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LE PLACEMENT

Le placement est le but même de l'orientation. Sans lui, elle risque fort de rester vaine. L'enfant est éclairé sur ses aptitudes ; il est convaincu de la sagesse des conseils qu’il a reçus ; si on le laisse aller, il cherchera un emploi, et prendra ce qu’il trouvera : le conseiller de vocation aura travaillé en pure perte.

Les difficultés du problème de la main-d'œuvre mettent les bureaux de placement publics dans une situation délicate. Il leur est impossible de satisfaire tantôt toutes les offres, plus souvent toutes les demandes d’emploi. Is doivent donner des gages de leur impartialité, afin de conserver la confiance des usagers, surtout des employés'. C’est pourquoi, même réunis, les services d'orientation et de placement doivent être très distincts, et indépendants l’un de l’autre, d'autant que leurs techniques sont différentes.

Le plus souvent, le conseiller de vocation termine le dernier «entretien avec l’enfant par la remise d’une fiche, que celui-ci va présenter au bureau de placement.

En retour, le bureau de placement avertit le cabinet d'orientation des placements effectués, et lui fournit tous les renseignements qu’il possède sur l’état du marché du

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travail. Ceux-ci retiennent toute l’attention du conseiller de vocation et inspirent largement les conseils qu’il donne à l'enfant !.

Parfois, les Offices d’orientation, plutôt que de recourir aux bureaux existants, ont préféré créer un service de placement. Ainsi, le Vocational service for juniors a ouvert quatre bureaux de placement à New-York. De même, les statuts de l'Office intercommunal de Bruxelles prévoyaient que le placement des futurs apprentis examiné par ses soins serait effectué directement « au sein des associations professionnelles », Mais on s’est aperçu qu’on risquait de soulever l'hostilité des syndicats professionnels, jaloux de leurs privilèges en matière de placement, et qu’on pouvait faire surgir la question de la limitation des apprentis ?. Une convention est donc intervenue, disposant que les demandes et les offres de travail juvénile seraient centralisées à la Bourse officielle du travail, qui veillera au placement des sujets envoyés par l'Office d'orientation professionnelle *.

1. Voici par exemple quels sont les rapports de l'office de placement de Strasbourg avec le cabinet d'orientation (rattaché à la Chambre des métiers) :

29 Ne place aucun enfant en apprentissage qui n'ait été examiné préalablement par l'office d'orientation professionnelle:

3° Envoie quotidiennement le rapport relatif au marché du travail de Strasbourg (en maintes occasions, ce rapport permet de montrer aux parents le danger pour les enfants à exercer tel métier);

49 Envoie chaque semaine les places vacantes d'apprentissage, ce qui permet de faire jouer la contre-indication économique, et de fournir au personnel enseignant les renseignements nécessaires pour certains de leurs enseignements;

9° Envoie la liste des places vacantes de maîtres (patrons) dans les trois départements d'Alsace et de Lorraine:

79 Elablit, en commun avec l'office d'orientation, des communiqués pour la presse, les syndicats, ete. L. O. P., août-septembre 1922, p. 48.

?. M. E. Gauthier, L'orientation professionnelle, R. I. T., mai 1922, jo ay ArAI LE

3. Le placement ne pourra se faire qu'en tenant compte des résultats de l'examen qu'ils auront subi. D'autre part, le personnel de la Bourse enverra à l'office d'orientation professionnelle les apprentis et apprenties qui se présenteront à ses guichets, pour leur faire subir un examen qui déterminera les professions qui leur conviennent. R. 1. T., septembre 1923, p. 379-380,

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Placer un enfant en apprentissage, cela entraîne des frais pour les familles, frais dont l'importance varie beaucoup selon l'apprentissage entrepris. Même lorsque l'apprentissage est gratuit, c’est une période pendant laquelle l’enfant ne gagne rien. L'orientation doit donc tenir compte de la situation matérielle des familles, et détourner d’un apprentissage trop coûteux les sujets qui ne peuvent en supporter les frais. Mais, puisque le but principal de orientation est de favoriser l'apprentissage, et de permettre à chacun d'utiliser au mieux ses aptitudes, on a eu l’idée d’accorder des bourses qui sont attribuées par les conseillers de vocation. Le service professionnel de New-York, par exemple, accorde des bourses aux enfants qui désirent poursuivre leurs études et seraient, sans ce secours, obligés de prendre un métier. La bourse n’est pas destinée à remplacer un salaire éventuel, mais à subvenir aux frais qu’exige la poursuite des études. La préférence est accordée aux sujets bien doués, ou à ceux qu’un défaut physique ou mental met en état d’infériorité, mais qui peuvent, grâce à une éducation spéciale, arriver à gagner leur vie et à rendre des services à la collectivité !. En France, des bourses analogues sont distribuées, en particulier par lPOffice de Nantes. La Belgique possède une organisation très complète le fonds des mieux doués, qui consent des prêts d’honneur aux élèves de tous les degrés d’enseignement ?.

1. Les candidats à une bourse doivent être âgés de 14 à 18 ans et en état de recevoir un certificat d'aptitude au travail. On n’accorde pas de bourse à un enfant dont la famille a besoin d’être aidée matériellement, à moins que cette aide ne lui soit déjà fournie par une autre organisation. Avant de recevoir une bourse, le postulant est soumis à un examen médical el psychologique spécial. Le service professionnel s'intéresse à l'enfant aussi longtemps qu'il jouit de sa bourse. Un certain nombre de ces bourses sont distribuées à des enfants ce chômeurs. À. I. T., mai 1523, p. 840.

2, Toutefois pour les éiudes supérieures, les prêts soni consentis par la Fondation universitaire.

De nombreux Offices continuent à s'intéresser à ceux qui ont eu recours à leurs services. Le secrétaire du placement à l'Office de Boston procède à une enquête périodique qui lui apprend comment se comporte son protégé, en quelle estime le tiennent ses chefs immédiats, quelles sont ses possibilités d'avenir, etc.'. En même temps, celui-ci reçoit des lettres circulaires qui l’engagent, de la façon la plus cordiale, à revenir voir le conseiller de vocation, pour lui faire part de ses succès ou de ses désillusions dans la profession embrassée, et des raisons auxquelles il les attribue.

De même, le directeur du cabinet d'Utrecht, avant de laisser partir l'enfant, lui demande de bien vouloir répondre chaque année au petit questionnaire que lui fera parvenir le bureau central, et qui a pour objet de tenir celui-ci au courant de la situation de ses protégés et des progrès qu’ils ont réalisés dans l'exercice de leur profession. Aïnsi, l'Office suivra pendant toute sa vie, s’il le veut, le jeune homme qui s’est adressé à Jui ; le registre où figurent son nom et les résultats des différentes épreuves contient la place nécessaire pour indiquer chaque année les résultats obtenus dans la vie professionnelle. Cette chronique historique sera pour le bureau, plus tard, une source de renseignements précieux. Il pourra constater de la sorte ce qui correspond, dans la vie réelle, aux résultats obtenus dans les différentes épreuves ; quelles insuffisances peuvent être corrigées ou compensées par un travail consciencieux et persévérant, etc, ?,

L'institut de Prague contrôle la valeur de ses procédés

1. D' Borremans-Ponthière, elc., op, cit, p. 216. R. TO, p.254:

au moyen d’un contre-examen que les enfants viennent subir six mois après leur placement, épreuve qui est d’ailleurs complétée par l’envoi de formulaires aux patrons, afin d'obtenir des renseignements sur l’adresse professionnelle et la capacité de travail des apprentis *.

Certains pensent que l’Office d’orientation ne doit pas se borner à contrôler ainsi la valeur de ses méthodes. I] devrait, tout au moins dans les petits centres, assumer une sorte de tutelle morale des apprentis. Il organiserait, là où ils n’existent pas, les cours professionnels répondant aux nécessités économiques du milieu ; surveillerait la formation des apprentis, non seulement à ces cours, mais à l’atelier, en s’assurant que l’apprentissage est méthodique «et régulier. En outre, il s’efforcerait de récompenser leurs efforts, de leur fournir des distractions saines et de compléter leur formation purement technique par des conférences sur l'hygiène du métier, la législation ouvrière, etc. ?.

Cas particuliers

1° L'orientation professionnelle des enfants de la campagne.

L'orientation professionnelle a été créée dans les villes et pour les enfants des villes. Les enfants de la campagne ont-ils besoin d’être orientés ? Le plus souvent, ils continuent de travailler la terre avec leurs parents. S’ils veulent une autre profession, ils n’ont pas à recourir à un bureau de placement puisqu'ils connaissent tout le

monde dans le village : ils s'adressent directement à

1, R. I. T., juin 1922, p. 1069.

2, M. J. Régnier, Comment organiser l'orientation professionnelle dans un centre de moyenne importance. Bull, I, N. O, P,, juillet 1929, p. 183.

Cendrier 11

celui dont ils veulent devenir l’apprenti. Et s’ils quittent la terre pour venir à la ville, il est temps pour eux de se présenter à l'Office d'orientation de la ville.

En France, par exemple, où l’on se plaint de la désertion des campagnes, à quoi bon venir offrir des tentations supplémentaires aux enfants. Tous les efforts doivent tendre au contraire à les attacher davantage à la terre.

Cependant, il y a des enfants que les travaux agricoles rebutent, et qui sont décidés à les éviter à tout prix. On a pensé qu’une orientation rurale sagement comprise pourrait peut-être permettre une rénovation de lartisanat rural. Il y a là un ensemble de professions intéressantes à tous égards et qui se recrutent difficilement. Il suffit de faire valoir aux enfants les avantages qu’ils y trouveront, avec la possibilité de satisfaire leurs goûts mécaniques, pour en convaincre un certain nombre. L'Office de Strasbourg a pu ainsi renvoyer en apprentissage à la campagne bon nombre de candidats qui en venaient pour travailler à la ville.

Il semble que ce soit l’effort le plus utile que l’on puisse faire pour enrayer l’exode des campagnes. Car, le retour à la terre, il n’y faut guère songer. On convaincra difficilement un enfant élevé à la ville d’aller en apprentis-

à la ville, et qu'on a laissé y faire son apprentissage, y a pris ses habitudes et ne peut plus la quitter.

sage à la campagne. Et celui qui est venu

Il y a aussi des enfants qui, ayant le goût des choses agricoles, ne veulent pas travailler chez leurs parents. Ils ignorent le plus souvent qu’il existe en France une vingtaine de fermes d'apprentissage agricole’, où les

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