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CONCLUSION

L'orientation professionnelle fonctionne effectivement depuis dix ans et ses résultats sont très satisfaisants. Les offices ont su conquérir la confiance des familles qui se présentent chaque année plus nombreuses. La plupart des enfants acceptent le conseil qu’on leur donne et le suivent. Il en résulte une beaucoup plus grande stabilité d'emploi parmi les jeunes gens orientés.

La main-d'œuvre juvénile est toujours incertaine et flottante. En raison des hasards qui président souvent au choix d’une profession, beaucoup d'enfants changent plu-

sieurs fois de patrons, et même de professions, avant de se fixer définitivement. Cette situation porte un égal préjudice aux employeurs et aux employés. Elle décourage l'enfant de tout apprentissage sérieux, et le condamne lorsqu'il n’a pas découvert, au sortir de l’école, une profession conforme à ces goûts, à rester toute sa vie un ouvrier non qualifié.

L'orientation professionnelle éclaire l'enfant sur ses possibilités, et sur les exigences de la profession dans laquelle il s’éngage. Elle l’oblige aussi à considérer l’avenir. Beaucoup d’enfants désirent une place plutôt qu’un métier ; mais ils se laissent convaincre de la nécessité de faire un apprentissage. L’usage d’un grand nombre de bureaux de placement d'exiger pour les jeunes gens un certificat de leur visite au cabinet d'orientation permet

d'atteindre tous ceux qui n’ont pu trouver de place par leurs propres moyens. Et certains offices sont parvenus à rendre exceptionnels les placements sans apprentissage. En Alsace, par exemple, où l'apprentissage était déjà généralisé, de tels placements ont été à peu près supprimés grâce aux offices d'orientation.

A l'opposé de celui qui ne désire qu’un gain immédiat, il y a l'enfant qui ambitionne une profession à la mode. Là aussi, les offices sont intervenus pour éviter des échecs aux sujets s’engageant dans une profession encombrée sans avoir les moyens d’y réussir. Tantôt, ils dirigent l'enfant sur une profession voisine ou similaire de celle souhaitée, tantôt, ils lui révèlent l’existence ou les avantages d’une profession injustement délaissée. Lorsque l'office atteint la plus grande partie des écoliers, son activité produit une détente sensible sur le marché du travail.

La plupart des enfants sont aptes à un grand nombre de professions. Mais il y en a dont l'emploi est très difficile. Ce sont les infirmes, les anormaux et les arriérés. Pour ceux-là, l'orientation professionnelle est indispensable. La Suisse, et surtout la Belgique, possèdent une organisation très complète pour récupérer ces enfants qui sont le plus souvent délaissés et ne subsistent que par la charité publique. C’est parmi eux que l’on troux : le plus grand nombre de jeunes délinquants. Or, une éducation appropriée permet à beaucoup d’entre eux d'atteindre un développement suffisant pour exercer une profession honorable et pour subvenir à leurs besoins. La nécessité de leur éducation et de leur orientation est universellement reconnue, mais les réalisations pratiques sont encore faibles, en raison des difficultés matérielles

le

de la tâche. Les offices allemands les plus importants possèdent des sections spécialisées dans cette mission. Aïlleurs fonctionnent quelques écoles ou quelques classes spéciales dont les maîtres orientent et placent les enfants, avec le concours d’œuvres diverses. Au total, il n’y a eu jusqu'ici, en dehors de la Belgique, que des projets et de très modestes essais.

Il est difficile de juger déjà le bénéfice de l'orientation professionnelle, parce que c’est une institution neuve, qui dans la plupart des pays n’atteint encore qu’une faible minorité. En France, l’ensemble des offices n’oriente guère plus de trente mille enfants chaque année sur les neuf cent mille qui abordent la vie professionnelle, dès la sortie de l’école. L’Allemagne avait vu les enfants affluer, dès l’ouverture des offices, et l'institut de Berlin avait reçu plus de trente mille visites d'enfants en 1922. Mais les difficultés de la crise économique et celles du chômage ont réduit, tout au moins en apparence, l’activité des offices. Ce même institut de Berlin n’examinait plus en 1930 que dix mille enfants. Maïs ce repli temporaire a permis à l'orientation de gagner en profondeur et de perfectionner ses méthodes d’investigations. L'orientation s’est développée régulièrement en Allemagne, au cours de ces dix ans, bien qu’elle nait pas vu augmenter le nombre de ses bénéficiaires.

La situation est à peu près la même dans tous les Etats européens. Il faut considérer que les enfants qui sortent de l’école en ce moment sont ceux qui sont nés pendant la guerre, c’est-à-dire qu’ils représentent un contingent très réduit. Les statistiques s’en trouvent faussées, et une

diminution du nombre des enfants orientés peut corres-

pondre à un développement de l’activité et de l'influence

des offices,

Cette période de calme est très propice pour parachever une organisation délicate et complexe qui soulève beaucoup de problèmes. Les offices ont été créés sous des auspices si variés qu’il est difficile de tenter une classification. Cependant on remarque le rôle important des instituts de psychologie, qui dans les pays peu évolués assument toute la charge de l'orientation professionnelle. Ailleurs, leur rôle n’est pas moins important et le succès des offices qu’ils dirigent prouve la nécessité qu'il y a pour tous les offices à se tenir au courant des recherches scientifiques.

La formule qui réunit le plus de suffrages est celle qui rattache les offices aux bureaux publics de placement. Le placement est le but et la raison d’être de l’orienta- Hon, mais il s’en distingue. Orienter sans placer, c’est une œuvre assez vaine. Néanmoins, l'orientation dépasse le placement, car le marché du travail évolue sans cesse et loricutation doit s'inspirer de vues d'avenir. C’« pourquoi il n’y a pas d’inconvénient à ce que l’orientation professionnelle soit étrangère à l'office de placement, à la double condition qu'elle soit placée dans des conditions offrant les mêmes garanties d’impartialité, et qu’un contact étroit soit conservé avec l'office de placement.

Le cabinet d'orientation ne se suffit pas à lui-même et son bon fonctionnement exige des concours très nombreux. Le plus important est celui de l'Etat qui pose les principes généraux d'organisation et de fonctionnement

des offices, coordonne leur activité au moyen d’institu-

tions centrales, contrôle leurs méthodes et leurs résultats, et les subventionne. Le rôle de l'Etat ne s'arrête pas là, car il dirige le plus souvent l'instruction publique.

L’instituteur, en effet, joue un rôle de premier plan dans l'orientation professionnelle des écoliers. C’est pour lui une tâche ancienne et familière, mais qui prend un caractère d'actualité, et qui doit devenir plus systématique. Certains pays se sont préoccupés d’assurer une formation spéciale au personnel enseignant ; d’autres se sont contentés de lui rappeler ses devoirs au moyen d’instructions et de circulaires. Le rôle de l’école, dans l’orientation professionnelle, a fait l’objet de nombreuses discussions et de définitions théoriques. Ce rôle est double : aider lenfant à connaître ses goûts et ses aptitudes ; fournir au conseiller de vocation le plus grand nombre de renseignements sur l’enfant. Les solutions adoptées jusqu'ici par la pratique paraissent provisoires.

Mais on tend de plus en plus à retarder l'entrée de l'enfant dans la vie professionnelle, par conséquent à prolonger la mission de l’école. Une idée très féconde est apparue, celle de la nécessité d’une culture professionnelle d'ensemble avant le début de l’apprentissage proprement dit. Le préapprentissage ne s’est pas développé aussi rapidement que l'orientation professionnelle, Il est plus difficile à réaliser, plus long et plus coûteux. Mais il semble que ce soit une méthode plus fructueuse que le travail à demi-temps, tel qu’on le pratique ordinairement, c’est-à-dire des classes de travaux manuels qui constituent plutôt un exercice physique qu'une initiation à la vie professionnelle.

Le préapprentissage et la préorientation faite à l’école préparent l'orientation proprement dite qui comporte

essentiellement un examen des aptitudes du sujet. L'importance de cet examen varie beaucoup selon l’organisation de l'office. Car les instituts de psychologie font subir aux enfants des examens très approfondis et qui durent plusieurs heures. Au contraire, les offices rattachés aux bureaux de placement se contentent d’un examen sommaire. Les deux méthodes se justifient. En effet, les instituts poursuivent des recherches scientifiques ; ils ne peuvent contrôler la valeur de leurs méthodes qu'en les expérimentant sur un très grand nombre d’enfants. C’est ce qui explique que les instituts ne se contentent pas d’avoir des laboratoires, où ils ne pourraient examiner que quelques enfants, mais dirigent des offices d'orientation où ils attirent le plus grand nombre possible de candidats, qui se prêtent avec bonne grâce aux épreuves qu'on leur fait subir. La situation est toute différente pour les simples offices d'orientation qui ne poursuivent aucune recherche. Un examen rapide suffit pour déceler les principaux troubles qui pourraient nuire à l’enfant dans certaines professions.

La nécessité d’un examen médical au moins sommaire est unanimement reconnue, bien que certains pays ne le pratiquent guère ; et l’objection du secret professionnel n’est plus possible depuis que s’est répandu l'usage de la double fiche. Tout au contraire, l'examen psychotechnique suscite de grandes méfiances, en particulier en France, méfiances qui proviennent en grande partie de l'ignorance. Certes, un examen psychotechnique complet exige un personnel spécial, des instruments de laboratoires, et n’aboutit qu'à des résultats contestables. Mais il existe en cette matière des méthodes très simples, des

tests d'attention, par exemple, qui n’exigent ni formation,

ni matériel. Ces petites expériences ne donnent que des résultats modestes, mais cependant appréciables. Il est probable qu’à mesure qu'un personnel de conseillers de vocation diplômés remplacera les conseillers bénévoles qui ont organisé les offices, un examen mental s’établira, aussi simple d’ailleurs que l’examen physique. Sans doute aussi, l’instituteur pourrait-il user de ces méthodes pour mieux connaître ses élèves. Il faut attendre cependant que les travaux des instituts de psychologie aient obtenu des résultats assez sûrs et assez complets pour qu'on puisse en recommander l’usage courant.

La connaissance des aptitudes du sujet n’est qu’un des éléments de son orientation professionnelle. Celle-ci résulte de son entretien avec le conseiller de vocation, alors que celui-ci a sous les yeux tous les éléments qui lui permettent de donner à l’enfant des conseils motivés. Les réserves que le conseiller de vocation est amené à faire sur le libre choix de l’enfant proviennent de trois facteurs d'importance comparable : lPétat de santé de l'enfant, l’insuffisance de ses résultats scolaires, l’état du marché du travail. Un dernier facteur intervient dans certains cas : la situation matérielle de la famille de l'enfant, lorsque l’apprentissage envisagé est trop coùûteux. Cette difficulté est moins grave que les précédentes, et certains offices disposent dans ce cas de bourses d'apprentissage.

L'orientation professionnelle est une institution jeune qui apparaît pleine de promesses, mais qui n’est pas encore entrée tout à fait dans les mœurs. C’est pourquoi une forte propagande est nécessaire, tant auprès des familles, et surtout à l’école, qu’auprès de ceux dont le concours est nécessaire à son bon fonctionnement. Déjà,

ie

quelques employeurs demandent aux candidats qu'ils embauchent un certificat du cabinet d'orientation. Il paraît nécessaire qu’ils entretiennent des relations plus étroites avec celui-ci, qu’ils rendent visite au conseiller de vocation, pour étudier avec lui les conditions du recrutement et la politique à tenir. Car les monographies professionnelles se présentent sous une forme nécessairement schématique et doivent être interprétées avec l’aide des professionnels. De même, les renseignements statistiques sur les offres et les demandes de placement peuvent difficilement être appréciés à leur juste valeur par le conseiller de vocation réduit à ses seules lumières.

L'orientation professionnelle est une œuvre de solidarité sociale qui s'étend peu à peu à tous les genres de professions et à toutes les classes de la société. En raison de la complexité des moyens mis en œuvre et de la multiplicité des concours qui lui sont nécessaires, son organisation est assez lente, et on ne peut encore en prédire l'achèvement, mais la prudence même de ses débuts fait bien augurer de son avenir.

Vu : Le Doyen, Vu : Le Président, H BERTHÉLEMY. William OUALID.

Vu et permis d'imprimer :

Le Recteur de l'Académie de Paris,

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