‹ Organisation du travail (volume 3)Chapitre 6 sur 19 · K ORGANISATION · texte numérisé non relu

K ORGANISATION

coup sans travail , sans pain , et demeurent k la charge du pays. Car ces malheureux ne savent pont économiser pour l'avenir : chaque semaine voit disparaître le l'ruit de leur travail. Et dans les temps de révolutions, qui sont précisément ceux où les banqueroutes deviennent plus nombreuses, combien n'est pas funesle à |a tranquillité publique celte population d'ouvriers aSamés qui passent tout -àcoup de l'intempérance A l'intbgencel Ils n'ont pas môme la ressource de vendre leurs brus aux i;ultivBtcurs; n'étant plus accoutumés aux rudes travaai des champs, ces bras énervés s'auraient plus do puissance. »

Ce n'est donc pas assez que les grandes ville* soient les foyers de l'extrême misère, il faut encore que la population des campagnes soit invinciblQ* ment attirée vers ces loyers qui doivent la dévorer. Et, comme pour aider à ce mouvement funeste , ne voilà-t-il pas qu'on va créer des chemins de fer l car les chemins de fer, qui , dan-s une société sagement organisée, constituent un progrès immense, ne sont dans la uâtre qu'une calamité nouvelle. Ils tendent à rendre solitaires les lieux où les bras manquent , et à entasser les hommes \h où beaucoup demandent en vain qu'on leur fasse une petite place aa, soleil ; ils tendent à compliquer le désordre tau qui s'est introduit duos le classemenl^H

travailleurs, dan»; la distribution des travaux, dau |(i répartition des produits.

L l^a^soDs aux villes ds second ordre, j te docteur Guépin a écrit dans un petit alins^ ^^di, inijignc, je suppose, de t^nlr sa place dans )• iiiblio^ièque de nos limnnics d'état , les lignes siiïl'antes :

1 f( Nantes étant un terme inojen entre les villes 4p grapd cpmmcrce et de grande iijdusirie, telli Lgue (^yoD, Paris, Marseille, Bordeaux, et les plaa |âe troisième ordre, les jiabitudes des ouvriers l^tant meilleures peiit-Ctre tjue partout ailleurs, noi»' ne croyons pouvoir niîeu\ choisir pour raettre eu. éyidence les résultats auxquels nous devons arriver, ut leur donner un caractère de certitude absolue. I » A moins d'avoir éloulfé tout sentiment de justice, il n'est personne qui n'ait dû être afiligé en voyant l'énorme disproportion qui existe, cbez Ifl) jpavriers pauvres, entre les joies et les peines ; vivre, BQur eux, c'est uniquement ne pas mourir.

L » Au delà du morceau de pain dont II a besoin pplfr lui et pour sa famille, au delà de la bouteille î viu qui doit lui ùtur un instant la conscience de KS dpuleurs, l'ouvrier ne voit plus rien et n'aspire

^& vous voulez savoir comment il se loge, |.we <je cesj^es où il se trouve parqué par

la misère, comme les juifs l'étaient au moyen âge pur les préjugés populaires dans les quartiers qui leur étaient assignés, — Enfrez en baissant la tête dans un de ces cloaques ouverts sur la rue et situés au-dessous de son niveau ; l'air y est froid et humide comme dans une cave ; les pieds glissent sur le sol malpropre , et l'on craint de tomber dans la fange. De cbaquecôté de l'allée, qui est en pente, et par suite au-dessous du sol, il y a une chambre sombre, grande, glacée, dont les murs suintent une eeu sale, et qui ne reçoit l'air que par une méchante fenêtre trop petite pour donner passage à la lumière, et trop mauvaise pour bien clore. Poussez la porte et entrez plus avant, si l'air fétide ne vous fait pas reculer ; mais prenez garde, car le sol inégal n'est ni pavé ni carrelé, ou au moins les carreaux sont recouverts d'une si grande épaisseur décrasse, qu'il osl impossible de les voir. Ici deux ou trois lits raccommodés avec de la ficelle qui n'a pas bien résisté : ils sont vermoulus et penchés sur leurs supports ; nue paillasse, une couverture formée de lambeaux frangés, rarement lavée parce qu'elle est seule, quelquefois des draps et un oreiller : voilà le dedans du lit. Quant aux armoires, on n'en a pas besoin dans ces maisons. Souvent un rouet et un métier do tissei raod complètent l'ameublement.

Hf^Qîux autres étages, les chambres plus sèches »

DU TRAVAII.. 2t

un peu plus éclairées, sont également suies et mist!-robles. — C'est lA, souvent sans feu, l'hiver, à la clarté d'une chandelle de résine, le soir, que des hommes travaillent quatorze heures par jour pour un salaire de quinze à vingt sous.

» Les enfants de cette classe , jusqu'au moment oii ils peuvent, moyennant un travail pénible et'abrutïssant, augmenter de quelques liards la richesse de leurs familles, passent leur vie dans la bouc des ruisseaux; — pîlleS, bouflls, étiolés, les yeux rouges et chassieus, rongés par des oplitholmies scrofuleuses, ils font peine à voir; on les dirait d'une autre nature que les enfants des riches. Entre les hommes des faubourgs et ceux dos quartiers riches, la différence n'est pas si grande ; mais il s'est fait une terrible épuration : les fruits les plus viyaces se sont développés, mais beaucoup sont tombés de l'arbre. Après vingt ans, l'on est vigoureux ou l'on est mort. Qnoi que nous puissions ajouter sur ce sujet, le détail des dépenses de cotte fraction de la soctét parlera plus haut.

Loyer pour une famille . . 25 J

Blanchissage 12 J

Combustible 35 1

Réparation des meubles .... 3 {Ëioeut^u pioiiis une fois clia-

^^^" ORGANrSATlOir

Cliaussurc I

Habits 0'

Ils se volent *le vieux habits qu'on leur donne .

Médecin . gràl

Pharmacien grattiil

» ïl faut que 196 fr., complétant les 300 gagnes annuellement par une famille, suffisent h ta nourriture de quatre ou cinq personnes, qui doivent consommer, au minimum, en se prifant beau* pour 150 fr. do jiain. Ainsi, il leur reste W pour ûdieler li; sel , le beurri; , les cliouï et 1i pommes de ferre ; nous ne parlerons pas de la viatide, dont ils ne font pas usage. Si l'on songe maintenant que le cabaret absorbe encore une taîne somme, on comjtrendra que, malgré les qôi qucs IÎ\Tcs de pain fournies de temps en temps fiaï la charité, l'eiistence de ces familles est affreuse, i) Nous venons de montrer par des chiffres à qnel eicÈs de misère l'application du lâche et brutal principe de la concurrence a poussé le peuple. Mais tout n'est pas dit encore. La misère engendre d'effrojubles conséquences ; allons jusqu'au cœur de ce triste sujet.

Mahsuada (âmes , disaient les anciens, la faim mauvaise conseillère . C'est un mot terrible et profond que {'cliil-là ! Mais si li- crîmc naît de la misé'

fl'où natl la misèreT On vient de le voir. La concui^ reuce est donc aussi fatale à la s(!'curitji du riche ipi^i Pexistence du pauvre. Tyrannie infatigable pour cé- (ni-ci, elle est pour celui-là une perpétuelle menacéîj Savez-vous d'où sortent la plupart des mallieured! Épie la prison réclame? De quelque grand ccntn l'industrie. Les déportemcnls manufacturiers foup* jHijisent aux cours d'assises ua nombre â'accusâ flouble de celui que présentent les départements agi^ Botes. La slafistiqne sur ce point donne des argii> >ncnts sans réplique. Or, que penser de l'organisa |ion actuelle du travail , des conditions qui lui sod faites, dos lois qui le régissent, si le bagne se rd Brute dans les ateliers ? Qu'on pèse , au nom jj çiell ces effroyables paroles de M. Moreau Chris lophe : M Au point ou nous en sommes^ le vol dij4i ti.tf fere sur le ricïîo n'est plus qu'une réparation, c'e^ p-dire le déplacement juste et réciproque d'u^ ■lj6f% de monnaie ou d'un morceau de pain quj r noorne des muins du voleur dans les mains du voïé iW Tu es maître de mon argent , moî de ta vie , di Jean Sbogar. Cela n'appartient ni à toi ni h moi Tends et je laisse. » Imaginez apTcs cela qnclqid peau système pénitentiaire, A philanthropes! Quand pouB aurez fait de la peine un moyen d'éducatîol f .le criminel, la misère qui l'itttend au sortir j ihs l'y rciMiussera snns pillé. On a ci

que, dans le pénitencier de New- York, les récidives i^-liiientde iinsur deux libérés. MMeciiis clairvoyants, laissez, croyez-moi, ce pestiféré dans son Ik'ipital: en le rendant à la liberté, vous te restituez à la pesle. Et puis, le moyen de guérir le criminel en prisoni Le contact du scélérat incorrigible est mortel pour celui qui serait susceptible de guérison, le vice ayan) son point d'Iionneur comme la vertu. Aura-t-oii recours à l'isolement? Que d'expériences mallieU' reuses 1 Sur onze individus condamnes à Temprisonnement solitaire dans la prison d'état du Maine, cinq tombent malades, deux se suicident, les autrei deviennent hébétés : voilfi la moralité de l'isolement; qu'on interroge la statistique. Mais à quoi bon nîei l'erficocité d'un remède si ardemment étudié? Tenons-la un instant pour incontestable. Le régime d( vos prisons vaudra donc mieux que celui de vos ateliers ! 11 y aura donc prime pour le voit La sqçiùt^ disant au pauvre : « Attaque-moi, si tu vejis que je te témoigne quelque sollicitude : » cela parall bouffon, n'est-ce-pas? Eh bien ! c'est pourtant l'inér vitable conséquence d'un régime industriel où toute fabrique devient école de corruption.

Autre conséquence funeste. De rindividuali.sme, ai-je dit, sort la concurrence ; de la concurrence, le

'' ^obilité des salaires, leur insuffisance. .. Arrivés^.

■^^^^nt, ce que non» irouvon'i, c'est la dissolut

nlqtifl

DU TRAVAIL. ÎB

de la fomille. Toul mariage esl un accroissement de charges : pourquoi la jinuvrett^ s'aecouplerait-elle avec la pauvreté ? Voilà donc la famille faisant place au concubinage. Des enfants naissent aux pauvres : comment les nourrir ? De là tant de malheureuses créatures trouvt^es mortes au coin des bornes, sur les marches de quelques églises solitaires, et jusque sous le péristyle du palais où se font les lois. Et r pour que nul doute ne nous reste sur la cause des ► infanticides, la statistique vient encore ici nous ap- ^ prendre que le chiffre d'infanticides fourni par nos quatorze départements les plus industriels est à c«lui t- fourni par la France entière dans le rapport de quat rante-et-nn h cent vingt-et-un [1). Toujours les plus grands maux lîi où l'industrie a choisi son théâtre I Il D bien fallu que l'Êlat en vint ù dire à toute mère B- indigente : u Je me charge de vos enfants. J'ouvre des hospices. }> C'était trop peu. Il fallait aller plus l(HIi et faire disparaître les obstacles qui auraient pu i frapper le système d'impuissance. Les tours sont étaMîs ; le bénéfice du mystère est accordé à la maternité qui s'abdique. Mais qui donc arrêtera les pn^rès du concubinage, maintenant que les séductions du plaisir sont dégagées de la crainte des chargea qu'il impose? C'est ce qu'ont crié aussitôt les

Mique publiée paris Ct

Page 1