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pression, on écrase sous le microscope une de ses cellules, on voit sortir de son intérieur une traînée de granulations réfractant fortement la lumière ; souvent, au milieu d'elles, se voit le noyau de la cellule.
Cette glande a pour fonction de sécréter une substance que l'Oncidie laisse sur son passage sous forme de matière glaireuse, gélatineuse, et qui est destinée à faire adhérer le pied aux corps sur lesquels l’animal rampe. Il suffit de faire ramper un individu sur une plaque de verre bien nettoyée pour distinguer facilement cette trace de son passage.
M. Vaillant, dans sa note sur l’anatomie de l'Oncidie, ne signale pas la présence de cette glande ; il à, je crois, vu l’orifice extérieur sans apercevoir la glande elle-même ; c'est du moins ce qui semble ressortir de ces quelques lignes : « Le pied présente une cavité qui communique avec l'extérieur par un orifice situé, comme d'ordinaire, en dessous et en arrière de la bouche, près de deux grosses masses musculaires dont l’animal semble se servir en guise de tentacules supplémentaires et qui sont peut-être les analogues des petits tentacules des Gastéropodes quadritentaculés. Il est facile d’injecter par cette cavité les lacunes veineuses .» De plus, on pourrait penser, d’après cette description, que l'orifice fait communiquer l'extérieur avec l’appareil circulatoire, puisqu'on peut injecter en partie ce dernier par « cette cavité ». Il n’en est absolument rien; cerlainement, on peut injecter le système veineux par cette cavité, mais il faut pour cela percer la glande et que la canule de la seringue pénètre dans la cavité générale; et à cette condition, on peut injecter l'animal par tous les points de sa surface, pourvu qu'on traverse les téguments et qu'on pénètre dans la cavité générale. Cuvier ?, dans son mémoire sur l'Oncidie de Péron, ne signale pas la présence d'une glande semblable. he
Glandes du manteau.— L'Oncidium présente dans son manteau des glandes spéciales très intéressantes. MM. Fischer et Crosse en ont donné une description accompagnée de dessins communiqués par
1 VAILLANT, loc. cit, ? Cuvier, loc. cit, 8 Fiscuer et Crosse, loc, cit,
M. le professeur Vaillant ; ils indiquent la situation de ces glandes, mais la structure histologique est incomplète et en grande partie inexacte. :
Cuvier, dans son mémoire, n’en signale même pas la présence.
Semper signale bien chez des Oncidies exotiques une grande quantité de glandes situées dans l'épaisseur du manteau et qui sécrètent de petites concrétions que l’animal peut lancer sur ses ennemis, mais il est difficile de savoir Si ce sont des glandes comparables à celles qui nous occupent ici, leur grand nombre chez le même animal tendrait à prouver que non. | J
Dans l’Oncidèum celticum, ces glandes sont au nombre de vingt, situées dans l'épaisseur du bord du manteau. Le corps de chaque glande occupe la partie la plus épaisse de ce bord, et les canaux excréteurs viennent déboucher à l'extrémité des plus grosses papilles. On peut ainsi, de chaque côté, distinguer dix plus grosses papilles branchiales. Le bord du manteau est moins développé dans la région supérieure située en arrière de la tête; les glandes sont aussi moins volumineuses dans cette partie que dans les régions inférieure et latérales.
Chaque glande est enveloppée d’une couche de fibres musculaires, disposées dans tous les sens et l'entourant de tous côtés (pl. XVI, fig. 8, a). Le tout, la glande et son enveloppe, est logé et remplit exactement une petite cavité située entre les faisceaux musculaires qui forment le tissu du manteau. La glande est ainsi simplement placée au milieu des tissus (pl: XV, fig. 7); aussi est-elle très facile à énucléer.
Une de ces glandes énucléée et isolée peut être considérée comme composée de deux parties : le corps de la glande, qui est arrondi et framboisé à sa surface, et le col, à l’intérieur duquel se trouve le canal excréteur. Le col est aussi légèrement bosselé à sa surface, mais cela n’est bien apparent qu’à son origine, son extrémité terminale devenant plus lisse en même temps qu’elle diminue de volume. Chaque petite masse qui fait ainsi saillie à l’extérieur, et qui contribue à donner un aspect framboisé, n’est autre qu'un élément de la glande ou cellule glandulaire. Il suffit de faire une dissociation à l’aide d’aiguilles fines pour voir que chaque cellule isolée est formée d'une enveloppe épaisse résistante, contenant dans son intérieur une grande quantité de granulations, au milieu desquelles on dis tingue facilement un gros noyau: Pour étudier la structure d’une de
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ces glandes, il est indispensable de faire des coupes sur des animaux fixés, soit par l'alcool, soit par l'acide osmique.
Sur une bonne coupe médiane, passant par le canal excréteur de la glande, on voit que lé corps et le col sont formés de cellules analogues, mais différentes de forme. Les cellules qui composent le corps sont des cellules pyramidales (pl. XVI, fig. 8), à base externe légèrement arrondie et à sommet dirigé vers le centre; par le fait de leur compression réciproque, ces cellules présentent un contour en général hexagonal. Les, cellules qui forment le col, au lieu d’être pyrarnidales, sont simplement en forme de coin et présentent des dimensions beaucoup moindres. Toutes offrent les mêmes caractères, soit qu'elles appartiennent au col, soit qu'elles fassent partie du corps de la glande.
Leur paroi, résistante, est très nette ; leur contenu se colore en jaune rougeâtre par le picrocarminate d'ammoniaque, et en noir intense par l'acide osmique. Ce dernier caractère nous montre que nous avons affaire à une matière grasse. Non seulement le contenu cellulaire se colore ainsi en noir, mais encore, par le fait du durcissement, il se réunit en une masse cassante qui parfois se brise lorsqu'on pratique des coupes sur la glande. La coloration intense du contenu cellulaire par l’acideosmique empêche de distinguer le noyau.
Les sommets des petites pyramides que forment les cellules glandulaires, au lieu de se toucher au centre du corps arrondi de la glande, arrivent seulement à une certaine distance de ce centre et laissent ainsi un Canal, qui n’est autre que le canal excréteur de la glande. Ce canal, assez volumineux au centre du corps, se rétrécit en parcourant le col et débouche à l'extrémité des grosses papilles branchiales du bord du manteau ; presque toujours on trouve dans son intérieur la même matière grasse qui remplit les cellules glandulaires. Comment cette substance est-elle- sécrétée et passe-t-elle dans le canal excréteur ? Est-ce par rupture du sommet des cellules glandulaires ? ou bien y a-t-il là quelques perforations qui permettent un passage facile ?
Je ne saurais formuler une opinion à ce sujet; mais je dois dire que, malgré toutes mes recherches, je n'ai jamais observé que des cellules glandulaires complètement closes.
Ces glandes marginales du manteau sécrètent, lorsqu'on irrite fortement l'animal, une matière demi-liquide d’un blanc d’argent, peu miscible avec l’eau de mer: cependant, au bout d’un certain
temps, elle se mélange et disparaît à la vue. Le rôle de cette substance est absolument inconnu. Est-ce un moyen de défense pour. l'animal contre ses ennemis ? Cela ne semble guère admissible. Ce pendant, si ces glandes sont les homologues de celles qui existent dans le manteau d'un grand nombre d'espèces d’Oncidies de la mer des Indes, 'et qui, d’après Semper, sécrètent de petits corpuscules durs avec lesquels l'animal peut bombarder ses ennemis, on pourrait attribuer, par analogie, un rôle de défense à celles que je viens de décrire. |
M. le professeur Vaillant, d'après les figures qu'il a communiquées à MM. Fischer et Crosse', ainsi que ces derniers, dans la description qu'ils en ont donnée, ont, je crois, commis plusieurs erreurs.
Ces auteurs décrivent l'enveloppe musculaire qui entoure la glande comme formant le canal excréteur, et ils ne considèrent comme glande que ce que j'ai désigné iei sous le nom de corps de la glande, c'est-à-dire la partie arrondie plus volumineuse située le plus profondément dans l'épaisseur du manteau. De plus, dans la glande elle-même, ils décrivent les cellules que j ai désignées sous le nom de cellules pyramidales comme étant des acini, et pour eux chaque acini renfermerait une grosse cellule munie d’un noyau volumineux et un grand nombre d’autres petites cellules. Evidemment, ces z00logistes ont pris l'élément glandulaire pour un acini, le noyau de cet élément comme étant le noyau d'une grosse cellule contenue dans son intérieur. Quant aux nombreuses cellules qu'ils représentent comme remplissant l'intérieur de leur acini, ce ne peuvent être que les granulations contenues dans les cellules glandulaires. Du reste, d'après les figures et la description, il est difficile de se rendre compte comment les nombreux acini qu'ils représentent peuvent verser au dehors le liquide qu'ils sécrètent. Il est, du reste, naturel que ces auteurs n'aient pas compris la structure de ces glandes, n'ayant pas pratiqué de coupes dans leur épaisseur.
En traitant, dans la seconde partie de ce travail, le développement du manteau, j’indiquerai comment ces glandes se montrent dans son épaisseur et arrivent à la forme qu’elles ont chez l'animal adulte.
Cellules épithéliales spéciales. — Je décris ici sous ce titre des cel-
1! Voir Recherches zxoologiques pour servir à l’histoire de la faune de l'Amérique centrale et du Mexique, T° partie,'t. I, pl. XXXI, fig. 2, 10 et11,
70 J. JOYEUX-LAFFUIE, lules toutes particulières, que l’on rencontre dans l’épithélium qui recouvre le manteau. |
Semper a décrit ces mêmes celluies chez des Oncidies de la mer des Indes comme étant des yeux; c'est parce que je ne puis accepter ici la même interprétation que j'en donne la description au chapitre des Sécrétions. Par cette manière de faire, je n'entends nullement leur attribuer une fonction de sécrétion. Je me borne simplement à leur description et me garde de me livrer à des hypothèses sur leurs fonctions, persuadé qu’en émettant des opinions hasardées on retarde la science plutôt qu'on ne la fait progresser.
Sur une coupe perpendiculaire à la surface du manteau, on voit que la couche épithéliale située à la surface présente de distance en distance (pl. XIV, fig. 21) des points où les cellules sont différentes de leurs voisines. Si l'on examine cet épithélium à un fort grossissement (pl. XVI, fig. 9),on remarque facilement qu’en certains points les cellules épithéliales de forme conique sont remplacées par des cellules plus volumineuses, se colorant moins facilement par le picrocarminate et possédant une forme de bouteille ou de massue. Il serait fort intéressant de les étudier à l’état frais, mais leurs faibles dimen-. sions ne permettent pas de les observer différemment que sur des coupes. Ces cellules renferment dans leur intérieur un noyau volumineux; souvent elles sont réunies en grand nombre et forment de petits îlots arrondis ; dans d’autres points, on en observe seulement deux ou trois ainsi groupées. Dans les îlots les plus considérables, la mince cuticule qui recouvre l'épithélium du manteau, au lieu de présenter de très fins tubercules correspondant à chaque cellule, comme cela a lieu pour les cellules épithéliales, est, au contraire, complètement lisse.
Par l’action de l'acide osmique, leur contenu se colore en nair, exactement comme celui des cellules qui constituent les grosses glandes marginales du manteau, que nous venons d'étudier. A ce premier caractère commun s’en joint un second, c'est leur aspect chez le jeune animal. Si, en effet, on examine par compression un jeune Oncidium qui vient d'éclore, on voit que ces petits groupes de cellules sont, comme les glandes marginales, très transparents et réfractent fortement la lumière; le principal caractère distinctif est la différence de volume.
Du côté interne, la grosse extrémité de ces cellules est en contact avec les tissus du manteau, qui présente à ce niveau le réseau vascu-
Jaire situé à sa surface, et un peu au-dessous la couche pigmentaire externe.
Toute la surface du manteau présente ces points composés d'éléments spéciaux, même la partie située à la face antérieure de l’animal. |
Semper‘ est le seul auteur qui décrive et figure ces points particuliers du manteau, chez des espèces de la mer des Indes, comme étant des yeux comparables aux yeux des Vertébrés. Cet auteur décrit une cornée, un cristallin et une rétine composée de trois couches: une de fibres, une de bâtonnets et la troisième de pigment ; il indique aussi un anneau ciliaire et une tache jaune, en un mot les différentes parties qu’on rencontre dans un œil de Vertébré, auquel il compare du reste ces yeux dorsaux des Oncidies. Il se sert même des caractères que présente la couche de bâtonnets pour caractériser les différentes espèces.
Je n'ai point ici à discuter les opinions du zoologiste allemand, n'ayant pas fait de recherches sur les mêmes espèces d'animaux que lui; mais je ne puis m'empêcher de témoigner mon étonnement en le voyant chercher, dans la structure de la rétine des yeux dorsaux de ces animaux, des caractères spécifiques.
De plus, abordant la théorie de l’évolution des organes, il indique comment les yeux se sont développés dans le genre Oncidium, et comment ils servent à l'animal pour apercevoir ses ennemis, dont les principaux sont les Poissons appartenant aux genres Periophthalmus et Boleophthalmus. Lorsqu'un de ces poissons approche, dit-il, d'un Oncidium, celui-ci voit son ennemi au moyen de ses yeux dorsaux, et aussitôt le bombarde avec les corpuscules que sécrètent les glandes de son manteau et le met en fuite. Malheureusement, après ces longues descriptions, l'auteur ajoute que ce sont des hypothèses, n'ayant pas observé les faits.
Naturellement je ne saurais m’appesantir sur ces données hypothétiques de M. Semper, mais je ne puis quitter ce sujet sans faire remarquer combien les figures d’yeux dorsaux qu'il donne ressemblent en partie aux cellules spéciales que je viens de décrire dans l’épithélium du manteau de l’Oncidium celticum; or, chez cet animal, il est impossible de considérer ces parties comme des yeux bien développés et pouvant servir à la vision.
1 SEMPER, Reisen in Archipel der Philippinen (Band III, Land Mollusken, 1877). — Die naturlichen Existensbedingungen der Thiere. Leipzig, 1880.
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