AS
On considère comme une des causes de l’augmentation de la syphilis en France, l'ignorance de certains médecins qui ne savent diagnostiquer à temps la maladie.
Celle-ci est une question d'instruction générale et chaque jour, se fait sentir plus impérieux le besoin de donner aux médecins les moyens d'acquérir, dans le cours de leurs études, les notions sur les maladies vénériennes qui soient en rapport avec l'importance que ces maladies ont acquise, non seulement au point de vue clinique et thérapeutique, mais aussi au point de vue de la prophylaxie sociale.
Il serait aussi intéressant, qu'une fois leurs études terminées, les médecins puissent trouver des centres où acquérir les notions nouvelles, et c’est dans ce but que, comme écrit le professeur JEANSELME, « dans les villes de Faculté et d'Ecole de Médecine, le dispensaire doit être non seulement un centre de prophylaxie et de traitement, Mais aussi un centre d'enseignement, une véritable école technique, où les praticiens puissent se familiariser avec
les méthodes qui ont rénové la thérapeutique de la sy-
philis ».
À Paris, les étudiants doivent accomplir, au cours de leur scolarité, un stage de deux mois à la clinique des Maladies cutanées et syphilitiques, « mais les internes et les externes des hôpitaux sont exemptés de ce stage, afin de ne pas désorganiser les services de l'assistance publi-
que. De sorte qu’à l'heure actuelle, la majeure partie des
étudiants obtiennent le diplôme de docteur et le dtoit d'exercer sans avoir passé un seul jour dans un service
affecté aux maladies vénériennes »,
Cette question a récemment retenu l'attention du Con: seil d'administration de la « Ligue Nationale Française contre le Péril vénérien ». Il a mandaté son président, M. le Docteur QuexraT, pour remettre à M. le Ministre de l’Instruction Publique et à M. le Doyen de la Faculté de Médecine, une requête, les priant de réaliser les vœux suivants |
1° « Le stage dans les services de syphiligraphie, qui est actuellement de deux mois seulement, sera porté à trois mois, comme pour les services d'obstétrique ;
2° Les internes et les externes des hôpitaux seront obligés au stage svphiligraphique, au même titre que les autres étudiants. Pour éviter la désorganisation des services hospitaliers le matin, ce stage pourra être fait dans les consultations du soir
3° Les fonctions d'agrégé de dermatologie et de syphiligraphie à la Faculté de Médecine de Paris, seront effectivement remplies, c'est-à-dire que la chaire des maladies cutanées et syphilitiques sera pourvue d'un agrégé, spécialisé en dermatologie et en syphiligraphie » (1).
Ce desiderata paraît avoir été bien reçu par le Comité Consultatif de l'Enseignement supérieur, Dans l'état actuel des études médicales, étant donné les connaissances générales qu'un étudiant doit acquérir en cinq années d’études, il paraît difficile de consacrer un temps plus long à cette spécialité. Ce qu'il faudrait, c'est d'organiser l'enseignement au point de vue du contrôle nécessaire
pour se rendre compte des profits réels que l'étudiant à
(1) QUEYRAT. — Discours prononcé à l'assemblée générale de la « Ligue N. F. contre le péril vénérien », 8 déc. 1926.
ab | tirés de son séjour dans les services, de sanctionner le Slage par un eramen, et refuser le certificat à tous ceux qui ne le passeraient pas d'une manière satisfaisante, Ainsi, ayant la preuve que les étudiants acquièrent, au cours de leur scolarité, les notions cliniques, thérapeutiques et sociales nécessaires à tout médecin, on sera certain d’avoir éliminé un des facteurs qui, non seulement en France, mais dans tous les pays, doit contribuer à faire augmenter la maladie. Ces mesures sont d'autant plus nécessaires que l'application de l'assurance-maladie « constitue de véritables services au cabinet des médecins praticiens ».
Si l’on sait diagnostiquer précocement la syphilis et instituer le traitement convenable, on arrive rapidement à obtenir une stérilisation suffisante pour faire disparaître le foyer de contagion, et par conséquent de propagation de la maladie, que représente tout malade pendant la période première ou secondaire de la syphilis.
Dans-ces derniers temps, il paraît que les médecins teudent à délaisser les injections d'arsenic par crainte des accidents, Ce danger ne peut être mis en doute ; le danger est réel, même en prenant les plus grandes précautions. I y a des cas inexplicables de sensibilité individuelle contre lesquels nous sommes désarmés, mais ils sont eXCepPtionnels, et ne constituent pas une raison suffisante pour Justilier l'abandon systématique de l’arsenic, surtout dans les syphilis récentes où il agit comme le stérilisant le plus puissant que nous possédons. Etre prudent est non seulement permis, mais nécessaire : cependant il ne faut pas mener la prudence à un degré tel qu'elle devienne
un danger pour le malade lui-même et pour la société,
Si un médecin juge qu'un malade doit être traité par l'arsenic, et met de côté ce médicament, rien que pour se mettre à l'abri des ennuis que pourrait lui causer un accident, il ne ferait pas son devoir, et la conscience professionnelle exige dans ce cas, qu'il adresse le malade chez un spécialiste qui, mieux préparé, ou ayant plus de confiance en soi-même, instituerait le traitement nécessaire dans un cas où l'intensité et la précocité du traiteinent sont les conditions indispensables du succès.
En dehors de ce qui se rapporte à l'exercice de la médecine, en général, les praticiens peuvent aider à la lutte contre la svphilis, en adressant aux dispensaires les malades dont les moyens d'existence ne leur ‘permettent pas de suivre en ville un traitement, en général, long et coùteux. M. le professeur Bayer (de Bruxelles), traitait déjà ce sujet à la Conférence des Croix-Rouges, en décembre 1921 : « C’est le médecin isolé, disait-il, le médecin de quartier et de campagne, qui dépiste le nombre le plus élevé de cas de syphilis. S'il ne peut ou ne veut traiter luimême le malade, c'est lui qui le dirigera vers les centres de traitement. Sans lui, sans sa collaboration directe, les œuvres de prophylaxie n'atteindront jamais pleinement leur but. En intéressant directement l'ensemble du corps médical, à l'œuvre prophylactique, en l'instruisant du rôle qu'il est appelé à remplir, en lui fournissant les moyens de le faire, on aura multiplié, dans une proportion inconnue jusqu'ici, le nombre de collaborateurs à celte œuvre. et l'on aura opposé à la dispersion de l'endemie, une dispersion aussi générale des forces antagon!s-
teg ». En effet, c'est dans la clientèle privée que l’on re-
va te.
crute les malades des dispensaires et où l’on dépiste le plus grand nombre de cas, étant donné que presque toujours les malades consultent d'abord leurs médecins on dans les services de médecine générale, et c'est de là qu'il faudra les diriger vers les services spécialisés.
Une autre occasion qui se présente aux praticiens pour aider dans la lutte antivénérienne, c'est la campagne qu'il faut mener pour faire l'éducation du public.
En France, on est arrivé à faire disparaître en partie, l'idée erronée et injuste qui faisait de la syphilis une maladie honteuse, de laquelle on ne pouvait parler qu'à voix basse, Mais ce n'est pas en partie sinon tout-à-fait, qu'il faudra faire disparaître ce vieux préjugé. La syphilis ne peut, ni doit être considérée comme une maladie honteuse étant donnée les multiples origines qu'elle peut bien avoir. Ce n'est pas ici la place de rappeler les moyens de contagion qui existent. Ils sont si connus qu'il nous suffira de rappeler que dans un grand nombre de cas, la contagion est indépendante du problème sexuel. Mais, même dans le cas d’une contagion génitale, ce n’est pas une honte, car en effet, qui est celui qui ne s'est exposé à la contagion au moins une fois dans sa vie ? Et, combien il y en a qui ont contracté la syphilis la première fois qu'ils se sont laissés entraîner par l'instinct génésique ! Le fait d’avoir contracté la syphilis n'est pas une preuve d’avoir mené une vie de débauche.
Les médecins, connaissant ces principes, doivent regarder la syphilis, comme ils regardent les autres maladies.
I faut tâcher d’ inculquer cette idée dans le public
” 1° parce qu'elle répond à la réalité des faits et est plus juste ;
2° parce que de cette manière, le malade ne sera plus retenu, par une fausse honte, et pourra avouer au médecin toute la vérité.
On voit très souvent des malades gardant encore ces vieux préjugés, arriver chez le médecin pour se faire soigner, et tächer de le tromper mettant, au lieu de lui faciliter sa tâche, tous les obstacles possibles pour l’empèêcher d'arriver au diagnostic exact de la lésion.
Il est vrai que le médecin ne doit pas tenir compte des dires du malade quand la clinique et le laboratoire sont à, pour lui montrer la vérité, mais il ÿ a des cas, quand on cherche par exemple l'étiologie d'une affection, ou la tâche du médecin serait moins ardue s'il n'avait à lutter contre ce préjugé.
Il faut par ailleurs faire l'éducation du public, l'instruire par tous les moyens que le progrès à mis à notre portée : conférences, ouvrages littéraires, théâtre, cinématographe, T.S.F., etc.
Une attention particulière doit être portée à l'éducation des jeunes, dé ceux qui commencent à vivre el qui ignorent encore tous les dangers que renferme la vie sexuelle. Comme dit M. le professeur Léon BERNARD « il est impardonnable d'abandonner les jeunes gens aux sollicitations de leurs sens, sans leur faire connaître les conditions normales qui. devraient présider à la satisfaction de cet instinct, Dans la famille, on apprend aux enfants à régler leur appétit et à discipliner leur repas, comme à
ur enseigne la constitution des organes diges-
l'école on le