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Le but de l’économiste et ce qu’il doit 'enseigner

par les lois qu’il formule, c’est d’économiser la puissance. :

Le terme puissance est employé en politique dans le sens de pouvoir, et en mécanique dans celui de force, deux sens différents, bien qu’analogues. L’acception donnée par l’économie politique au mot puissance comprend et combine ces deux acceptions en tant qu’elles s’entendent de ce qui contribue au bien-être de la société. Un des hommes qui ont le plus contribué à l’établissement des principes dans le domaine scientifique qu’ils exploitent, M. Liebig, fait observerque : «La civilisation n’est autre chose que l’économie de la puissance; la science donne les moyens les plus simples d’obtenir les plus grands effets avec les moindres dépenses de

r (1) C’esl ainsi que le préceple d'abslinence préconisé par rÉglise, s’il est suivi dans une proportion relative aux temps et aux mœurs, c’est-à-dire au degré actuel de puissance productive obtenue, se concilie très-justement et très-heureusement avec les enseignements de l’économie politique. C’est ainsi qu’à ce déplorable sophisme: < Le luxe du riche est le pain du pauvre, » proposition qui blesse à la fois la morale et la charité, en satisfaisant l’égoïsme et en approuvant la sensualité, peut être substitué cet axiome vraiment chrétien : « Chaque privation judicieuse et bien employée est un bienfait pour l’humanité entière. »

force; toute dépense inutile de force en agriculture et dans les autres industries, aussi bien que dans ce qui est du ressort de la science ou de la politique, est un indice de barbarie et provient d’un défaut de civilisation. »

La faculté de parvenir à économiser la puissance est essentiellement attribuée à la race humaine ; s’il n’en était pas ainsi, des êtres de création animale pourraient lutter avec succès contre l’homme. La puissance de l’homme est donc entièrement de nature intellectuelle; l’homme est incapable de résister corps à corps au plus grand nombre des animaux, et en face des forces de la nature, il est physiquement à peu près impuissant; les dons intellectuels qu’il possède le rendent seuls capable de former des combinaisons qui contre-balancent la force des animaux ou celle des éléments; chaque pas qu’il fait dans la conquête de cette puissance fonde le progrès à venir (1).

Voilà pourquoi laraison, attributdistinctif del’homme, est la source de la puissance humaine ; et, puisque, dépourvu de connaissances, l’homme ne peut donner un exercice utile à la raison dont il est doué, il est évident que la science est indispensable à la puissance économique ; la notion de cette vérité a donné lieu au dicton populaire : « Savoir c’est pouvoir. »

3. Mais dans l’appropriation des forces animales mécaniques ou chimiques comme moyens propres à atteindre ses fins, l’homme ne saurait exercer cette puissance créatrice réservee a la divinité seule; ce que nous ad—

(I) M. Senior fait reposer la science entière de l’économie politique sur cette propension morale établie dans son premier axiome que chaque homme veut obtenir sans cesse de nouvelles richesses au moyen des plus petits sacrifices possibles. — Note p. 139.

mirons le plus dans les efforts du génie de l’invention n’est en somme qu’une découverte arrachée aux trésors que recèle la nature. La voile gonflée par le vent, le poids de l’eau appliqué à une roue, la force élastique de la vapeur agissant sur un mécanisme plus compliqué, l’action du fluide électrique ou la pression de la colonne atmosphérique sur le vide, ne sont que des forces naturelles appropriées par l’homme au service de ses besoins; il ne les a pas inventées ; il n’aurait pu en organiser l’action avec toute l’harmonie que la nature a donnée à leurs dispositions, et qui fait qu’elles s’équilibrent mutuellement et à leur avantage réciproque.

La découverte de ces agents et de l’usage qui leur est propre ne forme qu’une partie de la science économique. Le savoir qui donne la puissance n’est pas seulement celui qu’on puise dans les livres ou dans les traditions des métiers ; ce n’est pas seulement celui qu’on doit à l’habileté dans la pratique des arts, ou à la sagacité du naturaliste qui dévoile les mystères de la création organique, ou de toute autre portion des phénomènes universels ; c’est la science transcendante qui réunit toutes les sciences, résume nos connaissances et les devance parfois. La science de la destinée sur la terre, de l’homme, cette créature favorisée du ciel, cet être envoyé sur le globe pour l’habiter et lui commander (1).

Plus l’homme est habile à user de ce savoir qui apporte à son travail le concours des causes secondaires, mieux il réalise cette assertion hardie « qu’il est fait à

(1) Or, c’est la connaissance de ces lois naturelles et constantes sans lesquelles les sociétés humaines ne sauraient subsister qui constitue cette nouvelle science que l’on a désignée par le nom d’économie politique. J. B. Say, Cours complet, introd., 1, p. 3.

l’image de son créateur. La faculté de discerner les moyens par lesquels il peut aider à ses fins est l’origine de sa souveraineté sur la terre. Doué de cette faculté , il est jeté nu dans le monde au milieu du conflit imposant » >

des forces animales, chimiques et mécaniques ; et ce 'l

qu’il en soumet, ce qu’il s’en approprie dans les réser- j

voirs immenses de la nature, forme sa part de l’héritage. I

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