eodem enim sreculo claruit S. Eligius Noviomensis episcopus, cujus calix aureus (ab ipso confectus, nam ante praesulatum aurifaber erat ille peritissimus) in monasterii Kalensis prope Lutetiam sacrario servatur, mihique a paucis diebus traditus visendus et contrectandus, hujus est magnitudinis qusR heminam minorem exœquat : totus vero aureus et lapillis pretiosis par circuitum labri ad extra decoratus, encaustoque artificiose eliquato, infusoque coruscans. » Panoplia sacerd.y pars I, lib. v, De Stola sacra^ c. viii, p. 87. — « Sane mense junio nuper elapso, cum essem apud Kalam, antiquum et nobile virginum monasterium in diœcesi Parisiensi, mihi sacras reliquias invisenti, a virginibus sacristiae prsefectis inter alia templi cimelia, ostensus et in manus datus est ad contingendum, calix S. Eligii episcopi Noviomensis et confessoris, ipsius opéra fabricatus, totus ex auro purissimo, gemmis in circuitum cuppoe in parte exteriori decoratus, atque etiam in inferiori parte. Est porro pedalis fere altitudinis, ab imo ad summum sacrœ paterœ, est orificium paulo arctius quam nostrorum jam esse soleat: sed vas tamen altius et capacius, adeo ut heminam fere contineat. Quod in pignus pice recordationis, dédit illis sacris virginibus S. Bathildis regina, insignis hujus monasterii fundatrix, cujus ipsemet S. Eligius, dum in terris viveret, prœcipuus consiliarius et venerabilis in Christo pater ac doctor extiterat. Cujus etiam reginae Clodovei II conjugis pia munificentia acceptum, sacroe ilUts viigines ejusdem sancti pontificis sacrum caput possident, specioso lipsanodochioinclusum. Integrum ejus corpus sancta Bathildis eo transferre voluerat; sed divino signo prohibita, in templo quod ipsi Noviomi œdificaverat, condigno cum honore reposuit : impetrato tamen capite, quo suum ipsum monasterium, ut tanti cœlitis patrocinio muniretur, honorificavit : adjuncto ejusdem gloriosi antistitls prœmemorato calice, cujus

6 LE CALICE DE SAINT ÈLOl

purissimo, foris decoratiis gemmis, huiic Batbildis regina olim Calensi basilic^e tradidit ' . »>

Pendant leur séjour à Chelles (50 mai 1718), DomMartène et Dom Durand eurent entre les mains le calice de saint Eloi. « On nous fit voir aussi le calice de saint Eloy dont la coupe est d'or émaillé. Elle a près d'un demi-pied de profondeur et presqu'autant de diamètre, le pied est beaucoup plus petit. Je n'aurois pas de peine à croire que ce calice a été autrefois donné au monastère par sainte Batilde, qu'il servoit pour les jours de communion sous les deux espèces, et qu'on l'appela le calice de saint Eloy, parceque ce saint qui étoit un des directeurs de la sainte s'en servoit ordinairement. Quoy qu'il en soit, on conservoit encore autrefois la patène d'or du même calice, mais il y a plus de trois cents ans qu'on la fondit pour faire la chasse de sainte Bal tilde ^ »•

L'abbé Lebeuf (1755), qui vraisemblablement n'alla pas voir le calice de Chelles , reproduit les opinions de Dom Jacques Du Breul et de Dom Martène au snjet de ce vase sacré, mais ne s'engage pas personnellement dans la question, sans émettre toutefois l'ombre d'un doute sur les faits avancés par les doctes Bénédictins '\

ectypon, ob venerandae aiitiquitatis spécimen et laritatem formse, placuit hic accurratim expressura exhibere ob pii lectoris gratiam. » Ibid. ^\ib yui, De Sancto Calice, p. 199 et 200, pl. en regard.

• Annales eccles. Franc, i m, p. 491 — Hist. Ecclesiœ Paris., t. i. lib. IV. c. 6. p. 198. 2 vol. in- fol, Paris, 1690 —1710.

- Voyage lilt., t. li, p. 4.

' « On voit aussi (à Chelles) un calice auquel on donne le nom de saint Eloi, soit qu'il ait été fait par lui lorsqu'il exerçait l'orfèvrerie, comme le croit Du Breul, ou qu'il lui ait servi dans les saints mystères depuis qu'il fut fait évêque. La coupe est d'or émaillé : elle a près d'un demi pied de profondeur et presqu'autant de diamètre, le pied est beaucoup plus petit. Dom Martène croit que ce calice a été donné etc. etc. u Le reste est une reproduction du Voyage

A L'aBBAYK de CllELLES. 7

Parmi ces témoignages divei's, tous conformes à la tradition enregistrée sur les inventaires de Chelles, deux méritent une considération spéciale, car ils émanent d'hommes savants, n'ayant pas l'habitude de traiter les choses à la légère et décrivant un objet qu'ils certifient îivoir vu et touché. Le premier, du Saussay, est complètement affirmatif, et, si Dom Martène enveloppe sa pensée sous une forme plus timide, il n'en faut pas déduire que sa conviction fut moindre : l'illustre Religieux, s'adressant aux lecteurs du XVIIP' siècle, gens fort peu crédules en matière de reliques, avait besoin de ménagements, et la hardiesse lui manqua sans doute pour affronter les railleries qu'une décision positive lui eût inévitablement attirées.

D'autres preuves , tirées du mode de fabrication et des matériaux mis en œuvre, viendront plus loin corroborer les preuves écrites de l'authenticité du calice de saint Eloi; mais, avant de clore la série de ces dernières, j'en veux fournir une nouvelle que personne ne contestera. Elle date du jour néfaste où le plus précieux monument d'orfèvrerie mérovingienne, qui existât en France, sortit du sanctuaire auquel sainte Bathilde l'avait confié et alla se perdre au creuset de la Monnaie. Le 25 juin 1792, les Dames de Chelles remirent aux commissaires du district de Meaux l'argenterie inutile au culte de leur église; entre autres deux calices, dont un de vermeil, un autre calice venant des reliquaires^ étant de

littéraire que Lebeuf copie textuellement dès la phrase précédente. Hist. du dioc. de Paris, t. vi, p. 42. Le Théâtre des antiquitez de Paris, oii il est traité de la fondation des églises et des chapelles de la Cité , Université, Ville et diocèse de Paris etc. etc., par Jacqdes Dd Bueul, religieux de Saint-Germain* des Prez ; in-4'^, Paris, éd. 1612, 1618, 1639. Cet auteur est mort en 1614. La première édition de son Théâtre, qui est un bon ouvrage, est la meilleure. V. Lei.owg, l?/!//. hist. de la France, n" 14526.

saint É loi, etc., etc. Le procès-verbal de cet acte d'impiété avide et maladroite, car la valeur artistique de l'objet détruit centuplerait aujourd'hui sa valeur intrinsèque , est conservé aux archives départementales de Seine-et-Marne. 11 est signé par Mesdames de Sabran, abbesse ; de La Fontaine , dépositaire et sacristine ; de Monloué {sic) , boursière \

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