SÉCRÉTIONS
J'aurais pu, en décrivant les téguments, parler des glandes du manteau ainsi que de la glande pédieuse; mais j'ai préféré réunir dans un même chapitre toutes les glandes à sécrétions spéciales : organe de Bojanus, glandes du manteau et glande pédieuse.
Organe de Bojanus. — L'organe que l'on désigne habituellement sous ce nom chez les Mollusques est encore par beaucoup d'auteurs appelé rein, organe rénal, etc.; peu importe lequel de ces noms on adopte, tous sont synonymes et admis par tous les zoologistes.
L'organe de Bojanus chez l’Oncidie est cette partie de l'animal décrite par les auteurs comme étant un poumon.
H. Milne-Edwards ‘ est le seul qui émette des doutes sur sa nature et il nous dit à ce sujet: « Enfin je rappellerai aussi que la poche dorsale des Oncidies, dont j'ai déjà fait mention, paraît être aussi un appareil rénal plutôt qu'un poumon. » |
1H. Micne-Epwanps, Leçons sur la physiologie et l’Anat. comp. de l’homme el des animaux, t. VIII, p. 382.
M. Vaillant ! parle bien dans sa note de la cavité « dite pulmonaire », qu'il considère comme étant un poumon, mais il n’en donne aucune description. Le seul auteur qui aït examiné cet organe avec soin est Cuvier, ceux qui l’ont suivi ont admis ses idées sans chercher à les vérifier.
Gomme je l’ai dit plus haut, Cuvier n'ayant eu à sa disposition que des animaux conservés, il n’est point surprenant qu'il ait pris le rein pour un poumon. Chacun sait combien cet organe change de couleur et combien ses éléments se modifient, même souvent disparaissent complètement chez les individus conservés dans les liquides que l’on emploie habituellement pour la conservation des Mollusques.
Pour bien voir l'organe de Bojanus chez l’Oncidie, il faut, après avoir ouvert le manteau, enlever la masse viscérale. On voit alors, souvent par transparence, lorsque la couche interne de pigment du manteau n’est pas trop considérable, un organe de couleur jaunâtre, terre de Sienne, entourant comme un croissant la partie inférieure du pied (pl. XVI, fig. 1).
Nous avons vu plus haut que le manteau, en se réfléchissant à la face antérieure de l’animal, s’accolait pour ainsi dire à lui-même et formait ainsi un bord épais ; c’est dans l’épaisseur de ce bord qu'est situé l'organe de Bojanus (pl. XV, fig. 2,B); il faut, pour bien voir quelle est sa situation, l’examiner sur des coupes transversales. Il est placé plus près de la face interne du manteau que de la face externe ; aussi faut-il, pour examiner sa disposition intérieure, avoir toujours soin de l'ouvrir du côté de la face interne.
IL est formé de deux parties, situées l’uneldu côté gauche, l’autre du côté droit, et réunies inférieurement sur la ligne médiane. A leur point de réunion se trouve un orifice qui n’est autre que l’orifice excréteur de la glande.
La portion située du côté gauche est piriforme, terminée en pointe à son extrémité supérieure ; elle occupe à peu près, comme celle du côté droit, environ le quart de la longueur de l'animal; beaucoup plus volumineuse vers sa partie moyenne, elle devient de plus en plus étroite à mesure qu’on descend vers le point où se trouve l'orifice extérieur. La partie située du côté droit remonte dans l'épaisseur du manteau jusqu’au cœur, et là l'extrémité supérieure se bifurque pour embrasser la cavité péricardique. On le voit,
Loce cil.
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la partie droite, au lieu de se terminer en un seul cul-de-sac comme celle du côté gauche, se termine par deux extrémités. Le cul-de-sac supérieur remonte un peu à gauche de la cavité péricardique jusqu'à un niveau un peu plus élevé que celui qu'’atteint la portion du côté gauche. La partie de l'organe rénal située à gauche, comme celle du côté droit, diminue de plus en plus de volume à mesure que l’on descend vers l’orifice extérieur, et en ce point ce n’est pour ainsi dire qu'un canal transversal faisant communiquer les deux portions de l'organe entre elles. |
Je comparerai volontiers l'organe de Bojanus dans son ensemble à un bissac avec son orifice pour ouverture et ses deux parties latérales pour culs-de-sac.
Cette forme de l'organe de Bojanus n’a rien de surprenant. Le rein, en effet, chezles Gastéropodes, n’est pas toujours une glande de forme conique dont le canal excréteur vient déboucher dans la chambre respiratoire à côté de l'anus, comme cela se voit chezles Prosobranches et chez les Pulmonés ; bien souvent, c'est le cas chez beaucoup d’Opisthobranches, il présente des formes différentes. Chez les Pleurobranches !, par exemple, il présente deux culs-de-sac et entoure Ja masse viscérale à droite eten haut. Enfin nous savons aussi que dans beaucoup de cas, au lieu de posséder un canal excréteur d’un faible diamètre accolé au rectum, le rein s'ouvre directement dans la cavité pulmonaire ou branchiale par un large orifice ; c’estce quia lieu chez les Natices, les Limaces, etc. Dans le cas qui nous occupe, nous observons quelque chose d’analogue; mais, au lieu de s'ouvrir dans une cavité pulmonaire, il s'ouvre directement à l'extérieur, et iciiln'ya rien qui représente la cavité pulmonaire ou branchiale des Gastéropodes pulmonés et des Prosobranches. Pour trouver quelque chose d’homologue au poumon des Pulmonés, il aurait fallu que, chez l’embryon, la région occupée par les ouvertures anale, génitale et rénale se fût enfoncée, invaginée, de façon à constituer une sorte de cul-desac entre le manteau et la tête ou le pied. C’est, en effet, ce qui se passe chez les embryons des Pulmonés. Mais ici rien d’analogue ne s'est produit et ces différents orifices se trouvent situés l’extérieur. |
La position qu'occupe l'organe rénal chez l’Oncidie présente des
‘ DE Lacaze-Durmers, Histoire anatomique et physiologique du Pleurobranche orangé (Ann. sc. nat., 4° série, 1859, t, XI).
ORGANISATION ET DÉVELOPPEMENT DE L'ONCIDIE. 61 rapports bien différents de celle qu'occupe le poumon chez les Pulmonés. En effet, dans une Limace ou un Hélix par exemple, le poumon est une cavité dont une portion de la paroi est formée par les téguments du cou et du pied et l’autre partie par le manteau. Là rien de semblable, puisque l’organe qui nous occupe est tout entier situé dans l’épaisseur du manteau, exactement comme l'organe rénal dela plupart des Gastéropodes ; de plus, comme chez ces derniers, il possède les mêmes rapports ; il est situé dans le voisinage du cœur et son orifice est placé près de l’anus.
Ces données sur la situation de l'organe que nous étudions sont de nature, à elles seules, à faire douter de sa nature pulmonaire. Sa constitution interne et sa structure vont nous donner des preuves certaines de sa nature rénale.
En fendant l'organe de Bojanus dans le sens de sa longueur sur un animal frais, on voit qu'il est formé par une quantité de lames irrégulières disposées dans tous les sens et circonscrivant de petites cavités présentant un volume variable et communiquant les unes avec les autres. Une coupe transversale de l’organe faite sur un animal durei montre mieux encore que sur le frais la disposition de ces cloisons (pl. XVI, fig. 2).
Chaque cloison est constituée par une lame de tissu du manteau qui s’avance dans la cavité rénale et bientôt se réunit à une ou plusieurs autres lames venant d’autres points de la paroi et circonserivant ainsi incomplètement des sortes de cavités irrégulières; souvant dans ces cavités se trouvent des lames libres par un de leurs bords. Vue à un fort grossissement, chacune de ces lamelles se montre formée de fibres musculaires et présente de distance en distance des vaisseaux (pl. XVI, fig: 3). Ses deux faces ainsi que les parois de la cavité rénale sont recouvertes de cellules caractéristiques du rein des Mollusques Gastéropodes. Par conséquent, toute la surface interne des nombreuses petites loges qui composent le rein est tapissée par des cellules rénales qui forment une couche composée de deux ou trois assises de cellules.
Un grand nombre d’auteurs ontindiquéles caractères de la cellule rénale des Gastéropodes‘. Il suffit du reste d’en avoir vu et examiné avec attention une seule fois pour ne jamais confondre cet élément avec n'importe quelle cellule que l’on puisse observer, soit chez les
1 Voir pe Lacaze-Duruiers, Loc, cit,