II. — L'ORGANISATION PROFESSIONNELLE DE L'ASSURANCE
Il est naturel que l’idée de coopération et d'entente se soit particulièrement développé parmi les entreprises d'assurance. Dans un monde voué à la dispersion et à l’égoïsme professionnel, la branche de l'assurance a fourni, bien avant que les tendances actuelles se fassent jour, un exemple remarquable de ce que peut l'esprit de corps allié au souci de défense des intérêts professionnels bien compris. L'assurance reste, avec quelques autres industries, et pour des raisons généralement différentes, l’un des pionniers de l’entente professionnelle. Il était donc tentant d’étudier la réaction qu’une organisation presque arrivée à son point de perfection manifesterait en face des idées nouvelles. En sortirait-elle renforcée par une autorité accrue ou, au contraire, affaiblie par son caractère officiel ? En outre, la corporation de l'assurance, parvenue à un degré avancé de réalisation, permet de découvrir, par anticipation, une figure du système corporatif au sein d’une des plus importantes activités nationales. Enfin, -J’acheminement de l’état antérieur au régime nouveau s’est effectué sans heurt : la voie était prête, les cadres existaient déjà auxquels il a suffi de prêter l’appui de l'autorité officielle.
a) L'état antérieur à la loi du 16 août 1940
Ii serait donc faux de croire, et nous avons eu l’occasion de le remarquer antérieurement, que l’organisation professionnelle de l’'assurance- date du mois d’août 1940. Dès avant cette époque existait un faisceau complet de groupements et d'organismes divers, évidemment dépourvus de tout caractère officiel et obligatoire, et exclusivement maintenus par la volonté de leurs seuls adhérents. L'esprit qui les animait était tout différent du souffle actuel et fondé uniquement sur la défense égoïste des intérêts
collectifs de leurs membres. Cette tendance procédait d’une réaction naturelle, au milieu d’une société entièrement vouée aux luttes de la concurrence effrénée et aux soubresauts des batailles sociales. On ne peut mieux définir l’état d'esprit qui a présidé à la fondation de ces groupes qu’en le comparant aux institutions analogues existant dans les pays où subsistent les principes qui dominèrent alors en France. Les groupements anglo-saxons offrent encore actuellement le même caractère d’auto-défense et de représentation officieuse et restreinte.
Parmi les différentes associations professionnelles constituées par la diligence des sociétés privées, il convient de souligner particulièrement la Fédération Française des Sociétés d'Assurance, née de l’ancien « Comité général des Assurances » et groupant la quasi-totalité des sociétés exerçant en France. Son influence considérable et sa position quasi officielle lui conférèrent de tout temps une importance de tout premier plan dans la vie de l’Assurance française.
A côté d’elle et autour d’elle se formèrent nombre d'associations et de groupements de but et d’esprit divers. Nous excluons les syndicats soi-disant professionnels qui unissaient, dans un but politique plus ou moins voilé, les employés et cadres des diverses sociétés. Leur caractère national et interprofessionnel, les directives communes qu'ils recevaient, forcément étrangères, sinon contraires, à la défense des intérêts de la profession, interdisent de leur attacher le moindre caractère corporatif. De ce fait, ils ne sauraient nous intéresser. Nous ne songeons, au contraire, qu'aux unions fondées dans un but purement professionnel, sans distinction de confession ou de tendance, et destinées exclusivement à conseiller, instruire et défendre, dans le cadre de leurs occupations, des adhérents soucieux de prendre conscience de leur pouvoir et de leurs droits. D’autres ont été créés dans le but d’unir, en vue de les renforcer, des sociétés ou groupements de sociétés, qui se jugeaient incapables de faire face par elles-mêmes à des charges trop lourdes. D’autres enfin, poursuivant un but humanitaire et social, se sont proposés d'offrir à leurs membres, contre certaines conditions, le bénéfice d'allocations supplémentaires en cas d'accident ou de maladie, d'aide sous toutes les formes que peut présenter l'esprit de prévoyance.
En fait, tous Ces organismes, complémentaires du plus important d’entre eux, la Fédération Française, confrontaient avec elle
l’activité déployée en faveur de leurs membres ou l'épaulaient dans sa tâche,