L'ITALIE, DICTATURE FASCISTE ET CORPORATIVE
Il est indéniable que l’exemple de l'Italie paraît indissolublement lié à l’idée corporative. Elle a ouvert la voie, par un long et méritoire effort, et s’est montrée le champion d’un principe qu’elle n’a pas hésité à appliquer la première, faisant elle-même les frais d’une expérience jusqu'alors jamais tentée. On aurait mauvaise grâce à chicaner son œuvre et la question de savoir si l'Italie a ou n’a pas réussi dans sa tentative nous paraît hors de propos : une conception s’est fait jour et telle qu’elle est, l'expérience italienne mérite d’être étudiée. Qu'elle corresponde aux besoins impérieux de la nation, à une période et dans des circonstances déterminées, voilà qui est hors de doute, et c’est, à notre avis, vouloir considérablement restreindre la portée de l’idée corporative que de faire du système italien un produit d’exportation susceptible d’être accepté, sans changement, par tous les pays désireux de s'adapter aux besoins nouveaux. Que l’on veuille bien, dans ces conditions, ne pas perdre de vue que le corporatisme italien, indissolublement. lié aux destinées fascistes, constitue une réalisatiom possible, parmi d’autres, dont la valeur doit être jugée d ‘après les résultats obtenus et dans les circonstances de temps et de lieu qui l’accompagnent.
D’aucuns pensent, et nous sommes du nombre, que le corporatisme italien ne correspond pas à ce que M. Mihaïl Manoïlesco appelle le « corporatismè pur », qu’à la base de ce système se trouve la dictature du parti fasciste ‘et que celui-là n’est qu’un instrument entre les mains de celle-ci. Mais il convient de ne pas perdre de vue que le fascisme a pris le pouvoir en Italie, avant la victoire de l’idée corporative qui faisait partie de son programme et constitue actuellement le cadre même de l'Etat. C’est Mussolini et son parti qui ont imposé, en Italie, l’idée corporative et l’on peut se demander si sans lui, celle-ci aurait jamais vu le jour. Si son application n’est pas parfaite, entachée des conceptions et de l'esprit fasciste, elle représente néanmoins, à ce jour, l'effort le plus méritoire et, disons-le, le plus réussi qui ait été tenté. D’autres viendront, peut-être, qui feront mieux ou autrement. L'Italie
reste le pionnier ét mérite à ce titre l'indulgence et la compréhension dés esprits les moins bien disposés.
Reste à déterminer dans l’organisation. italienne la part qu’il convient d'attribuer aux idées proprement corporatives et celles qui semblent procéder des nécessités politiques d’un régime dictatorial. Le départ n’est pas toujours facile et réside, le plus souvent, dans le choix des hommes et dans l’application des principes plus que dans la lettre des institutions. Qu'il suffise d'indiquer d’abord que rien de ce qui intéresse ou peut intéresser la vie nationale ne reste étranger à l'Etat. Bien plus, tout est immédiatement surveillé par lui et soumis à ses directives. L'Etat n'agit pas directement par lui-mêmé, il communique l'impulsion, surveille l'exécution, distribue ses conseils et au besoin applique les sanctions. Présent partout par l'intermédiaire des fonctionnaires ou des membres du parti, il coordonne et dirige, il « agit ».
Nous verrons, à ce sujet, que les circonstances qui ont présidé à la victoire du fascisme et entouré son AS DOENCAR expliquent son caractère autoritaire.