‹ Organisation de l'industrieChapitre 11 sur 29 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

PBXIVCIPES «EIKKBAVX..

1 . Je n'ai pas ici l'intention de retracer complètement les principes que l'économie politique enseigne ; je me propose seulement de présenter des considérations opportunes, sur quelques points qui intéressent directement les phénomènes de la production et delà consommation générale, et à l'égard desquels je crois urgent de modifier, en s'en écartant, les vues émises par nombre d'écrivains anglais. Si les principes auxquels je vais m'attacher n'étaient point établis d'une manière satisfaisante , on chercherait infructueusement à analyser avec certitude les ressources de la production ou les besoins de la consommation. Quelques propositions émises par des auteurs étrangers semblent mieux nous conduire aux bases économiques réelles de l'industrie productrice que ne l'ont fait nos propres autorités, et je désire attirer l'attention du lecteur d'une manière toute spéciale sur les ouvrages de ces écrivains.

Il est singulier qu'on emploie aujourd'hui le terme complexe Economie politique pour exprimer précisément la même idée que les Grecs rendaient par l'expression plus simple oîxovofAïa. Dans l'antiquité, l'activité entière

du citoyen s'absorbait dans l'idée de l'État, et aucun intérêt individuel ne pouvait être considéré comme distinct. L'histoire des temps modernes constate parmi les éléments constitutifs de l'État, l'introduction de considérations multiples qui, en rendant l'idée plus compliquée qu'elle ne l'était pour les anciens, ouvrent une sphère plus vaste à l'activité des individus.

Les relations morales ou matérielles d'un citoyen avec d'autres États que celui dont il fait partie, sont de nos temps reconnues (1), et n'inspirent pas aux hommes d'État modernes une moindre soUicitude que celle qu'ils attachent aux relations du citoyen avec sa pairie. Que cette extension de l'activité individuelle et l'élargissement qui en résulte dans les considérations économiques, tendent à effacer en partie l'influence des distinctions de nationalité, cela peut être déjà prouvé par la substitution que nous avons faite du terme « Économie poUtique » à l'expression plus simple employée par les Grecs.

Le mot grec ^6[j.oc: rend presque exactement notre mot règle. Si oixovo|j,ia peut être traduit par la règle de la maisoriy notre terme Economie politique indique la règle ménagère d'un Etat. C'est ainsi que les Allemands traduisent par des mots composés Slaatshaushallimg, Staalswirlliscliaft, notre expression Économie politique.

Le mot règle imprime l'idée de la mise en ordre de quelque chose pour parvenir à son organisation. Il est essentiel de bien se fixer sur l'interprétation de ce mot règle lorsqu'on se livre à des spéculations économiques, surtout parce que, dans le langage ordinaire, son syno-

(i) Voyez J. B.' Say, Cours complet, Paris 1840, 1. 10, page 154.

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nyme Économie possède une signitication différente, celle d'épargner ou de s'abstenir. Mais toute l'importance attachée à l'épargne doit prouver à l'économiste, et je le dis hardiment, que l'abstinence elle-même forme une partie de cette réglementation qui, soit dans l'aménagement privé, soit dans celui des États, conduit à la richesse, à la dignité ou au pouvoir (1). Dans le cours de cet ouvrage j'emploierai les termes économie et économiser dans leur acception propre de règle et de régler.

2. Le but de l'économiste et ce qu'il doit enseigner par les lois qu'il formule, c'est d'économiser la puissance.

Le ievme puissance est employé en politique dans le sens de pouvoir, et en mécanique dans celui de force, deux sens différents, bien qu'analogues. L'acception donnée par l'économie politique au moi puissance comprend et combine ces deux acceptions en tant qu'elles s'entendent de ce qui contribue au bien-être de la société. Un des hommes qui ont le plus contribué à l'établissement des principes dans le domaine scientifique qu'ils exploitent, M. Liebig, fait observer que : «La civilisation n'est autre chose que l'économie de la puissance; la science donne les moyens les plus simples d'obtenir les plus grands effets avec les moindres dépenses de

[ (1) C'est ainsi que le précepte d'abstinence préconisé par l'Église, s'il est suivi dans une proportion relative aux temps el aux mœurs, c'est-à-dire au degré actuel de puissance productive obtenue, se concilie très-justement et très-heureusement avec les enseignements de l'éconoraie politique. C'est ainsi qu'à ce déplorable sophisme: « Le luxe du riche est le pain du pauvre, » proposition qui blesse à la fois la morale el la charité, en satisfaisant l'égoïsme et en approuvant la sensualité, peut être substitué cet axiome vraiment chrétien : * Chaque privation judicieuse et bien employée est un bienfait pour l'humanité entière. » E. T.

force; toute dépense inutile de force en agriculture et dans les autres industries, aussi bien que dans ce qui est du ressort de la science ou de la politique, est un indice de barbarie et provient d'un défaut de civilisation. »

La faculté de parvenir à économiser la puissance est essentiellement attribuée à la race humaine ; s'il n'en était pas ainsi, des êtres de création animale pourraient lutter avec succès contre l'homme. La puissance de l'homme est donc entièrement dénature intellectuelle; l'homme est incapable de résister corps à corps au plus grand nombre des animaux, et en face des forces de la nature, il est physiquement à peu près impuissant; les dons intellectuels qu'il possède le rendent seuls capable de former des combinaisons qui contre-balancent la force des animaux ou celle des éléments; chaque pas qu'il fait dans la conquête de cette puissance fonde le progrès à venir (1).

Voilà pourquoi laraison, attributdistinctif del'homme, est la source de la puissance humaine ; et, puisque, dépourvu de connaissances, l'homme ne peut donner un exercice utile à la raison dont il est doué, il est évident que la science est indispensable à la puissance économique ; la notion de cette vérité a donné lieu au dicton populaire : « Savoir c'est pouvoir. »

3. Mais dans l'appropriation des forces animales mécaniques ou chimitjues comme moyens propres à atteindre ses lins, l'homme ne saurait exercer cette puissance créatrice réservée à la divinité seule; ce que nous ad-

(1) M. S<''nior f;iil reposer la science enlK'rc de l'(''cononiie politique sur celle propension morale élalilie dans son proniier axiome ijuc ciiaque liomme veiil nliicnir sans cesse de nouvelles richesses au moyen des plus petits sacriOccs possibles. — Note p. J5U.

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mirons le plus dans les efforts du génie de l'invention n'est en somme qu'une découverte arrachée aux trésors que recèle la nature. La voile gonflée par le vent, le poids de l'eau appliqué à une roue, la force élastique de la vapeur agissant sur un mécanisme plus compliqué, l'action du fluide électrique ou la pression de la colonne atmosphérique sur le vide, ne sont que des forces naturelles appropriées par l'homme au service de ses besoins; il ne les a pas inventées ; il n'aurait pu en organiser l'action avec toute l'harmonie que la nature a donnée à leurs dispositions, et qui fait qu'elles s'équihbrent mutuellement et à leur avantage réciproque.

La découverte de ces agents et de l'usage qui leur est propre ne forme qu'une partie de la science économique. Le savoir qui donne la puissance n"est pas seulement celui qu'on puise dans les livres ou dans les traditions des métiers ; ce n'est pas seulement celui qu'on doit à l'habileté dans la pratique des arts, ou à la sagacité du naturaliste qui dévoile les mystères de la création organique, ou de toute autre portion des phénomènes universels ; c'est la science transcendante qui réunit toutes les sciences, résume nos connaissances et les devance parfois. La science de la destinée sur la terre, de l'homme, cette créature favorisée du ciel, cet être envoyé sur le globe pour l'habiter et lui commander (1).

Plus lliomme est habile à user de ce savoir qui apporte à son travail le concours des causes secondaires, mieux il réalise cette assertion hardie « qu'il est fait à

(1) Or, c'est la connaissance de ces lois naturelles et constantes sans lesquelles les sociétés humaines ne sauraient subsister qui constitue cette nouvelle science que Ton a désignée par le nom d'économie politique. J. B. Say, Cours complet^ introd., 1, p. 3.

l'image de son créateur. La faculté de discerner les moyens par lesquels il peut aider à ses fins est l'origine de sa souveraineté sur la terre. Doué de cette faculté , il est jeté nu dans le monde au milieu du conflit imposant des forces animales, chimiques et mécaniques ; et ce qu'il en soumet, ce qu'il s'en approprie dans les réservoirs immenses de la nature, forme sa part de l'héritage.

4. Chaque degré ajouté à l'énergie de la puissance humaine est le résultat de la découverte, soit de quelque nouvel agent, soit de quelques combinaisons efficaces des agents connus.

Il est donc plus correct de dire que ces forces sont économisées plutôt que produites par ceux qui les découvrent ou qui les inventent. La voie du progrès dans l'économie de la puissance est de scruter le domaine de la nature ou de simplifier l'usage que nous faisons des agents que nous nous sommes appropriés déjà. Nous pouvons seulement épargner les moyens qui sont à notre disposition, en obtenir un meilleur effet, ou adapter à notre usage d'autres ressources jusqu'alors dilapidées ou négligées. En un mot, le perfectionnement des procédés enlève plutôt des obstacles à l'emploi d'une force, qu'il n'ajoute à son intensité. Puisque la perfection des procédés chimiques ou mécaniques ne peut aller au delà du'point où seront vaincues toutes les difficultés qui s'opposent à l'effort de la puissance humaine ; puisqu'il nous est permis de supposer que l'esprit ingénieux de l'homme peut et doit arriver à surmonter tous les obstacles physiques, nous pouvons en conclure que l'exercice de la puissance humaine, lorsqu'elle se sera élevée au plus haut degré qu'elle puisse atteindre, parviendra à

un champ d'action supérieur au conflit des difficultés matérielles. Il nous faut bien alors reconnaître que la véritable sphère où devra s'accomplir l'acte de la puissance humaine est celle de la jouissance. S'imaginer, alors que tous les empêchements seraient enlevés, que dans l'emploi de notre puissance il n'y aurait plus ni tâche ni devoirs à accomplir, serait abaisser Thomme au niveau de la brute, qui n'a d'autre effort à remplir que celui de son instinct pour satisfaire à ses besoins. La tâche propre à l'homme et les devoirs qui lui conviennent ne peuvent être limités à sa lutte contre les difficultés qu'il est destiné à surmonter ; et ces difficultés que l'économiste considère comme de véritables obstacles au progrès peuvent n'avoir aucune valeur en morale (1 ) . Quoi qu'il en soit pour l'économie politique, ces difficultés sont un champ de bataille où l'intelligence humaine devra tôt ou tard être victorieuse; et l'homme pourra jouir de l'accumulation des richesses qui lui sont réservées, lorsque tous les empêchements qui en préviennent l'appropriation auront disparu.

5. Il découle de la nature même de la puissance humaine qu'elle n'est pas, comme la force des animaux, restreinte à un organe particulier du corps ou à quelque instrument naturel ou artificiel; ni le front comme chez

(1} Nous ne saurions, à quelque litre que ce soif, accepter une telle proposition. Certes, la disparition des obstacles économiques, même matériels, au développement de la puissance humaine possède une valeur incontestable en morale. Ventre affamé n'a point d'oreilles, dit la sagesse des nations; et nul ne contestera qu'il est plus facile d'être honnête, vertueux, moral, hors de la lutte contre les besoins que sous la pression de l'adversité. C'est ainsi que le bien-être matériel est une des conditions les plus efQcaces de la moralisation des peuples.

le taureau, ni les épaules comme chez le cheval, ni les membres digitaux comme chez la race féline ne peuvent être désignés chez Thomme comme le siège de sa puissance. L'habileté acquise par l'exercice d'un organe corporel ne peut dès lors être considérée comme un mode économique d'atteindre le but. La puissance humaine n'est limitée à aucun instrument, à aucune force naturelle spéciale. Ni la terre, ni l'eau, ni la vapeur, ni les agents chimiques ne peuvent être considérés comme le siège exclusif de la force. La raison humaine dispose de toutes les forces de la nature, de toutes les combinaisons de l'art. Sa puissance n'est pas non plus rrrévocablement attachée à une de ces combinaisons sociales auxquelles l'homme a recours sous l'empire de la nécessité, ou par lesquelles il cherche à satisfaire à ses aspirations vers la puissance. Une combinaison politique peut être un moyen de puissance, tant que les circonstances auxquelles elle doit son origine se maintiennent ; mais les arrangements qui en résultent ne peuvent rester invariables, ni demeurer utiles d'une manière permanente.

L'homme n'est pas seulement un être doué de puissance, il est par-dessus tout un agent libre. Sur sa liberté originelle est basée sa responsabilité, qui est toute individuelle ; il ne saurait être libre si dans l'exercice de sa puissance il était enchaîné à l'usage de quelque instrument ou de quelque combinaison particulière.

6. J'ai fait observer que l'homme doit atteindre ses fins, par le concours d'agents secondaires. On trouvera la confirmation de ce précepte dans la distinction bien coiniue qui existe entre Tespèce humaine et le reste de la création animale. Aucun des animaux, si ce n'est

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l'homme, n'emploie un outil pour travailler j par conséquent, aucun des actes des animaux ne prouve* de leur part un calcul de raisonnement. De la part de l'homme, au contraire, tout acte exige l'appréciation de la convenance des moyens qu'il met en œuvre, et l'exercice de sa raison est indispensable à tout ce qu'il fait.

Nous pouvons conclure de ce qui précède, que la supériorité de puissance a été donnée à l'homme afin qu'il pût disposer, pour la satisfaction de ses désirs, d'un plus grand nombre de choses et d'objets différents de ceux que recherchent les animaux.

Comme dans la nature les moyens sont admirablement et exactement appropriés à leurs fins, nous devons en déduire que le, plein exercice de la puissance humaine, et que la jouissance complète des bénéfices qui lui sontafférés sont indispensables à l'homme pour qu'il se trouve placé dans la position qui lui est propre. Il est douloureux et humiliant pour l'homme qu'on circonscrive l'étendue des avantages auxquels il est appelé, qu'on lui retranchedes jouissances parmi celles que produisent ces avantages ; car ainsi l'on pose des limites à sa puissance intellectuelle.

L'état de dégradation physique le plus absolu est celui auquel arrive l'homme qu'on force à travailler pour ses semblables comme un instrument inintelligent. Les hommes ont toujours été réduits à cet état là où l'esclavage existait ; c'est que l'esclavage se base sur une fausse appréciation de la puissance humaine : si l'on avait reconnu que cette puissance est intellectuelle dans son essence, l'esclavage n'aurait jamais existé. L'état de dégradation morale le plus absolu oii tombe la société est celui où l'homme respecte assez peu son semblable

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et apprécie assez peu son concours pour le détruire volontairement.

7. La preuve la plus convaincante qui puisse être donnée de l'erreur où l'on tombe lorsque l'on considère la force corporelle de l'homme comme un instrument de puissance, c'est que cette force est pour ainsi dire insignifiante lorsqu'elle s'exerce sans le concours d'un outil ou d'une machine quelconque. La simple force corporelle d'un ouvrier est, de toutes les forces, celle qui vaut le moindre prix. Un esclave, si l'on ne peut lui fournir un outil pour aider à son travail, n'est plus qu'une charge pour celui qui le possède. Le salaire que reçoit l'ouvrier s'élève ou s'abaisse proportionnellement à l'utilité de l'instrument qu'il s'entend à mettre en œuvre. Le travail du timonier est plus salarié que celui du simple matelot ; celui du capitaine l'est plus encore. Il est difficile, eu égard aux vues encore confuses qu'on possède sur cette matière, de déterminer les proportions exactes suivant lesquelles le travail est récompensé: l'emploi le plus économique de la puissance amènera cependant à baser sur le principe que nous avons établi la graduation universelle des salaires. Il serait faux d'avancer que l'homme qui ne livre que de la force musculaire ait droit, en échange, à une rémunération égale ou même plus forte que celui qui parvient à s'exempter de travail corporel ; en effet, la force du corps étant l'agent le plus faible de la puissance humaine, la raison de l'homme lui enjoint de se rendre capable d'employer des moyens plus efficaces. La rémunération des hommes qui savent employer des agents intermédiaires pour parvenir à leurs propres fins ou pour servir celles des autres doit être en raison de leur capa-

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cité à s'affranchir eux-mêmes du travail corporel. Un simple calcul économique montre que là où il y a le plus de produits, il y a aussi le plus à partager entre les producteurs.

8. La nécessité d'employer le travail manuel forcé résulte soit de l'ignorance, qui ne permet pas d'imaginer des procédés mécaniques propres à y suppléer, soit de l'indolence, qui fait qu'on se contente de ses résultats.

Ce dernier cas était celui surtout qui prédominai! dans l'antiquité, où la proportion considérable d'esclaves que maintenait chaque État donnait aux citoyens libres l'avantage d'être exemptés du travail manuel.

L'exemple de l'antiquité était plus fort dans les premiers âges des temps modernes que les préceptes du christianisme, avec lesquels d'ailleurs s'accordaient peu les pratiques de l'Église romaine. Les luttes qu'eurent à soutenir les cités italiennes contre les papes et contre d'autres pouvoirs temporels, dans l'intérêt de leur liberté, montrent assez à quelles difficultés étaient assujetties les aspirations de l'esprit dans le moyen âge. Avant qu'elles fussent subjuguées par le despotisme, les nations italiennes eurent à peine le temps de communiquer aux cités Allemandes et Néerlandaises les inventions qu'elles avaient directement importées de l'Orient, ou dont elles avaient obtenu les secrets en Asie.

La sécurité dont jouirent les corporations urbaines pendant une certaine période facilita la mise en pratique industrielle de ces inventions, et elles jetèrent les fondements de l'affranchissement intellectuel qui s'accomplit dans l'âge suivant.

Mais le dernier siècle seulement, celui où nous sommes, nous a fait acquérir la confiance que nous mar-

chons dans la bonne voie, dans celle qui nous conduit à la conscience pleine et entière de la puissance que nous pouvons conquérir en substituant le travail des machines au travail corporel de Thomme.

Nous n'avons aucune raison de redouter que le travail vienne à manquer, si nous parvenons à enlever les obstacles à la liberté humaine qui condamnent aujourd'hui les hommes à se livrer à des occupations serviles. Le besoin d'activité se fait le plus sentir pour l'homme, au contraire, lorsque ses aspirations cessent d'être paralysées par la contrainte ; la nécessité hygiénique des exercices corporels et l'activité mentale que détermine l'espérance du succès donnent naissance à un travail volontaire et allègre, bien plus productif que celui qu'accompliraient des hommes asservis à la glèbe de l'ignorance. L'exemple des anciens Grecs et celui des classes émancipées de tous les temps montrent que les entreprises chevaleresques ou guerrières se sont toujours accomplies lorsque le travail n'était pas une nécessité. Il n'y a aucune raison de penser que les occupations qui, sous l'empire de la nécessité, portent un stigmate humiliant ne puissent être considérées comme des exercices attrayants pour l'esprit ou pour le corps, en supposant qu'aucune contrainte n'y fût plus attachée.

iSous voyons tous les jours des exemples de pareilles métamorphoses. La différence de considérations que nous attachons à l'exercice de la rame, lorsqu'elle est maniée par un galérien ou par le vainqueur d'une régate, nous donne un exemple du revirement qui pourra s'effectuer lorsque les machines nous auront sauvés de la nécessité du travail manuel. L'animation que causent les jouissances remplacera le dégoût qu'inspirent les

occupations serviles sous le joug de la nécessité auquel nous sommes soumis. Un autre contraste qui ne peut certes pas être mis en dehors des spéculations économiques nous eût été fourni par la comparaison du travail forcé avec celui que les hommes entreprennent librement sous l'influence des passions (1).

9. L'association nous fournit les éléments du progrès le plus rapide dans l'économie de la puissance.

La combinaison des efforts intellectuels d'un nombre quelconque dliommes qui se réunissent librement pour accomplir une œuvre produit une puissance de beaucoup supérieure à celle que fournirait la somme des efforts isolés de ces hommes. La puissance que nous commandons augmente dans une progression rapide et suivant une raison constamment croissante, en proportion du nombre d'hommes qui s'unissent pour atteindre un but commun. Les tendances sociales de l'homme se basent sur l'expérience de cette vérité. Un bon système économique est donc en même temps un bon système social; mais pour qu'il soit efficace, il faut qu'il ait été choisi librement par ceux-là qui y sont soumis. Il ne peut y avoir d'économie ou d'organisation de pouvoir acceptable pour l'homme, contre le vœu du plus noble de ses attributs, le libre arbitre. Le nom d'Economie politique (§ 1) dérive du mode d'association le plus géné-

(1) On pourrait croire ici que l'auteur se montre disposé à accepter la doctrine du travail attrayant préconisé par Fourier. Il y a cependant une grande différence entre leur manière de voir : pour Fourier le travail attrayant résulte d'une organisation artificielle el poussée jusqu'aux dernières limites de l'exagération ; tandis que pour M. Banfield l'attrait du travail résulte de la jouissance de la plus grande somme de liberté matérielle possible, en un mot, de l'affranchissement du corps humain. £. T.

ralement adopté dans les États ou dans les combinaisons politiques. Un État n'est pas autre chose qu'une association pratiquée entre les hommes, pour parvenir à un but commun, but qui d'ailleurs peut être atteint suivant des circonstances différentes, selon les variations des moyens que l'état des connaissances humaines fournit pour y parvenir. C'est pour cela que l'histoire nous offre une série constante de variations dans l'étendue et l'organisation des États : variations qui peuvent être généralement attribuées à la masse correspondante des connaissances acquises, qui, selon qu'elle est plus ou moins forte, amène des différences dans les besoins des hommes et dans les moyens qu'ils ont de les satisfaire. Les divisions politiques peuvent donc être considérées comme arbitraires ou comme dépendantes des nécessités momentanées de l'homme. Ainsi elles n'offrent point de bases certaines aux transactions économiques (1). Les principes de l'économie politique conservent leur vérité dans tous les cas, pour les États grands ou petits, et leur efficacité ne peut être mieux démontrée que lorsque tous les États se réunissent dans un effort commun pour arriver au bienêtre de l'humanité. Il n'est donc pas plus rationnel de concevoir pour une nation un système exclusif d'économie politique distinct de la science générale, qu'il ne le serait de l'admettre pour un couvent, pour une commune ou pour une famille.

Les divergences économiques exclusives à un État peuvent remplir un objet momentané, comme autrefois l'ont

(1) L'organis.ilion arlificiclle des nations change avec les temps et avec les lieux ; les lois naluntlles qui président à leur entretien et opèrent leur conservation sont les mêmes dans tous les pays cl U toutes les époques. J. li. Say, Cours complet, 1, p. "2.

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fait les associations conventuelles; et, on peut le comprendre, comme, sous certaines circonstances oppressives, des associations communales exclusives ont pu devenir en quelque sorte avantageuses. Mais ces restrictions à la loi naturelle de l'association, qui se base sur l'accroissement de puissance qu'acquièrent les hommes en s'associant, ne sont pas autre chose qu'un mal auquel on se résigne, et auquel on n'a recours que pour échapper à un mal plus grand encore.

Le monde renferme aujourd'hui des associations politiques de toutes les dimensions possibles, depuis les quelques familles qui composent une horde d'Afghans ou de Kurdes, jusqu'aux centaines de millions d'habitants qui forment l'empire chinois ou qui sont réunis sous la domination Britannique. Les lois de l'économie politique sont vraies pour chacune de ces associations et pour toutes ensemble; elles ne dépendent point de leur étendue respective. Le nombre des contractants qui se sont réunis pour économiser la puissance par leur association ne se présente que comme un moyen et non pas comme un but aux yeux de l'économiste. La tendance naturelle de l'homme est de s'associer par grandes masses, parce, que la puissance s'y économise mieux. La disposition à se séparer et à se diviser en groupes moins considérables décèle inévitablement quelque erreur dans la conduite du progrès économique d'un État, erreur qui demande de sérieuses investigations. L'étendue d'une association n'est cependant indifférente à l'économiste que lorsque celte circonstance ne présente pas d'obstacles à la formation d'associations ultérieures, et par conséquent à la multiplication de la puissance. L'objet de toute association entre des êtres raisonnables est

d'effectuer, en unissant leur puissance, ce qu'ils ne pourraient réaliser s'ils demeuraient isolés. Former une association dans le dessein d'en isoler les membres du reste de leurs compatriotes ou du reste de l'humanité décèle une contradiction économique flagrante ; car on reconnaît d'un côté l'augmentation de puissance qui dérive de ce principe de la société, et de l'autre on rejette le principe lui-même lorsqu'il serait le plus efficace de le mettre en pratique.

Le moteur caractéristique des associations politiques modernes est purement intellectuel, il se fonde sur le langage parlé dans les différents pays; puisque la nature de la puissance humaine est intellectuelle, le langage, organe de la communication des connaissances, doit jouir, dans l'expérience économique, d'une importance extrême.

10. Si l'on peut voir une restriction de la liberté de l'homme dans la nécessité qu'il subit de s'associer pour accroître sa puissance, son droit à l'individualité des actes se manifeste par un second principe économique d'une haute portée, la division du travail. Ces deux principes étaient connus à l'antiquité (1), et leur importance a été amplement reconnue dans ces dernières années par les auteurs modernes. Les tentatives qu'on a faites pour agir à la fois suivant ces deux principes sans sacrifier l'un à l'autre ont été moins heureuses, et l'insuccès de ces tentatives a causé une bonne partie des souffrances qui pèsent sur les connnunaulés civilisées.

Ceux qui reconnaîtront que la puissance humaine est d'essence intellectuelle arriveront facilement à conce-

(1) Plalon, RcpubL; cdilion [iicker, G. 370.

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Toir qu'une association efficace doive résulter de l'entente cordiale de ses membres, et de la conviction profonde en chacun d'eux que la coopération mutuelle est une chose utile. Plus il est garanti de hberté individuelle dans l'action, par le fait de l'association, plus l'association elle-même a de chances de durée. Toute forme qui imprime des distinctions arbitraires est un élément de trouble, et s'oppose à l'objet de l'association en détruisant la libre action des membres qui la composent. L'institution et la reconnaissance de lois internationales immuables, par les États de l'Europe et de l'Amérique, nous offrent un exemple de la possibilité de concilier ces principes dans le monde politique. Les confédérations Suisses et Allemandes et la constitution des États-Unis nous en fournissent également la preuve sur une plus petite échelle. Mais en somme, chaque village, chaque association charitable, chaque manufacture vient contribuer aussi à notre démonstration. La liberté d'action de l'individu ne peut cependant combattre l'objet principal de l'association, et ne doit pas engendrer la négligence ou l'anarchie, sous peine de détruire le but de l'union (1).

(i) Une application spéciale des principes généraux établis ici par M. Banfîeld, à la philosophie politique, en fera ressortir suivant moi toute l'authenticité. — L'homme est un agent libre dont la puissance est de nature intellectuelle. — La liaison intime des deux parties de cette proposition est évidente. — Toute puissance intellectuelle dérive du fait seul de la volonté, qui rassemble, pour les manifester par un acte quelconque, les forces immatérielles acquises déjà en vertu de cette même volonté ; or, la volonté n'est autre chose que l'expression du libre arbitre, la réalisation du choix : donc, à l'instant oîi l'une des deux parties de la proposition succombe, l'autre périclite également. Si l'on pouvait supposer que l'esclavage absolu existât, la puissance humaine deviendrait purement physique et bestiale ; de même, lorsque l'homme abdique sa puissance intellectuelle pour ne se livrer qu'a sa force corporelle, sa hberté d'action, ou la volonté de la

La division du travail nous offre une bonne sauvegarde contre une telle dégénérescence ; elle engage chacun des individus réunis à atteindre l'habileté la plus grande possible dans la mise en œuvre de l'outil qui lui est propre, ajoute aux profits généraux de l'association, et encourage ainsi à en former de nouvelles. Il nous est possible de conclure avec facilité, de cette vue nécessaire d'assurer la liberté de leurs efforts à chacun des membres d'une association, qu'il ne serait possible de réunir l'humanité entière dans un même contrat et dans un effort commun au bénéfice de tous, qu'en basant cette alliance sur la plus grande dose possible de liberté d'action individuelle. Les bénéfices d'une association fondée sur des assises aussi libérales ont toujours été enseignés à l'humanité par

mettre en jeu, s'éteint à mesure. Ceci posé, la puissance humaine se multiplie par l'association; mais pour se multiplier, elle doit avant tout se conserver, c'est-k-dire rester libre. La société ne peut donc être considérée que comme un faisceau de forces intellectuelles libres, dans lequel toute force matérielle liumaine est comptée pour rien. Chacun des agents libres réunis ne doit nuire en rien a celte liberté du corps social, sur laquelle est fondée sa puissance. Ce principe complexe de liberté pour tous et pour cliacun kla fois, c'est l'ordre, si hien déflni par M. Michel Chevalier «la liberté collective»; Tordre assuré par la justice, qui n'est que le droit de cliacun à la liberté cl k ses fruils ; Tordre assuré par Tautorilé, qui n'est que la confiance spontanée accordée à une suprématie chargée de maintenir Tordre dans ses conditions normales, et qui tombe k Tinstant oii, faussant l'acception de ce principe, elle déroge k la liberté. Le desideratum politique est donc TÉtat où la plus grande somme d'ordre est assurée par la plus grande acquisition d'autorité ; les nations gravitent vers cet État désiré en passant par toutes les pliases de formes qp.i y conduisent et qui correspondent aux masses successives deconnaissances acquises et, par conséquent, de liberté possible, et de puissance accumulée : ces divers éléments sociaux, le libre arbitre individuel, Tordre ou la liberté collective, la justice, l'autorité, restant toujours dans une proportion exacte entre eux, cl formant dans leur ensemble la progression de la civilisation sociale qui se meut suivant la raison qu'exprime la masse des connaissances acquises, cl d'où résulte une somme de puissance de plus en plus grande. E. T.

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la religion ; par cette véritable religion qui nous ordonne comme un devoir moral de donner tous notre coopération individuelle à l'esprit de fraternité.

11 . Le propre de la puissance humaine, qui est toute intellectuelle, n'empêche pas qu'il y ait une connexion intime entre l'ordre physique et l'ordre intellectuel des besoins et des jouissances de l'homme. La classification de nos besoins résulte de ce fait, comme conséquence économique importante (1). Les premiers besoins, l'homme les éprouve aussi bien que les animaux; les angoisses de la faim et de la soif, les impressions du chaud et du froid, de la sécheresse et de l'humidité, il les ressent avec plus de vivacité qu'aucun être de la création animale (2). Ces souffrances pour l'homme sont rendues plus vives encore par la conscience qu'il possède, qu'il n'y a pas de raison pour qu'il les doive subir. L'expérience démontre pourtant que les privations des divers genres affectent les hommes à des degrés différents, suivant les circonstances dans lesquelles ils se trouvent placés ; la perte de certaines

(1) Platon, Répubh; éd. Bekker, C. SS9.

(2) Liebig déclare que la composition du corps humain, en tant qu'il s'agit de chair et de sang, possède une identité organique complèle avec le corps des quadrupèdes [Lettres sur la Chimie, 19) (a). T. C. B.

(o) L'identité n'est pas complète : il y a des différences notables dans la composition du sang, des tissus, de la graisse, de la cervelle, des os, elc, de l'homnne, des carnivores et des herbivores ; la composition est analogue il est vrai, mais en chimie organique les plus légères différences amènent souvent des caractères tout à fait distincts : ainsi le papier et le sucre ont la même composition, sauf un atome d'eau. Souvent même des compositions chimiques identiques, ou qui nous paraissent telles dans l'état actuel de la science, appartiennent à des corps jouissant de propriétés très-dissemblables, comme la cellulose et l'amidon. Le diamètre dos globules du sang, la quantité plus ou moins grande de phosphore dans les os ou dans la cervelle, la proportion variable des différents acides gras dans les graisses animales, leur impriment des conditions physiques et chimiques spéciales. Il ne faut donc pas se hâter de dire que la matière même qni compose le corps de l'homme ne joue aucun rôle dans son organisme propre, en vertu de ses particularités décomposition. E. T.

jouissances est intolérable pour quelques hommes, tandis que d'autres ne s'aperçoivent pas même qu'ils en sont privés. Quelques-uns sacrifient ce qui semble le plus cher aux autres, pour la satisfaction de désirs et d'aspirations que leurs voisins ne comprennent même pas. Sur cette base complexe de besoins primordiaux et d'aspirations élevées l'économie politique doit construire la théorie de la production et de la consommation.

L'examen de la nature et de l'intensité des besoins des hommes enseigne à l'économiste qu'il peut trouver une base scientifique dans la chaîne qu'ils forment. La première proposition de la théorie de la consommation est celle-ci : La satisfaction d'un besoin primordial amène un désir d'un ordre plus élevé ; si le désir secondaire existe avant que le besoin primordial soit satisfait, il devient encore plus intense lorsque le besoin impérieux a été calmé. La satisfaction d'un besoin primordial éveille généralement le sentiment de plusieurs privations secondaires : c'est ainsi que l'abondance d'une nourriture commune n'excite pas seulement le désir d'aliments délicats, mais encore celui de meilleurs vêtements. Les besoins du plus haut degré dans l'échelle, ceux qui se rapportent au plaisir qu'inspirent lesbeautésde la nature ou de l'art, sont réservés ordinairement à des hommes qui sont exempts de toutes les privations inférieures (i). Ainsi la demande et la consommation des objets qui tiennent aux jouissances raffinées a pour levier la facilité avec laquelle les besoins primordiaux trouvent à se satisfaire. C'est là qu'est la clef de la véritable théorie de la valeur. S'il n'y avait pas de valeur relative dans les objets vers l'acqui-

(1) Ceci dilTire do la dislinclion de Storch entre les besoins naliirel* et les besoins faclices; tous les besoins sont dans la nalure. T. C. B..

sition desquels nous dirigeons nos efforts, l'économie politique en tant que science n'aurait aucune base certaine (1 ) .

12. L'énergie avec laquelle les besoins primordiaux sont ressentis par toutes les classes des hommes ouvre le premier et le plus vaste des marchés à la production; les occupations industrielles de chaque pays se divisent de manière qu'un bien plus grand nombre d'individus €st consacré à la production des objets usuels de nourriture, d'habillement et de logement (2), qu'à celle des articles de luxe ou de jouissance intellectuelle.

Comme la proportion qui existe entre les personnes employées respectivement à ces diverses occupations ne peut être changée avec avantage qu'en affranchissant des travaux inférieurs un certain nombre d'ouvriers,

(i) L'aulcur qui s'esl approché le plus près de la loi économique de la valeur est J. B. Say (1, cliap. 2.) {a). Il a saisi les phénomènes qui résullenl de celle loi, mais ne les a pas rapportés à leurs causes, comme le prouve le passage suivant : « La valeur d'une chose est une a quantité positive ; mais elle ne l'est que pour un instant donné. Sa a nature esl d"ètre perpétuellement variable, de changer d'un lieu à « l'autre, d'un temps h Taulre ; rien ne peut la fixer invariablement^ a parce qu'elle est fondée sur des besoins et des moyens de production « qui varient à chaque minute. Cette variabilité complète les phéno- € mènes d'économie politique ; elle les rend souvent fort difficiles à « observer et a résoudre. Je ne saurais y porter remède ; il n'est pas en a noire pouvoir de chantrtT la nature des choses. » On voit qu'après avoir constaté le vrai phénomène, la détermination de la loi a paru présenter à cet écrivain des difficultés insurmontables. C'est la constance de la valeur relative des objets désirables et l'ordre successif déterminé suivant lequel cette valeur s'élève qui font que la satisfaction de nos besoins peut donner matière à des calculs scientifiques suivant lesquels nous devons économiser, c'esî-à-dirc régulariser notre puissance. T. C. B.

(2) M. Senior adopte cet ordre (noie, p. Jôô.) Platon met le logement, ol'/c/.o'.;, avant rhabillement, raîr-^ (5"£(i5'^tc;, Polit, éd. Bekker.

[a] Avant Ross! et Fv. Bastial, qui en ont le mieux défini la portée.

pour les pouvoir employer dans une sphère plus élevée^ toute l'économie de cette proportion est liée à l'augmentation de la puissance productive dans les travaux inférieurs. Telle est la tendance de toutes les inventions mécaniques et chimiques. Mais pour que ce but soit pleinement rempli, il faut que les procédés de la substitution des forces naturelles à celles de l'homme arrivent d'abord à augmenter la facilité de satisfaction des besoins primordiaux ; alors, le bon marché des denrées de première nécessité entraîne la possibilité de rémunérer le travail libéré, et dirigé vers la production nécessaire à des besoins d'un ordre plus élevé.

Ainsi le progrès de l'activité de la puissance humaine dans sa sphère véritable, celle de l'effort volontaire, dépend de la satisfaction des besoins inférieurs de l'homme. L'enlèvement de chaque obstacle qui embarrasse notre marche vers cette position supérieure doit être l'objet de la plus vive sollicitude et doit limiter les spéculations économiques dans l'état actuel de la civilisation.

Plusieurs nations, à différentes époques de leur existence, ont fait de grands progrès dans les arts qui tendent à faciliter la satisfaction des premiers besoins ; nous pouvons citer les Romains, de l'adresse technique des- (juels le musée Borbonico à Naples offre des preuves si IVajipantes. Les Phéniciens, les Arabes, les Vénitiens et coux des autres États de l'Italie au moyen âge, les Sîelges à la même époque, et les États principaux de l'Europe aujourd'hui, sont parvenus, chacun à leur tour, H une adniiable habileté dans les arts mécaniques, et cela en proportion de la liberté accordée aux efforts intellectuels et à la sécurité attachée aux droits des citoyens dans chacun de ces pays. Mais le défaut de vues

DE l'industrie. 51

certaines sur la connexion économique qui se manifeste entre les deux phases du développement national a empêché qu'aucun de ces États arrivât au plein exercice de la puissance humaine économisée comme elle doit Tétre. Nulle part il n'a été clairement reconnu, il n'a par conséquent été adopté comme règle pratique, que, le but du travail étant la jouissance, ou qu'en d'autres termes le but du travail obligatoire étant de parvenir au travail libre et volontaire, — plus on rend productif le travail servile, plus la consommation d'une nation approche de la satisfaction de ses désirs normaux.

L'économie aborde ici le domaine de la morale, comme en d'autres parties de ces théories elle empiète sur celui de la politique ; effectivement, un système judicieux d'économie politique se fonde sur des principes solides de l'ordre politique et moral (1). La religion que professe un peuple et la constitution suivant laquelle on le gouverne sont les premiers éléments de l'appréciation qu'on peut faire de ses progrès possibles dans son développement économique. Les meilleures croyances religieuses et les principes politiques les plus stables sont, comme nous l'apprend l'histoire, indispensables à un progrès économique de quelque portée. De saines doc-

(1) Les problèmes de l'économie politique se résolvent avec plus de facilité, et ne parviennent même à une solution qui approche de la certitude qu'autant qu'on ne méconnaît plus la véritable portée de l'économie, et que, cessant défaire abstraction des éléments indispensables qu'elle doit mettre en œuvre, on la considère comme réunissant et faisant converger vers un but commun la philosophie générale de tous les corps de sciences qui à un moment donné forment l'ensemble des connaissances humaines. Je ne puis pour le développement de cette proposition que renvo;\ er le lecteur à un opuscule que j'ai publié il y a peu de mois : Des conditions vraies de la science économique^ Paris, Guillaumin, 1850. E. T.

trines en morale et en politique favorisent à la fois le développement de l'industrie chez un peuple, et en reçoivent elles-mêmes une nouvelle force, dans la mesure pourtant de cette classification des besoins des citoyens que nous avons décrite plus haut.

Ces considérations nous font voir que la classe des désirs humains qui ne s'arrête pas à la limite des besoins physiques, mais qui comprend des avantages de l'ordre moral aussi bien que de l'ordre intellectuel , n'est pas supérieure à la sphère qu'embrasse l'économie politique.

13. Le premier pas du progrès vers la richesse est la reconnaissance du droit de propriété ; et l'économiste ne peut tenir compte de ce qui n'appartient à personne (1). Si l'on ne proclame ce principe moral, — la sécurité delà propriété, — il n'y a pas d'accumulation de richesses possible (2). Les nations, dans leur anxiété de donner cette

(4) J'ai donné déjà plus haut une démonstration presque mathémalique du droit de propriété ; je vais y revenir en peu de mois, car peu de principes aussi incontestables ont été aussi contestés. — La richesse se composant de raccumulalion de services productifs, il s'ensuit que le riche (liommc ou société) est celui qui peut échanger un grand nombre de services; mais pour échanger il faut posséder, quelle que soit la valeur qui s'allache à l'échange (valeur qui n'est que le rapport entre les services échangés) ; il ne [)eut donc y avoir de notion de valeur en dehors de la notion de propriété. Toute chose non appropriée n'a pas de valeur. Donc, point do propriété, point de richesse, point de valeur, point d'échange, point de production ni de consommation, c'esl-;v-dire impossibilité radicale de former ou de maintenir la société et par conséquenllebien-Ctre de l'homme. Ceci est vrai, quel que soit le mode de constitution de la propriété, k rexceplion toutefois ûnjus uti et abu- /rndi, reste de la barbarie des anciens Ages. La propriété doit être garantie coniplélement, mais jusquos ii l'abus exclusivement; car l'abus, détruisant ii la fois la valeur et l'utilité, détruit la propriété elle-même. La garantie sociale du Jus abutendi, ce ver rongeur des sociétés actuelles, n'est pas autre chose qu'une garantie négative, que la juslilication de ladeslruclion. J'aurai occasion d'y revenir. E. T.

(2) Ce secours mutuel, ce travail commun trouvent leur récompense

DE l'industrie. 53

base importante au progrès industriel, se sont successivement soumises à presque toutes les formes possibles d'errements religieux et de gouvernements juridiques. La propriété a cependant des phases naturelles qui se développent avec l'accroissement de la valeur, et de là des formes sociales qu'on trouvait suffisamment appropriées à la protection d'une espèce de propriété ont été jugées intolérables aussitôt qu'un autre genre de propriété s'est manifesté. Le précepte du christianisme qui enjoint à tous et pour tous les hommes un respect égal des personnes et des possessions, quelles qu'elles soient, comprend toutes les phases dues à l'accroissement de la valeur et nous donne une loi économique des plus significatives. Mais comme les lois ne deviennent efficaces qu'à mesure que s'éveille la conscience de la possibilité de leur application dans les cas particuliers, les hommes se sont refusés sans cesse à reconnaître la praticabilité du précepte chrétien dans les modifications progressives de la propriété et de la société dont ils n'ont pas encore eu l'expérience. De là sont provenues les co'ntestations qui se sont de tout temps élevées au sujet de la juste protection que réclame la propriété.

Tant que l'approvisionnement alimentaire offre des difficultés sérieuses, nous avons vu que les autres besoins de l'homme ne peuvent point offrir de ressources certaines à l'industrie, et les prétentions de la propriété qui naissent des tentatives faites pour satisfaire les besoins élevés sont redoutées comme dangereuses ou méprisées comme sans importance. Dans ses premiers âges, l'Europe offrait le tableau de nations entières asservies à la production

parloui, où la justice préside aux rapports sociaux dans une rélribulion proportionnelle. Rossi, 1. 5,

de leur propre nourriture et de celle de leurs oppresseurs et de leurs maîtres. La destruction de cette injustice provient des efforts de quelques communautés entreprenantes , qui furent obligées de chercher une protection contre les agressions de la chevalerie dans les marais de la Vénétie et des Flandres et sur les rochers inexpugnables d'Amalfi et de Gênes. Le succès de ces commerçants éveilla le calcul et fît naître l'imitation. Le code maritime d'Amalfi imprima l'élan à l'activité coniQierciale, et contribua en dernier ressort à la prospérité agricole. Les manufactures s'élevèrent sous l'égide de l'indépendance municipale; elles furent perdues en même temps que tombèrent ces grandes cités, pour des pays qui les avaient vues longtemps fleurir ; mais elles se transplantèrent chez d'autres peuples dont les gouvernements avaient rendu aux citoyens paisibles le droit de jouir de la liberté industrielle.

Les attributs de la propriété sont aussi peu bornés à la terre ou à l'eau qu'ils le sont à la vapeur ou aux courants électriques : nul homme ne peut prétendre à plus qu'à Tusage de ce qu'il s'est approprié; et il doit être protégé dans la jouissance de la portion qui lui est échue, parce qu'il ne peut l'employer avantageusement pour lui-même sans faire partager dans ses bénéfices tous ceux qui l'entourent; mais cela est seulement vrai là où tous les hommes possèdent leur pleine liberté de penser et d'agir. Nul ne peut s'attribuer le privilège de réprimer l'accroissement de la puissance parmi ses semblables; car tout accroissement de cette puissance ne peut que lui être avantageux à lui-même s'il sait en faire un usage convenable. Le droit de penser et d'agir est aussi sacré à l'égard du citoyen le plus pauvre qu'à

DE l'industrie. 55

celui du plus grand propriétaire de richesses accumulées. Quand les droits de l'ouvrier ne sont pas respectés, la propriété accumulée cesse d'être en sûreté.

Tant que l'industrie et l'échange ne reçoivent pas de restriction, il n'y a pas lieu de craindre un encombrement [glut] dans quelque partie de la production que ce soit. Si les besoins inférieurs éprouvent quelque difficulté à se satisfaire, la pression qu'ils exercent présente aux efforts l'emploi le mieux rémunéré. La variété d'occupations convenablement rémunérées qui se présentent dans les lieux où l'esprit d'entreprise n'est pas enchaîné, à mesure que les besoins primordiaux arrivent successivement à se satisfaire, partage les attributions des producteurs et prévient toute accumulation de puissance inutile dans chacune des branches de l'industrie (1).

Quand, d'un autre côté, le jeu de l'industrie, qui suit, en s'y conformant, l'accroissement naturel et graduel des besoins humains, est empêché, dans certaines branches, soit par des restrictions législatives, soit par la crainte du danger, il n'est plus possible que les efforts des industrieux se rattachent à un très-grand nombre de branches d'industrie, et il peut s'ensuivre un encombrement dans chacune de ces diverses branches, ou même dans toutes. Encore, si le concours des moyens

(1) L'exemple d'un encombrement pris par M. Senior dans le commerce des livres, outre qu'il manque de précision, d'autant que la qualité de ces livres n'est pas spécifiée, ne définit pas la chaîne qui relie ce fait de la valeur des livres a la satisfaction de presque tous les besoins nécessairesde l'homme (voyez Oïd-Line. etc.). — La Bibleeslun livre que, par expérience, nous savons convenir le plus généralement aux besoins intellectuels de toutes les classes. Depuis que les sociétés qui s'occupent de sa propagation en ont abaissé le prix au niveau de toutes les fortunes sociales, il n'y a plus eu d'encombrement de Bibles.

qui doivent fournir à la satisfaction des besoins primordiaux vient à être brusquement supprimé; les producteurs d'objets dont la valeur est basée sur ce concours^ voient leurs marchés se fermer, et un encombrement momentané peut s'effectuer dans les portions de l'industrie qui les concernent. Cependant, un trop-plein qui naît de cette dernière cause ne peut être de longue durée, parce que la pression des besoins primordiaux attire les producteurs et les entrepreneurs des branches plus élevées, et leur permet de fournir à ces besoins indispensables, en raison de la rémunération plus forte que l'urgence y détermine. Toutefois, un tel mouvement rétrograde dans l'industrie d'un pays indique une diminution évidente de la richesse publique, aussi bien que de celle des particuliers. Notre classification des besoins, l'examen des différentes sphères de l'industrie et celui de la propriété individuelle montrent clairement la concordance des intérêts du consommateur et de ceux du producteur. Puisque la satisfaction de chaque besoin inférieur éveille le désir de satisfaire quelque autre besoin négligé jusqu'alors, et ouvre ainsi de nouveaux champs à l'industrie, en partageant l'activité et des producteurs et des entrepreneurs, il s'ensuit que la ])lus grande abondance possible de tout objet désirable est si loin d'être un mal, qu'au contraire elle nous donne le seul moyen d'agrandir le terrain de l'industrie et d'accroître la demande du travail.

14. La délimitation de la science économique à l'étude des moyens de production de quelques genres spéciaux de richesse a été proposée, au mépris de ce fait important, qu'il existe une relation économique déterminée entre toutes les espèces possibles de produc-

DE l'industrie. 57

tioiis. La valeur économique d'une chose n'est pas plus inhérente à cette chose elle-môine que ne l'est l'attribut de la propriété, sur laquelle repose pourtant le fondement de toute richesse. L'or et l'argent ne sont pas de la richesse pour l'homme qui ne peut en avoir du pain, et personne ne sacrifierait les moyens qu'il possède d'apaiser sa faim ou de vêtir sa nudité pour jouir de superbes tableaux, d'opéras italiens ou de ballets. Et cependant, qui songerait à nier que les beaux-arts sont des éléments de richesse, et que ceux qui le peuvent font bien de satisfaire leurs goûts en cela (1)?

En effet, les travaux de l'artiste, comme ceux du manufacturier ou de l'agriculteur, reçoivent leur valeur et de la proportion de la demande qui s'y rapporte, et de l'approvisionnement qui en existe, suivant un ordre déterminé, comme je l'ai montré plus haut. L'extension que peut prendre la chaîne de nos besoins et la puissance que nous avons d'y fournir sont encore illimitées, parce qu'aucune nation n'est parvenue encore à la limite de l'économie de la puissance, et que bien peu même se sont assez avancées pour bannir la souffrance du sein de la majorité des populations.

Nous n'avons donc pas de donnée scientifique qui nous permette de délimiter aucun des degrés de la production, ni les jouissances qui se rapportent à un cas particulier ; nous n'avons pas plus de raison pour fixer notre idée de la richesse aux conceptions de notre époque, que les âges précédents n'en auraient eu de le faire

(J) La valeur, encore une fois, est Texpression du rapport qui existe entre les besoins de l'homme et les choses. Rossi, C. cVéc. pol.. Leçon (a).

(al La valeur est le rapport des services échanges, a dit F. Bastiat. Je rappelle cette définilion, qui vaut mieux que celle de Ucssi. E- T.

par rapport à eux. La science de l'économie politique doit tenir compte de la valeur relative que chaque branche de la production crée pour les autres, et la solution de la plupart des problèmes sociaux auxquels on a trouvé de sérieuses difficultés se rattache à cette supputation. La valeur que chaque espèce de production reçoit de sa connexité avec les autres est basée sur la gradation des besoins de l'homme, gradation sur laquelle est aussi fondée, comme je l'ai dit, la science de l'économie politique.

Les nécessités, les désirs mêmes des hommes, qui forment le principe actif et, en dernier ressort, la mesure de la valeur, sont soumis à des fluctuations fort grandes et pour ainsi dire incalculables. La variation dans les Ltats de la sécurité au danger, de la paix à la guerre et réciproquement, l'influence de l'éducation à laquelle doit être attribué aussi l'asservissement à la mode : toutes ces choses tendent à fixer la direction que prend le développement de nos besoins lorsqu'ils s'élèvent au delà des premiers degrés relatifs à la nourriture et à l'habillement. Lorsque l'ennemi menace d'une agression, les moyens de défense acquièrent une valeur prépondérante. Lorsque règne la paix, l'autorité civile et tout ce qui assiste le pouvoir judiciaire dans le maintien de l'ordre obtient la prééminence sur les préparatifs mililaires.

La mode donne à certains objets une valeur que répudierait le bon sens, ou l'influence d'un orateur populaire entraîne des nations entières à abandonner des mœurs qui semblaient invétérées. Dans toutes ces variations, il est clair que ce n'est pas une qualité intrinsèque qui attribue leur valeur aux objets recherchés et

rejelés, mais bien l'utilité que le consommateur juge devoir en retirer. Dans une ville assiégée, on échange volontiers, contre un peu de pain, des diamants, qu'en d'autres temps on ne croirait pas payer trop cher par le sacrifice d'énormes quantités de blé (1) .

15. Cette origine de la valeur, qui la fait moins dépendre de la mesure de l'objet auquel elle est attachée, ou de la difficulté qu'il y a de se le procurer, que de l'approvisionnement qui en existe et de la demande qui est faite d'autres objets, ou enfin des conditions économiques générales d'une communauté, fait qu'on ne peut admettre aucune distinction entre la valeur en usage et la valeur en échange. Lorsque la liberté d'agir et la sécurité de la propriété existent dans la pleine acception des termes, la valeur en usage et la valeur en échange coïncident (2). La valeur, étant, en tout cas, une qualité subjective, varie entre les individus comme entre les nations (3) .

Dans tous les pays, l'économie obtenue dans la puis-

(1) M. Senior donne l'exemple d'une variation remarquable dans la valeur du chanvre, qui avant la guerre de la Révolution se vendait 50 livres la tonne, s'éleva pendant la guerre à 130 livres et revint, à la paix, à son ancien prix (voyez Out-Line, elc). T. C. B.

^2) Si la définition de Bastial avait été connue a M. Banfield, il aurait jugé inutile sans doute de se préoccuper, pour la combattre, de celte distinction oiseuse de la valeur en usage et en échange. La valeur, étant le rapport de deux services échangés, ne peut être conçue en faisant abstraction soit de l'usage, soit de l'échange, puisqu'elle n'est que la comparaison de deux services utiles échangés l'un contre l'autre. E. T.

(3) La valeur en échange existe parce qu'il y a valeur en usage : elle disparaît dès le moment où cesse toute valeur en usage (Rossi, 1. 4). Voyez les définitions limitées et contradictoires de la valeur énumérées par M. Senior dans sa note intitulée « la Logique de l'archevêque Whalley », dern. édition. T. C. B.

sance productive détermine la valeur; lorsque cette économie est poussée fort loin, la consommation de chaque objet est beaucoup plus grande qu'ailleurs où le progrès est moins avancé. Comme la production est plus considérable dans les pays bien organisés que dans les autres, on y a plus à échanger pour y obtenir les objets qu'on désire, et la valeur en échange de chaque produit est par conséquent plus grande.

Les efforts des économistes se sont donc inutilement dirigés vers la recherche d'une mesure fixe et générale de la valeur, au moyen de laquelle on pût apprécier les fluctuations de la valeur échangeable des objets à toutes les époques et en tous les lieux. Les métaux précieux ont fourni, jusqu'à présent, l'étalon le plus convenable à employer, quoiqu'il soit sujet, aussi bien que tous les autres produits de l'industrie, à ces influences qui changent la valeur des objets. On a longtemps supposé que le blé était produit au même prix de revient en de longues périodes de temps, et que son prix moyen demeurait invariable, fournissant ainsi un élément certain pour des supputations de longue durée. L'expérience de ces dernières années n'est pas venue confirmer cette supposition qui, en tout temps, a été contredite par les différences notables constatées dans le prix du blé dans les différents pays de l'Europe. On a proposé d'adopter le travail comme étalon de la valeur ; mais la définition en a été jugée trop difficile : les diverses espèces de travail différent beaucoup trop entre elles pour offrir un point de comi)araison, outre que la tendance à économiser la puissance arrive à supprimer dans toutes les opérations le travail purement manuel et dépourvu de tout élément d'iiahilelé ou de confiance.

DE l'industrie. 61

La rémunération du travail est, par-dessus tout, comme le prix du blé et des métaux précieux, sujette à varier avec l'ofï're et la demande, qui existent pour les différents produits de l'industrie dans chaque pays. Lorsque la puissance est bien économisée, la production est plus grande en raison du nombre des producteurs, et les salaires sont plus élevés que lorsque les moyens de produire sont appliqués négligemment ou qu'ils sont dilapidés ; il est, par conséquent, évident qu'on doit chercher une autre mesure de la valeur que celles qui ont été jusqu'ici proposées. Le seul mode d'évaluer sainement la valeur découle plutôt de la nature des besoins ressentis par l'ensemble des consommateurs et des moyens qui peuvent aider à y satisfaire, que de quelque qualité inhérente soit à l'objet évalué, soit à l'étalon employé comme pierre de touche. M. Rossi a donné la clef de cette amélioration essentielle, en remarquant que la valeur est une qualité purement subjective ; que la valeur d'un objet n'est pas inhérente à l'objet lui-même, mais réside tout entière dans l'estimation qu'on y attache (1).

(I) Celle notion n'est pas tout à fait exacte. Parce qu'on dit dans le langage vulgaire, qu'une chose a de la valeur en raison de l'importance qu'on y attache, il ne s'ensuit pas qu'à cette chose puisse être allribuéc de la valeur réelle, do la valeur économique. Cette fleur desséchée, celte boucle de cheveux, le souvenir d'une personne aimée, a pour moi une valeur très-grande, ou plulùl, en me servant du terme vrai, une utilité considérable, puisqu'il réveille en moi des sentiments qui me sont doux et chers; mais il n'a pas de valeur économique, puisque si je cherchais k le livrer contre un service d'une autre nature le

o rapport en serait — = o. Au contraire, si ce souvenir estune relique d'un homme célèbre, il acquiert une valeur économique et réelle, au moins temporaire. L'estimation d'une seule partie ne constitue donc en rien la valeur; il faut que l'estimation accordée j ar un grand nom-

16. La valeur en échange et la valeur en usage coïncident économiquement en fait, et sont exprimées toutes deux par le prix d'un objet, ou par la quantité qu'on donne d'un produit pour celui qu'on veut obtenir en échange. Le prix n'attribue nulle part une valeur intrinsèque aux choses, mais seulement la valeur que possèdent ces choses aux yeux de la classe de consommateurs qui en fait la demande. Un article que quelques individus payent volontiers fort cher est souvent tout à fait invendable chez une classe différente de consommateurs (1).

Les articles de grande nécessité, comme le sont ceux de luxe, deviennent invendables lorsque la quantité qui en existe sur le marché excède celle qui suffit à la consommation. Cependant, le prix indique d'une manière correcte la valeur relative de chaque chose, lorsque la demande se présente, c'est-à-dire le prix delà quantité totale livrée à la consommation. Lorsque le prix des choses nécessaires, coté habituellement suivant des poids et des mesures de faible dimension, vient à s'abaisser, on dit ordinairement que ces choses ont diminué de valeur; cette expression est erronée. Même lorsqu'on les évalue en argent, elles ont le plus souvent augmenté de valeur en de telles occasions, et la somme payée pour la consommation totale dans cette circonstance est plus grande que celle qui avait été donnée pour la quantité consommée lorsque le prix était plus élevé. L'économiste doit baser ses calculs sur la consommation entière du marché ; il ne peut s'astreindre à raisonner sur des spécula-

hre, fixe le cliilTre du premier lerme du rapport : chiffre variable d'ailleurs avec la nature du second lerme.

(1) Rossi, Cours d'économie politique, leçon 9. E. T.

DE l'industrie. 63

tions isolées, suivant lesquelles de petites quantités de produits s'échangent sans contredit contre plus d'autres objets lorsque le prix est élevé que lorsqu'il est bas. Mais comme la hausse du prix, lorsqu'on se rapporte à un fractionnement, peut découler de deux sources différentes, il est nécessaire d'en distinguer les effets. L'élévation du prix résultant du manque d'approvisionnement n'augmente jamais la somme affectée dès lors à la consommation diminuée de l'objet renchéri, de manière à ce qu'elle devienne égale à la dépense totale faite pour le même objet lorsque son prix est bas, si le commerce n'en est pas gêné. Une des raisons pour lesquelles cet effet se produit est que la hausse amène le prix de l'objet qui la subit au niveau de celui d'autres objets d'utilité égale, et qui ne peuvent se vendre moins cher à cause de leurs frais de production ; dès lors il s'établit sur la base de ce prix élevé une concurrence entre les différents produits, qui met obstacle aune hausse ultérieure ; ainsi, lorsque le blé devient cher, le sucre et d'autres matières alimentaires qui sont moins recherchées lorsque le grain est bon marché se placent plus facilement.

Si les prix s'élèvent par suite de l'accroissement général de la production et de la distribution du travail, amené par une économie de puissance, alors notre règle est seulement vraie pour les prix qui suivent le changement produit. La consommation, dans ces nouvelles circonstances, sera plus grande encore avec des prix bas, et l'ensemble des quantités consommées représentera une valeur en échange plus forte que celle qui résulterait de la consommation totale lorsque les prix sont élevés faute d'offre. Lorsque la liberté d'action est respectée, les prix ne peuvent pas tomber avec persistance assez bas pour

64 ORGANISATION NATURF.LLE

détruire cette règle, parce que les nouveaux besoins qu'éveille la satiété d'un désir reporteraient ailleurs l'effort des producteurs et que les prix reviendraient à leur niveau régulier.

17. Quand le marché n'est pas libre, le prix d'un article, ou ce qu'on donnerait en échange d'autres objets usuels quelconques, ne fournit pas d'étalon par lequel on puisse arriver à apprécier la valeur de cet article. Outre que le prix est soumis à l'effet des restrictions apportées au droit d'acheter et de vendre, il peut se modifier aussi suivant la distribution inégale des connaissances, et l'irrégularité du progrès que font les diverses nations dans l'économie de leur puissance.

Au reste, ce sujet a été naguère complètement traité par le professeur Hermann (1). Suivant cet auteur, voici quelles sont les influences auxquelles le prix est soumis :

Du côté de l'acheteur :

1° La valeur en usage de l'objet demandé;

2° La possibilité de payer qu'il commande ;

3° Le coût auquel le même objet pourrait être tiré de tout autre marché.

Du côté du vendeur :

1° Les frais de production;

2° La possibilité de vendre sur d'autres marchés;

3" La valeur en usage des biens obtenus en échange.

Chacune de ces conditions des deux côtés peut devenir déterminante à son tour et peut fixer le prix. Si nous analysons les relations qui existent réciproquement entre ces différentes causes déterminantes, nous trouvons que deux de chaque côté coïncident entre elles et sont

(Ij Ilermann, Slaatswirlhschaftlichc Untersuchunfjm.

DE l'industrie. 65

d'un caractère extrinsèque. Ce sont la valeur en usage desdeux objets échangés et l'influence de la concurrence ou de la possibilité d'acheter et de vendre sur tout autre marché. En ce qui touche les autres conditions, on peut faire observer que les frais de production agissent sur la résultante du prix, dans un sens contraire à celui de la capacité de payement que possède l'acheteur. Le problème économique est renfermé entre les limites tracées par ces deux éléments du prix, en ce sens que l'acheteur tend constamment à abaisser les prix jusqu'à la limite des frais de production, et que le vendeur s'efforce d'obtenir le maximum que le consommateur peut consentir à payer (t). L'économie de puissance bien entendue arrive doublement à concilier ces tendances divergentes; car, d'un côté, de meilleurs procédés de production donnent au producteur les articles à meilleur marché, et de l'autre, les nouvelles sphères de l'industrie qui s'ouvrent à mesure que chaque besoin est progressivement mieux satisfait fournissent au consommateur des ressources croissantes pour ses achats. De tout cela il résulte que la valeur économique d'un objet s'exprime par le produit de son prix fractionnel multiplié par le chiffre de la demande totale. Dans les pays les plus riches, la somme de ce produit est la plus grande (2).

(1) Storch, i,introd. p., 90.

(2) Je n'ai pas besoin sans doute de faire ressorlir toule l'élégance de celle déraonstralion, el la lucidité des conséquences qui en découlent et qui rendent si facile la solution de problèmes économiques auparavant ardus. Dès qu'on a compris que la valeur économique des choses s'exprime suivant le produit de leur prix fractionnel (comparé) multiplié par le cliifTre de leur consommation, quelle que soil d'ailleurs la matière qui serl d'unité de comparaison, on voit sur-le-champ que la multiplication de la richesse lient rationnellement à l'extension de la consommaliou, par conséquenl à l'abaissement des prix dans certaines

Toute intervention arbitraire qui a pour but de tenir les prix élevés diminue nécessairement les ressources du

limites, et non pas à renchérissement progressif, comme Font soutenu Malllms , Ricardo et bien d'autres économistes. Ici M. Banfield a été plus heureux que Basliat, dont la démonstration relative au taux et à la somme des prix est beaucoup plus laborieuse, et moins frappante.

Il est surprenant qu'un esprit aussi judicieux que celui de Basliat, qui s'est montré si ingénieux dans la distinction de notions jusqu'alors confondues, ait pu s'égarer autant sur ce point. En oubliant de généraliser l'idée de la valeur dans chacune de ses applications spéciales, Basliat n"a pu revenir que par de longs détours a la conclusion innée que la force de son esprit lui imposait. Il a dit (Harmonies économiques): Il ne faut pas assimiler la richesse à la valeur... La théorie qui définit la richesse par la valeur n'est en définitive que la glorification de l'obstacle, f'oici son syllogisme : La richesse est proportionnelle aux valeurs^ les valeurs aux efforts, les efforts aux obstacles ; donc les richesses sont proportionnelles aux obstacles... L'obstacle diminue : donc reffort diminue., donc Vutilité diminue, donc la richesse diminue, donc le progrès {en définissant la richesse par la valeur) serait sa propre négation.

Ceci est spécieux. Mais le célèbre destructeur de sophisraes n'a pas vu le sien, emporté qu'il était par le système exclusif d'opposer sans cesse la gratuité à l'onérosilé, l'utilité à la valeur; et ce sophisme est d'autant plus singulier que c'est précisément le même que Basliat a combattu dans le crédit gratuit de Proudhon avec tant de verve et tant de logique. En effet, poursuivez la proposition de Bastial : le progrès augmente l'utilité gratuite en même temps qu'il diminue la valeur onéreuse, et vous arrivez à conclure que la somme des services productifs appropriés par chaque individu ayant zéro pour asymptote, la satisfaction gratuite croît cl l'effort onéreux dirainue, proportionnellement à la décroissance delà propriété de chacun et de tous : conclusioQ antisociale, puisqu'elle implique la progression descendante de l'utilité de la coopération sociale ; puisque chaque individu, trouvant de plus en plus autour de lui la satisfaction moins onéreuse, ce qui est vrai, verrait de plus en plus en même temps diminuer la valeur de ses propres services productifs, ce qui est faux. Cette conclusion conduit à l" individualisme, excès où l'amour de la liberté a jeté Basliat, et qui peut être taxé d'absurde; car coramentsupposer que si la force productive humaine s'accroît par l'association libre, c'est-à-dire par le concours social, elle tende à la destruction de son principe promoteur, a la séparation du faisceau, à l'abolition de la solidarité? Ijilin, si les forces naturelles ne viennenl diminuer l'oriérosité de l'effort humain que par le fait seul de leur

DE l'industrie. 67

consommateuret amène, par lasuite, la ruine duproducteur, en l'induisant à négliger l'étude qui doit le caracté-

appropriafion, supposer que leur valeur el leur ulililé soienl en raison inverse, est nier la cause même et Teffel de leur appropriation. Pour rétablir Tordre des faits, el la logique des arguments, il suffit de comprendre que Bastiat, qui a si admirablement défini la valeur qui s'attache aux choses, a ensuite appliqué cette notion comme si elle était le rapport de refforl a la satisfaction, taudis que réellement elle est bien le rapport des services échangés, mais abstraction faite de la dose ou de la nature de l'effort qu'a exigé leur appropriation ; qu'après cela il a semblé confondre le prix des choses avec leur valeur, quoique la séparation de ces termes soit fort essentielle. Effectivement, le prix d'une chose n'est pas l'expression de sa valeur, c'est seulement l'application delà notion de la valeur à la comparaison de deux services, dont l'unité de l'un s'exprime en unités de l'autre. En outre, la valeur n'est pas le rapport d'un service à un autre considéré isolément, ce qui tomberait encore dans le sens vulgaire attaché à l'idée de valeur. Il faut généraliser et considérer la valeur comme le rapport de tous les services de même nature qui s'échangent, à un moment el dans un lieu donné, contre fous les autres services de toutes les espèces; rapport qui, pour chaque acte de service spécial, s'exprime pratiquement, comme le fait Irès-bien remarquer M. Banfield, suivant le produit du prix d'un service multiplié par le nombre total des services semblables échangés. Qu'en résulle-t-il? C'est que la valeur économique d'un service s'accroît progressivement et indéfiniment, tandis que le prix de l'unité de ce service diminue jusqu'à une limite fixée par le concours des autres services sociaux. Avec le progrès, le prix de chacun des services ainsi appropriés par un homme, par un peuple , par l'hu- • manité, s'abaisse, tandis que la somme de tous les services ainsi appropriés , c'est-a-dire leur valeur économique, augmente; et le prix de chaque service ne s'abaisse qu'autant que sa valeur successive devient plus forte , en raison de l'accroissement des satisfactions obtenues. Donc chaque homme devient réellement de plus en plus riche par l'accroissement de la valeur créée ; il peut chaque jour satisfaire plus de besoins avec moins d'efforts, non pas parce que la satisfaction s'achemine vers la gratuité, mais parce que la puissance productive augmente et fait croître k la fois la valeur, la richesse et le bien-être. La solidarité, loin de tendre a disparaître, se resserre de jour en jour; et plus ua homme a approprié de services productifs et peut en échanger, plus il a de valeur en un mot, plus il a besoin des autres hommes.

Concluons. Voici quel doit être l'ordre des arguments que j'ai cités plus haut d'après M. Bastiat: La richesse est proportionnelle aux valeurs (à la somme des services productifs appropriés et échangeables) ; les va-

riser, celle de laréductioii des frais de production. Le producteur est incité à cette étude par la facilité que possède le consommateur de trouver plus loin un marché plus avantageux. Restreindre ce pouvoir, qui n'est autre qu'un droit (§ 13) aussi inviolable que celui de la propriété, c'est jeter la confusion dans l'édifice économique tout entier, sans qu'il en puisse résulter de bénéfice pour personne. 18. Les citoyens sont amenés à se lancer dans de nouvelles branches de l'industrie, par le taux des profits qu'elles offrent, lorsqu'il est plus élevé que celui qu'on trouve dans les anciennes. Le fonds qui pourvoit aux nouveaux profits n'est autre chose que la différence épargnée au consommateur par le perfectionnement des anciensprocédés.Pour que chaque nouveau procédé puisse devenir d'une grande importance publique, il faut qu'à son tour il se perfectionne successivement, c'est-à-dire qu'il en ressorte une production graduellement moins onéreuse. Ainsi le producteur, pourvu de procédés nouveaux, ne profite pas seulement du fonds originaire où il a pris son point de départ, mais il est assisté encore par l'économie qui s'effectue quotidiennement dans toutes les branches de la production, au bon aménagement desquelles sa propre industrie est intéressée. De cette règle, il suit qu'une économie apportée dans la pro-

leurs sont en raison inverse des efforts; les efforts en raison directe des obstacles: donc lesricliessessonlen raison inverse des efforts et desobslacles. — L'obstacle diminue, donc l'effort diminue, donc le prix diminue, donc la valeur augmente, donc la richesse augmente. (Quant h. l'utilité, elle n'a rien h faire ici ; il est clair qu'elle augmente avec la ricliesse.) -—J'ai cru qu'il pourrait f-trcbon pour le lecteur de comparer ici les propositions de deux auteurs ('■minenls, pour les compléter les unes par les autres, et montrer une fois de plus que l'économie ne saurait trop élargir sa sphère parla généralisaiion des idées. E. T.

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duction des subsistances améliore la condition de toutes les branches de la production et de la transformation des choses, parce que l'appropriation de toutes les choses dépend des approvisionnements de subsistances. Une meilleure économie introduite dans une quelconque des branches élevées de Findustrie réagit sur les degrés inférieurs en accroissant la somme des profits, et celle des capitaux qui sont à la disposition des industrieux en général. L'effet le plus ordinaire des perfectionnements dans les degrés les plus élevés de l'industrie est d'accroître l'échelle de la rémunération dans les ordres primordiaux de la production, en leur enlevant des bras.

Puisque cette règle équivaut à l'enseignement, pour le producteur ou le fabricant, de rechercher de plus grands profits par la réduction du prix, il est nécessaire, pour ajouter à son poids, d'examiner minutieusement le marché ou le terrain sur lequel s'effectue la consommation. Cette règle est le mieux démontrée par l'observation qu'on peut faire de la grande disproportion qui existe entre le nombre des consommateurs dans les classes inférieures et dans les classes élevées delà société.

19. Le producteur peut considérer le marché de chaque chose comme une pyramide : à la base se placent les classes les plus pauvres, dont les besoins matériels ne sont que modérément développés et qui n'ont que peu de désirs d'un ordre plus élevé ; les classes les plus riches forment successivement les zones parallèles supérieures qui complètent cette pyramide. Dans les pays qui possèdent des sols fertiles et un beau climat, le nombre des citoyens qui jouissent des développements intellectuels est plus grand que dans les contrées moins favorisées, où les vivres sont plus rares et où il est nécessaire de se

vêtir plus chaudement. Si donc en de tels pays une éducation rationnelle montrait à leurs habitants l'usage véritable de ces éléments de prospérité, ils atteindraient bientôt une prééminence politique certaine sur les contrées plus pauvres, si toutefois ces dernières restreignaient la liberté du commerce, qui seule peut maintenir, l'égalité entre tous les peuples. Cette liberté est pour l'homme un droit inaliénable; et il serait fort bon que le producteur comprît que le marché national, qu'il ne peut fermer à la concurrence étrangère sans violer les préceptes religieux et les principes de la justice, offrirait, grâce à cette liberté et par le perfectionnement successif des procédés, la certitude d'une rémunération beaucoup plus élevée.

En d'autres termes, il serait heureux de voir que tous les producteurs fussent encouragés à abaisser de plus en plus leurs frais de production. Le fait est, qu'il résulte du bas prix des choses des bénéfices beaucoup plus considérables que ceux que peuvent offrir des prix élevés.

Peu d'Élats nous offrent des chiffres statistiques assez authentiques concernant les populations, pour qu'il nous soit possible d'établir la proportion qui existe entre leurs différentes classes. Un exemple d'une exactitude approximative pourra servir cependant à mettre en lumière le principe que je viens de poser. J'ai essayé de former une classification de la population anglaise, en me basant sur des chiffres fournis par la commission chargée de la loi sur les pauvres, dans le rapport qu'elle a publié sur les conditions sanitaires du pays.

Les proportions qui existent entre les différentes classes , dans les districts où l'on a supputé l'âge

DE l'industrie. 71

moyen de la mortalité, sont les suivantes (les districts agricoles et manufacturiers pris ensemble) :

Noblesse et haule bourgeoisie 1, -181 ,000

Pelils commerçaals, fermiers, elc 4,221,000

Travailleurs à gages, pauvres, elc 9,o6o,000

La population totale de l'Angleterre est évaluée à 14,967,000

On peut calculer sur cette échelle les effets d'une hausse ou d'une baisse dans les prix. Les articles de la nécessité la plus urgente possèdent en Angleterre un marché qui s'étend à toute la population ou à 1 4,967,000 individus; le pain doit être produit en quantité suffisante pour satisfaire à la demande de ce nombre en entier; la viande, le fromage, les œufs, le beurre et la bière sont demandés parmi les adultes à proportion de| l'abondance du blé ou des pommes de terre ; le sucre, le thé, le café, quoiqu'on puisse s'en dispenser plus facilement, sont, dans les classes travailleuses, d'une consommation générale lorsque les salaires sont suffisants.

La consommation du vin, de la soie, de l'argent, des garnitures de table, des habits fins et de beaucoup d'articles chers et d'usage domestique doit avoir sa limite la plus basse dans la seconde classe : cette classe, réunie à la première, se compose de 5,402,000 âmes ; et, quoique proportionnellement plus nombreuse en Angleterre que dans aucun autre pays, elle n'est cependant pas encore aussi considérable en ce sens, que la classe la plus élevée prise isolément. Eh bien, si un commerçant calculait la différence qui résulterait pour lui, s'il pouvait en abaissant ses prix fournir à la consommation de la dernière classe au lieu de borner sa vente à la seconde, il y trouverait

son avantage dans la proportion de 5 à 15. La différence entre l'extension de la consommation de la classe la plus élevée et celle de la plus basse serait comme

I esta 15.

Un commerçant peut déduire de ces considérations sur ses marchés que, s'il sacrifiait les deux tiers du taux de ses profits pour s'assurer la demande de la plus grande partie des consommateurs, il augmenterait le montant de ses gains de cinq fois ce qu'ils auraient été s'il s'était limité à l'achalandage de la seule classe élevée.

II doublerait ses profits si, en en réduisant le taux des deux tiers, il mettait sa vente à la portée de la demande de la seconde classe des consommateurs. Le commerce n'a jamais suivi constamment ce mode de calculer, en règle générale, bien qu'il l'ait souvent adopté dans des cas particuliers. Le commerce des livres nous en offre des exemples qui nous sont familiers et qui ont parfaitement réussi ; le plus remarquable, peut-être, nous est donné par la vente de la Bible. De même, les ouvrages d'un auteur deviennent plus accessibles au public et rendent de plus grands profits aux éditeurs, lorsque le droit d'auteur expire et que par conséquent le taux des profits généraux diminue ; les nombreuses éditions des œuvres de Shakspeare, de Milton , de Hume, de Gibbon et d'autres écrivains populaires le prouvent complètement. En raisonnant d'une manière analogue, on voit clairement combien les privilèges créés par lesdroits d'auteur et par les brevets d'invention sont inutiles, puisque le profit le plus grand résulte de la plus grande extension de la vente jointe aux procédés de production les moins onéreux. C.olui (pii se prévaut d'une raison quelconque pour élever le prix d'une chose usuelle limite son mar-

DE l'industrie. 73

ché dans une proportion beaucoup plus rapide qu'il n'élève le taux de son profit (1).

20. La cause principale de l'obscurité qui règne dans les explications qui ont été données sur l'origine et l'accroissement des profits provient du manque d'une distinction nécessaire entre la manière dont les producteurs et les fabricants sont affectés par le taux des profits. Un taux élevé du profit est un indice presque infaillible de la faiblesse de la somme totale que ce taux permet de réaliser. Puisque tout gain n'est le résultat que d'une économie, soit de la part du producteur, soit de celle du consommateur, il s'ensuit que plus on épargne, plus les ressources disponibles deviennent grandes.

Si cependant les gains des producteurs s'accroissent dans la même proportion que s'abaisse le taux de leurs profits, le nombre de ces producteurs pour une même nature d'objets ne doit pas augmenter dans la proportion de l'extension que donne le bas prix à leur courant d'affaires. Le remède naturel à l'accumulation nuisible de la puissance dans une des branches de l'industrie est, nous l'avons vu {§ 12), dans la nouvelle route qui s'ouvre à l'activité productive, aussitôt que les prix et les profits s'abaissent dans les anciennes. Le jeu de l'industrie,

(1) Ici M. Baafielda voulu dire sans doute, que l'abus de ces sortes de privilèges est nuisible à ceux-là mêmes qui les détiennent, eu ce sens que s'ils mettaient les améliorations ou la propriété qu'ils ont créée à la portée du plus grand nombre, ils y gagneraient eux-mêmes davantage.Traduisanl fidèlement l'auteur, je n'ai pas voulu me perraeltro de modifier son expression, bien qu'elle puisse paraître, je le crois, erronée à ses propres yeux ; car plus loin, on le verra, M. Banfield insiste très-fortement sur la nécessité de constituer fortement et de faire hautement respecter la propriété intellectuelle, qu'il considère ajuste titre comme aussi sacrée et aussi utile pour tous que la propriété foncière et mobilière. E- T.

lorsque l'activité n'est pas restreinte et que la propriété est sûre, ne manquera jamais de relever chaque branche à son tour, et de donner ainsi au commerce une extension plus grande même qu'elle ne le serait si la réduction du taux des profits s'effectuait suivant la proportion inverse. Lorsque l'industrie est libre, le premier effet de l'abaissement des prix est de livrer la production aux mains des grands étabhssements;le premier effet du bon marché des blés que provoque l'abohtion des droits sur les céréales en Angleterre sera d'accroître, sinon l'étendue des domaines où croissent les céréales, au moins l'échelle sur laquelle elles sont cultivées (i).

Toutes les fois que la propriété territoriale subit une grande division sans que les perfectionnements de la culture y correspondent, nous pouvons en inférer soit que les prix sont tenus élevés par des moyens artificiels soit que l'industrie est gênée ; soit enfin que la possession des biens à la production desquels, dans le cours naturel des choses, s'appliqueraient les bras superflus à la culture, n'est pas suftisamment garantie.

La première de ces causes réagit sur l'Irlande, la dernière sur la plupart des États continentaux. N'était cette puissance d'étendre les entreprises industrielles lorsque les prix baissent, une communauté ne trouverait pas d'avantages à l'emploi des machines et à la simplification des procédés ; tandis que le double résultat de ces perfectionnements tend à enrichir rapidement un État. En épargnant ainsi les ressources du consommateur, on les réserve pour l'encouragement de nouveaux producteurs ; il en résulte pour les producteurs eux-mêmes,

(1) Au moins dans le cas où le blé conlinuerail à être noire principale produclion agricole. T. C. B.

DE l'industrie. 75

qu'ils trouvent avantage à la concurrence et à la réduction du taux du profit, aussi bien qu'à l'abaissement des frais de production. Le niveau au-dessous duquel ne peuvent tomber les profits est maintenu à une certaine limite, parce qu'ils s'accroissent dans de nouvelles branches d'industrie lorsque leurs taux s'abaissent dans les autres ; ainsi le niveau inférieur des profits sur les subsistances est maintenu par l'accroissement des profits sur les vêtements, sur les constructions et sur toutes les autres professions qui deviennent profitables en proportion du bon marché des aliments.

Bien des gens, qui n'ont qu'une mauvaise notion de la puissance que peut appliquer un peuple à l'accroissement de sa production dans chacune des branches de l'industrie, semblent oublier que le nombre des producteurs ne peut nulle part excéder celui des consommateurs (1).

2 i . L'accroissement du fonds de rémunération pris sur les économies effectuées dans les anciennes branches de l'industrie, pour s'appliquer aux nouvelles entreprises, peut être démontré par une équation qui, en même temps, donne l'analyse de ce problème économique. Désignons par A les avantages naturels que le savoir a mis à la disposition d'une communauté, et

{i) Un moulina eau ordinaire près de Paris, moud 36 heclolilres de blé par jour. Il faudrait 168 hommes pour moudre la même quantité de grain à force de bras ; leur salaire s'élèverait acluellement à 500 fr. au moins, tandis que les frais entiers du moulin à eau ne dépassent pas 10 fr. par jour. J. B. Say répond à cette question a que feront les hommes ainsi affranchis de la mouture? » : ils produiront d'autres objets ; et k celle-ci « qui achètera ces autres objets? « il réplique : ceux qui proûlenl de l'économie de 290 fr. par jour apportée à la mouture. ' E. T.

par a, h, c, d les frais de culture, de fabrication (préparation), de transport et de distribution (y compris les profits de chacun des entrepreneurs), qui sont indispensables pour mettre ces avantages commodément à la disposition de chacun des membres de la communauté. B, C, D, E, F sera le montant des biens appropriés dont la communauté peut disposer, avec chaque économie successive de puissance dans chacune des branches de l'industrie. Ce fonds s'accroîtra comme il suit :

Â. — {a + b + c-hd) = B, A— (-|- + |- + c + rf) =B4-C+D,

L'accroissement dans un terme correspond à l'économie marquée dans l'autre terme. Chaque accroissement de A par l'extension de nos connaissances augmente plus rapidement encore la fortune générale ; ainsi,

Ap(^il*±i:+l') = (B+ C + D+ E + F) p + (i±i|£±£),p„.

On comprendra facilement que l'économie effectuée dans chaque terme de l'équation entraîne ordinairement des conséquences plus étendues que celles qui sont représentées ici. Le perfectionnement des modes de transport allège le plus souvent le prix des aliments, du combustible et des autres choses nécessaires, et abaisse ainsi le taux des autres dépenses.

DE l'industrie. 77

Aussi loin que B peut être une fonction de A, toute variation de A affectera naturellement la valeur de B, sans que pour cela aucune économie spéciale ait été réalisée en B.

Cette équation nous montre, de plus, qu'il n'y a que deux manières pour nous d'économiser la richesse : l'une, en découvrant de nouveaux matériaux dans les vastes réservoirs de la nature ; l'autre, en soumettant à des combinaisons perfectionnées les éléments que nous possédons déjà.

Il résulte de la solution de ce problème économique, que les ressources naturelles qui ont été réservées par la Providence à l'usage des hommes dépassent de beaucoup celles dont ils ont joui en aucun temps, l'obstacle à leurs jouissances étant causé par leur ignorance et par la faiblesse qui en résulte. La diminution de la force ou la destruction totale de tous ces empêchements, si elle était praticable, est le seul moyen de mettre à la pleine disposition de l'humanité les ressources entières de la nature.

22. Nous avons ici soustrait les frais de culture, de fabrication et de distribution, de la somme des ressources naturelles; il semble donc que les arts qui nous aident à accomplir ces différentes opérations ôtent à la richesse originaire de l'homme au lieu d'y ajouter. Par cette raison, on a cherché à établir une distinction entre les différentes branches de l'industrie ; et les unes ont été appelées productives, et les autres improductives, suivant que les écrivains ont plus ou moins approfondi l'utilité qui découle directement des unes ou des autres. Tous ces açts intermédiaires représentent également le travail que l'homme doit dépenser pour s'approprier les

dons de la nature, et ce travail est le prix véritable auquel il doit les payer (1) ; c'est pour diminuer ce prix, que la raison lui a été donnée, et l'effort légitime de son entendement tend à atténuer ces difficultés, jusqu'à ce qu'il les ait vaincues. Le fonds, loin de décroître à mesure que s'amoindrit la nécessité du travail, augmente, au contraire, en raison de l'accroissement de la puissance intellectuelle, qui se dirige alors vers l'analyse des domaines de la nature et la découverte de nouveaux moyens de subsistance et de jouissance. Tant que nous ignorons, par conséquent, de meilleures manières de satisfaire nos besoins, que celles que l'état des arts industriels dans chaque pays offre à ses habitants, les personnes qui exercent ces arts sont toutes des producteurs qui contribuent à accumuler les dons de la nature et à les dispenser au temps et au lieu où les consommateurs en ont le plus besoin. Dans les pays où les arts industriels sont peu et mal cultivés, les peuples ont peu de moyens de subsistance et peu d'instruments de puissance ; ils retirent, par conséquent, moins du fonds général, que ceux des autres contrées qui commandent plus de moyens ; voilà une des raisons pour lesquelles on ne peut dire que l'économie de puissance (§ 1) ne consiste proprement qu'en l'épargne ou en l'abstinence. La dépense faite dans les actions intermédiaires est, dans une communauté, en proportion de l'état de ses connaissances, et peut s'accroître seulement (là où la puissance

(1) J'ai (lit que le prix dos choses él.iil l'application de la notion de la valeur à l'expression d'une unilé d'un service en unités d'un autre service. On peut dire Irès-exaclemenl que le prix est le rapport de l'effort h. la satisfaction, rapport mesuré comme je viens de l'expliquer. ^ j

DE l'industrie. 79

est économisée) suivant un taux qui implique un accroissement proportionnellement plus grand de la richesse nationale. Il n'y a donc rien à regretter à la perte des moyens qu'employaient les procédés imparfaits, puisque des perfectionnements ont rendu ces moyens inutiles. Les restrictions imposées au commerce ou à l'industrie, dans le but de perpétuer des procédés imparfaits et de conserver l'usage des moyens inefficaces, seraient par conséquent absurdes, si elles n'étaient souverainement injustes et même criminelles. La productivité d'un art utile a pour mesure sa tendance à déblayer les obstacles qui encombrent sa route ; lorsque le cycle du perfectionnement dans les arts sera accompli, nous pouvons espérer que le travail manuel disparaîtra presque dans toutes les occupations servîtes. Le travailleur qui produit le plus est celui qui, en étendant les bornes de nos connaissances, ajoute le plus à ce que nous pouvons prendre dans le fonds général de la nature.

23. L'économie de puissance qui libère les hommes d'une certaine espèce de fatigue et ouvre un champ d'activité dans quelque autre direction, s'effectue habituellement par la substitution d'une machine ou d'un instrument quelconque à un travail manuel rendu désormais inutile. Les hommes peuvent donc employer une portion de ce qu'ils s'approprient dans le fonds de la nature et qu'ils adaptent à leurs nécessités, à remplir des occupations auxquelles auparavant le travail manuel était consacré. La substitution de la charrue à la bêche exige qu'on ait extrait et travaillé une quantité suffisante de fer pour permettre cette substitution, et qu'on se soit mis en état de consacrer une quantité de nourriture suffisante à l'alimentation des chevaux ou des bœufs en

80 orga:visation naturelle

outre de celle des hommes. Pour substituer la force d'une machine sur les chemins de fer à celle des animaux sur les routes ordinaires, il n'a pas fallu seulement produire une plus grande quantité de métal, mais il a été nécessaire encore qu'un certain nombre de travailleurs scientifiques aient uni leurs efforts intellectuels pour améliorer les procédés d'extraction et de traitement qui rendissent le fer abondant.

L'importance de l'épargne ou de l'abstinence découle de ce fait. On appelle capital la somme des biens qui nous sont donnés par la nature ou que nous avons accumulés par abstinence, s'ils sont employés à la reproduction. Ce nom, qui est emprunté aux droits de capitalion perçus autrefois sur la propriété personnelle, indique l'origine de la signification usuelle de ce terme appliqué à cette espèce de propriété. Cependant cette notion générale prévaut, que le capital consiste purement en accumulation d'objets matériels ; l'argent, les bâtimenls, les machines, les bestiaux, l'eau, l'air, la terre sont du capital, autant qu'ils sont employés à produire des objets de nécessité ou de jouissance. Le savoir est cependant une acquisition capitale beaucoup plus importante encore. A ces objets visibles et perceptibles aux sens, M. Hermann ajoute tous les avantages qui résultent de l'association (1).

Ces avantages sont de deux sortes. Les uns récompensent des individus de leurs efforts isolés, comme par exemple la clientèle d'une boutique, qui se vend souvent plus cher que le matériel même de l'établissement, ou encore les relations de famille ou de société. Les ef-

(i) Herraann, Siaatswirihschaftliche Untersuchungen.

DE l'industrie. - 81

forts faits pour établir des gradations factices dans la société ont toujours été basés sur la valeur économique des résultats de l'association.

La seconde espèce de capital, acquis par l'association, est identique à la première, en nature, et en diffère seulement en degré. Une nation, une province ou une cité, possède certains avantages qui excèdent la somme des capitaux appartenant à chacun des sujets ou des citoyens. Platon a depuis longtemps indiqué ce fait,que les hommes ne s'associent pour former des États et des cités que dans le but d'obtenir, en s'u nissant, des avantages dont ils ne peuvent jouir lorsqu'ils sont disséminés. Les institutions de la religion, des lois et de l'éducation sont, parmi les portions du capital national, celles qui contribuent le plus à un tel résultat. Le savoir n'est un élément si puissant de la prospérité publique que parce que l'emploi du capital a pour but principal de substituer le travail artificiel à celui de l'homme , et qu'il est plus difficile d'imaginer de bons instruments de substitution que de les aménager lorsqu'on les a trouvés.

24. La terre, l'eau, l'air et les puissances diverses que la nature met à la disposition de l'homme et qui font partie du capital général ne diffèrent pas, quant à leur soumission aux lois économiques d'où provient toute valeur, du capital artificiel qui résulte de l'industrie et de l'abstinence de l'homme. Pour qu'une certaine étendue de terre acquière de la valeur, il faut qu'elle soit appropriée, et l'on ne peut y parvenir qu'au moyen d'une économie de puissance. Lorsque l'homme n'en est encore qu'à ce degré inférieur du développement intellectuel où la nourriture est le seul objet de ses désirs,

toute étendue de terre qui excède celle qui lui est nécessaire pour produire ses aliments est comparativement sans valeur.

Avec chaque extension de l'échelle des besoins, la terre, comme tout capital naturel ou arliiîciel, arrive à être demandée et il se produit de nouvelles variétés de la propriété ; l'augmentation de la valeur de toutes les espèces de capitaux ( i ) est simultanée, lorsqu'une sécurité suffisante apportée aux droits des particuliers favorise le progrès général. Lorsque les manufactures s'établissent, on recherche les chutes d'eau, les sites favorables à la culture de la vigne et d'autres plantes délicates, et ainsi s'augmente le fonds qu'une nation peut dépenser à la satisfaction de besoins supérieurs. On ne peut pas établir de distinction entre ceux qui possèdent la portion naturelle du capital et ceux qui ont le savoir et les instruments indispensables pour tirer le meilleur parti des dons de la nature ; l'union de ces deux espèces de possession donne seule de la valeur à l'une comme à l'autre, et cette union ne peut être cordiale que lorsque les droits de chacune sont compris et garantis.

Quelques personnes considèrent comme une tyrannie et une spoliation, la rente afférée à des avantages naturels que le possesseur n'a pas créés, et que peut-être il n'a souvent pas achetés. Ce fait n'a pas de conséquence pour celui qui paye la rente, car ce qu'il loue est un droit de propriété temporaire qui ne peut

(1) I' ' >t Irt-'s-imporlaiil de bien comprendre avec M. nanficldciiie la terre esi un capital (lorsfiu'ellc est appropriée), ainsi que l'eau, l'air, réjeclricilé.clc., et non pas un instrunii nt de travail comme l'ont prétendu quelques économistes conlemi)orains. Celte distinction qui peut paraître futile deviendra fort importante lorsqu'il s'agira d'apprécier la rente du sol, son origine et sa légilimilé. E. T.

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être respecté qu'autant que lui-même reconnaît le droit de propriété du possesseur. On ne paye de rente pour un capital naturel qu'autant que le bénéfice qu'on peut en tirer couvre à la fois et la rente, et le taux convenable du profit qui pourrait être obtenu partout ailleurs avec des moyens identiques.

Mais à l'égard de cette espèce de propriété, comme à l'égard de toutes les autres, la liberté individuelle en ce qui concerne l'usage du capital naturel doit être inviolable. Tout homme a le droit de choisir son marché; et comme on doitprésumer que si l'on n'y met pas d'obstacle, chacun choisira celui qui lui est le plus profitable, chacun contribue par le fait de son choix au bénéfice général ; dans ce cas, comme dans tous les autres, le simple précepte du christianisme est la loi économique la plus sage(l).

Le capital de l'ouvrier est son travail, et il a le droit d'en disposer librement ; dans toutes les associations de propos industriel où le partage des bénéfices fait l'objet d'un libre contrat, l'ouvrier est un associé. Lorsque la puissance est le mieux économisée, la part du travailleur est la plus grande , et dans tous les cas elle est proportionnelle àl'efficacité de l'instrument qu'il sait mettre en œuvre. Le travail intellectuel ne diffère économiquement du travail manuel qu'en ce que son efficacité est plus grande.

Lorsque le droit de propriété est reconnu dans toutes les phases qu'il présente, le crédit, l'espèce la plus im-

(J)Hàlons-nous de faire observer que ce ne sont là que des notions préliminaires sur la nature de la propriété foncière, et que plus lard l'auteur présentera des arguments spéciaux et victorieux sur le véritable mode de production de celle sorte de propriété. E. T.

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portante du capital, prend naissance. Après le savoir^ le crédit est le plus grand moteur de l'association pratiquée pour créer de la richesse. Le crédit a ses degrés comme la propriété, et en de nombreux pays il est restreint à un petit nombre d'individus privilégiés. La contrée la plus riche est celle où la classe la plus pauvre peut jouir du crédit, et par conséquent oii la grande majorité de la nation est appelée à en bénéficier (1).

25. En ce qui concerne la forte proportion des habitants qui forment dans chaque pays la classe la moins élevée des consommateurs, nous avons vu que les producteurs doivent attendre decette classe leurplusgrande rémunération; pour la même raison, la somme des épargnes réalisées par cette classe arrive à un chiffre plus considérable que celle que fournissent les classes élevées.

Il ne peut y avoir de doutes aussi sur la plus forte proportion d'économie de puissance (ce terme pris dans le sens étendu que je lui ai attribué) qui peut être réalisée parmi cette classe comparativement aux autres. Le droit de propriété qui consiste en la libre disposition de leur travail (2) est par conséquent, pour les classes travailleuses comme pour la communauté en général, le levier énergique du progrès vers la richesse : toute intervention dans ce droit, soit par la législation parlementaire,

(i) Où la m<ijorilé;jew/jouirducrédil, c'esl-à-dire où la niasse des connaissances répandues, la moralilé, l'aclivilé, l'ospril d'épargne, Vèconoinie, en un mot, de cliaeun et de tous, permet k la majorilé de jouir d'un crédit libre, naturel, et qui naît de ces circoiislances ellesmêmes. Il y a loin de là au crédit forcé el organisé, qui n'est qu'une niaiserie, comme toutes les organisations arlilicielles qui [(retendent devancer lé lai social naturel, E. T.

(2; El ajoutons, la libre disposition du fruit de leur travail. E. T.

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soit par des conventions ou par des coalitions, est aussi lâcheuse qu'injustifiable.

Sans l'assistance du travailleur (qu'il occupe ses bras ou son intelligence), la propriété de la terre, de l'eau, des bestiaux et des autres dons de la nature n'a pas de valeur; c'est pour cela que nait le désir de concentrer sur de certaines parties du territoire le travail qui seul peut d'abord leur donner de la valeur. Lorsque l'exécution de cet accaparement par des voies injustes est favorisée par les circonstances, chaque page de l'histoire nous montre que ce fait, résultat de l'appréciation erronée de la nature de la puissance humaine, provoque dans la classe qui y a eu recours et dans la communauté tout entière un véritable état de souffrance. Les communautés qui adhèrent aux prescriptions de la justice et de l'humanité ne pourront certes pas manquer, d'ici à peu de temps, de parvenir à un degré de richesse et de puissance si supérieur à celui des États qui admettent une semblable injustice envers quelques classes de citoyens, que leur prospérité seule suffira pour forcer les nations rivales à abandonner leurs errements politiques.

La puissance politique, qui n'est autre chose que la preuve de la bonne économie d'un État, a, sous l'influence de ces circonstances, trouvé successivement son siège suprême dans la plupart des États de l'Europe et de l'Asie. L'Amérique pourrait avoir son tour si la saine éducation et le respect des droits individuels avaient été aussi bien cultivés dans cette partie du monde que l'ont été les arts industriels, et si l'influence favorable de la liberté des institutions dans quelques États de l'Amérique n'avait pas été promptement reconnue et appliquée dans les premiers États de l'Europe.

26. Si les nations ne veulent pas voir détruire leur édifice industriel et péricliter les conditions sociales où elles se trouvent, il faut que leurs progrès dans l'économie de la puissance soient plus rapides encore que la raison suivant laquelle la population s'accroît. Puisque l'approvisionnement des subsistances à bon marché est la condition de prospérité de toutes les autres branches de l'industrie, ceux dont la richesse dérive des degrés élevés de la production doivent s'appliquer à trouver les moyens de maintenir la proportion des subsistances au niveau de la consommation croissante.

Lorsque la puissance est convenablement économisée, le développement des autres branches de l'industrie, telles que les moyens perfectionnés de transport, les inventions mécaniques, etc., réagit sur la facilité de la production ahmentaire. Une difficulté économique plus considérable que celle que créerait la rareté des subsistances peut provenir de l'accroissement rapide du savoir, de la demande de travail qui s'ensuivrait et qui parviendrait à le raréfier avant que l'emploi des machines ait pu atfranchir des procédés onéreux un nombre de bras suffisant. Dans ce dernier cas l'ouvrier exigerait une hausse considérable des salaires, et la question qui a été posée quant aux conflits entre les salaires et les profits se présenterait sous cette forme de la manière la plus claire.

Si la réduction du taux des profils amenait nécessairement celle du montant de ces mêmes profits perçus par le producteur, Touvrierne saurait obtenir d'augmentation de salaire qu'aux dépens de celui qui l'emploie. Nous avons vu comment par l'extension des entreprises les profits peuvent s'accroître en sonnnc, quoitpic leurs

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taux s'abaissent. Le manufacturier qui élève de 50 p. 0/0 la rétribu lion de ses ouvriers n'est pas en perte s'il augmente proportionnellement sa vente. En payant des salaires plus élevés il augmente le fonds destiné à acheter ses propres produits. S'il avait réduit ses prix, au lieu d'élever les salaires, il aurait donné plus de portée qu'il n'en avait au fonds dont l'ouvrier pouvait déjà disposer. D'un autre côté, quoique l'ouvrier qui emploie une machine perfectionnée reçoive une rétribution plus élevée que dans le cas contraire, il réduit cependant le prix du travail, parce qu'il en fournit une plus grande quantité utile dans un même espace de temps. Ainsi, l'ouvrier suit le principe auquel sont subordonnés tous les producteurs : il réduit le taux du profit qu'il tire de son capital afin d'en accroître la somme.

Lorsque l'industrie est libre, il ne peut y avoir de conflits à cet égard entre les intérêts des entrepreneurs et ceux de leurs employés ; lorsque la puissance est convenablement économisée, le développement rapide des sphères successives de l'industrie pourvoit à tout, le succès de l'entrepreneur assure à l'ouvrier la demande de sa coopération. La conséquence naturelle des améliorations sans entraves est, en dernier ressort, de placer le maître et l'ouvrier tous deux sur le pied de l'égalité.

La théorie suivant laquelle on prétend que les salaires ne peuvent croître que si les profits diminuent est vraie à l'égard seulement du taux des profits, qui, nous l'avons vu, varie en proportion inverse de leur somme. Mais quoique cette théorie ait été émise dans des circonstances où l'industrie était limitée par des restrictions artificielles, elle a été prise et quelques-uns la prennent encore comme applicable aux profits en général.

La réduction du taux des profits amenée par l'élévation des salaires ne peut trouver de compensation dans l'extension des affaires que lorsque le commerce est restreint.

27. La nécessité de l'agrandissement constant des établissements, dans la vue de maintenir une proportion convenable entre les salaires et les profits, prouve que les producteurs aussi bien que les consommateurs (dont le droit inaliénable est de choisir leur marché) sont intéressés à la liberté du commerce.

Parmi les besoins qui naissent graduellement , comme je l'ai expliqué, il doit toujours y en avoir quelques-uns à l'égard desquels la limite de la consommation ne s'étend pas au delà de certaines- classes dans tous les pays. Un ou deux établissements peuvent souvent alors suffire à fournir l'approvisionnement qu'ils nécessitent. La plus grande partie des diamants qui sont employés maintenant en Europe a, je le crois, été taillée par un petit nombre de familles juive résidant en Hollande. Il n'y a pas d'avantage à maintenir un marché national pour ces objets de demande limitée. S'ils sont produits plus chèrement dans le pays qu'ils ne peuvent l'être au dehors, leur fabrication empêcherait qu'il s'élevât quelque autre demande mieux appropriée à la localité.

Les objets de nécessité étendent de la même manière et constamment leur carrière malgré les limites politi- ([ues qui séparent les nations. La Russie ne peut obtenir du vin que des bords du Rhin ou de la Gironde, et à la condition absolue que quelque pays viendra lui acheter ses peaux, ses suifs, ses chanvres et ses grams. Si les ))roducteurs vinicoles de Bordeaux transformaient en pâturages une partie de leur territoire et que les vignobles

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Rhénans fussent livrés à la culture du chanvre, il s'ensuivrait une perte évidente, parce que dans de telles circonstances la Russie ne pourrait se procurer un article contre lequel il lui était possible d'échanger plus que sa valeur sur le lieu de la production, en d'autres marchandises dont elle produit un excédant. La liberté de Téchange est ainsi indispensable à un degré élevé de civilisation ; par ce moyen non-seulement on fournit le mieux possible à la satisfaction des besoins primordiaux, mais encore il devient praticable dans la plupart des cas d'éveiller et de satisfaire les désirs de l'ordre le plus élevé. C'est ainsi que la liberté du commerce amène tous les avantages promis par le système communiste et par d'autres doctrines fondées en principe sur la coopération forcée, et qu'elle y ajoute nombre d'autres bénéfices que ces systèmes ne peuvent comporter.

Elle a en outre l'avantaoe incalculable de s'amodier

elle-même à chaque degré des besoins, et d'assurer ce quantum de liberté individuelle que l'homme considère comme la plus haute de ses prérogatives.

28. La distinction établie par M. Hermann entre le capital engagé et le capital circulant est claire et simple. Le capital engagé étant seulement employé et non pas consommé dans la production, l'intérêt de sa valeur, en y ajoutant les frais d'usure et de réparation, est tout ce qui peut entrer de ce côté dans les frais de production. Suivant leur nature, les outils de différentes sortes peuvent être classés sous cette dénomination. Le marteau et la scie employés par le charpentier font partie de son capital engagé; les clous qu'il achète pour les employer dans ses constructions appartiennent au contraire, tant qu'il les possède encore, à son capital cir-

culant. Si le vin peut être gardé assez longtemps pour que les fûts se détériorent, ces \ases peuvent être considérés comme faisant partie du capital circulant du producteur vinicole. Telles sont aussi les barriques dans lesquelles on exporte les liquides , les sacs qui renferment la laine, et généralement les emballages. Les salaires du travail se payent sur le capital circulant et leur somme totale entre dans les frais de production.

Le détenteur du capital engagé (et spécialement de celui qui se compose de terre ou d'eau) et l'ouvrier, ou celui qui ne peut compter que sur la location temporaire de ses opérations manuelles ou intellectuelles dans la production, ont tous les deux un avantage bien constaté à toute variation qui peut rendre le capital circulant (qu'il consiste en outils, en machines, en monnaie, ou en tous autres moyens de faciliter la production) plus efficace qu'il ne l'était auparavant.

Cette règle est plus significative que celle que donne M. Hermann ; il n'admet qu'il résulte un certain bénéfice de l'accroissement du capital circulant pour le possesseur du capital engagé qu'autant que ce dernier est de nature à ne pouvoir s'accroître. Il n'y a peut-être pas, en économie politique, de point plus important à élucider que celui-ci.

A toutes les époques, l'appréhension qu'une variation dans la nature du capital engagé existant, la crainte qu'une certaine extension dont il serait susceptible puisse devenir préjudiciable à ses détenteurs, a été le plus grand obstacle aux améliorations. M. Hermann prend pour exemple les moulins à eau, et suppose que s'ils pouvaient être monopolisés dans une localité où le capital circulant s'accroît, il pourrait en résulter, pour les

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détenteurs, un taux plus élevé du profit que celui qui prévaut dans les autres affaires. Je ne partage pas cet avis, pour deux raisons : si la rareté des moulins rendait la farine chère, la valeur de tous les autres produits baisserait infailliblement; mais, en outre, il s'ensuivrait une émigration, ou au moins il ne pourrait s'effectuer d'accumulation de la population, et la valeur du capital engagé diminuerait considérablement; d'un autre côté, si l'on permettait une importation de blé à bon marché, tous les autres produits de l'industrie seraient tellement demandés, que les chutes d'eau, au lieu de mouvoir les moulins à blé, rapporteraient infailliblement plus, en les appliquant àd'autres emplois. Cette disposition à considérer que l'homme est lié à quelque usage spécial des objets est un grand obstacle au progrès social. Toutes les choses sont données à l'homme pour qu'il en fasse le meilleur usage possible. Dans presque tous les cas, c'est moins la puissance que l'emploi que nous en faisons qui détermine la somme de la prospérité dont nous disposons. Dans chacun des chapitres suivants, l'importance de cette vérité sera démontrée. Dans chaque phase de l'accroissement de la propriété, ce principe nous rendra compte des erreurs nombreuses qui ont si étrangement circonscrit la puissance et le bonheur des nations, il nous indiquera les dangers que nous avons à éviter dans l'avenir. La tendance du capital circulant à s'engager est un infaillible indice du progrès; elle correspond à la substitution des maisons aux tentes, de la vie pastorale à la pêche et à la chasse, de la culture suivant une rotation qui maintient la fertilité du sol à la culture nomade; pardessus tout elle répond à ce grand élément de la civilisation, la substitution des machines au travail manuel.

Cette tendance doit être saluée comme le premier moteur du bonlieur humain, car nous voyons que toutes les parties gagnent à l'encourager.

Si l'appréciation du consommateur imprime de la valeur aux commodités dont il jouit, on devra reconnaître que c'est conclure logiquement et correctement, que de chercher à accroître à la fois le nombre des estimateurs et d'élever autant que possible l'étalon suivant lequel ils jugent.

On parvient à cette élévation personnelle et morale en affranchissant les hommes des travaux dégradants ; et l'on y arrive au moyen du capital engagé.

Une autre distinction faite par M.Hermann est que le capital engagé n'est souvent utile que pour un seul objet, et que le capital circulant au contraire peut être dirigé à volonté d'une branche de l'industrie vers l'autre. Ceci n'est cependant pas vrai de la terre, qui peut être appliquée à presque toutes les espèces convenables de productions avec le secours de l'art. Les machines, à cause de l'état d'imperfection de nos connaissances, sont plus susceptibles de souffrir des fluctuations du commerce. Cet inconvénient doit être porté en ligne de compte dans l'estimation de la valeur des machines; mais peutêtre admet-il un remède. Les constructions sont généralement plus facilement exemptes que les machines, de raclioii des conjonctures défavorables qui en changent la destination.

Il convient au spéculateur capitaliste de chercher à discerner clairement quel est l'usage qu'il fait de ses fonds, c'est-à-dire de s'assurer s'il les emploie comme capital engagé ou comme capital circulant, lors(ju'il bâtit, qu'il construit des machines ou qu'il acquiert des

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actions dans une entreprise solidarisée. M. Babbage nous apprend que la succession rapide du perfectionnement des machines fait que les manufacturiers ne calculent pas la valeur d'un nouveau procédé à plus de la somme de trois ans de bénéfice.

Tous les engagements de si bref rapport appliqués à des constructions, à des machines ou à d'autres ustensiles, doivent être regardés comme capital circulant, et leur valeur entière estimée en raison de leur durée doit être ajoutée aux frais de production.

Si les bcàtiments et les machines peuvent être appliqués à quelque autre objet lorsque les procédés auxquels ils étaient destinés ont été dépassés par d'autres, ils peuvent alors être considérés comme capital engagé. Dans ce cas, les frais d'usure et de réparation qui s'y rapportent entreront seulement dans les frais de la production ; dans ce cas aussi, la valeur du capital employé s'accroîtra en conséquence des améliorations ou des nouveaux procédés qui auront remplacé le premier mis en usage.

Le public et le détenteur de terres, à la fois, partagent la bonne fortune du spéculateur, s'il a calculé judicieusement la nature de l'emploi dans lequel il a engagé ses épargnes. Ses prix, lorsqu'il opère dans des circonstances précaires, doivent être assez élevés pour couvrir la mise hors de son capital ; et pour éviter d'exagérer ces prix il ne peut admettre ni des loyers trop élevés ni des salaires trop forts, excepté lorsqu'il peut se placer dans les conditions d'une vente très-étendue ou d'un travail très-efficace. La possession du capital circulant n'est donc si désirable en elle-même que parce qu'elle rend le travail efficace, et qu'en même temps elle augmente

94 ORGANISATION NATURELLE DE l'iNDUSTRIE.

le fonds de la rémunération générale. Le capital est un moyen et non pas un but; par conséquent, aucune classe de producteurs ou de consommateurs ne peut être intéressée à conserver des procédés imparfaits, à l'exclusion et des meilleures méthodes et de la production à meilleur marché à laquelle ces méthodes donnent lieu.

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