TRAVAIL AGRICOLE
« Que gagneront les campagnes au triomphe du socialisme? Que fera pour le cultivateur, quand elle sera sortie du suffrage universel , la République démocratique et sociale? »
Voilà ce que les paysans demandent, voilà ce qu'ils ont le droit de demander. A cette question il faut une réponse.
« L'industrie , a dit M. Michelet, Tindustrie, sœur cadette de l'agriculture , a fait oublier son aînée (1). » Il n'est que trop vrai. Qu'on nous cite, depuis la Révolution, un gouvernement qui se soit occupé de l'agriculture d'une manière sérieuse et suivie ! Foyers brûlants de la vie politique, les villes ont tout absorbé. Elles ont couvert du bruit de leurs agitations les gémissements des cultivateurs, pris à la gorge par les usuriers. Le percepteur ! Entre le pouvoir et le paysan, il n'y a guère jamais eu d'autre intermédiaire que celui-là. Aussi , interrogez ce pauvre homme qui halète entre les exigences du fisc et la crainte d'une expropriation, interrogez-le sur la politique, il vous
(1) Le Peuple, ch. 1, p. 6G.
répondra: la politique , c'est l'impôt! Interrogez-le sur la tyrannie, il vous répondra: la tyrannie, c'est l'usure.
Et pourtant, ils constituent , ces paysans si dédaignés , la partie la plus nombreuse et la plus robuste de la nation française. Dans le chiffre de la population totale ils comptent pour 25 millions. Cette terre que leur sueur féconde, leurs pères ont versé des flots de sang pour la défendre, et eux, les rejetons de nos grandes races militaires , ils s'en souviennent. C*est dans leurs cœurs que vibra aujourd'hui avec le plus de force le sentiment de cette gloire des armes avec laquelle les royautés ne nous laisseront pas de sitôt faire divorce , et pour peu qu'une nouvelle coalition nous provoque, c'est avec vos fourches, ô paysans ! qu'à défaut de fusils, nous l'écraserons.
Quel problème , d'ailleurs, est plus digne d'éveiller la soUicitude des bons citoyens que celui qui porte sur les progrès de l'agriculture et le sort des cultivateurs? La vie des peuples a-t-elle sa première source autre part que dans la terre? N'est-ce pas avec l'excédant de sa nourriture et de son entretien que le cultivateur solde tous les travaux du commerce , de l'industrie et des arts? A-t-il cessé d'être vrai, ce mot de Sully : Pâturage et labourage sont les mamelles nourricières de l'État ? Voulons-nous vivre, oui ou non? Voilà ce qu'il s'agit de savoir. Car, cette question de l'agriculture, c'est , à la lettre, une question de vie ou de mort.
Je me propose de prouver : •
1« Qu'il n'est de salut pour les campagnes que dans l'adoption du système de la grande culture ;
2» Que c'est à l'application du système contraire , au morcellement excessif du sol , que doit être attribué le dépérissement de l'agriculture en France ;
30 Qu'il faut établir en France le système de la grande culture, en le combinant , non pas avec le principe de l'individualisme, mais au contraire avec celui de l'association et de la propriété collective;
40 Qu'il est aisé d'atteindre ce but progressivement, sans secousse , dans l'intérêt de tous sans exception , par la création d'ateliers sociaux agricoles , institués et dirigés d'après les règles indiquées pour les ateliers sociaux industriels.