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I. — LES PAYS ANGLO-SAXONS

A. — Il n’est pas possible de passer sous. silence l’importance du marché de l'assurance et de la réassurance anglaises. Démocratie libérale profondément attachée à son individualisme et à ses libertés, l'Angleterre n’a pas semblé, jusqu’à ce jour, ressentir le besoin d’une organisation stricte et autoritaire, Sa puissance, sa richesse, son extension coloniale et commerciale, lui laissaient la possibilité d’une concurrence sans frein à la conquête de débouchés qu'elle savait très étendus. Nation riche, elle connaissait les facilités de la richesse et, en contrepartie, son inorganisation naturelle. Fidèle aux théories de Ricado, d'Adam Smith et de Stuart Mill, l'Angleterre est restée le champion le plus acharné du libéralisme et de la théorie du « laisser faire, laisser passer ». De . grandes Sociétés, puissamment outillées et financées, se sont emparées des marchés industriels et commerciaux aux dépens de la petite entreprise et ont réalisé de véritables monopoles de fait. Tous les inconvénients du système libéral se trouvaient réunis en Angleterre, atténués, il est vrai, au point de vue national, par la puissance de la Grande-Bretagne et l’étendue de ses débouchés.

En matière d'assurance, l’important groupe des Lloydäds domine le marché et son influence constitue le régulateur de fait de la profession, orientée d’ailleurs vers son seul profit et l'extension de son pouvoir.

Il convient donc de faire une place à part à cet important groupement qui possède ses assemblées particulières, ses offices d’assurances et de réassurances, ses bureaux techniques et statistiques. Parmi ses organes professionnels les plus importants, signalons le « Lloyd’s Underwriters Fire and non. Marine Association », foñdé en 1910. Elle a pour but l’étude de toutes les questions intéressant l'Assurance Incendie et terrestre traitée aux Lloyds. De même, les <Brokers-at-Lloyds » ont leur association et il existe un « Institute

of London Underwritters » correspondant à l'important « London Insurance Institute ».

Les « Lloyds » et leur organisation particulière mis à part, nous citerons simplement le nom des organes les plus connus et les plus représentatifs du mouvement professionnel anglais, si divers et multiples. Nous venons de parler du « London Insurance Institute », fondé en 1907, qui a pour but l’application des principes de la « Charte » édictée par le « Chartered Institute », sorte d’association de Sociétés d’Assurances à laquelle se sont affiliées les plus importantes Compagnies. Rien de ce qui intéresse le développe-

ment et le perfectionnement de l'assurance ne lui est étranger.

Les principales banlieues londoniennes ont leur centre, et d’autres < instituts » de moindre importance existent à Manchester, Newcastle, Middlesbrough, comté de Lancastre et les principaux districts anglais.

Les agents possèdent leur syndicat : « Corporation of Insurance Agents », les « brokers » le leur : « Corporation of Insurance Bro- Kkers », les actuaires se réunissent au sein de l’« Institute of Actuaries » (fondé en 1848). :

En outre, les Compagnies exerçant leur activité dans certaines branches particulières ont leurs organisations professionnelles.

* Ce sont, en particulier, « L’Accident Office’ Association », formé

en 1930 et le célèbre « Fire Office Comitee ». Le premier réunit les assureurs « accident », le second les assureurs « incendie ». On connaît la part importante prise par ce dernier dans l'assurance contre l'incendie des Docks et des Grands Magasins.

Nous passons sous silence les innombrables associations fondées sous le signe du sport, de l’athlétisme, de la chasse, de la musique. Signalons, pour son caractère que nous retrouvons dans un orga-

nisme français, l’« Institution of Fire Engineers », association

ayant pour objet de susciter et d'encourager la découverte et la diffusion des moyens de prévention et de lutte contre l'incendie.

Nous avons cité quelques-uns des plus puissants groupements professionnels anglais. Il en existe de très nombreux autres, ayant un but sensiblement analogue, mais de caractère régional ou local. L'organisation anglaise se caractérise donc essentiellement par un manque d’homogénéité qui découle directement de l'esprit libéral de la Grande-Bretagne. Aucune association n’a la faculté ni la prétention de représenter, à quelque titre que ce soit, la profession toute entière, même dans un aspect déterminé. Leur unique raison

d’être est la défense, en quelque sorte égoïste, des intérêts de leurs seuls membres. Leur multiplicité même interdit toute prétention

à l’hégémonie absolutiste, même aux plus influents d’entre eux.

B. — Nous avons fait allusion au système américain des trusts et aux tentatives effectuées par le Président Roosevelt pour limiter et organiser leur influence. Les « codes » auraient pu constituer un exemple de corporatisme d’association limité, mais l'échec du système est dû à la faiblesse constitutionnelle de l'Etat. Malgré l’entrée en guerre des Etats-Unis, la lutte semble continuer entre les trusts, les syndicats ouvriers et le gouvernement, ce dernier désireux de faire régner entre les antagonistes une paix sociale nécessaire à l’aménagement de la production et à la sécurité nationale. L'extension des industries de guerre semble donner à ces conflits une acuité d'autant plus vive que leur prolongation constitue une entrave sérieuse à l'effort gouvernemental, et contrarie considérablement ses plans. De hauts fonctionnaires ont reçu les pouvoirs d'arbitrage, avec mission en cas de désaccord persistant d'utiliser l’arme de la nationalisation ou de la réquisition. Cette situation aggravée par l’état de guerre ne risque-t-elle pas, en se prolongeant, de ‘permettre au Gouvernement d'établir, par voie autoritaire, une organisation économique que les intérêts particuliers, coalisés, s'étaient refusés à admettre ? Un glissement vers un remaniement des conceptions libérales dans le sens de l'autorité paraît s’amorcer aux Etats-Unis, comme en Grande- Bretagne, et rapprocher dans une certaine mesure le statut de ces deux pays de celui des nations dites « autoritaires ». Evolution lointaine, imprécise et dont on ignore si elle aboutira jamais, mais caractéristique des besoins de l'heure présente et de la force d'attraction que constitue l’organisation corporative.

L'assurance, par la restriction de ses débouchés et sous l’influence gouvernementale, ressentira-t-elle la nécessité de la cohésion et de l’entr’aide ? C’est possible, bien que, à l'instar de l’organisation anglaise, le mouvement professionnel américain semble limité à la seule défense des intérêts des membres de chaque association, sans souci de représentation collective, de réglementation ou d’ententes autres que strictement limitées et temporaires. Dans son ensemble, comme dans son esprit, les réalisations dues à l'initiative des intéressés rappellent les associations anglaises, à l’exclusion du groupe si caractéristique des Lloyds.

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