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III — L’AUTRICHE DU CHANCELIER DOLFUSS

Le vent du corporatisme n’a jamais cessé de souffler sur la catholique Autriche. D’ancienne tradition dans le Tyrol, les souvenirs corporatifs ont traversé, sous forme d'associations publiques ou privées, la vague de libéralisme du XIX* siècle. L'influence des Encycliques «Rerum Novarum»> et «Quadragesimo Anno » est indiscutable. Dès 1877, Listenstein puis Freuken von Vogelsang établissent les bases du catholicisme social autrichien, fondé sur la lutte anti-marxiste qui fera aboutir le mouvement de 1934. Le corporatisme s'inscrit (avec Mgr Schindiler et le D' Seipel) au ,programme des chrétiens sociaux. Il constituera l’arme du mouvement Dolfuss-Schuschnig. On y relève également la marque thomiste : «unité dans la diversité organisée» et les principes de A. Muller sur l'Etat «ensemble d'organismes secondaires » : c’est la création du «Stande > qui marque l'aboutissement d’une décentralisation des pouvoirs du « Staat » au profit des organismes professionnels, dans une atmosphère de « déprolétarisation », de rapprochement entre employeurs et salariés.

(1) Tusinski, Organisation corporative en Autriche.

a) L'évolution politique

A la fin du XIX° siècle, le corporatisme n'avait laissé, en Autriche, que des traces persistantes mais limitées : les «chambres » des professions libérales, les « Gewerbe » ou métiers organisés en association de maîtres et d'ouvriers ayant pour mission de délivrer des certificats d'aptitude professionnelle. Citons, à titre de curiosité, les «commissions d’arbitrage des offices de chômage » à caractère mixte, mais dans son ensemble la grande industrie et le gros commerce connaissaient les passions de la lutte des classes et des revendications syndicales.

L'évolution se fait, sur le plan politique, mais en dehors de la vie parlementaire. Après le désordre de l'immédiat après-guerre, le D' Seipel oppose, en 1927, les «Heimwehren» qui seront les combattants du marxisme, et la milice « Schutzbund ». Aux élections de la même année se cimente l'union des chrétiens sociaux de Seipel et des « gross Deutsche », « grands Allemands ».

Dès 1929, le régime se cristallise : le Président, nommé par la population, se voit investi de larges pouvoirs de dissolution à l'égard du parlement et de législation en cas d'urgence par voie d'ordonnances. De 1929 à 1934, s'établit une coalition de tous les éléments nationaux et anti-socialistes en lutte contre le danger marxiste. La révolte de 1934 et sa répression achèvent de sceller l'alliance dans le sein du «Vaterländische Front», le Front National.

Le 6 mars 1934, les masses ouvrières sont assemblées pour | procéder au remplacement des anciens syndicats. Le 15 avril, le /Vaterländische Front reçoit sa charte. Le 1° mai était promulguée ‘dans un immense enthousiasme, la Constitution Corporative Autoritaire que se donnait l'Autriche, fidèle aux enseignements de l’encyclique « Quadragesimo Anno ».

, b) Les organes constitutionnels

Pour intéressante que soit, en ce qui concerne l’histoire des réalisations corporatives, la Constitution du 1* mai 1934, nous ne pouvons la détailler ici Nous devons nous contenter d'en indiquer l’ossature. \

Quatre grands conseils se partagent les fonctions de l'Etat:

1° Le Conseil Economique composé des représentants des professions à caractère corporatif ;

2° Le Conseil Culturel Fédéral qui groupe les puissances morales de l'Etat : Eglise, Corps Enseignant, Sciences et Arts ;

3° Le Conseil des Pays qui représente les diverses provinces géographiques ;

4° Le Conseil d'Etat comprenant des hautes personnalités nommées pour 10 ans par le Président du Bund.

Ces quatre Conseils jouent, à l'égard du Gouvernement, un rôle consultatif. Leurs délégués composent la Chambre Corpo-. rative. En Assemblée Fédérale, ils ont mission de proposer trois candidats parmi lesquels le Président du Bund sera re) par le peuple. Lui-même choisira le gouvernement.

A l'échelon provincial, les Diètes des Pays sont munies de fonctions législatives et composées de représentants de l'Eglise, du Corps Enseignant, des Arts et Sciences et des Corporations. Dans le cadre communal, les Conseils présentent la même composition et les mêmes pouvoirs.

Dans la pensée des auteurs de cette constitution, les différents représentants devaient, à chaque échelon, être élus. En fait, et pour des raisons d'opportunité politique, ils furent toujours nommés. Il est vrai de dire que le contact était malgré tout conservé par l'intermédiaire du Front National auquel le statut de 1934 avait attribué un rôle officiel dans l'Etat. Celui-ci était chargé d’exercer un contrôle politique sur les organisations corporatives et l'administration de l'Etat. Solidement hiérarchisé au

‘stade local (groupe de district) et provincial, le Vaterländische

Front comprenait un «Bureau Culturel» chargé des fonctions morales et spirituelles du Mouvement : au premier plan, le respect des valeurs morales supérieures et, pour l'avenir, la préparation d’un climat favorable à la nomination par libre suffrage.

c) Les organismes corporatifs (Berufständische Aufbau) et la place de l'Assurance

Il convient de mettre à part les services publics, d'une part, et l'Agriculture, d'autre part, qui forment les seules corporations véritables. La première groupe tous les fonctionnaires et tra-

vailleurs de l'Etat, hiérarchisés comme dans les autres Corporations. Dans la profession agricole, où l'esprit corporatif n’a jamais cessé d’être agissant, les Unions des Paysans comprennent: cultivateurs, propriétaires et ouvriers agricoles, dans une collaboration étroite. Mais les représentants, pour les raisons politiques déjà citées furent (à l'exception d’une tentative effectuée dans le Vorarlberg en 1936) toujours nommés par les dirigeants et non élus.

Dans les autres branches de l’activité économique, il n'existe pas de corporation proprement dite, mais uniquement quatre grands groupes constitués au sein de «L'Union des Syndicats », organisme ouvrier auquel Le Se ann quatre groupes des « Unions Patronales ».

Les syndicats assemblent les travailleurs sous les axiomes de chrétienté, justice sociale, et amour de la patrie. L’adhésion est facultative, mais seule l’Union a existence légale et pouvoir de conclure des contrats collectifs valables pour tous les membres de la profession.

On distingue de la sorte : le groupe des Mines, celui des Métiers, du Commerce et Transport, Monnaie, Crédit et Assurances.

Les Unions patronales possèdent des vocables sensiblement semblables : Union des Industries, Union des Métiers, Union du Commerce et Transport, Union des Monnaies, Crédit et Assurances.

Les professions libérales constituent le 7° groupe.

Dans cet ensemble, l'Assurance prend place à côté des Etablissements Monétaires et de Crédit, au sein d’un groupe patronal et d’un groupe salarié, qui sont appelés à se rencontrer pour la conclusion d'accords collectifs préparés par des comités paritaires. Des tribunaux arbitraux mixtes peuvent être constitués pour la solution des conflits.

Au Conseil Fédéral Economique, composé de 70 à 80 représentants des Corporations, la branche Monnaie-Crédit-Assurance est représentée par quatre délégués.

En fait, cette organisation n’eut guère l’occasion de fonctionner : elle se cherchait encore à sa disparition et il ne semble pas qu’en matière d'assurance, en particulier, elle ait eu 1a possibilité de se manifester. Le marché, d’ailleurs dominé par l'influence des grandes compagnies allemandes, était assez restreint et l'Autriche sortait à peine d’une longue crise économique et sociale, peu favorable au développement de la prévoyance et de l’assurance.

d) Conclusions

Nous ne pouvons nous appesantir davantage sur une expérience restée plutôt théorique et vélléitaire et qui n’a d’ailleurs pas rempli le programme fixé : l’autodirection de la profession par les intéressés. Les délégués ont toujours été nommés par le pouvoir central. Œuvre de longue haleine, la Constitution du 1* mai 1934 n’a pas eu le temps de s'épanouir et en est restée au stade préparatoire.

Que pouvait-on attendre de l'application des enseignements pontificaux et de l'esprit «catholique social » ? Il serait fantaisiste de répondre à cette question, faute de réalisation pratique réelle.

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