‹ Organisation de l'industrieChapitre 19 sur 29 · DIFFÉRENCES · texte numérisé non relu

DIFFÉRENCES

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Ain^i, on voit que la somme des fonds déposés à la caisse d'épargne de Paris suit une prouTcssioii croissante jiis(jirfrM845, et prend rapidement un mouvement inverse à partir de la (in de celle année, h ce point qu'elle tombe de 112 raillions à 80 au !«' janvier 1847; on voit que l'excès des rembDinsemenis sur les versements constitue celte décroissance, absiractinn faite des conso'idalions en rentes, qui sont insi^nilianles. il est évident que la loi du 2;2 juin 184S a bien produit cet effet, de limiter l'action des caisses d'épargne. Or, mettre obstacle à l'épargne en vue d'un danger imaginaire, n'est-ce pas la pire des incon^él|uenccs économiques? On peut dire cependant qu'en diminuant les encaisses, on n'aileint pas l'épargne, puisqu'on ne force au remboursement que des dépôls supérieurs à 2,000 fr., qui doivent seuls chercher un autre emploi. Mais ceci n'est pas exact; l'homme qui économise 2,000 fr. n'a, la plupart du temps, pas l'occasion ni les connaissances nécessaires pour en opérer un bon placement, et, en le forçant à reprendre son capital, vous lui ôtez tout encouragement à épargner de nouveau, parce qu'il est exposé à perdre ou à risquer dans un mauvais placement le fruit de ses économies. Sans doute, comme le prévoyait la loi du 22 juin, les dépôls de 2,000 fr. peuvent se consolider sa»« frais en renies sur TÉiat, mais un tel placement, par ses variations et le mystère de son emploi, ne trouve pas la confiance des petits capitalis-

en Ecosse, et lorsque la confiance subit un échec qui au jourd'hui menacerait TÉtat d'une panique sur les caisses d'épargne, elles délivrent le pays de ce danger.

tes. A côté de près de iôo millions de remboursemenls en argent opérés en 184o, 46 el 47,1 i millions à peine seulement ont élé consolidés en renies o p. 100; c'est 14 pour 159, ou environ 10 p. 100. Les neuf dixièmes des remboursemenls oni donc clit-rché un autre emploi que la rente. Voyons maintenant si le danger allégué existait : on ne peut pas supposer que les caisses d'épargne aient à supporter une crise plus dure que celle de 1848, où leur existence a été menacée sérieusement. Eh bien, en 1848, l'excès des remboursements sur les versements a été exactement égal au chiffre de 1847, 9 millions el demi, ou environ 40 p. lOO du débet total. La crise politique de 1848 u"a pas eu plus d'effet sur les rembours que la disette de 1847, et, en temps moyen, sous l'action fâcheuse delà loi de 18i5, l'excès des rembours n'était que de 6 p. 100 de fonds entier. On peut prétendre que le décret du 9 mars 1848, limitant à 100 fr. les remboursements possibles, et que laloi du 7 juillet, en prescrivant la consolidation totale du débet en 5 p. 100 à 80, puis par compensation à 71, 60 ont réagi sur ce résultat ; eh bien, celle action, de l'aveu formel de l'administration de la caisse de Paris, a élé précisément en sens contraire, il n'y a pan la moitié des déposants qui aient retiré la somme de 100/?-. qiCils pouvaient obtenir. Si les retnboursements avaient été opérés a bureau ouvert, la confiance n'eût pas été atteinte, et leur chiffre eût été moins fort; si la consolidation en rente au cours avait été facultative, presque personne n'aurait demandé à consolider. (Voy. Rapport annuel de M. Delessert pour Tannée 1848.) Malgré tous ces facht^ux incidents et le peu île stabilité des insliliilions nouvelles, 1^ caisse de Paris présente en 1849 uu excès de 15 millions, et en 1850 un nouvel excès de 16 millions des versements sur lesremboursem»'nls ; nouvelle preuve de l'absurdité de la hii de 1845; car le débet ne reprend s<i marche ascendante que parce que, par la consolidai ion générale de 1848. tous les com[»tes avaient élé réduits à zéro, el qu'ils cherchent aujourd'hui à atteindre le maximum de 2,000 fr.

Maintenant, où est le danger, puisque dans une armée de disette, suivie d'une autre année de bouleversement radical, la moyenne des exigences des créanciers de la caisse d'épargne ne s'est élevée qu'à 10 p. 100 du miiiitant de leurs créances?

D'ailleurs, rombre même du danger disparaîtrait si, par un funeste excès di'Ceiitralisit ion, le gouverminent ne conservait entre ses mains, par la caisse des dépôts et consignations, les fonds des caisses d'épargne.

Sans t.ontredil, le meilleur emploi qu'on ciitpil faire de ces funds eût

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Les restrictions apportées aux émissions des billets de banque, qui coopèrent au grand système de l'industrie nationale, sont aussi oppressives pour l'ouvrier que pour toutes les autres classes. 11 se manifeste assurément, à mesure que l'intelligence progresse, une tendance à l'exonération des billets de commerce, de la même manière que ce phénomène s'est produit à l'égard des espèces. Les transactions commerciales doivent arriver alors à se réduire à des comptes courants et à des lettres de reconnaissance. Mais ce progrès n'est pas de ceux qui puissent être facilités par l'intervention législative. Les billets comme les espèces, doivent être employés jusqu'à ce que le monde ait appris par l'éducation et par l'expérience à se dispenser de l'un et de l'autre. Il y

élé de constituer à la suite des caisses d'épargae des banques d'association analogues aux banques écossaises; chaque dépositaire possesseur de bOO fr. se serait, par chaque quantum de oOO fr., trouvé nanti d'une action de la banque. Le capital des caisses d'épargne en J845 était de près de 300 millions. Un cinquième de cette somme, soit 400 millions, aurait suffi parfaitement à parer à toutes les éventualités de remboursement, même a celui des actions au pair (possibilité qui leur aurait toujours conservé une valeur au moins égale à ce pair), puisque nous avons vu que 10 p. 100 du débet ont sufti en 1847 et 1848. Les 400 millions restant auraient suffi à garantir une circulation de papier d'au moins un milliard (double de celle de la banque de France), qui, sous forme d'obligation à terme, aurait fondé le crédit agricole sur consignation de produit, ou autrement, dans la France entière.

Rien ne serait plus facile à exécuter qu'une telle conception, pourvu qu'on n'imaginât pas de relier à l'administration, ou, en un mot,dece«traliser les caisses d'épargne désormais utilisées comme banques de prêts agricoles aux particuliers et aux communes; chacune d'entre elles, constituant désormais une association du peuple pour l'épargne et le crédit, doit être indépendante dans son action, quoiqu'elle puisse se relier aux établissements semblables par une espèce d'assurance générale et spécifiée. Une telle institution remplacerait dignement les caisses de retraites, qui malheureusement ne peuvent se débarrasser J"uu vice originel, l'improductivité. E. T.

a toutefois bien moins d'incon\énient à l'usage des billets qu'à celui des monnaies, puisqu'ils peuvent être retirés de la circulation sans perte, ce à quoi les espèces ne se plient pas ; c'est à celte élasticité dans la circulation des billets qu'on doit la sécurité lorsqu'on y a recours dans les situations urgentes, et c'est par là que les prix se sont régularisés d'une manière si remarquable depuis qu'on a reconnu que le crédit était un élément nécessaire dans les transactions commerciales.

Les monnaies, en raison de la valeur qui s'y attache, font partie du capital national. Si les commerçants emploient une partie du capital national à faciliter les transactions qui auraient pu être accomplies avec un agent moins coûteux, il en résulte une perle ; par conséquent, rien ne saurait être plus naturel, lorsqu'on a besoin de tirer des aliments ou des matières premières de pays qui préfèrent les payements en or à tous les autres, que de faire des efforts pour remplacer productivement ce capital annihilé. Il devient nécessaire alors de substituer aux métaux exportés des billets, dans la proportion de l'emploi qu'on en a fait dans les occasions où les billets auraient rempli le même office. On n'ajoute rien ainsi à la richesse nationale, dont une portion est indubitablement sacrifiée lorsqu'on importe du blé (1). La substitution

(1) 11 importe toutefois de faire observer que la portion de la richesse nationale, sacrifiée aux importations de blé, est certaioemenl moins grande que celle qu'on aurait sacrifiée d'une manière dilTéreule, mais tout aussi absolue, en produisant ce blé sur le sol national, si, bien entendu,leblé importé l\st à un prix de revient inférieuràcelui que coulerait la production iialioi);ile. Chaque consonunaliDn étant un sacrifice decliosesproduites, sacrifice reproductif, puisqu'il alimente laforce productive elle-même en enlrelenanl la nation, il est évident que, sans

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des billets aux espèces exportées prévient la crise industrielle, qui, dans les disettes, aggrave ordinaireraentla perte générale en restreignant le fonds sur lequel s'exerce l'industrie. Une exportation temporaire d'espèces est toujours suivie d'une réaction ; car les pays qui exportent du blé viennent à désirer d'obtenir des objets d'usage ou de jouissance à la place de l'or qu'ils ont reçu. Les rnétauxprécieux trouvent, comme l'eau, leur niveau dans le monde commercial, et s'écoulent plus rapidement dans la direction des demandes que les autres choses commodes (1). Si la plus grande demande en a lieu dans le pays qui antérieurement les avait exportés, ils forment à leur retour une addition à la circulation de ce pays, et, selon toute probabilité, déplacent encore une fois une partie des billets qui avaient été émis pour remplacer les espèces exportées. Le simple fait du retour des métaux précieux n'est cependant pas par lui-même un indice de la recrudescence de la richesse . nationale. L'augmentation de cette richesse ne peut être obtenue que par des ventes profitables de produits de quelque espèce, et le profit peut très-bien être soldé en produits, et souvent ainsi plus avantageusement qu'en numéraire. On ne saurait attacher trop d'importance à ce fait, que le numéraire n'est qu'un pur instrument, utile en certaines phases de la civilisation, mais non pas indispensable en d'autres pour la production de la richesse , et que son accumulation sur un point est l'in-

s'arrêler à des considérations futiles et dangereuses sur le lieu d'origine de la marchandise, il importe de choisir celle qui coûte le moins il quantité et a qualité égales. E. T.

(1) Parce qu'ils sont généralement plus |inilalils et d'un usage commun à tous les peuples. E. T.

dice le plus douteux de la productivité de l'industrie au temps et au lieu où elle s'effectue (1).

On peut avoir lieu d'être surpris qu'en présence de plusieurs faits historiques incontestables, dont les plus importants se sont accomplis à la mémoire de la génération présente, il puisse encore être affirmé qu'il soit possible, et par conséquent à craindre d'opérer une émission de papier illimitée. Il est clair que le crédit vient lentement, et que les gouvernements, à cet égard, n'ont pas d'avantage sur les individus ; l'opinion publique ne permettrait en ce moment à aucun État en Europe d'atteindre la limite dans l'extension du crédit dont il peut raisonnablement jouir. On ne peut pas affirmer que les émissions exagérées de papier aient été tolérées quelque part par l'opinion puplique, et que d'une manière paisible elles soient praticables. Le gouvernement qui emploie sa puissance militaire pour forcer la circulation de billets dépréciés, fait ce qu'en d'autres temps on accomplissait sous une autre forme

(1) M. Michel Chevalier a résolu danslemême seus celle question importante avec la hauteur de vues qui le caractérise. Il a prouvé péremptoirement : qu'au delà d'une certaine somme les espèces d'or et d'argent sont un dommage pour le pays qui les possède; que la France emploie au service de ses échanges 2 milliards de trop en métaux précieux; que son numéraire s'accroît au profit du quint (environ 16 p. iOO) payé sur le produit des mines aux anciennes colonies espagnoles, et au protil des délenteurs des mines de mercure; que la France a perdu à cet élal de choses plus de -400 millions de francs. M. Michel Chevalier propose pour remède l'adoplion dans nos mœurs des usages comuicrciaux anglais, des traites, des checques, des halances de compte et des hillets de faihle valeur. (Voy. M. Michel Chevalier, Coursd'Économie politique, 1841-42, huitième leçon, et le Cours du même auteur sur les moruiaies. Voyez aussi l'arlicle du rafime auleur sur les mines de la Californie, Annuaire d'Écunuinic politique, ISfid, p. 7)81).)

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enallérant les monnaies sans nécessité, ou en saisissant ouvertement et en confisquant les propriétés au profit de la couronne. Forcer le cours des billets dépréciés est un vol ; les émettre secrètement ou sous des prétextes spécieux est une escroquerie. Le crime gît aussi peu dans l'intermédiaire choisi que dans le cas d'un meurtre il tient à l'instrument qu'emploie l'assassin pour perpétrer son forfait. Des émissions forcées de papier sans valeur s'effectuèrent pendant la dernière guerre dans plusieurs pays de l'Europe ; les assignats français, les billets autrichiens , et les roubles - papier de Russie équivalaient à des contributions de guerre nécessitées par des circonstances impérieuses. A la même époque les armées d'occupation française saisissaient où elles les trouvaient les provisions et les fourrages sans les payer en aucune façon (1) ; ces violations de la propriété sont analogues aux persécutions constantes des Juifs et des usuriers dans les anciens temps, et dont le souvenir tache l'histoire de toutes les nations au moyen âge. Nous trouvons encore un exemple récent de ces actes violents et illicites dans la détention forcée où Charles II retint les dépôts métalliques des orfèvres à la monnaie royale. Les dépôts qui proviennent du crédit doivent être garantis contre les agressions de cette espèce, puisque par

fi) M. Banfield a eu lort de nommer les Français; la spoliation en temps de guerre est mallieureiisemenl chose commune ii toutes les n;ilions, et les Anglais pas plus que nous ne peu^^nt être exempts d"un reproche aussi grave. Cependant le pillage des objets d'art en Ualie et en Espagne a été poussé par quelques-uns de nos généraux à im point scandaleux et inouï dans Thisloire. 11 est vrai qu'à la même époque, h relie delà révolution française, le gouvernement anglais favorisait ouvertement un vol plus détestable encore, la contrefaçon des assignais français et l'émission par masses de ce faux papier. F. T.

Ifur nature ils n'ont de valeur qu'autant que le crédit est intact. L'histoire des dernières guerres offre un curieux exemple du même genre, qui nous apprend quelles singulières notions possèdent les dominateurs ambitieux à ce sujet : il semblerait qu'un des motifs qui induisirent Napoléon àenvahir la Hollande en 1794 par une brusque surprise en hiver, était de saisir la banque d'Amsterdam, dont le crédit était basé sur la supposition que des dépôts considérables de lingots existaient dans ses coffres. Le général qui occupait la ville, lorsqu'il alla visiter ce célèbre établissement, ne fut pas peu mortifié de trouver que les coffres ne contenaient en fait de garantie que des reconnaissances des états provinciaux de Hollande pour des sommes qui leur avaient été prêtées en vue d'améliorations agricoles. La valeur de ces créances avait été détruite par les effets ruineux de la guerre, mais heureusement dans cette circonstance ce ne fut que le conquérant qui en souffrit.

Ces deux exemples montrent combien peu le crédit d'un pays ou même d'un individu repose sur des masses d'or et d'argent, pourvu que les conditions qu'exige le crédit soient remplies. Les dépôts d'or saisis par Charles H ne détruisirent pas le crédit que la nation tirait d'autres sources, et l'existence des réserves métalliques qu'on croyait trouver à Amsterdam n'aurait pas modifié les effets de l'agression injuste de la France contre les Hollandais. C'est ainsi qu'aucune accumulalion de valeur métallifjue ne peut sauver les négociants s'ils font de mauvaises affaires, et que, si, au contraire, leurs affaires sont menées judicieusement^ le pays n'a besoin que de peu do numéraire.

La bonne orpanisnlion du rrérlit «in Angleterre y a

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mis les banquiers et les manufacturiers à portée d'économiser si bien leurs ressources, que même la loi restrictive de 1819 (d'où il résulte que légalement l'approvisionnement du pays en or est l'étalon du crédit national!) n'apporta pas grand dommage à notre industrie manufacturière. Le manque de petits billets pour l'usage journalier fut compensé en partie par la cessation complète de tout gros payement en espèces, au moyen de quoi la plus grande partie des monnaies en circulation peut êtredestinée à payer les salaires. Les banques d'épargne aidèrent à cette sage économie en prévennnt toute tentation de thésauriser ; mais le mauvais effet de la suppression des petits billets fut bientôt révélé en Angleterre par les progrès rapides du système de troque (qui n'est que la substitution des payements en nature aux salaires en argent), et par la renaissance en Irlande du conacre et d'autres semblables arrangements prœdiaux tombés, en désuétude. D'un autre côté, l'élévation rapide de la prospérité des villes de Paisley et de Greenock, qui doit être attribuée à la facilitation du commerce par le moyen du crédit que développent les billets des banquiers, peut donner un témoignage spécial des avantages qui découlent de semblables arrangements. Les banques aux émissions desquelles ces villes ont tant d'obligations, résultent de la haute culture de l'intelligence appliquée à former des associations qui provoquent l'essor et l'utilisation du crédit.

Les banques locales doivent leur garantie à la connaissance que peuvent acquérir leurs directeurs résidents des transactions qui s'opèrent dans la localité qu'elles occupent. Les banques par actions (Joint-stockbanks) possèdent sur les banques particulières un avan-

tage inhérent au nombre des personnes intéressées à leur succès, et par conséquent à l'extension et à la variété des moyens d'information dont elles disposent. Il est difficile d'imaginer une forme de banque plus parfaite que celle qu'offrent les banques mutuelles par action (Joint-stock). Le faible taux de leurs actions les rend aptes à servir de caisses d'épargne, tandis que nonseulement les dépôts en rapportent intérêt, mais forment encore une source de crédit particulièrement avantageuse aux commerçants, aux manufacturiers et aux ouvriers des localités où elles sont établies. Nous trouvons un témoignage frappant de l'efficacité de ces sortes de banques dans une clause qui est restée insérée jusque dans ces derniers temps dans le contrat de la banque d'Angleterre, clause par laquelle la fondation d'une banque par plus de six associés était prohibée dans un rayon de soixante milles autour de Londres, cette prohibition ayant été évidemment dictée par la crainte d'une rivalité redoutable.

Cependant les opinions sont divisées sur la sûreté qu'on peut trouver à abandonner aux banquiers le contrôle de leurs propres émissions. Parmi les notions contradictoires qui prévalent à l'égard de la circulation, il y en a une qui, quoique émise gravement, n'est pas médiocrement ridicule ; c'est l'idée que la circulation d'un pays appartient au roi, et qu'il ne peut être toléré d'autre intermédiaire de l'échange que ceux qui possèdent la sanction royale. Elle tend à faire incomber à la royauté une responsabilité bien lourde. M. Loyd raille lopinion que M. Wurd a donnée dans une enquête en ces termes :

«Personnellement et ou (ant que l'un dos diioctours

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« delà banque, je ne présume pas que je porte atteinte « à la circulation royale, mais je m'elîorce toujours de (f ramener les émissions de papier aussi près que pos- « sible du point où serait la circulation s'il n'exis- « tait pas de banque, et qu'elle s'efîectuàt toute en or. »

A cela M. Loyd ajoute : « Qui alors, pouvons-nous « demander, a présumé porter atteinte à la circulation « royale pendant cette dernière année, lorsque nous « trouvons, parles comptes que nous possédons, que, si « elle s'était effectuée toute en or, la décroissance en « aurait été de 5,800,000 liv. (145 millions de fr.), tandis « qu'au moyen de la circulation du papier et grâce à « l'existence d'une banque, cette décroissance n'a été « que de 600,000 1. (15 millions de francs)?»

M. Mac-Culloch est aussi fort amusant sur ce point :

« Tant qu'un particulier ou une association de parce ticuliers pourra usurper la prérogative royale et « émettre du papier sans obstacle et sans empê - « chement, le papier sera émis en excès à des pério- « des où les prix croissent et où la confiance s'assure, « et sera soudainement et maladroitement retiré lors- « que les prix tomberont et que la confiance baissera.»

Ma réponse à cela est que le roi a la prérogative et la responsabilité de frapper monnaie, parce que ses employés peuvent et doivent certifier que la valeur vénale des espèces qu'ils émettent est conforme à un certain type. Les billets n'ont pas de valeur vénale ; leur valeur se forme tout entière sur des considérations abstraites, et repose sur le crédit de la partie qui les émet, et pour laquelle ni le roi ni ses employés ne peuvent ni ne veulent devenir responsables. Les billets représentent médiatement les biens qui sont en dépôt dans les ma-

gasins ou tout ailleurs, et de l'existence desquels personne, si ce n'est le marchand (ou le banquier qui lui donne son crédit), ne peut avoir connaissance. Le droit du négociant ou du banquier à solliciter le crédit de la part de leurs concitoyens n'a donc rien à faire avec la prérogative royale, et conseiller à la couronne d'émettre d'autre papier que les bons de l'échiquier en anticipation de ses revenus annuels, c'est tout simplement recommander au roi de faire de la fausse monnaie (1).

(1) Si la proposilioQ de M. M'Culloch ne tombait pas d'elle-même aux yeux du lecleur sensé, on pourrait la détruire par une réflexion bien simple. Il y a des choses qui se règlent naturellement d'ellesmêmes, el le crédit est de ces choses. Qui peut connaître les ressorts secrets par lesquels la confiance arrive ou se retire? Qui peut connaître, non pas chaque année, mais a chaque instant, la position propre et relative de la production et de la consommation? Qui peut s'ériger en régulateur des effurls et des besoins de chacun des citoyens d'un pays el de tous ensemble? Chacun connaît à peu près sa position et celle de ses voisins à un moment donné, et voilà tout. Le crédit général n'est que le résultat d'une multitude d'actions isolées se manifestant dans des circonstances et suivant des sens divers. Celte résultante se manifeste par ses effets; elle se forme naturellement el en vertu de la solidarité sociale ; vouloir entreprendre d'en circonscrire les éléments et d'en prévoir les manifestations, serait le comble de la folie. C'est du communisme tout pur, elle pire de tous lorsqu'il s'exerce par l'Étal. Ba•^liat disait avec infiniment de raison : * Voyez avec quelle sagesse el quel art infini se règle naturellement et par une harmonie visible, mais dont les ressorts sont cachés, l'approvisionnement quotidien d'une grande ville ! Quel homme sérail assez insensé pour prétendre organiser ces approylslonnemenis en en réglant chacun des détails, el pour croire qu'il produirait ainsi autre chose que lechaos,au lieu de cet ordre social naturel el adniirahle dont nous voyons îi chaque inslanlles effets? » Il en est de même du crédit, el les gouvernemenls qui croient pouvoir se l'afférer et en disposer le voient chaque jour se détruire. Otez îi l'homme sa liberté, vous détruisez en même temps sa puissance; or, vous ne pouvez ré.igir arbitrairement sur les faits qui, comme le crédit, naissenl du libre arbitre, sans leur enlever jusques à leur raison d'être.

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Ceux qui pensent comme moi à l'égard de l'utilité générale des banques pourraient encore hésiter à trancher la question en ce qui concerne l'expédient de continuer les privilèges jusqu'ici accordés à la banque d'Angleterre comme institution nationale. Des observations nombreuses et dignes d'attention ont été émises à l'égard des bons effets que la couronne pourrait retirer de l'émission de petits billets de l'échiquier ou d'autre papier de crédit qui remplirait l'objet d'une circulation de papier. C'est là le système, qui, comme nous l'avons vu, a été adopté en Russie et en Prusse ; il a été suivi pendant la guerre par l'Autriche et la France ; mais partout il a créé de nouvelles difficultés dans les temps de trouble ; car les ministres, qui dans leur vie privée n'abuseraient jamais d'une confiance pécuniaire, sont souvent disposés à se relâcher de ce respect lorsqu'ils agissent pour la nation (1). Le voile du Patriotisme couvre l'immoralité d'émissions publiques faites en payement d'un service public, lors même qu'il n'y a pas de fonds pour y subvenir. C'est pour se mettre en garde contre de tels abus de confiance que tous les États Européens qui savent apprécier le crédit ont enfin préféré avoir une banque nationale par laquelle, ou au moyen de laquelle, les avances sont faites à la couronne sur des

(1) Celte observation est une des plus judicieuses qui puissent se faire; nous avons eu nous-mêmes, depuis ces dernières années, de tristes exemples de cette frappante vérité, que la probité personnelle est malheureusement bien loin d'inclure la probité politique, ou plutôt gouvernementale. De honteux scandales nous ont appris que bien des hommes éminents, se croyant intègres et se disant austères, croyaient pouvoir se servir de la corruption sans y tremper eux-mêmes. Peul-ôire nos hommes d"État comprendront-ils un jour que, dans noire pays de France, en diplomatie, en politique, en administration, la meilleure habileté et la plus profitable esl encore la loyauté ! K. T.

bons du trésor. En fait, si nous prenions en considération le pouvoir que possède tout établissement commercial privé bien organisé d'acquérir de la confiance et d'ajouter à sa richesse, il est probable, que même en vue de la spéculation pécuniaire, les propriétaires de la banque feraient aussi bien de se maintenir par eux-mêmes, et, se soustrayant à l'appui onéreux de l'État, de concourir librement surle marché des affaires publiques. Telle qu'elle est, l'existence de la banque a souvent été risquée parles vuesd'hommesquinesontpas des banquiers. Si la banque était tout à fait sur le pied d'un établissement privé, il est probable que les succursales dernièrement établies dans beaucoup de villes de province seraient abandonnées ou converties en simples bureaux d'employés. Les inconvénients qui résulteraient de ce changement pour la nation, seraient cependant sérieux, parce que la concurrence de plusieurs établissements, dans l'entreprise des affaires nationales, ouvrirait une nouvelle source d'agiotage et de démoralisation. On perdrait aussi les moyens (dont, à la vérité, on ne se sert pas maintenant) de faire partager nos colonies dans les bénéfices du crédit national. Des succursales de la banque d'Angleterre aux colonies y seraient peut-être tellement plus utiles que dans la mère patrie, qu'au lieu de détruire les banques privées par la concurrence, elles pourraient, comme la banque centrale elle-même, venir en auxiliaire à ces établissements, et donner ainsi au commerce le stimulant le plus utile.

Si mon esquisse de l'origine du mode d'action et de l'utilité du crédit est correcte, elle pourra agir puissamment contre les abus de cet agent, et le frein qu'elle y mettra, sans être une mesure répressive, sera plus officace

que tout empêchement direct qu'on ait encore pu imaginer. Le crédit ne peut exister dans un pays où la vie et la propriété ne sont pas sûres, et dont les habitants n'ont pas la puissance morale de résister à la tentation de la plupart des vices. Plus la puissance morale et intellectuelle d'un peuple est élevée par la culture, plus est grand le crédit dont disposent à la fois les individus et la nation elle-même. Ceci conduit à deux résultats importants: Une nation qui jouit d'un crédit plus étendu que les autres ne peut manquer de devenir plus riche en biens matériels , et par conséquent de disposer d'une plus grande portion de jouissances intellectuelles que ses voisins. Le crédit est donc une des possessions les plus précieuses que nous puissions nous procurer, et mérite que l'attention de chaque homme et de chaque gouvernement se dirige vers les moyens de l'étendre et de l'assurer. Nous trouverons que toute maxime et toute loi dont l'observance tend à améliorer le crédit s'accorde invariablement avec les préceptes de la saine morale et de la rehgion. Le maintien de ces lois et de ces maximes n'est pas seulement une chose avantageuse pour l'emploi de l'esprit, c'est encore un devoir impérieux pour tous; son urgence, comme celle des autres lois avantageuses de la nature dont j'ai fait mention, et dont l'étude appartient à l'économie politique, est accompagnée de la promesse d'une récompense immanquable, bien plus que proportionnée au sacrifice que l'accomplissement de ces devoirs peut imposer à l'homme.

La relation du crédit aux espèces métalliques est la même que celle des machines au travail manuel ; avec la monnaie, de petites transactions bornées à des localités limitées peuvent seulement être opérées; le crédit

rend les hommes maîtres de toute la surface de la terre ; il nous afîranchit de la crainte odieuse d'un excès de population et des autres maux imaginaires qui pesaient sur les anciennes communautés. Une lettre de change qui sert de reçu au transfert des objets doués de valeur rend au commerçant le même service que la boussole au navigateur : Par cet heureux intermédiaire il guide sa course sur l'océan des entreprises en s' écartant de la vue des côtes, dont le voisinage constitue un danger véritable.

En outre, puisque le crédit est une possession essentiellement personnelle, c'est le grand niveleur des conditions des hommes. Enseignez par-dessus toute chose à ces masses déshéritées qui dans tous les pays souffrent maintenant de privations physiques et intellectuelles, la valeur du crédit ; que c'est le seul moyen de leur donner l'abondance, mais qu'il ne peut être obtenu qu'en suivant les règles que j'ai déjà indiquées; en observant la tempérance, le respect de la propriété, et la plus stricte exactitude. Si elles se conforment à ces règles, les millions d'êtres qui languissent maintenant dans des souffrances sans espoir seront ramenées à la richesse et aux jouissances. La difficulté est certainement, non pas dans le manque des moyens qui se présentent pour effectuer un tel changement, mais dans la répugnance d'une masse dépourvue d'éducation à abandonner des habitudes enracinées.

Le crédit, cet instrument puissant, que j'ai si imparfaitement décrit est enfin le résultat de l'association. Chaque transaction de crédit exige au moins deux parties ; l'une reçoit la conliance, l'autre l'accorde. J'ai suffisamment démontré que le crédit est favorable à la

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liberté individuelle, et puisqu'il réunit ces deux preuves recherchées, je pense avoir suffisamment établi que le but de tout bon système monétaire doit être autant que possible de substituer l'usage du crédit à celui des espèces métalliques.

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