‹ Orfèvrere mérovingienneChapitre 4 sur 26 · OBSERVATIO^S SUR LA GRAVURE DU CALICE · texte numérisé non relu

OBSERVATIO^S SUR LA GRAVURE DU CALICE

Malgré les curieux détails renfermés dans plusieurs des textes groupés ci-dessus, un impénétrable mystère envelopperait toujours la forme exacte et le système décoratif du calice de Chelles, si du Saussay n'avait eu l'heureuse pensée de le vulgariser au moyen de la gravure. Par une chance unique pour ainsi dire en archéologie, l'artiste, chargé de ce travail, l'a exécuté de manière à rendre possible la restitution de l'œuvre de saint Eloi à peu près telle qu'elle sortit des mains de l'illustre orfèvre. Quelques détails sur la planche insérée dans la Panoplia sacerdotalis, joints à des conjectures sur les circonstances qui entourèrent son exécution , me paraissent indispensables avant d'aborder la description du calice même.

La première remarque, que m'ait suggérée un examen attentif de la gravure de du Saussay, est que son auteur anonyme n'a pas vu le calice original et n'a eu pour modèle qu'un dessin scrupuleusement exécuté, colorié avec soin,

* E. Grésy, loc. cit., p. 17. — La boursière appartenait sans doute à la famille de Brunes de Montlouct dont un membre occupa (1754-1765) le siège épiscopal de Saint-Omcr.

A l'abbaye de chelles. 9 mais tracé par un crayon inexpérimenté. A côté d'un burin ferme qui accuse une main habile, apparaissent des fautes de perspective inadmissibles chez un homme qui aurait les notions les plus élémentaires de son art. En outre, l'objet est éclairé de face, ce qui ne permet d'en saisir qu'imparfaitement les reliefs. Je pense ne pas m'égarer trop sur le terrain des hypothèses, en avançant que le prototype de la gravure, insérée dans la Panoplia sacerdotalis, était dû au talent d'une religieuse de Chelles. Plusieurs recueils héraldiques et deux inventaires ilhistrés du trésor de la Collégiale de Maubeuge, que j'ai eus longtemps à ma disposition, sont les produits incontestables de la plume et du pinceau des chanoinesses de cette maison. Grâce à un emploi aussi intéressant des loisirs delà vie monastique, nous avons pu, M. Auguste Deschamps de Pas et moi, restituer bon nombre de pièces d'orfèvrerie aujourd'hui perdues \ Pourquoi les recluses de Chelles, d'aussi haute naissance, et, par contre, ayant des goûts aussi relevés que les Dames non cloîtrées de Maubeuge, n'auraientelles pas suivi la même voie et fixé également sur le papier

* Ces manuscrits, qui, en 1839, faisaient partie de la bibliothèque de M. Estienne, à Maubeuge, sont maintenant la propriété de M. Bottiau, procureur impérial à Valenciennes. M. Le Glay {Mémoire sur les bihl. publiques et partie, du Dép. du Nord. c. vi, p. 287 et 288.) décrit ainsi les deux inventaires. « Un registre en papier grand in-4®, de 50 feuillets, ayant pour titre : Inventaire de tous les reliquaires etjoyaulx de l'église mad. ste. Audegonde . Dans cet inventaire sont dessinés tous les reliquaires, croix, ostensoirs, calices, etc. etc., existant en l'église de Sainte -Aldegonde. Tous les dessins coloriés sont de la fin du XVg s. En regard des dessins, ou au bas, se trouvent la description, la composition et le nombre des pierres précieuses qui les ornent, et, à la plupart, le nom des donateurs. Ce registre est dans un état de dépérissement à regretter. Les couleurs sont bien conservées, mais le dessin n'est pas très-correct. — Un registre grand in-4°, en papier, de 80 feuillets, où se trouvent aussi les dessins des reliquaires et de toutes les pièces d'or et d'argent de l'église de Sainte Aldegonde. — Le dessin le plus récent est de 1693. »

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l'image des joyaux de leur église. La manière dont le graveur s'est acquitté de la tâche qui lui était dévolue vient confirmer mon assertion. Placé en regard d'un modèle où quelques incorrections ne détruisaient pas l'exactitude de l'ensemble et la minutieuse fidélité du détail, il n'a pas hésité à copier servilement ce qu'il avait devant les yeux, sans oser en corriger les fautes, de peur d'en altérer l'expression de vérité naïve. Le respect a été poussé jusqu'à étrangler à droite et h gauche, entre l'orifice de la coupe et les lignes d'encadrement, position qu'ils devaient occuper sur le dessin, la lettre Calix s. Eligii qu'il eût beaucoup mieux valu renvoyer à la marge inférieure. De plus, l'exemple de modestie donné par la pieuse fille auteur du dessin, le reproducteur l'a suivi, mais mû par un tout autre motif ; afin de n'encourir aucune responsabilité, il n'a pas signé son œuvre ^

Ce sentiment d'imitation porté à l'extrême a toutefois inspiré à notre chalcographe une idée ingénieuse, que l'illustrateur, également anonyme, du livre de Jean- Jacques Chifflet sur les épaves de Childéric partage peut-être seul avec lui. Frappé de l'aspect pittoresque qu'oôraient les enluminures de son modèle, et pénétré sans doute de leur importance, il a employé pour les rendre un procédé en usage depuis le commencement du XVIP siècle chez les graveurs héraldiques, c'est-à-dire un système de hachures symétriquement dispo-

* Il est à noter que, durant le xviie siècle et la première moitié du suivant, les graveurs d'archéologie ne signaient pas leurs planches quand ils n'en avaient pas eux-mêmes dessiné le modèle. Les gravures de Chifflet, Buonarotti, Aringhi, Montfaucon, des Muséum Kir cherianum^ Cortonense^ etc., etc., ne portent aucun nom. Les portraits publiés par Sanderus en manquent également, tandis que ses vues pittoresques sont signées pour la plupart. Au contraire les planches de Gori (1759), tantôt sont anonymes, tantôt sont marquées d'un monogramme; sur un certain nombre enfin, on voit réunies les signatures du graveur et du dessinateur.

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sées selon la couleur à traduire. Ainsi, il a exprimé le rouge par des tailles verticales, le vert par des tailles obliques, en laissant complètement à nu les ornements blanchâtres et les portions métalliques du calice. Bien mieux, afin que l'on ne pût se méprendre sur son intention, il a eu soin de ponctuer (les points en blason signalent l'or) une large platebande qui règne autour de la monture des cabochons et qui, sans cette précaution, eût été facilement confondue avec d'autres matières voisines * .

Sauf d'imperceptibles différences, la planche de la Panoplia sacerdotalis reproduit le calice de saint Eloi dans ses dimensions originales, ce qui est encore le fait d'un dessinateur novice. Du Saussay écrit que l'objet mesurait environ un pied de haut : « Est porro pedalis fere altitudinis ; »> or la gravure lui donne 0'"26'' de hauteur. Dom Martène avance que la coupe avait près d'un demi-pied de profondeur et presqu'autant de diamètre ; je trouve également sur la planche 0"™17' de profondeur et 0™145'" de diamètre. En outre, du Saussay s'accorde avec les Bénédictins quant à la capacité, presqu'une hémine. L'hémine équivalant à seize onces pesant de liquide, quelque chose comme un demi-litre, il sufiit d'un coup-d'œil, ou, au besoin, d'un calcul fortsimple, pour s'assurer que la contenance du vase figuré correspond exactement à l'évaluation prise en face de l'objet lui-même.

* Toutes les veiroteries rouges sont rendues par des traits verticaux dans VAnastasis de Chifflet. Le tome i des Monuments de la monarchie française contient une copie fidèle de ces planches. — Le P. Ménestrieu [Nouvelle méthode raisonnée du blason, Xe leçon) fait remonter au commencement du XVIP siècle l'invention des hachures héraldiques.

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