‹ Organisation et développement de l'Oncidie, Oncidium celticum cuvChapitre 4 sur 45 · TITI · texte numérisé non relu

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Distribution géographique. — Mœurs. — Recherche des animaux.

Cuvier, comme nous venons de le voir, a le premier signalé la présence de l'Oncidium celticum sur les côtes de Bretagne, sans toutefois indiquer une localité. Plus tard, Audoin et M. H. Milne-Edwards ont trouvé ce mollusque à l'embouchure de la Rance et ont donné des détails sur la station et les mœurs de cet animal. C'est dans ce même point que M. Vaillant l’a retrouvé en 1870. Personne, depuis, n'a indiqué sur les côtes de France de nouvelles stations.

Pendant le cours de mes recherches sur cet animal, j'ai exploré plusieurs points des côtes de Bretagne, soit pour découvrir de nouvelles localités, soit pour étudier l’animal dans les lieux où il m'avait été signalé. Duon, les Sept-Iles, le Conquét et Morgate*, sont quatre

tIl est, je crois, prudent d'attendre de nouvelles recherches pour admettre la division en Oncidium et Oncidiella.

? Dans deux notes adressées à l’Académie des sciences (Comptes rend. de l’ Acad. des sc., t. XCI, p. 997, 1880, et t. XCII, 1881), j'ai déjà indiqué sommairement quelques-uns des résultats de mes recherches.

$ Je dois remercier ici Ch. Marry, le gardien du laboratoire de Roscoff, homme habile à la recherche des animaux, que j’ai souvent mis à contribution pour me procurer des individus et des pontes, et qui a trouvé l’Oncidium cellicum pour la première fois aux Sept-Iles et au Conquêt, |

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points du littoral breton où j'ai recueilli et où vit en abondance l'Oncidie. à

Les îles Duon, à peine éloignées de quelques milles de Roscoff, sont la localité que j'ai le plus souvent visitée, grâce à sa proximité. Ces sortes de récifs arides et inhabités, constamment battus par la vague, où il est souvent fort difficile d'aborder, sont formés par deux sortes de roches.'La partie suest est constituée par des schistes cristallins fortement redressés, tandis que celle située à l’est est entièrement formée de diorite. Reliées l’une à l’autre aux plus basses marées, ces deux parties sont séparées à marée haute. C’est seulement dans la partie est, composée de diorite, que j'ai trouvé l'Oncidie, et encore là ne la rencontre-t-on en abondance que du côté exposé au midi. Les grosses vagues venant se briser sur la partie nord empêchent son développement ainsi que celui d’un grand nombre d’autres animaux qui vivent du côté sud. C’est, du reste, une règle générale : les rochers fortement battus par la vague possèdent toujours une faune très pauvre.

Les Sept-Iles sont de redoutables rochers situés sur la côte septentrionale de la Bretagne. Au nombre de sept, comme leur nom l'indique, ces îles forment un groupe pittoresque, placé au large, au nord de Perros-Guirec. Un phare surmonte l’{e aux Moines, la seule habitée; elle est reliée, à mer basse, à l’e Bono, par l'ile aux moutons, sorte de jetée naturelle formée de rochers qui émergent à marée basse; c'estsur ces rochers que j'ai recueilli POncridium celticum et sa ponte, au mois d'août 1881. L'année précédente, M. de Lacazc- Duthiers avait bien voulu déjà m'envoyer plusieurs individus récoltés dans cette localité par Ch. Marty, le gardien du laboratoire. Les individus, peut-être moins nombreux qu’en d’autres points, y atteignent, en revanche, une plus forte taille.

La présence de l’Oncidie au Conquêt, petite station balnéaire. située à l'extrémité ouest du Finistère, m'a été indiquée par le gardien du laboratoire. Enfin, c’est sur les indications de M. de Lacaze- Duthiers que je suis allé, moi-même, visiter plusieurs fois la localité de Morgate. À l'extrémité est de l’anse au fond de laquelle se trouve placé le petit port de Morgate, sur la côte nord de la magnifique baie de Douarnenez, se voient des rochers abrupts où la mer a creusé les splendides grottes de Morgate si connues des touristes. Là, sur un espace d’une centaine de mètres, se trouve un {véritable gisement d'Oncidies, tant ces animaux y sont nombreux,

Ces quatre nouvelles localités, dont deux situées dans la Manche et deux dans l'Océan, jointes à celle déjà connue de l'embouchure de la Rance, nous montrent que la prétendue rareté de l'Oncidie sur nos côtes est due, de même que pour un grand nombre d'autres animaux marins, aux notions biologiques incomplètes et souvent inexactes que nous possédons sur ces animaux.

Les cinq localités françaises, jointes aux deux de la côte de Cornouailles indiquées par Couch et Spence Bate, l'une à Westcomb, l'autre dans la baie de Whitsand, près de Plimouth, sont les seuls points du globe où l’on ait signalé l’Oncidium celticum, dont l’étude fait le sujet de ce mémoire.

A Duon, aux Sept-Iles, ainsi qu'à Morgate, partout où j'ai trouvé cet animal, je l’ai vu occuper une zone de 2 à 3 mètres de profondeur au-dessous du niveau des hautes mers ; mais jamais je n'ai trouvé d'individus vivants au-dessus. Du reste, dans un grand nombre de points, à Duon ainsi qu'aux Sept-Îles, les rochers habités par ces animaux recouvrent complètement à haute mer.

Les espaces habités par l'Oncidie, dans les localités que j'ai visitées, sont en général fort restreints. C’est ainsi, par exemple, qu’à Duon on trouve un espace de quelques centaines de mètres carrés où cet animal est très abondant, tandis que je ne l’ai jamais rencontré sur un espace de plusieurs kilomètres de côtes que j'ai explorés depuis plusieurs années, soit à l’ouest, soit à l’est de Roscoff. De même, aux Sept-Îles, la surface occupée par ces animaux est très petite. Il en est ainsi à Morgate. Evidemment il y a là une raison que je n’ai pu saisir qui oblige cet animal à n'occuper que ces petits espaces. Peut-être est-ce une question de nourriture. Cependant je ne le crois pas.

Les rochers où vit l'Oncidie présentent des fentes, des fissures qui lui servent de retraites; elle s’y loge à marée haute lorsque la mer vient souvent se briser avec fureur dans la zone où elle habite. La faible adhérence de son pied aux objets sur lesquels elle rampe, l'oblige à se retirer; sinon, elle ne manquerait assurément pas d’être emportée par la vague et les courants loin de ses demeures. Le moment où elle sort des fentes des rochers et celui où elle s'y réfugie sont très variables, suivant la température; par un temps couvert et humide, elle se promène beaucoup plus longtemps que par un temps clair et sec. Ces animaux abandonnent leur retraite en Moyenne une heure ou une heure et demie après que la mera

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commencé à baisser. Ils rampent à la surface des rochers en cher chant leur nourriture. J'en ai plusieurs fois suivi pendant tout le temps de leur sortie, et j ai pu ainsi en observer s’alimenter et s’'accoupler.

Toujours je les ai vus senourrir d’un grand nombre de petites Algues, de jeunes Fucus, d'Ulves, etc. Les Ulves semblent surtout être leur mets favori. Jamais je ne les ai vu avaler cette vase grisâtre connue sous le nom de éangue, dont parle M. Vaillant ‘et dont, dit-il, « son estomac est toujours rempli ». Je dois ajouter, il est vrai, que, dans les différentes localités où j'ai récolté l’Oncidie, les roches constamment lavées par la vague ne présentaient aucune sorte de vase.

Outre les différentes espèces d'algues qui forment la base de leur alimentation, ces animaux avalent une quantité de petits grains de sable qui remplissent leur estomac et leur servent à la trituration des aliments. Ce sont toujours de petites parcelles de roches cristallines sur lesquelles ces animaux vivent ; le plus souvent ce sont des grains de quartz et de feldspath. Après avoir rampé à la surface des rochers . pendant trois ou quatre heures par un temps humide, et une à deux heures seulement par un temps sec ou par un grand soleil, ces animaux regagnent leurs retraites pour ne sortir de nouveau qu’au moment où la mer, ‘après être redevenue haute, recommencera à baisser. |

On le voit, l'Oncidie vit la plus grande partie du temps dans les fentes des rochers et ne se montre à l'extérieur qu'environ cinq ou six heures en moyenne par jour, cela en deux fois el seulement pen dant la belle saison, car l'hiver ces animaux sortent rarement de leurs demeures. De plus, chaque individu ne se montre pas à l’extérieur à toutes les marées; il suffit, pour en avoir la certitude, d’ouvrir une des fentes qui constituent leurs retraites au moment où un grand nombre d'entre eux rampent à la surface des rochers. Le plus souvent, on trouve accolés aux roches qui forment les parois de la fissure un grand nombre d'individus immobiles et réunis par petits groupes. Il est donc fort probable que ces animaux ne sortent que pour chercher leur nourriture, et cela seulement de temps en temps et d’une facon irrégulière.

La connaissance des mœurs de l’Oncidie fournit un moyen de re

1 [. VAILLANT, Sur l'habitat el les mœurs ‘de l'Oncidium cellicum (Bull. de la Soc, philomalique de Paris, t, VIT, p. 225, 1871),

cueillir avec facilité cet animal. Il suffit, en effet, de parcourir les rochers où il vit au moment où il sort pour chercher sa nourriture. On peut ainsi, pendant la belle saison, ramasser en peu de temps un grand nombre d'individus. Pendant l'hiver, la recherche en est moins fructueuse et devient alors plus difficile. Pendant cette froide saison, les Oncidies sortent peu ou point de leurs retraites et l’on est forcé, pour s’en procurer, d'ouvrir les fentes des rochers au moyen de la barre en fer des carriers.

On peut enfin conserver en captivité dans des vases contenant de l'eau de mer des Oncidies vivantes pendant plusieurs jours. C'est ainsi qu'au bord de la mer, à Roscoff, ainsi qu'à Paris, j'en ai eu de vivantes pendant plus d'un mois.

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