CHAPITRE PREMIER TRAITEMEXT DES URÉTHRITES
SOMMAIRE
Traileiiionl de riiréllirilc aiguë blennorragique. — Influence des concepUons pathogéiiiqucri (le la maladie sur le traitement. — Traitement antiphlogistique. — Traitement antiseptique. — Hygiène du blennorragique.
Traitement de l'uréthrile chroni<[ue. — Importance d'un diagnostic précis au point de \ue de la nature de l'agent infectieux, de l'extension en surface des lésions, de leur exten-ioii en profondeur. — Lavages, instillations, dilatation du canal.
De tous temps le traitement des uréthrites a été Tobjet de nombreux mémoires et de longues discussions. En rapport avec la conception que Ton avait de la nature de la blennorragie, il se modifiait avec les doctrines courantes.
§ i. — Traitement de Turéthrite aig^uë.
A. — Traitement antiphlogistique
Pendant longtemps les antiphlogistiques ont occupé le premier plan ; on était sous Tinfluence des idées de Ricord et de Fournier, qui voulaient que la blennorragie fût une maladie purement inflammatoire.
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La blennorragie devait être traitée au début par les boissons délayantes, lait coupé d'eau de Vichy, eau d'Evian, de Vittel, tisane d*orge, de graines de lin, de chiendent, etc., ou eau aromatisée avec :
Bicarbonate de soude 3 à 5 grammes
Sucre en poudre 40 —
Essence de citron I à II gouttes.
pour 1 litre d'eau (Fournier).
Pendant la période aiguë, les bains tièdes, les applications de sangsues au périnée S puis à la période d'état l'eau de goudron édulcorée avec du sirop de tolu, la tisane de bourgeons de sapin, enfin à la période de déclin la médication suppressive ' (balsamiques et injections), constituaient le traitement classique de la blennorragie. Déjà cependant CuUerier et Gosselin admettaient la nature spécifique de la blennorragie et sa propagation exclusive par contagion.
Chez les femmes en apparence indemnes, avec qui on contracte la blennorragie, il est, dit Gosselin, toujours possible de retrouver une uréthrite si l'on pratique un examen le matin, au réveil, avant qu'elles n'aient uriné.
B. — Traitement antiseptique
Origine microbienne de Turéthrite aiguë. — Aujourd'hui la question n'est plus discutée, on connaît l'agent producteur de la maladie, on sait que la blennorragie est causée par un microbe spécial, le gonocoquede Neisser, dont la présence est facile à déterminer par un examen direct. Il suffît pour cela de recueillir une goutte de l'écoulement uréthral avec un fil de platine, de l'étaler sur deux lames et de colorer l'une d'elles au bleu phéniqué de Kuhne, l'autre par la méthode de Qram. Sur la seconde, on ne trouve rien, le gonocoque ne gardant pas la coloration de Qram. Sur la première on voit des diplocoques en forme de grains de café, se regardant deux à deux par leur
* S'il y i\ des éreclions nocturnes, on les combat avec (in camphre, 5o centigrammes à 1 gramme en pilules, de la belladone, de la jusquiame, du lupulin, du bromure de potassium, des lavements laudanisés, et l'on conseille au malade de se coucher sur le
^ Il est important de ne pas recourir trop tôt à la médication suppressive. Il faut ((ue la douleur ait disparu complètement, que l'écoulement ait diminué d'intensité et «lu'il ait changé de caractère, que de verdâtre épais il ait pris un as])ect analogue à celui du lait mélangé d'eau. Alors, mais alors seulement, on peut recourir à la médicaticm suppressive cessation des boissons délayantes, copalui, cubèbe, sanU'iI ou santal salolé à la dose de lo à i-i cai>sules, de /|0 centigrammes chacune, par jour). Les balsamiiiues doivent être continués juscju'à cessation complète de lécoulement et être ensuite diminués très progressivement. Bien que reposant sur une conception erronée tic la maladie, ce traitement donne de nombreux succès.
TRAITEMENT DE l'uRÉTHRITE AIGUË jB
concavité, groupés en amas, ou situés à Tintérieur des leucocytes dans le protoplasme et jamais dans les noyaux ^
FiG. 95. — Pus blennorragique avec gonocoques.
Anatomie pathologique. — Les lésions que détermine le gonocoque dans Turètre ont été bien étudiées par Finger *. Il laisse indemne la zone d'épithélium pavimenteux qui tapisse le canal au niveau du méat et ne cause de lésions qu'au niveau de Pépithélium cylindrique. Là il s*enfonce entre les cellules et pénètre entre les cellules cubiques de la couche profonde. La diapédèse des leucocytes qu'il provoque détermine l'écoulement de pus. Plus tard, au bout d'un temps assez long, le gonocoque disparaît de la profondeur et ne se trouve plus qu'à la surface.
L'étendue en longueur des lésions est encore l'objet de contestations. 11 était admis autrefois qu'elles étaient limitées à Turéthre antérieur et que l'extension à l'urèthre postérieur n'avait lieu que chez les individus débiles ou à la suite d'un traitement mal dirigé. Aujourd'hui un grand nombre d^auteurs pensent que l'urèthre postérieur est atteint, dans un grand nombre de cas, à la fin de la première semaine, ce qui n'est pas absolument démontré.
Etant donnée cette conception infectieuse de la blennorragie, on comprendque l'on ait eu l'idée de recourir aux agents antiseptiques pour [combattre le gonocoque.
* Le gonocoque peut encore (^Ire recueilli et culilvé sur le sérum humain (Bumm), sur la géloso-ascile (Werlheim , ou sur le sang gélose.
* Finger ^E.), Wiener Klinik, 1900, et Die BlennorrhfJe der Sexualorgane und ihre Complicaiionen. Leipzig und Wien, 1901.
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Traitement, -r- Au début on a essayé le traîlemenl aborlif.
Celui-ci ne semble avoir des chances de succès que lorsqu'il est institué dans les 48 heures qui suivent le début de Técoulement, quand il n'existe pas encore de douleurs, ni en urinant, ni au moment des érections, et que Técoulement n'est constitué que par une sérosité louche, contenant des gonocoques.
L'agent médicamenteux le meilleur semble être le permanganate de potasse employé en grands lavages uréthro-vésicaux, suivant la méthode de Janet.
Les doses et la fréquence des lavages doivent varier dans chaque cas et se régler uniquement sur Pinlensité de la réaction produite.
Le premier lavage peut être fait, dans presque tous les cas, à la dose de i pour 4.000. Après un lavage assez prolongé de Turèthre antérieur, on fait passer le liquide dans la vessie et on lave à la fois Turèthre et la vessie, ne faisant passer qu'une fois la solution en arrière. Le malade urine le permanganate et il observe ensuite attentivement son méat, qu'il a soin de tenir toujours recouvert d'un morceau de coton hydrophile sec.
Plusieurs cas se présentent alors :
i^ La douleur provoquée par le lavage, loin de cesser, s'est exaspérée; les douleurs en urinant ont été très vives, et le coton qui recouvre le méat est nettement teinté de sang plus ou moins pur. Il faut attendre la cessation complète de la douleur, la disparition de Turéthrorrhagie et ne reprendre les lavages que 12 heures après le premier, en n'employant pour cette seconde injection qu'une dose inférieure à i pour 4.000, soit i pour 6.000 ou i pour 8.000.
2® La cuisson provoquée par l'injection s'est vite apaisée. Dans les premières heures après, le coton est teinté en brun, et l'écoulement disparaît complètement, puis plus tard il reparait peu à peu, d'abord louche, puis blanchâtre et, enfin, nettement blanc. Il est alors nécessaire de recommencer une seconde injection, que l'on fera 12 heures après la première, et de nouveau à 1 pour 4.000. Si cette seconde est bien supportée et que l'écoulement après 12 heures est encore blanchâtre, il faut élever la dose à i pour 3.000, et même 1 pour 2.000, espaçant toujours les lavages, en moyenne de 12 heures en 12 heures.
Vers le sixième jour on peut presque toujours arriver à la dose de 1 pour 1.000 et, dans ce cas, ne plus faire qu'un seul lavage par 24 heures.
Pour avoir des succès avec ces grands lavages uréthro-vésicaux au permanganate, il faut arrivera provoquer au niveau de la muqueuse uréthrale une réaction séreuse, qui semble, comme l'indique Janet, un milieu défavorable au développement du gonocoque. On y arrive en faisant des lavages toutes les 12 heures pendant les 6 premiers jours, se maintenant toujours dans les limites d'une solution entre 1 pour 4.000 et 1 pour 1.000. La solution à i pour 500 peut être employée dans le ou les derniers lavages, mais seulement pour laver lurèthre antérieur ; elle ne doit jamais être introduite dans la vessie sous peine de voir se produire un ténesme des plus pénibles.