‹ Organisation des colonies françaises et des pays de protectoratChapitre 34 sur 99 · TÉLÉGRAPHES · texte numérisé non relu

TÉLÉGRAPHES

Câbles coloniaux. — La question des câbles télégraphiques ‘ est étroitement unie à celle de l’expansion de notre domaine colonial ; comme on le verra, en lisant le simple exposé qui suit, le gouvernement français s’est adressé à des sociétés anglaises, largement subventionnées, pour mettre en communication avec la métropole la plupart de nos colonies dotées de lignes télégraphiques. Mais un courant d’opinion se forme qui tend à faire établir des câbles français pour remplacer les intermédiah'es, coûteux en temps de paix, impossibles en cas de guerre avec l’Angleterre, auxquels nous avons eu recours jusqu’à présent ; le télégraphe de Paris à New-York ou câble Pouyer-Quertier, du nom de son fondateur, n’est plus aujourd’hui, comme il l’a été longtemps, la seule grande ligne transatlantique française. La Société française des télég^-aphes sous-rnarins dessert maintenant, dans la mer des Antilles, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane française ; c’est encore elle qui exploite le câble situé entre la Nouvelle-Calédonie et l’Australie, mettant ainsi notre colonie océanienne en contact avec le réseau des lignes européennes.

Nous passerons en revue les diverses colonies qui sont en relation télégraphique avec la métropole, en indiquant les sociétés subventionnées dans ce but, et le prix du mot par la voie directe. Les correspondances ofRcielles paient généralement demi-taxe.

Sénégal. — Un câble sous-marin part de Dakar, touche à Saint-Louis et atterrit à Ténériffe, continué par le câble espagnol de Ténérifle à Cadix et la ligne de terre de Cadix à la frontière française. Il est exploité par la compagnie anglaise : The

1. La longueur des câbles sous-marins actuellement en service dans le monde entier est de 7 6,ooo kilomètres et cependant le câble du Pacifique n’est pas encore posé. Le plus ancien de ces câbles n’a que 23 ans de date.

Spanish national submarine Telegraph, qui reçoit une subvention du gouvernement français.

Le prix du mot par la voie directe est de 1 fr. 50 c.

Les autres colonies de la côte occidentale d’Afrique, Guinée française, Côte d’ivoire, Golfe de Bénin et Congo français, sont reliées au Sénégal par un câble qui appartient à la compagnie The West African submarine Telegraph, subventionnée par le gouvernement français. Ce câble part de Dakar, touche à Conakry, Grand-Bassam, Kotonou (Porto-Novo) et à Libreville (Congo français).

Prix du mot : Conakry, 5 fr. 51c. — Grand-Bassam, 6 fr. 11 c. — Kotonou, 7 fr. 61 c. — Libreville, 8 fr. 21 c.

Martinique et Guadeloupe. — Nos colonies des Antilles sont réunies au réseau international par les câbles de la compagnie West India and Panama Telegraph et ceux de la Société française des télégraphes sous-marins .

Le prix du mot de France à la Guadeloupe ou à la Martinique est de 11 fr. 25 c. ou de 15 fr. 65 c., suivant la voie employée, Key-West ou Galveston.

Guyane. — La Guyane française est desservie par la Société française des télégraphes sous-marins. Les télégrammes doivent être dirigés directement sur Gayenpe. Le prix du mot de France à Cayenne est de 13 fr. 35 c. par la voie de Key-West (Haïti).

Saint-Pierre et Miquelon. — Les îles de Saint-Pierre et Miquelon sont reliées à la France par le câble français Pouyer-Quertier, de Brest en Amérique. Trois câbles anglais atterrissent, en outre, dans la colonie.

Le prix du mot est de 1 fr. 25 c. par toutes les voies.

Obock. — La colonie française d’Obock est reliée au réseau

international par un câble qui va atterrir à Perim. Le pi’ix du mot par Marseille-Malte est de 4 fr. 40 c.

Inde française. — Le service du télégraphe est dii'igé à Pondichéry par un agent du gouvernement anglais. Le prix du mot est de 4 fr. 50 c. de Finance à Pondichéry par la voie directe (Italie-Turquie-Fao).

POSTES ET TÉLÉGRAPHES

Cochinchine et Cambodge . — Le prix du mot varie selon la voie employée : 5 fr. 83 c. par la voie de Turquie-Moulmein ; — 6 fr. 075 par la voie de Russie ou de Malte-Moulmein ; — 6 fr. 10 c. par la voie de Turquie-Singapoi*e ; — 6 fr. 35 c. par la voie de Russie-Singapore ou de Malte-Siugapore. Les correspondances officielles sont envoyées par Malte-Singapore à raison de 4 fr. 83 c. le mot ou par la voie de Wladiwostock, à raison de 4 fr. 68 c. le mot.

Annam et Tonkin. — L'Annam et le Tonkin sont reliés au réseau international par un câble français qui part du cap Saint- Jacques en Cochinchine, touche à Thuan-An (rivière de Hué) et atterrit à Haï-Phong (Tonkin). Ce câble est exploité par la compagnie Eastern Extension Australasia and China Telegraph , qui reçoit une subvention du gouvernement français, et se continue jusqu’à Hong-Kong au moyen d’un câble appartenant à la même compagnie.

La taxe par mot, de France en Annam, est fixée à 6 fr. 73 c. par la voie de Moulmein (Italie, Turquie et Fao).

De France au Tonkin, le prix du mot est de 7 fr. 23 c. par la même voie.

Pour les correspondances officielles, le mot est à 3 fr. 80 c. (Annam et Tonkin) par la voie de Wladiwostock et à 4 fr. 825 par la voie de Singapore.

Nouvelle-Calédonie. — Grâce au nouveau câble allant de Ouaco à Bundaberg, concédé à la Société française des télégraphes sousmarins en vertu d’une loi du 23 mars 1893, la Nouvelle-Calédonie est maintenant reliée à l’Australie (Queensland) par une ligne française. La Société des téléphones chargée de la construction de ce câble mesurant 230 milles de longueur a mis seulement 70 jours pour effectuer le travail, ce qui prouve que l’industrie de la fabrication des câbles télégraphiques est maintenant en état chez nous de lutter victorieusement avec l’industrie anglaise.

La concession du câble de la Nouvelle-Calédonie a été faite à la Société française des télégraphes sous-marins pour une durée

de 30 années moyennant la garantie pour les deux tiers, soit 200,000 fr., d’un produit annuel de 300,000 fr. Le troisième tiers a été assuré par les gouvernements australiens. Les dépêches du gouvei’nement français seront transmises gratuitement jusqu’à concurrence du montant de la garantie accordée par l’Ltat. •

La taxe par mot de France en Nouvelle-Calédonie est de 12 fr. 35 c., voie de Turquie-Singapore, par l’Italie ou par la Suisse et l’Autriche.

Les colonies, autres que celles dont nous venons de parler, n’ont pas encore de communications directes avec ia métropole. Les télégrammes pour Tahiti sont dirigés sur San-Fi'ancisco et de là, par la voie d'une goélette postale, sur notre possession océanienne. Ce bâtiment à voile mettant de 30 à 35 jours pour accomplir sa traversée, on peut juger du temps nécessaire pour qu’une nouvelle parvienne de France aux établissements d’Océanie. Cette colonie lointaine n’est pas la seule qui soit aussi déshéritée ; une des plus vieilles et des plus importantes, la Réunion, n’est pas mieux partagée jusqu’à présent.

Les télégrammes à destination de la Réunion, de Nossi-Bé, de Mayotte, de Sainte-Marie de Madagascar, de Diégo-Suarez, passent par Zanzibar ou par Aden. Les consuls de France, dans ces deux localités, les font parvenir à destination, le premier par l’intermédiaire des paquebots de la côte orientale d’Afrique, le second par les paquebots de la ligne de la Nouvelle-Calédonie {Messageries maritimes) et de la ligne annexe de Mahé à Maurice. Cette situation est regrettable et on doit y remédier. Il est de toute nécessité, vu la grande importance de nos colonies de l’Océan Indien, qu’elles soient reliées directement à la métropole par des câbles spéciaux ; une autre raison, tout humanitaire, milite en faveur de cette création. Avec les données que possède aujourd’hui la science, on préviendrait les désastres occasionnés à notre marine à des périodes presque régulières par les terribles cyclones de ces parages, si on avait les moyens de les signaler à l’aide d’une ligne télégraphique reliant entre elles

POSTES ET TÉLÉGRAPHES

nos diverses colonies de la côte orientale d’Afrique et les rattachant par Mozambique ou Zanzibar au réseau européen. L’absence d’un câble dans ces mers coûte assurément beaucoup plus cher en existences précieuses, en pertes matérielles, qu’une garantie d’intérêt... L’État aura donc certainement recours à une compagnie, tôt ou tard, pour l’établissement de ce câble, mais dans l’Océan Indien, comme partout ailleurs, nos colonies doivent résister aux prétentions de leurs voisines anglaises ; le fll par lequel passeront toutes nos informations politiques et autres ne peut être que français.

Les tarifs télégraphiques dont nous avons donné les prix sont fixés par des traités avec les pays intéressés après approbation du Parlement quand il y a lieu à subvention de l’État. Les lignes télégraphiques locales sont établies en vertu d’arrêtés des gouverneurs. Les tarifs de ces lignes particulières sont réglés par les assemblées locales.

La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, le Sénégal et le Soudan, la Réunion, la Cochinchine, le Cambodge, l’Annam, le Tonkin sont pourvus de lignes télégraphiques intérieures. La Nouvelle-Calédonie possède un câble reliant Nouméa à la presqu’île Ducos.

Des services téléphoniques ont été établis dans plusieurs colonies ou doivent prochainement fonctionner dans d’autres. A la Guadeloupe une ligne téléphonique relie la ville de la Pointeà-Pître à celle du Moule en passant par les bourgs des Abymes, de Bordeaux-bourg, du Gourai et du Port-Louis, avec station dans chacune de ces localités {Convention du 15 février 1884). — A la Martinique un réseau de lignes téléphoniques met en communication 34 localités de Fort-de-France à Case-Navire. Ce réseau a été établi, après appel à la concurrence et par traité de gré à gré passé entre M. La Peyre et le directeur de l’intérieur, stipulant au nom de la colonie, le 20 juin 1889. Le concessionnaire de ce service jouit d’un monopole, ayant seul le droit d’établir et d’exploiter toiites auhes lignes électriques qui pourraient être autorisées pour les correspondances du public, enti’e

les diverses localités de la colonie et dans une même ville ou commune.

Mais la colonie a gardé la faculté de pouvoir établir des lignes pour son service ; d'autre part, les droits de l’État, au point de vue de l'établissement des lignes que les services militaires pourraient réclamer, sont aussi entièrement réservés (art. 2 du traité de gré à gré du 20 juin 1889).

Par acte additionnel du 4 mars 1890, M. Louis Lacroix a été substitué à M. La Peyre comme concessionnaire de l’entreprise de ce service subventionné qui comprend toutes les correspondances électriques dans l’intérieur de la colonie de la Martinique.

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