DES FONCTIONS DF NUTRITION
Tous les êtres vivants, et eux seulement, ont la faculté de se nourrir, c'est-à-dire de renouveler sans cesse les matériaux dont leur corps se compose, en s'appropriant une partie des substances qui les environnent, et en rendant au monde extérieur des parties de leur propre substance. Lorsque ce mouvement intérieur s'arrête sans retour, ces êtres meurent, et leur corps ne tarde pas à se détruire complètement . La durée de ce mouvement nutritif a toujours une limite déterminée ; la mort est donc une suite nécessaire de la vie.
Ainsi tout être passe du simple au composé, en s'enricliissant graduellement de nouvelles accjuisitions; et tout être retourne du composé au simple, pour rendre ses éléments à la nature.
L'assimilation permanente des molécules nutritives dans la texture de l'animal ou du végétal, par un mouvement continuel de conq)Osition et de décomposition ,
échappe elle-même à nos sens; mais l'existence nous en est révélée par des faits nombreux et faciles à constater.
Cette assimilation s'accomplit par trois ordres d'actions bien distinctes : la Digestion, la Respiralion et la Circulalion.
DlCiE!^TIO.\\
Les plantes, avons-nous dit, absorbent directement les substances qui doivent servir à l'entretien et à l'accroissement de leurs corps; mais chez les animaux ii en est autrement : les matières alimentaires, avant d'être mêlées à la substance des organes, doivent subir une certaine préparation au mo^en de laquelle leur composition et leurs propriétés sont changées; en un mot, elles ont besoin d'être digkuéks.
La digestion a pour objet la transfornialion des aliments en un licjuide nutritif particulier nommé clitjle.
Plusieurs organes servent à produire ce résultat : par eux, les substances étrangères à l'animal s'introduisent dans les voies digestives, changent de qualité et fournissent un composé nouveau propre à sa nourriture et à son accroissement. Pour mieux faire comprendre les actions digestives, il est utile de les étudier séparément dans divers points de la cavité alimentaire; comme ces divers points sont le siège d'opérations distinctes, on les a désignées par des dénominations spéciales, et l'on a divisé l'histoire de la digestion en :
Préhension des aliments,
Mastication ,
Insalivation ,
Déglutition ,
DR L'HOMME. â^
Action de l'estomac ou ch} inificalion , Action des intestins ou clijlilication , Absorption du chyle.
Préhension des alinienls.
Les organes de la préhension des aliments sont, dans l'homme, les membres supérieurs et la bouche. La main de l'homme lui sert à saisir les aliments liquides cl solides, qu'il porte ensuite à sa bouciie. Ainsi que lui, d'autres animaux se servent de leurs membres antérieurs jjour prendre les aliments : tels sont, entre autres, le singe et le chat. Un grand nombre d'animaux ne peuvent se servir de leurs membres; chez eux la nature a pourvu à cette privation par le développement d'organes particuliers, la trompe des éléphants, la langue des fourmiliers, le sueoir des insectes; enlin , dans le plus grand nombre, les lèvres sont les seuls organes de préhension. La bouche i (1*1. 2, lambeau, et Pi. 13, lig. 7, lambeau) est une ca\ité de forme ovale, limitée, en haut, par le palais et la mâchoire supérieure; en bas, par la langue et la mâchoire inférieure; sur les côtés, par les joues; en arrière, par le voile du palais et le phai'ynx v p (PI. '2); en avant, |)ar les lèvres. La bouche varie de dimensions suivant l'âge et les individus; elle peut s'agrandir en tous sens : de haut en bas, par l'abaisscMnenl de la langue et l'écartemenl des mâchoires; de côté, par la distension dos joues; d'avant en arrière, par le prolongement des lèvres et le soulèvement du voile du palais.
Masticaliou.
Pour que les aliments solides puissent être avalés et digérés avec facilité, il faut qu'ils aient été préalablenients divisés en fragments très-petits. Celte division mécanique a lieu dans l'intérieur de la bouche : elle s'opère à l'aide des dents et porte le nom de maslication.
Les dents sont de petits corps extrêmement durs , implantés dans les alvéoles, et (jui forment , par leurs séries non interrompues, ce qu'on appelle les arcades dentaires.
Les dents ont en général une direction presque verticale ; elles olfrent trois parties distinctes (Voy. Pi. d5, fig. 1) :
1° Le corps ou la couronne, partie libre, recouverte d'un émail plus ou moins épais, destiné à préserver ces petits os de l'impression du froid et du chaud;
2" Le col ou collet, ligne circulaire où semblent linir l'émail et la gencive;
3" La racine; celle-ci, plus ou moins profondément cachée dans le bord alvéolaire, est simple ou multiple, selon l'espèce de dent; elle est rarement quintuple. Cette partie est enveloppée par une membrane très-vasculaire (|ui concoui't à la nutrition de la dent.
Chacjue dent offre une cavité qui occupe le centre de sa couronne; celte cavité se continue en se rétrécissant jusqu'aux ouvertures des racines. Llle est rein|)lie par la pulj)e dentaire, épanouissement ou prolongement rende de la membi ane muqueuse de la bouche, qui pénètre, avec des vaisseaux el des nerfs, au fond des alvéoles, el , de là, dans les cavités dentaires.
La forme et le volume dos dents sont variables ; on les divise en quatre sortes (Voy. Pi. 5, h) :
1° Les incisives, ou cunéiformes (1, i, 1, 4).
2° Les canines, conoïdes ou laniaires (2, 2).
3° Les petites, ou fausses molaires (3, 3, 4, 4).
4" Les grosses, ou vraies molaires (5, 5, 6, 6, 7. 7).
La troisième dent grosse nioiaire (7, 7) reçoit aussi le nom de dent de sagesse.
Les incisives centrales supérieures offrent beaucoup plus de largeur que les inférieures; leur nombre, leur disposition et leur structure varient fréquemment : il n'est pas très rare de voir une troisième incisive centrale supérieure.
Les dents sont formées par le développement de germes que l'on commence à apercevoir, chez le fœtus, pendant le second mois; ces germes, considérés comme des follicules membraneux de forme olivaire , très petits d'abord, s'accroissent rapidement. La cavité d'un follicule, de même forme que lui, en occupe toute l'étendue; cette cavité est remplie d'un liquide incolore, liuq)ide, dont la consistance est un peu épaisse, sans être visqueuse. Plus tard le follicule se remplit d'une espèce de papille vasculaire et nerveuse, qui est d'abord de la forme du follicule. L'un et l'autre s'accroissent jusqu'à l'époque de l'ossification, et prennent peu à peu la forme de la couronne de la dent.
L'ossification des germes ainsi formés commence du troisième au sixième mois, se montrant au sommet des papilles dentaires sous forme de petites écailles osseuses. Il n'en existe qu'une seule pour chaque incisive ou canine; quant aux molaires, il y en a autant qu'elles doivent présenter de tubercules distincts.
L'os OU ivoire de la dent se forme le premier, à mesure que la couronne de la dent augmente. L'émail se forme d'abord à sa surface, et en descendant jusqu'au collet de la dent. Il est composé de granulations distinctes ; en se réunissant , elles forment une couche très-mince (jui, peu à peu, augmente d'épaisseur et de dureté.
Après la formation de l'émail, la dent continue à croître en dedans par la production de nouvelles couches osseuses; la caviié dentaire diminue de largeur et s'allonge en môme temps que la racine qui embrasse le pédicule de la pulpe.
A mesure que le développement de la dent se fait dans le follicule, celui-ci linit par se détruire, ainsi que la gencive à laquelle il adhère, et dont le percement est le résultat de la pression continuelle qui s'exerce sur elle; il se fait d'ordinaire autant d'ouvertures qu'il existe de tubercules à la dent cpii doit sortir.
Une alvéole est simple ou divisée en plusieurs cavités, suivant que la dent qu'elle reçoit a une ou plusieurs racines. Les racines des dents ont pour but d'assurer leur jonction avec les mâchoires dont le bord est revêtu d'une membrane fibreuse nommée geiicive : cette gencive environne exactement le collet de la dent (c'est ainsi qu'on nomme la portion de la dent la plus voisine de l'alvéole).
La manière dont les dents sont fixées dans leuis alvéoles respectives varie.
Les dents incisives ont une raciue simple; les dents canines et les deux premières molaires ou petites molaires n'ont qu'une racine ; les grosses molaires ont depx , trois et quelquefois môme quatre racines.
Les dents se forment dans l'intérieur de la mâchoire,
DE L'JIOMME. 41
et, à mesure qu'elles grandissent, elles s'élèvent, traversent la gencive et se nioiUrenl au dehors.
Chez l'enfant nouveau-né il n'en existe pas encore; elles ne coniniencent à se développer que vers la lin de la première année, et celles qui paraissent alors ne sont destinées à rester que pou de temps dans la bouche; vers l'âge de sept ans elles commencent à tomber pour faire place à d'autres. On donne le nom de dents de lait cà celte première série de dents, qui est propre à l'enfance.
L'évolution des dents de remplacement se fait à peu près dans l'ordre suivant :
Les quatre premières grosses molaires et les deux incisives centrales inférieures. . de 6 à 7 ans.
Les deux incisives centrales supé-
rieuies de 8 à iO
Les quatre latérales de 9 à 11
Les quatre premières petites molaires de 10 à 12
Les quatre canines de 10 à 13
Les quatre deuxièmes petites molaires de 12 à 14:
Les quatre deuxièmes grosses molaires de 13 à 17
Les quatre dernières molaires, dites de sagesse de 20 à 25
Les seuls changements naturels et appréciables que les dents éprouvent après leur accroissement, sont : l'ossification de la pulpe, l'atrophie des vaisseaux et nerfs dentaires, l'oblitération du canal dentaire, l'usure et la sortie progressive des dents, qui finissent par tomber, souvent même avant la vieillesse.
Lorsque les aliments ont été inlrodiiits clans la bouche de la manière déjà indiquée, le voile du palais s'abaisse de façon à fermer cette cavité en arrière et h les empêcher d'être avalés immédiatement v (Pi. 13, llg. 7, lambeau) -j en même temps, les mâchoires s'écartent et se rapprochent allernalivement, et, par les mouvemenls de la langue et des joues, les aliments sont continuellement ramenés sous les dénis qui sont chargées de les diviser. Lorsque ces substances ne présentent que peu de résistance, la mastication peut s'opérer à l'aide des incisives, des canines ou des petites molaires; mais, pour le cas contraire, elles doivent nécessairement être portées entre les grosses molaires dont la surface est plus large; le rapprochement de ces dents est assuré par la place qu'elles occupent dans le hord alvéola re, près de l'articulation des mâchoires m' (PI. 40, lig. 2).
Insalivalion.
Pendant que les aliments sont divisés par la mastication, ils s'imbibent de certains liquides contenus dans la bouche, et c'est ce phénomène auquel on donne le nom iV insalivalion.
Ces liquides (sans parler de ceux qui y sont apportés par les aliments eux-mêmes) sont fournis en assez grande abondance par de petites glandes que l'on observe à l'intérieur des joues, h l'union des lèvres et des gencives, sur le dos de la langue, sur le voile du palais, et surtout par les six glandes placées dans la bouche ou dans l'épaisseur de ses parois, et qui portent le nom de parotides, sous-maxillaires et sublinguales.
Les glandes parolides p' (Pi. 13, lig. 7, lambeau) sont placées sous la peau, entre l'oreille et la mâchoire :
elles s'ouvrent dans la bouche par un canal (5) placé dans l'épaisseur des joues.
Les glandes sous-maxillaires [id. m) sont placées en dedans de la partie moyenne de la mâchoire inférieure; le canal qui porte la salive formée par ces glandes, s'ouvre près du fdet de la langue.
Enfin les glandes sublinguales sont logées sous la langue, au-devant des précédentes.
Le liquide fourni par ces trois sortes de glandes porte le nom de salive. Par les mouvemenls de mastication dont nous avons parlé, ce liquide coule dans la bouche et donne aux aliments une mollesse qui rend plus facile leur sortie de cette cavité, et leur permet de pénétrer dans le pharynx pour être avalés.
Les joues , les lèvres et la langue aident beaucoup rinsalivalion des aliments, en les retenant dans la bouche, en les ramenant sous les dents et en les mélangeant avec la salive; la quantité de ce liquide est en rapport avec la saveur des substances alimentaires et avec leur nature sèche ou humide.
Déglulilion.
Dès que les aliments ont été mâchés et pénétrés par la salive, la langue e(Pl. 13, fig. 7) parcourt les replis des pai'ois de la bouche, recueille les fragments d'aliments qui peuvent y être retenus, et, par ses contractions, auxquelles viennent se lier les mouvements des joues et des lèvres , elle en forme une petite masse sphéri(jue que l'on appelle bol alimenlaire.
On peut \oir, dans la fig. 7 de la pi. 13 et le lambeau qui la recouvre , les rapports nnatomiques de la bouche , du pharynx et de l'œsoifhage. Dans la ligure 7, la langue
est horizontalement placée; dans celle du lambeau, elle est soulevée et représente le plan incliné qu'elle alfecle dans l'acle de la déglulilion. C'est sur ce plan incliné que le bol alimentaire parvient au pharynx ph , d'où il glisse dans l'eslomac à travers le conduit œ. C'est à Tintérieur du pharynx que viennent s'ouvi ir les fosses nasales b, le larynx ou canal aérien h, et la trompe gutturale de l'oreille t.
Au moment où le bol alimentaire glisse sur le plan incliné que la langue / forme par un double mouvement d'élévation de sa poinle et d'aplatissement de sa base, le voile du palais v , qui jus(|ue-là avait été abaissé , se relève en arrière et laisse béante l'ouverlure que l'on nomme isthme du gosier. Les piliers du voile du palais b (Pi. 2, lambeau retourné) augmentent encore celte ouverture, en se relâchant, et le bol alimentaire descend vers l'estomac en passant dans l'ouverture de la glotte h (Pi. d3 , (ig. 7j lambeau) par laquelle l'air pénètre dans les poumons.
Pendant la déglutition celte ouverture se ferme, et une soupape e/? (Pi. 13, lig. 7) nommée êpiglolle , qui la recouvre, s'abaisse pour empêcher les aliments d'y pénétrer. Cela pourtant peut arriver, et on avale de travers : c'est lorsqu'un rire subit, nécessitant l'élévation de l'épiglotte, permet l'introduction dans le larynx i (Pi. 43, fig. 7), de quelques parcelles alimentaires dont l'expulsion cause une respiration convulsivc et, parfois, des accidents très-graves.
f^e voile du palais , en se plaçant obliquement, empêche aussi le bol alimentaire de pénétrer dans l'ouverture postérieure des fosses nasales-, enfin, la partie inférieure de l'arrière bouche et le conduit v qui y fait suite ont la faculté de se dilater et de se contracter alternativement,
pour faire place au bol alimenlaire, et pour se resserrer ensuite sur lui et le pousser en Las : c'est par ces dilatations et ces resserremens successifs que l'aliment est porté jusqu'à la cavité de l'estomac e (Pi. 2). Le canal placé entre l'estomac et le pharynx se nomme (vsophagej l'ouverture qui sépare ce canal de l'estomac se nomme cardia, c(Pl. 3).
Chymificalion ou action de l'eslomac.
C'est par le canal œ et par l'ouverture c que chaque portion de l'aliment arrive dans Y estomac e (PI. 3), espèce de poche membraneuse qui a la forme d'une cornemuse, et qui est placée en travers, à la partie supérieure du ventre ou abdomen , vers le point appelé vulgairement le creux de l'estomac. Au fur et à mesure de leur introduction dans la cavité de cet organe, les aliments se placent les uns à côlé des autres, et préparent, par ce rapprochement, le travail de fermentation qui survient plus tard.
Lorsque l'estomac a été distendu par une assez grande quantité d'aliments , le cardia ca se resserre et apporte ainsi un obstacle soit à l'introduction de nouvelles parties, soit à la sortie de celles que contient déjà l'estomac. Lorsque, par suite d'une ingestion hop considérable d'aliments, ou de l'état maladifde l'estomac, cet organe ne peut se prêter à la distension (jne nécessite leur présence, le cardia se re'.àche, et ceu\-ci, remontant de l'œsophage dans le pharynx , et du pharynx dans la bouche, sont expulsés par des contractions de l'estomac auxquelles on a donné le nom de vomissements. Quand , au contraire, l'eslomac remj)lit librement ses fonctions, il devient le sié^c d'une série d'actions (|ui ont pour
effet de dénaturer les aliments qu'il contient, et de les réduire en une pâle d'un gris rougeâlre, viscfueuse , douceâtre et fade, le plus ordinairement acide, à lariuelle on a donné le nom de chyme. Les actions qui amènent ce changement sont : l'augmentation de la chaleur, la trituration des aliments, et leur mélange avec un liquide particulier versé dans l'intérieur de l'estomac et appelé suc gastrique., licjuide produit par diverses petites glandes qui s'ouvrent dans l'épaisseur des tuniques de l'estomac.
Pendant l'acte dehchjjmificalion tout appétit cesse, la salive est sécrétée en moindre quantité, la déglutition devient pénible et mémo impossible ; un léger frisson se fait sentir; la chaleur se concentre sur la région de l'estomac , et s'élève à 32 ou 33" centigrades; la circulation est accélérée; les mouvcmcnls respiratoires son précipités et courts; ce qui tient à la compression des poumons, dont le dévoloppcinent est gêné par la dilatation de r'estomac e (PL 2) et par le soulèvement du dia phragme d , (l\ cl' (PL ici).
Pour aider à la ch}'mification , les parois de l'estomac s'appli(iuent sur les aliments, qu'elles embrassent étroitement. Celte contraction fixe et immobile, appelée périslole , se soutient pendant tout le temps nécessaire à la chjinilication. Celte opération s'effectue successivement de la périphérie au centre de la masse alimentaire , par couches concenlritpies , de l'épaisseur d'une ligne environ. Â mesure cpiune couche ch}meuse est formée, le mouvement de périslole la il\it glisser vers \e pylore, py (PL 2), avec d'aulanl plus de facilité que le chyme est une pâle beaucoup moins consistante et plus licpiide que le bol alimenlaire. Celte couche étant expulsée, l'estomac se resserre sur celle «pii était subjacente; celle-ci
fuit à son lour, et cet effet se continue de la même manière, jusqu'à ce que tous les aliments contenus dans l'estomac soient entièrement chytniliés. Le chyme se forme autour des parois de l'estomac, et jamais on n'eu a trouvé dans le centre de la matière alimentaire.
La chymificalion commence à s'opérer une heure et demie environ après l'ingestion des aliments, et Ton peut évaluer là durée do (;e phénomène à quatre à cinq heures pour un repas ordinaire; mais ce temps varie selon la constitution digeslive de l'individu , selon la nature des aliments , leur grosseur, leur préparation culinaire, etc. Des expériences faites sur ce sujet ont établi (ju'un aliment séjourne d'autant plus long-tenqjs dans Testomac qu'il est plus nutritif; que les substances animales sont plus aisément et plus con)plétement altérées que les substances végétales: ces dernières traversent , en effet , quelquefois impunément toute la longueur du tube digestif. H résulte des mêmes expériences que les substances grasses ou albumineuses sont les moins digestibles; que les caséeuses et les fibrineuses le sont davantage , et enfin que les gros morceaux sont les moins facilement digérés. La chair bouillie est plus digestiblt; (|ue la chair rùtie. Les aliments qui déplaisent à l'estomac sont rejelés aussitôt sans altération, et ceux au contraire (jui le flattent sont digérés avec facilité. On sait que le froid appliqué extérieurement sur ce viscère suspend son action, tandis qu'une chaleur modérée raccélère.
De tout temps, les physiologistes ont été partagés d'opinion sur l'essence et l'étendue de la digestion stomacale : on en a cherché la cause dans la coction, dans la fermentation, dans la putréfaction, dans la trituration, dans la macération et dans la dissolution chimique des aliments.
Une imporlnnce exclusive a été accordée, lourà leur, A une ou à plusieurs de ces hypotlièses , et la dernière surtout a dû le grand crédit dont elle jouit encore aux expériences célèbres de Spallanzani. Ce savant physiologiste, en disséquant des oiseaux, parvint à extraire une abondanle (|uantiLé de suc gastrique, soit par la compression de leurs glandes œsophagiennes, soit en introduisant une petite éponge dans leur jabot et en l'y laissant séjourner quelqu(îs heures, pour l'en retirer ensuite tout imprégnée de ce liquide; il plaça ce suc gastrique dans de petits vases avec des aliments convenablement divisés; il développa autour de ces vases une température analogue à celle de l'estomac pendant la vie, et la masse alimentaire fut digérée artiliciellement, et se réduisit en une matière analogue à la pâte cliymeuse , produit de substances alimentaires semblables introduites dans l'estomac d'un animal pris pour terme de comparaison. Depuis Spallanzani , des faits nouveaux sont venus corroborer l'explication qu'il a donnée des phénomènes digestifs : et l'on s'est assuré que le suc gastrique , fdlré continuellement par les glandes de l'estomac, est une liqueur plus active et plus pénétrante que la salive, (ju'il attaque les principes constitutifs des aliments, qu'il les décompose et les met dans l'état d'une dissolution con)plète.
Aidé par les douces contractions des fibres musculaires de l'estomac, par les mouvements alternatifs du diaphragme et des muscles abdominaux, par l'action modérée de tout le corps, par l'air que contiennent les aliments, par la chaleur animale, par les breuvages mêlés aux nourritures solides, le suc gastrique achève ce qu'avait commencé la mastication , et ce qu'avait ébauché la salive. 11 opère, sur la pâte (|u'il imprègne ,
une mélrtmorpliosc |)lus on moins rapide et régulière, selon la force on la faiblesse de l'estomac, le choix des aliments, et d'autres circonstances.
Lorsque les aliments ont été suifisa ment altérés , soit par la trituration que produisent les resserrements de l'estomac sur lui-même, soii par le mélange des sucs gastriques; et que leur décoîiqjosilion est assez avancée pour qu'il soit impossible de les reconnaître, l'ouverture inférieure de l'estomac, nom niée j3.?//ore, py (PI. 2), qui jusque-là avait été étroitement resserrée, se dilate pour donner passage à la pâte chômeuse.
Près du pylore est une valvule qui paraît avoir pour usage d'apprécier l'altération que doivent subir les aliments avant de passer dans le duodénum </(Pl. id.).
Action des intestins ou chylification.
L'ouverture pyloriqne py (Pi. 3) fait communiquer la cavité de l'estomac avec le canal intestinal.
On donne ce nom à un long tube membraneux qui est contourné sur lui-même , et qui par son extrémité inférieure s'ouvre au dehors c, d (Pi. 2); il est logé tout entier dans la cavité de l'abdomen ou ventre, et se compose de deux parties bien distinctes : la première, trèsétroite, appelée intestin grêle d, d, i, i, i (Pi. 2) et 2, 3 (Pi. 4, fïg. 2), est le lieu où s'achève la digestion ; la seconde, boursoutlée et assez vaste, est nommée gros intestin cœ, ca, c t, cd { PL 2), et 4, 5, Q, 7, 8 (PL 4, fig. 2), et sert comme de réservoir pour le résidu de la digestion qui doit être rejeté au dehors.
La longueur de tout le tube intestinal est d'autant plus grande que l'animal se nourrit davantage de substances végétales, et vice versa. Dans ï homme, elle est
à la longueur du corps : : 1 : 7; dans la nodule^ espèce de cliauve-souris très-carnassière, on trouve la proportion de 1 : 2 ; dans le bélier, celle de 1 : 27 ; chez le têtard ou larve de la grenouille, qui se nourrit de végétaux , elle est : : 1 : 10 -, chez la grenouille au contraire, qui se nourrit d'animaux, elle est de 4 : 2.
En général, la longueur du tube intestinal va en diminuant des mammifères aux poissons; et lorsque celte longueur dans un animal s'éloigne beaucoup de celle qu'elle présente chez des animaux très-voisins, dont les habitudes sont cependant les mêmes, l'on observe alors que la largeur est bien différente : généralement elle est d'autant plus grande que l'intestin est plus court.
La raison de toutes ces différences tient à la nature de l'alimentation. Il était nécessaire, en effet, que les substances animales, dont la digestion est plus facile et plus prompte, et qu'un trop long séjour eût exposées à une décomposition putride, parcourussent avec rapidité l'intestin de l'animal Carnivore. Par la raison contraire, les aliments végétaux avaient besoin de séjourner plus long-temps dans l'intestin de l'animal herbivore, parce qu'ils avaient besoin de plus de temps pour s'assimiler à sa substance.
On trouve , dans les parois des intestins, des libres musculaires qui, en se contractant, poussent devant elles les matières contenues dans ce tube; les mouvements qu'elles exécutent sont nommés vermiformes y parce qu'ils ressemblent à ceux d'un ver.
Les intestins sont enveloppés d'une membrane trèsfmc appelée péritoine. Cette membrane sert aussi à les fixer dans la cavité du ventre. C'est elle (jui, en se repliant plusieurs fois sur elle-même , constitue: i*' une des enveloppes protcclrices des organes abdominaux ,
DE L'HOMME. 5t
l'épiploon, ep(P\. 2); 2" la membrane nommée mésentère, c, V, m (Pi. 3), et 9, 10 (Pi. 4, fig. 2), par laquelle les intestins sont retenus dans leur situation respective, et qui contient dans son épaisseur les vaisseaux: nourriciers du tube intestinal et les vaisseaux lymphatiques, V, c, (Pi. 3), qui charrient les produits de la digestion. C'est dans les replis du mésentère que s'accumule la graisse, chez les personnes qui sont très-grasses, et chez les animaux hibernants, qui, pendant leur léthargie, se nourrissent aux dépens de cette sorte de provision intérieure.
La première partie de l'intestin grêle, celle qui fait immédiatement suite à l'estomac, a été nommée duodénum ^ d (Pi. 2 et 3); c'est dans sa cavité que se passe l'acte le plus important de la digestion, c'est-à-dire le changement du chyme en un liquide rosé, d'une consistance égale à celle de l'empois, et que l'on nomme chyle. Pour passer à cet état, le chyme, qui sort incessaumient de Testomac, est arrosé de bile et de suc pancréalrque. La bile est le produit d'une grosse glande placée dans le voisinage de l'estomac, f (Pi. 2). Cette glande est'le/b/e, situé dans la partie droite de la cavité du ventre; il reçoit dans sa substance une assez grande quantilédesang et il en extrait le lluide dont nous avons parlé (la bile). Ce fluide s'amasse peu à peu dans une petite poche adhérente à la surface inférieure du foie, et que l'on nomme la vésicule du fiel v. b (PI. 2). Des canaux qui proviennent soit de cette vésicule , soit du foie lui-même, se réunissent pour former un conduit qui perce les parois du duodénum et verse dans sa cavité la bile qui le parcourt; ces canaux sont noniiiiés hépatiques et biliaires ce (Pi. 2).
La disposition de la planche 2 permet : 1° de rétablir
52 PHYSTOLOGir.
les rapports anatomiques du foie et de l'estomac , en abaissant le foie f; 2° de comprendre les relations de la vésicule du fiel v. b. avec le duodénum en soulevant ce même lambeau.
Une autre glande p (Pi. id.) située près de l'estomac et nommée pancréas, verse le suc qu'elle sécrète dans la cavité du duodénum. La structure de cet oraane, analogue à celle des glandes salivaires, a fait présumer qu'il remplissait des fonctions identiques; son produit a même été, par cette raison, considéré comme une espèce de salive. Quoi qu'il en soit , le conduit de cette dernière humeur vient s'ouvrir dans le duodénum, ou isolément, ou conjointement avec le canal cholédoque, à cinq travers de doigt de distance environ du pylore 2? (PI. 2).
C'est au mélange du chyme avec ces deux fluides (le suc pancréatique et la bile) qu'est due la formation du chyle. Dans ce mélange, sa couleur change, son odeur aigre diminue; il prend une saveur amère, puis se sépare en deux portions : l'une liquide, c'est le chyle; l'autre solide, formée par le résidu impropre à la nutrition et qui doit être expulsé du corps. Le chyle se précipite à la surface de l'inteslin pour y être absorbé par les petits vaisseaux qui viennent s'y ouvrir v. c, i^. c (Pi. 3); ces vaisseaux sont noinn)és chylifères , à cause du fluide qu'ils charrient. Plus la pâle chymeuse s'avance dans le tube intestinal, plus elle se trouve dépouillée du chyle qu'elle contient; et quand elle arrive dans le gros intestin cœ, c. a, c. l, c. d (Pi. 2), elle peut être rejetée hors du corps, car elle ne contient plus rien de nulritif.
Absorption du chyle.
Au moyen de la digestion, la partie nutritive des aliments est transformée, comme nous l'avons vu, en un liquide destiné à se mêler au sang et à pénétrer avec lui dans toutes les parties du corps-, m;us le cliyle ainsi formé est renfermé dans les intestins, et nous avons maintenant à examiner comment il pent s'échapper du tube digestif, et pénétrer dans les vaissea'ix sanguins.
Le chyle est pompé par les bouches des vaisseaux lymphatiques qui s'ouvrent, dans l'intérieur du tube intestinal, en nombre d'autant plus grand que l'on remonte à une partie plus supérieure de ce tube. Ces vaisseaux traversent le mésentère ?«, m,v. c, v. c (PI. 3), aboutissent à des glandes lymphatiques placées dans la duplicature de cette portion du péritoine, en sortent en moins grand nombre, et ainsi plusieurs fois de suite, jusqu'à ce qu'ils viennent se rendre dans le réservoir de Pecquet, placé sur la partie antérieure du corps des vertèbres lombaires r. /) (PI. I). 13e ce réservoir port le canal thoraciquc c. t (Pi. id.), qui, montant sur la partie gauche de la colonne vertébrale, va verser le chyle dans la veine sous-claviére du même côté v. s. g (PI. id.); cette veine va s'ouvrir dans la veine-cave supérieure , que reçoit l'oreillette droite du cœur v. s. d{V\. id. et PI. G,fig. 3).
A l'aide des divci-ses figures et des divers plans superposés de la Pi. 3, j'ai cherché à donner une idée de l'ensemble des divers actes de la digestion. Les !a(nbeaux de la figure du milieu permettent de suivre l'aliment dans les divers poinis de sa route et dans les modifications successives qu'il doit y subir. Dans la
figure 7 (le la PI. 13 j'ai conservé les rapports anatomiqiies du canal aérien et de l'œsopliage, pour montrer la manière dont le larynx h s'ouvre dans l'arriérebouche /?. En retournant la lète de la ligure du milieu de la Pi. 2, on voit la partie poslérieure de la langue /, au bas de laquelle est située l'ouverture du larynx ep, et plus bas encore l'enlrée de l'œsophage œ; sur les cotés sont indi(jués les muscles du pharynx, ph^ dont le resserrement et le relâclienienl alternatifs opèrent la dégluliiion des aliments. Dans le milieu de son étendue, l'œsophage est ouvert et on voit l'inléi'ieur, œ, de ce canal, l'ouverture cardia ca, l'estomac e. L'ouverture pjloi'icjue, PU, conduit à l'inlestin duodénum, f/, que l'on met à découvert en soulevant le foie, f, et c'est à la surface intérieure de cet intestin que s'ouvrent les innombrables vaisseaux capillaires par les([ucls est absorbé le chyle v. c (Pi. 3).
Ainsi qu'il a déjà été dit, ces vaisseaux, d'abord extrêmement déliés et eu très-grand nombre, s'unissent entre eux et forment des canaux plus gros, qui à leur lour se réunissent, traversent les glandes mésenlériques, et vont s'ouvrirdans le réservoir de Pecquet, r p (Pi. 1). Dans ce trajet, le ch\ le devient d'autant plus rougeàlre, coagulable et abondant en cruorj (|u'on l'observe plus près du réservoir. Des dillicultés d'exécution m'ont empêché de dérouler de la même manière tout le canal intestinal, et j'ai dû nie borner cà l'aire voir trois anses intestinales; mais j'ai la conliance que l'intelligence de mes lecteurs y suppléera.
Par suite des mouvements contractiles de l'intestin grèlc , le résidu du chyme passe dans le cœcum, où il s'accumule sans |)ouvoii' revenir dans le |)remier. Un phénomène analogue s'établit bientiU dans le gros ia-
DE L'HOVIMK. 55
testin. La progression est lente, soit à cause de la disposition en cul-de-saCdu eœcuni, soit à cause des nombreuses cellules et des contours de l'inlestin, dans lequel le mouvement a souvent lieu contre les lois de la pesanteur. La matière, dépouillée de tout le chyle, devient, en traversant le gros intestin, plus dure, plus foncée, et prend une odeur fétide. Elle se compose, en grande partie, du résidu des aliments, que quelquefois l'on retrouve en nature; de diUerenls sucs altérés, en particulier de la bile, qui joue ici un grand rôle , et de gaz fétides dans lesquels prédominent l'azote, l'iiydrogène simple, carboné ou sulfuré.
Les matières alimentaires nécessaires pour renouveler les matériaux dont les organes se composent sont puisées, coaiuie nous l'avons vu, au dehors de l'animal, et ont besoin, pour servir à sa nulrilion, de subir une préparation [>arliculiére à laquelle on donne le nom de digestion.
La première des fonctions de nutrition est par conséquent chez l'homme, de même (pie chez tous les autres animaux, celle de la iu(u:siio.n.
Mais les matières nutritives, ainsi élaborées, ne doivent pas demeurer dans la cavité digeslive. Pour servir à l'entretien des organes, il faut qu'elles passent, de cette cavité, dans la substance même du coi-ps et qu'elles deviennent du sang. Ce liquide particulier porte dans tous les organes les matières nécessaires à leur entre-' tien 5 il sert en même teujps à entraîner, hors de leur substance, les particules éliminées par le travail nutritif, et destinées à être expulsées du corps. C'est un lluide plus ou moins rouge, onctueux, légèrement visqueux, plus pesant que l'eau , d'odeur fade, nauséabomie , de saveur salée, et savonneux au toucher. L'analyse mi-
croscopique y dùiiionlre do In sérosilc tenant en suspension des globules qui sont circulaires dans les mammifères, elliptiques chez les oiseaux, du diamèXre de 4/150'= de millimètre, et qui paraissent composés d'un globule centrai incolore contenu dans une enveloppe colorée. Vanalyse spontanée du sang y démontre une vapeur qui s échappe au moment où ce li(piide sort de ses vaisseaux , ainsi qu'une certaine (juanlité d'acide carbonique : puis il devient gélatineux et se divise enfin en sérum liquide, limpide, jaune- verdàtre, plus pesant que Teau distillée et présentant au microscope de nombreux grumeaux albumineux ; et en caillot ou cruor solide, rouge, mollasse, comme spongieux cî composé de globules arrondis et réguliers.
A mesure que les analyses du sang se perfectionnent, on arrive à retrouver dans ce iluide presque tous les éléments des organes; tels sont : la librine pour les muscles , l'albumine pour un grand nombre de tissus, la matière grasse du cerveau et des nerfs , les phosphates de chaux et de magnésie pour les os, l'urée après l'ablation des reins, la matière jaune de la bile, etc.
Le sang présente de nombreuses variétés, selon qu'il est artériel ou veineux, selon le sexe, l'âge, la race, et surtout suivant l'état de maladie.
Pour que le chyle reçût les dernières modifications qui doivent en faire du sang , il fallait qu'il lut mis en contact avec l'air atmosphériijue ; et qu'en empruntant à cet élément des principes réparateurs il pût lui abandonner des matériaux inutiles pour la nutrition des organes, et qui doivent nécessairement être expulsés du corps. C'est pour arriver à ce résidlat que le canal thoracique s'ouvre dans la veine sous-clavière gauche, et y verse le chyle qu'il contient c. t, v. s. g (PI. 1),
et id. (Pi. G, lig. 3). C'est là que se fait la communication la plus importante des vaisseaux sanguins et des vaisseaux ciiylifèies : je dis la plus importante, car le chyle est mêlé au sang veineux dans d'autres points de la poitrine et du bas-ventre, mais il ne l'est que par l'abouchement de vaisseaux inliniment déliés , et aussi variables dans leur nombre que dans leur situation. La combinaison du chyle avec le sang veineux n'a pas lieu au moment où ces deux tluides sont mis en contact dans la veine sous-clavière gauche ; pendant quelque temps ces deux fluides coulent côte à côte sans se mêler, et ce n'est réellement que dans le cœur c ( Pi. 3, lambeau) et lig. 3 (Pi. 0) qu'ils confondent ensemble leur nature. Ji)st|ue-là il est facile de les distinguer en ouvrant, sur un animal vivant, les veines sous-clavière gauche, sous-clavière droite et cave supérieure : on voit très-aisément alors les deux colonnes de ces fluides se diriger isolément vers le cœur, et l'on reconnaît l'une à sa teinte livide et à sa consistance épaisse, c'est le sang; l'autre à sa couleur laiteuse et à son peu de densilé, c'est le cbyle.
Maintenant que nous sommes arrivés, par l'étude des actions digestiNCs, à la connaissance du chyle, de ce fluide réparateur qu'elles sont destinées à élaborer, recherchons, dans un autre appareil, le secret des modifications nouvelles que subira le chyle lui-même.
Pour favoriser son rapprochement avec l'air atmosphérique, la voie la plus courte était de le mêler avec le sang veineux qui, lui aussi, a besoin de se revivifier au contact de ce fluide: ce but est rempli par un mélange qui a lieu dans la veine sous-clavière gauche v, s. g (Pi. 3) et V. c. s (Pi. G, lig. 3). Mais comment le sang veineux et le chyle mêlés arrivent-ils dans l'appareil
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pulmonaire? C'«îst ce que nous allons examiner hienlùt, après avoir dil quelques mois d'une dinicullé (jui se présente, et qui peut ôter h notre description quelque chose de la clarté que nous nous étions proposée.
Les fonctions de la vie ne reposent pas sur des actes tellement tranchés, l'histoire de chacune d'elles ne constitue pas un tout lellement couq:)let, absolu et indépendant, que l'on ne doive s'attendre à y rencontrer des points d'intersection et des transitions qui les lient les unes aux autres et (jui, parfois, les enlacent étroitement.
Déjà nous avons vu les actions digeslives se fondre, en quelque sorte, dans la circulation, en empruntant le secours de cette fonction pour exporter leurs produits; bientôt nous allons retrouver cette même circulation prêtant ses vaisseaux conducteurs et son organe central d'impulsion , pour porter dans les poumons un sang vicié qui, bientôt après, sortira de ces organes enrichi de qualité nutritives; plus tard la circulation sera de nouveau chargée du soin de faire parcourir à ce iluide tous les tissus de l'organisalion, et c'est par elle que sera opéré le mouvement continuel de conq:)osilion et de décomposition cpii a reçu plus [)articulièrenient le nom de nutrition.
Ainsi, pour suivre, sur les pas de la nature, l'histoire de ces diverses actions, il conviendrait, avant de passer de l'étude de la digestion à celle de la respn\ation, d'entamer l'examen de la circulation, puis de revenir à la respiration, et de linir en complétant l'examen des phénomènes circulatoires. Ces dépendances mutuelles qu'un tableau présenterait simultanément, mais qui, dans un livre, ne peuvent être décrites que successivement, seront plus lard moins difficiles à saisir. Pour ce moment, et
afin de ne pas engager le leeteiir dans les détours d'un labyrinthe inextricable, je m'occuperai immédiatement de l'étude de la respiration , et j'examinerai les changements que ce nouvel acte apporte au tluide nourricier, sans me préoccuper de l'origine de ce fluide, ni de l'impulsion qui l'a porté jusque dans le tissu des poumons.
Avant de passer à l'examen des p'iénomènes respiratoires, et de constater les changements importants que le sang veineux et le ch}le reçoivent dans les poumons, il est indispensable de dire quelques mois de Yabsorption, cet acte par le({uel les êtres vivants pompent et mêlent à leurs' humeurs les substances qui les environnent, et celles qui sont déposées dans la profondeur de leurs organes.
Absorption.
L'absorption s'exerce, dans le canal alimentaire, sur les alinieuts ou les boissons; à la surface de la peau et des membranes muqueuses, sur les substances étrangères avec lesquelles ces membranes sont accidentellement mises en contact.
Ainsi, tous les points du corps peuvent être le siège de l'absorption qui, ainsi que nous venons de l'indiquer, n'est autre chose que l'ensemble des actions par lesquelles sont recueillis les matériaux nutritifs, tant externes qu'internes, et sont fabriqués les lluides qui serviront eux-mêmes de base à la composition du sang.
Les absorptions se distinguent en absorption digeslive, (pii se fait dans l'appareil digestif, sur les aliments et les boissons, soit par les vaisseaux c/n/liferes, soit par les veines. Les veines absorbent plus si)écialement les
èÔ Pffi'SIOLOGIE
boissons et les substances étrangères, telles que les substances colorantes, odorantes et salines; les vaisseaux clijlifères absorbent spécialement les aliments, et trèsrarement les substances étrangères. L' absorplion respira/o/re agit au dedans des poumons sur l'air de la respiration ; Vabsorplion inlerslUielle ou décomposante reprend dans tous les organes du corps un certain nombre de leurs matéiiaux, pour que son volume n'augmente pas indéfiniment, et que la décomposition é(juilibre en lui la composition. C'est cette absorption interstitielle qui diminue le thymus après la naissance, etc. Les vaisseaux lymphatiques et les radicules veineuses en sont les agents.
Je ne crois pas nécessaire de parler ici de la composition de la lymphe : cette humeur est peu différente du chyle, et l'analyse chimique y a retrouvé à peu près les mêmes éléments. Il importe de connaître son origine. La lymphe est une humeur formée de matériaux saisis dans la profondeur de toutes les parties, et de la réunion de tous les sucs produits par l'organisation tout entière. Ces sucs, versés dans des surfaces qui n'ont aucune comuiunication au dehors, augtnenleraient indéfiniment, si l'absorption ne les reprenait à mesure que la sécrétion les a produits. Il est bien évideiît (|ue le résultat d'une réunion de fUiides si disparates, el qui n'ont lien de commun (pie la source d'où ils proviennent, c'est à-dire le sang, ne saurait présenter une composition aussi spéciale que celle de la lymphe, si elle n'était modifiée par les organes (|ui la recueillent et par ceux qui la charrient.
Toutefois, les physiologistes sont loin de s'accorder sur cette origine multiplie de la lymphe : les uns pensent qu'elle consiste seulement dans les sucs sécrétés , d'au-
très y ajoutent les éléments usés qui constituent les organes : suivant une troisième opinion , la partie séreuse du sang , arrivée aux dernières extrémités des vaisseaux particuliers dans lesquels il circule, passerait dans les vaisseaux lymphatiques au lieu d'être reprise par les veines-
Ce qu'il y a de certain, c'est que la lymphe n'existe pas comme fluide avant qu'on ne la voie dans les vaisseaux absorbants qui la recueillent, et qu'elle n'est visible qu'après qu'elle en a franchi les radicules. Elle s'avance alors à travers les nombreux ganglions qui lui servent de point de repos; ou, après s'être sans doute perfectionnée, elle se rend soit dans le canal thoracique, où nous avons vu qu'elle se mêlait avec le ch)le, soit dans un grand vaisseau hmphatiquc situé sur la colonne vertébrale du côté opposé au canal thoracique , et aboutissant dans la veine sous-clavière droite, qui lui correspond c. / (Pi. 1).
Tous les points du corps peuvent être le siège d'une absorption plus ou moins rapide; c'est par ce phénomène que les licjuides injectés dans l'estomac se retrouvent peu de temps a|)rès mêlés au sang veineux. Seul, il peut expliquer comment des poisons placés sur les lèvres , sur l'œil , ou sur une petite écorchure de la peau, pénètrent dans l'intérieur du corps et donnent la mort avec la même rapidité que s'ils eussi'ut été introduits directement dans l'estomac.
RESPIKATIOX,
La respiration est l'acte des fonctions nutritives dans lequel les produits des absorptions , le chyh' et le sang veineux sont changés en un ikiide éminemment nutiitif
et réparateur. Cette conversion se fait dans les poumons, sous l'influence de l'air atmosphérique.
Air.
L'air entoure la terre d'une coucliede plus de quinze lieues d'épaisseur : il eonstilue ainsi l'atmosphère (jui nous presse de toutes parts, se trouve en contact immédiat avec nos parties vivantes, et remplit toutes les cavités de notre corps qui communiquent à l'extérieur.
L'air atmosphérique est composé de soixante dix-neuf parties de gaz azote, de vingt-une parties de gaz oxygène, d'un atome de gaz acide carbonique et d'une quantité variable de vapeur d'eau. Une foule d'autres substances et de principes viennent souvent compliquer sa composition , mais il est rare que ce ne soit pas au préjudice c\e h respiration. Les proportions d'o\}gène et d'azote sont essentielles à l'accomplissement régulier de cette fonction. Un excès d'azote amène la sufibcalion, tandis qu'un surcroît d'oxygène use la vie : nous dirons plus bas pourquoi. L'air le plus favorable à la respiration est celui qui réunit aux principes que nous venons d'indi(juer un certain degré de sécheresse et une température modérée. Il est cependant certains cas de maladie dans les(jnels la respiration se trouve aidçe par un air moins pur, surtout |)lus humide : c'est ainsi (|ue les phthisiques préfèrent l'air épais et chargé d'éinanatu)ns animales , tel (|u"on le rencontre dans les étables, à l'air sec et vif (|u'on respire dans les lieux élevés.
L'o\>gène est le principe actif de l'air; la fonction qui nous occupe dépend entièrement de son action : c'est, d'ailleurs, le gaz au(iuel se lapporlenl la plupart des
DE L'HOMME. Gî
combinaisons chimiques. Le gaz azote n'est là que pour le diviser, pour étendre son volume, de iiianière à ce qu'il pénètre d'une manière égale et nnilbrme dans toutes les parties de la poitrine. Telle est aussi la raison pour laquelle les deux gaz ne sont point intimement unis dans l'atmosphère, mais simplement dans un élat de mélange qui leur permet de se séparer l'un de l'autre avec la plus grande facilité.
On sait que la combustion est due à l'oxygène : c'est par la combinaison de ce gaz avec certains corps que s'opère ce phénomène. Nous verrons quelle intluence il exerce dans la production de la chaleur animale, si, toutefois, ce dernier phénomène n'est pas entièrement dû à l'action de ce gaz sur le sang.
Poumons.
Les poumons sont des organes spongieux ; ils sont contenus dans la cavité de la |)oitrine/>. cl. dp. g (PI. 3, lambeaux) et formés par la réunion d'un grand nonjbre de vésicules qui communiquent toutes les unes avec les autres. C'est dans ces vésicules que s'inlroduii l'air extérieur : quand il pénètre dans leurs cavités, il les distend et augmente ainsi le \olume total du poumon, c'est ce qui arrive dans l'inspiration ; quand , au contraire, les poumons se vident de l'air qu^i les avait distendus, leur volume diminue, c'est ce qui arrive dans l'expiration. La respiration dilfère de l'acte nutritif que nous venons d'étudier, en ce que son exercice doit avoir lieu sans interruption, car l'entretien de la vie dépend de cette continuité d'action; tandis que la digestion ne s'exécute (jue par intervalles. L'action de cette dernière
fonction peut être, en eftet, suspendue pendant un temps plus ou moins long, sans que la mort en soit la suite instantanée, comme le prouvent les abstinences prolongées qu'ont subies certains individus dans des circonstances particulières.
La respiration est caractérisée par l'entrée et la sortie alternative de l'air dans les poumons : c'est donc un mode de digestion dont l'air est l'agent.
Canaux aériens.
L'air arrive dans la structure spongieuse des poumons à l'aide de petits canaux qui se ramifient dans leur substance. Ces canaux sont appelés bronches, br (Pi. 3), br (Pi. 5, « et 5, 6)5 ils sont le résultat de la division d'un conduit unique, (ju'on appelle trachée-arlère , t (id. id.). Cette tracliée-artère communique elle-même avec l'arrière bouche par un canal plus évasé , appelé larynx, /(id. id.);/i, /(Pi. 13, lig. 7) et (ig. 7, 8 (PI. G): c'est dans la cavité de ce dernier organe que se passe le phénomène de la voix, qui est le produit des vibrations imprimées à l'air par la cavité du larynx. Larynx, trachée-artère, bronches sont donc des noms destinés à désigner divers points d'un seul et même canal, qui est le canal aérien. La planche 5, rt, et son verso, la planche 5, b, donnent une idée assez satisfaisante des rapports analomiques de ces divers canaux ; à la planche 5, a on voit la face antérieure des canaux aériens et des poumons dans lesquels ils se distribuent ; au verso, et dans les mêmes contours, on voit leur face postérieure. Tous ces conduits sont tapissés par une membrane mince qui se continue supérieurement avec celle qui revêt l'intérieur de l'arrière-bouche, des fosses
UJ: L'HOMME. 65
nasales (;l <lc la bouche-, ils sont CoPinf-s j)ar un grand n;)nibre tic p(;îils cerceaux cartilagineux placés les uns au-dessus des aulres t. br (id. id.). Ces anneaux sonl trcs-élasti(jues, eleujpèchent le canal aérien de s'atlaisser, et d'opposer ainsi un obstacle à rariivéo de Pair dans les poumons.
C'est en s'introduisant par les fosses nasales b (PI. i3, lig. 7) ou la bouche u (id. id.), dans larrière-bouche , dans le larynx, dans la trachée-artère et dans les bronches, que l'air extérieur pénètre jusque dans les cellules pulmonaires. Conjnie les canaux qu'il parcourt se subdivisent sans cesse en diminuant de volume, la colonne d'air se trouve aussi se diviser, et elle n'arrive dans les cellules des poumons que sous des volumes très-déliés. C'est à cet état seulement que s'opère l'aclion de l'air sur le sang veineux , (jui , de son côté , a été apporté dans les poumons par des vaisseaux que nous connaîtrons plus lard.
Pour le moment il nous suffit de savoir (ju'aussitot qu'une bulle d'air est mise en conlacl avec une particule de Sc-^ng veineux, ce sang éprouve un changement notable : il était noir, lourd , épais , chargé de principes non nulrilils et de produits excrémentiliels recueillis dans tous les points du corps : il charriait de la sérosité, de la Ivmphe, des matières carbonées; l'air extérieur vient-il à l'atteindre, au moment môme ce sang veineux est décon)posé, et lait place à un sang rouge , spumeux, et qui a reçu de cette modilication les (|ualilés nutritives qu'il n'avait pas auparavant.
Oue s'(\st-il donc passé dans ce contact de deux (îuides si dilïèrents, l'air et le sang veineux? L'air a été déconqjosé, le sang veineux la été également : en entrant dans les poumons, l'air contenait, sur 100 parsi
66 riIVSIOLCGl!-:
lies, 79 d'azote, de 20 à 21 dowgriie, cl (jir'1(|iics traces de carbone; on sortant dn po Miion, il n'a pliis que 18 parties d'oxvgène, '2 on ,3 d acide cîn boni(iue , 79 d'azote. C'est dune au mélange de 1 owgène avec le sang veineux qu'est due la formation du sang nutritil' ou artériel. C'est à l'oxygène (jue l'air doit ses propriétés \ivifiantes; par la respiration des animaux, cet oxygène dispaiait en partie et se tro'.'ve remplacé [>:n' un autre gaz appelé acide carbonique.
Le gaz acide carbonique , loin d'être propre à l'entretien de la vie, agit même comuic un poison sur les animaux qui le respirent pendant (juehpic (en)ps, et il en occasionne la mort.
Par la respiration des animaux dans un lieu on l'air ne se renouvelle pas facilement , l'air peut donc cire peu à peu vicié et produire l'asphyxie.
Le gaz acide carbonique (qui est composé d'oxygène combiné avec du caibone ou charbon) cteint les corj)s en combustion; il se forme aussi par !a combustion du charbon, peadanl la (érmentalion du vin, de la bière, etc. C'est de l'action de cet acide sur l'économie animale que dépend l'asphyxie produite par la vapeur du charbon, ainsi que la-j)luparl d(\s accidents du même genre qui ont lieu dans les mines, les souterrains, les puits, et dans les cuves où fermente le vin ou la bière. Dans une grotte située près de iNaj)les , il s'en dégage continuellement de l'intérieur de la terre, et ce gaz occasionne des phénomènes qui, au piemier aperçu, paraissent très-singuliers et excitent la curiosité de tous les voyageurs : lorsqu'un honune entre dans celte caverne, il n'éprouve aucune gène dans la res[)iration ; mais s'il est accomj)agné d'un chien, cet animal ne tarde pas à tomber asphyxié à ses pieds, et j»érirait pronq)t(v
DE L'ilOMME. e?
ment si on no !e roporlnit nu grand air. Cela dépend de C(3 <]iie Tacide c;!rljoni(|iie , ùlnnl beaucoup plus lourd que l'air, ne s'y élève pas, mais reste près du sol et y ibrmc une couche d'environ deux pieds d'épaisseur. Or, un chien qui pénètre dans la grotte se trouve par conséquent plongé tout op.lier dans ce gaz méphitique, et doit nécessairei;.enl s'y asphyxier; tandis qu'un homme, dont la (aille est beaucoup plus élevée, n'a que la parlie inférieure de son corps exposée à l'action de l'acide carbonique, et respire librement l'air pur qui se trouve au-dessus. Ce lieu remarquable est connu sous le nom de la grolle du Chien.
Une source atniosphéri([uc fort curieuse existe dans les bois qui entourent le lac Laacher, et rappelle, quoi- (jue sur une échelle j)lus [lelile, la grotte du Chien. C'est un dégagiMP.ent souterrain d'acide carbonique, qui se fait jour silencieusement à travers le sol, et vient aboutir dans une espèce de fosse de deux à trois pieds de profondeur, pratiquée dans la terre végétale au milieu des l)roussailles. Lorsque l'air est calme, la cavité se remplit pres(|uc uniquement d'acide carbonique, et il en résulte une asphyxie assez prompte pour les êtres (jui viennent \ respirer, f.e fond du trou est couvert de débris : les insectes et surtout les fourmis y arrivent en grand nondjre pour chercher leur nourriture, mais, privés d'air, ils y demeurent la plupart; et les oiseaux à leur tour, apercevant l'appât trompeur, volent vers le piège, et y sont [)ris. Les bûcherons, qui sont au courant de celte manœuvre, visitent régulièrement la source aln!Ospliéri(pie(le Laacher, et tirent profit de cette chasse dont la nature seule fait tous les frais.
i^'air expulsé des poumons est en partie dépouillé de son oxygène et chargé de gaz acide carbonique ; mais ^
outre co cliangement de composilion chimi(|uc, il diffère de l'air inspiré par la f|iianlilc de vapeur aqueuse qu'il entraîne avec lui, et qu'il abandonne en se refroidissant : cette exiialation se voit surtout en hiver, où l'air expiré s'écliappe de la bouclie ou du nez sous forme de vapeur. Cette eau on vapeur provient, comme l'acidec rboni(jUG, du sang (|ui traverse les poumons, et constitue ce que les physiologistes appellent la Iranspiration pulmonaire.
Chaleur animale.
Nous avons dit (ju'on admet aujourd'hui que la cause delà chaleur animale est la combustion de l'indrogène et du carbone du sang veineux par l'oxygène de l'air inspiré. Cela ne veut j)ns dire (jucî le poumon soit un foyer constamment endjrasé- le l'ail seul de sa teuq)érature , €(ui n'est pas sensiblement plus élevée que celle des autres organes, se refuse à l'admission d'une o])inion semblabh'. Mais, sans chercher a couiparer rigoureusement les phénomènes de l'oxygénation du sang avec les elfels (|ui se manifestent par l'action de ce gaz sur les corps inorganiques, il est permis de présumer (]ue, si l'oxygène est émineu)nient propre à développer la chaleur dans tous les corps, il doit être un des principes qui la font naître et l'entretiennent dans l'homme et dans les animaux.
La faculté de produire ainsi de la chaleur leur est commune à tous : mais la plupait de ces êtres développent si peu de caloriiiue, (ju'il ne peut être apprécié par nos thermomètres ordinaires ; taiulis que chez d'autres la production de la chah'ur est si grande,
qu'on n'a même pns besoin d'inslrinr.onls de plijsiqiie pour en conslalor re\islence.
Celle différence énorme, dans la faculté de produire de la chaleur, occasionne des différences correspondantes dans la tempéi'ature des divers animaux. Un tliermomètre placé dans le corps d'un cliien ou d'un oiseau, par exemple, s'élèvera toujours à 3G ou 40'* (cenligiades ) , tandis que dans le corps d'une grenouille ou d'un poisson il indiquera une température à peu près égale à celle de ralmosphèro au moment de l'expérience.
On donne le nom iV animaux à sang froid à ceux qui ne produisent pas assez de eliah^ur pour avoir une température propre et indépendante des variations atmosphériques; et on aj)pell(.' animaux à sang chaud ceux qui conservent une lempératnre à peu près constante, au milieu des variations ordinaires de chaleur cl de froid auxquelles ils sont exposés, et <pii présentent même ordinairement un excès sensible de chaleur sur les corps environnants. Les oiseaux et les mainmirères sont les seuls êtres (jui appartiennent à celle deiiiière catégorie, tous lesaulres anim;iux sont des anim.aux à sang froid.
La température du corps de l'Iionime est de 30" centigrades (ou 29 ilu tliermoinèlre de Uéaumur) soit sMi Sibérie où le i'roid atteint jiisqu'à 70", soil en ^igrilie où la chaleur s'élève jusqu'à iO" , ot , d'après quei(|'ies observations récentes, à M'i", et même à Tiô". La lempérature de la j)li!part d(\s autres mainmifères ne varie guèie que de 30 à 40", celle des oiseaux s'élève à environ 42° centigrades.
L'appareil de la caloi ilication est un point sur lequel les pliNsiologisles sont fort di\isés. Les uns n'admelleul
pas (l'appareil : tel csl Cliaussicr, qui admel sous lo nom de caloricilé une propriélé vitale priinilivu en vertu de laquelle les êtres vivants dégagent leur calorique. D'autres admettent un appareil distinct; il serait, suivant les uns, local cl unique : le cœur, les poumons, le système nerveux et surtout la moelle épinière. Suivant les auties, il serait miilliplc : ainsi le calorique serait dégagé, dans tout le cours de la circulation, pnr (juelqne cause niécani(jue, telle que le Crottement ; ou dans le parencliyme de chacun des organes sous riiilUience du sang artériel el du système nerveux. Aujourd'hui l'on reconnaît que la calorilicalion est, en général, en raison directe de 1 intensité de la respiration. Cette lliéoi ie se démontre dans la série des êtres , ainsi les animaux à sang froid res})irenl tiès-incomplétcp.ient; el les oiseaux, qui sont, de tous les animaux à sang chaud, ceux qui développenl le plus de chaleur, ont aussi m\Q respiralion double. Les divers âges de l'homme donnent encore une cunlirmalion à la théorie que nous venons d'exposer : ainsi reniant nouveau-né et le vieillard ont une température bien plus basse que le jeune homme.
rarn)i les théories proposées pour rendre compte de la production de la chaleur dans l'acte respiratoire, celle de Lavoisier et de Séguin tient le premier rang. Suivant eux , la chaleur piovieiil de la combustion de l'hydrogène el du carboncdu saiig veineux par l'oxygène de l'ail- inspiié; mais cette llu'orie ne rmd pas compte de tonte la chaleur dégagée. Ainsi, l'acide carbonique exhalé n'est [)oinl en r;ipport nécessaire av(!c l'oxygène absorbé ; cet acide peut être exhalé, quoi(pic l'animal ne respire (jue de Ihydrogêne; la chaleur (pii serait produite par la formation de cet acide ne serait que les Ai) à OU centièmes de la ehaleui' dcgagi'e [lar I animal j
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enlin, si l'on njoiilc à colto (|unnlit('' la (|iuintitc produite par la forinalion de leau , l'on n'obliendra que les 70 à 80 cenlièiiies do la cliakur lolale; il faudrail donc recourir à une aiUro cause qui proluïrail le surplus-, ce serait une sécrélioiî, suivant les uns, une action essentiellement nerveuse, selon d'autres.
Quant aux causes du rcIVoidisseinent, ce sont : 1' le rayonnement (dont les vêtements sont deslinés à ralentir les effets) ; 2 le contact permanent et le renauvelleuient des couches d'air qui entourent le corps; 3" la soustraction de calorique produite, dans les poumons, par l'air frais qui y est introduit; A" la transpii'ation pulmonaire -, 5" la transpiration et l'évaporalion cutanées : cette dernière cause, la plus efljcace de toutes, signalée, pour la première fois, j)ar Franklin, qui comparait le corps à un alcarnzas, a élc démontrée par lus expériences de Berger et Delaroche.
Après avoir établi les causes de la chaleur animale et celles du refroidissement, cherchons à exp'icpiei" la j)0Ssibililé d'une température à peu près lixe. Supposons un homme plon^ié dans une atmosphère à 10'' au-dessous de 0 ; toute la surface de sa piau se refioidira, la transpiration cutanée sera réduite au îninimum, et dèslors la production intérieure de la chaleur ne sera plus nécessaire que pour réj)arer les perles produites par le rayonnement et par la coruluctibililé. Si, ;iu contraire, cet honîinc est plongé dans une atmosphère de 50", la peau s'échauffera, la transpiration cutanée et l'évapoialion deviendront intenses, et dans les deux cas l'équilibre se rétablira. Mais si le sujet est plongé dans un bain très-chaud, l'évaporalion ne pourra [jIus avoir lieu, et la (liorl pourra survenir.
Tous les gaz ne [îeuvenl pas favoris 'r la fornn'.ion du
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sang aiii'i ici, <jni es[ diie bien ('vidomiiiciU au coiilact de l'oxygène. Si loiil atili e i^az se Irotive dans les poumons, il amène pins on moins promjilenie:it la mort. L'oxygène lui-niènie, (juand il est pur, devient morlclj son mélange avec Tazole, dans des proportions ditïérentes de celles de l'air, ne peut pas être impunément respiré. On appelle gaz méphilicjues ceux ([ui non-seulement ne peuvent enlrelenir la respiiation des animaux, mais les luent plus ou moins promplcmcnt.
Puis(|ue l'air est vicié par la respiralion, puis(]ue son oxygène disparait pourèlre reirplacé par l'acide carboni(jue, on compreuil i'aeilemcnl que ce iluide doive se renouveler sans cesse dans l'inlérieur des poumons : et c'est eiïeclivement ce (|ui a lien par suite des n»onvcnienls alternalils d'inspiration et d'expiration.
Mécanisme de la respiralion.
Le mécanisme par lequel l'air est appelé dans les poumons, ou en est expulsé, est très-sinqjle et lesscmble assez bien au jeu d'un soulllel, avec celle dinérence que, pour les poumons, Taii' jjénèlre dans cet organe et s'en échappe par le même conduit, ce qui n'a pas lieu pour le souiilet. lin elfet, les poumons sont logés dans une grande cavité, appelée poitrine ou llioiax co et s (Pi. "i, lig- 1 <^l^-)î dont les parois sont mobiles et disposées de l'aron à pouvoir s'agrandir et se resserrer alternativement-, les pounions suivent toutes ces variations, et se dilatent ou diminuent [;ar suite de ces mouvements. Dans le premiei- cas, Vinspiralion (le thorax se dilate), l'air pressé par tout le poids de l'atmosphère se préci})ile dans la poilrine à travers la bouche on les fosses nasales et la trachée-arlère, et vient remplir les
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cellules piilinoiiaires , de la niéino manière que l'eau monte dans une poiiij3e dont on élève le piston. Dans le second cas. lois du iiiouvemcnt û' expiration ( le thorax se resserre), l'air contenu dans les poumons est, au contraire, comprimé et s'échappe en partie au dehors par la voie (|ui a déjà servi à l'entrée de ce (liiide. J'ai disposé les poumons, sur la PI. 3, de manière à faire comprendre leurs rapports dans la cavité de la poitrine; on peut, en les soulevant, voir la face interne des eûtes et la partie postérieure des poumons. Dans le poumon droit (Pi. 5, fl), j'ai supposé qu'une section faite à son tissu divisait les vaisseaux (pji le pénètrent et s'y subdivisent; cela donne une idée suliisante de la structure spongieuse de cet organe, et de l'intrication si compliquée des vaisseaux aériens, veineux et artériels qui y apportent les éléments de l'hématose.
La cavité du thorax est formée principalement par les côtes, qui , en arrière, s'attachent aux vertèbres du dos, et, en avant, viennent s'appuyer sur l'os sternum co, co (Pi. 7, lig. 1). Les espaces que les côtes laissent entre elles sont remplis par des muscles, et inférieurenient celte esi)èce de cage est séparée du ventre par une cloison charnue appelée le muscle diaphragme d, d', d" (Pi. 2, lambeau) et 2, 2, \1 (PI. A, fig. 3).
L'agrandissement de la poitrine, ou l'inspiration, est le pioduit, d'une part, de l'élévation des côtes; d'une autre part, du relâchement des fibres du muscle diaphragme (jui, dans cet état, s'élève en forme de voûte dans l'intérieur de la poitrine. Yoici comment cette dilatation a lieu : les poumons, par leur propre élasticité, et surtout par la contraction des fibres charnues qui entrent dans la composition des bronches, agrandissent ou diminuent leur capacité. Dans l'expiration , le dia-
phragnie se contracte; sa surface, de convexe qu'elle était, devient plane, puis concave , ce qui détermine Tagrandissement de la cavité llioraciquc dans la direction de son diamètre vertical. Tel est, le plus souvent, l'unique procédé par ieijuel s'efTectuent l'inspiration et l'expiration, à moins que des circonstances particulières ne nécessitent, pour le premier de ces deux actes respiratoires, un développement de force plus grand. Dans ce cas, les cotes et le sternum sont soulevés, et la poitrine est agrandie dans le sens de ses diamètres transversaux, et d'avant en arrière. La capacité du thorax étant augmentée, le poumon qui lui est contigu se dilate aussi; et l'air extérieur vient pénétrer dans son tissu par le seul fait de l'équilibre auquel il est soumis, et à peu près comme il entre dans un soufflet quand on en écarte les plateaux.
Le besoin de respirer se fait impérieusement sentir dès que la portion d'air qui a été introduite dans le poumon a été employée ; ou ne peut résister long-temps à ce besoin.
Chez l'homme, on compte en général près de vingt mouvements d'inspiration par minute; et comme il entre ordinairement, à chacun de ces mouvements, environ 655 centimètres cubes d'air dans les poumons, il s'ensuit que, dans l'espace de vingt-quatre heures, un homme fait entrer dans sa poitrine à peu près dix-neuf mille litres de ce fluide.
rsous sommes avertis du degré d'altération que l'air a subi dans nos poumons par un sentiment qui nous porte à le renouveler. Ce sentiment , peu appréciable dans la respiration ordinaire , parce que nous nous hâtons d'obéir au besoin fréquent d'un renouvellement de l'air, devient douloureux s'il n'est pas promptement
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satisfait : à ce degré il est même accompagné d'anxiété et d'effroi.
Phénomènes secondaires.
Los moiivemenls de la respiration ont lieu souvent pour d'autres causes que l'oxygénation. Ainsi, ils sont emplo} es :
1° Dans les eflorts; en ce sens que, les poumons étant dilatés par l'air, la glotte se ferme, puis les muscles expirateurs se contractent pour expulser la masse d'air introduite par l'expiration. Alors le thorax, devenu momentanément immobile, fournit un point d'appui plus résistant aux muscles qui doivent entrer dans la production de l'cirort.
2° Dans la toux, l'air est expiré brusquement, produit un bruit remarquable, balaie les bronches et la trachée-artère, et entraîne les mucosités qui constituent les crachats.
3° Dans Y éternument ^ l'air est expulsé presque en totalité par les fosses nasales qu'il balaie.
4° Dans le soupir, qui n'est qu'une large et lente inspiration produite d'intervalle en intervalle, et dont la cause est souvent morale, quelquefois physique, lorsque, par exemple , on est dans le vide ou qu'on respire un air appauvri; le soupir alors a pour but de faire pénétrer dans le poumon tout le volume d'air que réclame la quantité de sang veineux qui s'y est accumulée lentement.
5'' Dans le bdillemenl , qui est une expiration plus longue, plus profonde, plus involontaire qu'une inspiration ordinaire, accompagnée d'un grand écartement des mâchoires, d'une expression faciale particulière, et
quelquefois de pandicuhuions <jui donnent nu\ membres une atliliide immobile, el les cliaiigcnt en points d'appui de l'action musculaire; celte ins[)iralion est suivie d'une expiration prolongée et (jui se fait avec un bruit sourd.
6" Dans le rire , qui consiste dans la succession de petites expirations saccadées, hru^antes, accompagnées de l'expression faciale gaie, el précédées d'une grande inspiration. Le diapliragnie et ses nerfs jouenl un grand rôle dans ce mouvement respiratoire.
7° Dans le sanglot, qui se rai>pi'Oc!ie beaucoup du rire par son mécanisme, avec cette dillerence qu'il est dû aux affections tristes, et s'accompagne souvent de pleurs.
8° Dans le hoquet, qui provient de la conlraclion spasmodique du diaphragme qui, (iélerminant rentrée de l'air par saccades, produit des inspirations soudaines, sonores et fatigantes.
De nombreuses théories ont élé proposées sur la respiration : les unes sont mécaniques , d'autres chimiques. La théorie de Lavoisier et de Laplace consiste à admettre que l'oxygène qui est enlevé à Pair s'unit au carbone et à rh}drogène du sang veineux; (]u'il en résulte de l'acide carboni(|ue et de l'eau , (jui se uîunlreul dans l'air expiré, et que, par suite de ces combinaisons, il se dégage assez de chaleur pour entretenir le corps à sa température ordinaire. Ainsi que nous lavons déjà dit, la respiration est assimilée à une combustion. Une théorie que l'on \^omvi\]l '.\[)\wAgv physiologico-chimique établit une certaine analogie entre la respiration et la digestion. L'air éprouverait , suivant son auteur, une première élaboration en traversant la bouche et les fosses nasales, et en circulant jusqu'au fond des vési-
cules bronchiques; suivant l'impression qu'il ferait sur le poumon , il serait digéré ou rejeté. L'oxygène de l'air absorbé par les lymphatiques traverserait les ganglions bronchiques, et parviendrait au canal ihoracique, puis aux veines sous-claviùres; il s'y mettrait en contact avec l'hydrogène et le carbone du sang veineux ; il en opérerait la combustion , dont les produits viendraient enfin s'exhaler dans les poumons.
Tel est le tableau des actes importants et des résultats secondaires qui sont relatifs à la respiration. Pour me résumer, je crois pouvoir transcrire ici une brillante peinture de ces phénomènes compiicjués, empruntée à l'éloge académique de M. le |)rofesseur Laennec, par M. Pariset. Si j'avais besoin de me faire pardonner cette digression presque littéraire, je dirais que je n'ai pu résister au désir de reposer l'esprit de mes lecteurs par la vue d'un tableau merveilleux, modèle de style et de savoir, et qui témoigne de ce que peuvent produire, dans un esprit élevé, la connaissance infaillible des faits, la délicatesse exquise du goût, et la simplicité élégante de l'expression :
« De toutes nos cavités, dit iM. Pariset, celle où, après la cavité cérébrale, se consomment les phénomènes les plus imporlants et les plus délicats, c'est l;i cavité thoracique : les plus délicats, ai-je dit, car ils se passent entre l'air et le sang, de molécule à molécule, à travers des pores inq)erc([)tibles (jui les unissent ensendjle et les sépaient; les plus iriqjoi tanls , car, pour peu que ces phénomènes soient arrêtés ou suspendus, la vie s'éteint. C'est donc là que la vie, sans cesse menacée, se renoue sans cesse; c'est là que s'opère, de moment en moment , une sorte de résurrection que l'on pourrait appeler perpétuelle. J'ajoute que c'est de là
que part, pour être distribué dans toute l'économie, le liquide éminemment réparateur, le sang artériel, que ces phénomènes préparent, et qui sert peut-être moins encore à la nutrition des organes qu'à l'excitation du S}stème qui vivifie tous les autres.
» Tels sont les miracles dont cette caisse mystérieuse est comme le sanctuaire ; car ici tout est divin. Une conséquence à tirer de là , c'est que , pour maintenir la vie, l'action de ces organes ne doit jamais s'interrompre; il faut qu'elle soit continue, plus continue que celle de l'estomac et du cerveau. Retracez maintenant h vos esprits l'adun'rable mécanisme dont cette caisse est animée; représentez-vous ces masses pulmonaires, molles, spongieuses, épanouies, élastiques, contractiles, sensibles, creusées dans leur intérieur de millions de canaux d'une excessive ténuité, destinés les uns à l'air, les autres au sang ; considérez ce dernier liquide , si variable dans sa quantité, si variable surtout dans sa composition; la niuliiludeet rinconslance de ses éléments; ceux de ces cléments qui se séparent de tous les autres sous l'orme de gaz, comme le pensent Ârétée et Lobstein ; ceux qui s'exhalent sous forme de vapeurs et se condensent sur des surfaces ou dans des canaux voisins, pour en entretenir la souplesse ou retenir les corpuscules que l'air y porte si souvent avec lui; ceux qui s'épanchent dans les interstices environnants, pour y former des dépôts morbili(iues de nature, de consistance et de couleurs si diverses; considérez les mouvements de ce sang, ralenti, précipité par les passions, le repos, l'exercice, la course, le travail, et pouvant ainsi forcer le calibre de ses propres canaux; considérez le milieu qui nous environne , cet air qui, bien que identique dans toutes les régions du globe, reçoit
néanmoins tant de modifications opposées, et de la température, et des subtiles matières qu'il enlève de partout, et des miasmes dont il est le vchiculo; qui, accumulé, retenu, comprimé par des efforts, ou faisant explosion par des cris, distend outre mesure la membrane qui le reçoit, en rompt la substance, en déchire les vaisseaux; qui peut d'ailleurs agir sur cette membrane de tant de manières, f humecter et la relâcher, ou la dessécher, firriler, l'enflammer, l'épaissir, la durcir, en pervertir profondément les habitudes et les produits; songez au principal agent de la circulation, au cœur ; à l'entrelacement de ses dépendances et de ses connexions; à sa structure intérieure, à ses ouvertures et à leurs valvules; à ses cavités et à la cloison qui les sépare; à la tunique flexible et ûxe qui l'enveloppe et l'assujettit; aux altérations qui en diminuent, en augmentent, en déna'turent la substance, et en font changer le volume, la figure, la situation; songez aux conditions primitives de tant de parties si diverses, à leur force , à leur faiblesse originelle , aux oscillations si étranges de résistance ou de ton que leur transmet la puissan(îe nerveuse, cette puissance qui est nous-mêmes, et nous est si profondément cachée; et, pour clore cette longue énumération, peignez - vous cette double enceinte formée d'arcs osseux, minces, longs, étroits, recourbés, mobiles, dont les intervalles sont fermés par une double couche de muscles minces comme eux; derniers organes qui, secondés par des nuiscles extérieurs et mis en jeu par l'être invisible qui ré'^it toute l'économie, dilatent ou resserrent la capacité de la poitrine, et, par cotte alternative, mettent en mouvement tout ce grand et merveilleux appareil. Réunissez maintenant dans vos esprits toutes ces données
cinbnssez d'un coup d'œil celte société d'organes d'un lissu si fin , si délié, cl livrés par hnir délicatesse même à innl de causes (.le lésions; considérez surtout celte enceinte extérieure qui les couvre comme une voûte et les protège, mais qui, mince et facilement pénétrable, parce (|u'elle est mobile, les défend mal contre les atteintes et les intempéries du dehors, et, de cet ensendjle d'idées, concluez ce qu'on doit conclure de toute organisation line, subtile et complexe, savoir : que plus elle est esseniielle à la vie, plus elle est compromise dans son action-, ce qui revient à dire que plus elle est nécessaire, plus elle est périssable. »
CIRCLFI^ATIOi\.
La circulation est l'acte des fonctions nutritives par lequel le tluide nutritif, changé en sang dans l'acte de la respiration, est conduit, par des canaux particuliers, dans la profondeur de toutes les parties, d'où son résidu est repris par un autre ordre de vaisseaux, pour être soumis de nouveau, dans les [)oumons, au contact vivifiant de l'air. Ainsi le sang ne reste pas en repos dans l'intérieur du corps; il traverse sans cesse les organes qu'il sert à nourrir, et revient ensuite se mettre en contact avec l'air, dans l'appareil respiratoire, pour être distribué de nouveau aux diverses paitiesdu corps. Alin de charrier ainsi les matériaux ré|)arateurs des organes, les vaisseaux doivent être nécessairement le siège de courants continuels; et, en elïét, le sang circule partout où la vie doit être entretenue, et il décrit un véritable cercle dont le point de départ est au poumon. C'est dans cet organe (|ue le sang est fait, et c'est là que sont transportés les matéiiaux (]ui doivent servir à l'élabora-
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lion de ce lliiiile niilrilif. Ce n'est point de là, toutefois, que nous partirons pour le suivre dans tout son trajet, niciis du cœur, autre organe regardé spécialement couinie le centre de la circulation.
Cœur.
Chez l'homme et chez la plupart des animaux, môme les plus inférieurs, tels qu'une écrevissc ou une huître, c'est le cœur qui donne au sang cette impulsion , et c'est dans un ensemble de canaux appelés vaisseaux sanguins que ce liquide est mis en mouvement.
Ces vaisseaux sont de deux ordres : les uns, appelés artères , servent à porter le sang du cœur dans toutes les parties du corps «o (Pi. 3), 3, 13 (PI. 4, lig. 1), 23, 25, '27 (PI. /i, lig. 3), ao, a' s\ a c' (PI. 5, «), «o, as, ac{\?\. 5, 6); ao ao (PI. G, lig. 2, 3, 5, 0); les autres, désignés sous le nom de veines, rapportent ce liquide de ces organes vers le cœur v. c. s et v. c. i (Pi. 3), 35, 38, 41, AS (PI. i, lig. i), v. c. s, v. c. i, v. s. g, v. s. d (PI. 5), V. c. s, V. c. i (PI. 6, lig. 2, 3, 5, 6).
Vaisseaux sanguins.
D'après les fonctions que remplissent ces vaisseaux , on peut prévoir leur disposition générale. Les artères ayant à distribuer dans toutes les parties du corps le sang qui sort du cœur, doivent nécessairement se subdiviser, se ramifier de plus en plus, à mesure qu'elles s'éloignent de cet organe. Les veines, au contraire, doivent présenter une disposition inverse : elles doivent être d'abord très-nombreuses et se réunir peu à peu
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entre elles, de façon à se terminer au cœur par un ou deux gros troncs.
Les artères, comme on le voit, peuvent être comparées aux branches d'un arbre,- et les veines à ses racines; mais elles en difl'ùrcnt sous un rapport très-important : au lieu d'être séparées les unes des autres, comme le sont, dans les plantes, les branches et les racines, les artères et les veines doivent se continuer les unes avec les autres et former un seul système de canaux , puisque le sang doit passer des unes dans les autres, en traversant la substance des organes. C'est elfectivement ce que l'on observe-, et on désigne sous le nom de vaisseaux capillaires les canaux étroits qui lient entre eux ces deux ordres de conduits (Pi. 14, tig. i).
Les artères et les veines, ainsi que nous venons de le dire, communiquent entre elles par l'une de leurs extrémités, au moyen des vaisseaux capillaires : ces vaisseaux, d'une ténuité excessive, sont ainsi la terminaison des artères et l'origine des veines; c'est à eux que s'arrête le mouvement centrifuge du sang artériel, à eux que commence le mouvement centripète du sang veineux. Un seul organe est, à la fois, la cause unicpio de ces deux mouvements, c'est le cœur.
Le cœur, dont la forme est à peu près connue de tout le monde, est situé au milieu de la poitrine c (Pi. 2) c (Pi. 3) c (Pi. 4, lig. 1), dans l'intervalle qui sépare les deux poumons. Si les battements du cœur se font sentir \ers le côté gauche, c'est que la pointe de cet organe est tournée de ce côté , et que les battements sont produits par celte pointe qui frappe à cet endroit les parois de la poitrine, près de l'extrémité antérieure de la sixième vraie côte.
Le cœ.ur est renfermé dans une enveloppe membra*
neuse où il est libre, et à laquelle il ne tient que par les gros vaisseaux qui en partent ou qui y aboutissent. Cette enveloppe porte le nom de péricarde p (Pi. 2 , lambeau). Sa surface interne est continuellement humectée par un liquide séreux , destiné à prévenir les adhérences qui pourraient se former entre le péricarde et le cœur.
Cet organe est, comme je l'ai dit , une masse charnue, musculaire, creuse et présentant deux cavités distinctes, que l'on nomme venlricules droit et gauche v. cl. et V. g (PI. 3, lambeau), v. cl (Pi. 6, iig. 5) et v. g (Pi. 6, fig. 6) : le dernier est beaucoup plus volumineux, plus épais et un peu plus allongé que l'autre. Chacun d'eux est surmonté d'un appendice ou petit sac musculo-inembraneux, qui porte le nom (ïoreillelle o. d.^o. g (PI. id.) et 0. d., 0. g (Pi. 5, a) de sorte que l'ensemble du cœur se compose de quatre cavités, deux à droite et deux à gauche, avec communication de chaque oreillette au ventricule qui lui correspond.
La figure 2 de la planche 6 ne représente pas la disposition nalurcilc du cœur et des vaisseaux; elle est idéale, et n'est destinée qu'à donner une idée de la manière dont le sang, en parcourant le cercle circulatoire, traverse deux fois le cœur, et traverse aussi deux systèmes de vaisseaux capillaires. En se rendant de l'artère pulmonaire dans les veines du môme nom, le sang traverse, en effet, les vaisseaux capillaires des poumons; il traverse aussi les vaisseaux capillaires des différents organes en pénétrant dans leur structure intime et en passant des radicules des artères dans les radicules des veines. Les deux moitiés du cœur, qui, dans la n:Uure, ne sont séparées que par une cloison, ont élé, dans celle ligure 2, conqjlélemenl isolées, pour rendre plus
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facile rinlclligcncê tle la disposition dos oreillotlos ot des venlricules.
H n'est pas inutile d'nrrcler quelf|ues instants notre attention sur la structure du cœur et des vaisseaux circulatoires.
Structure du cœur.
Si l'on ouvre l'un des ventricules du cœur, on voit que ses parois se composent de l'entre croiseineni en tous sens de colonnes charnues, d'abord très-volumineuses, puis moins grossières, et devenant enfin de plus en plus délicates; elles paraissent former un tissu inextricable lorsqu'on les regarde à l'œil nu. Ces colonnes sont adhérentes soit par leurs extrémités, soit par leurs bords. Elles forment, dans l'intérieur du cœur, un tissu dont les mailles sont de plus en plus fines à mesure qu'on les considère plus près des parois de l'organe. Cette disposition en cellules est bien plus tranchée dans le cœur gauche v. g ( Pi. 0, lig. fi) que dans le cœur droit V. rf(Pl. 6, fig. 5), dont la puissance musculaire est Beaucoup moindre.
Ces colonnes charnues, lors de la dilatation du cœur, forment les cloisons d'une multitude de cellules qui communiquent toutes entre elles, et que le sang vient remplir. La première action des colonnes sur le sang est donc de le tamiser, de le diviser en autant de petites masses distinctes qu'il y a de cellules. Cet usage est important, vu la composition du sang, liquide viscpicux, éminemment coagulabie et tenant en sus[)ension une foule de matières solides (|ui tendraient à se précipiter. Après la dilatation du cœur, vient le resserrement de ses parois. C'est dans ce mouvement que le liiiuide
DK L'HOMMi:. 85
ainsi lamisr est soumis à nue ngilalion à laquelle n'échappe aucune de ses parties , et (|ui prévient la précipitation des matières solides du sang et sa coagulation. Ainsi, les usages des colonnes charnues du cœur sont de deux sortes, la division des particules et l'agitation du sang. Pour comprendre la force énorme dont la nature a dû disposer pour exécuter celte douhic action , il ne faut que songer à la grandeur du cercle que le sang est destiné à parcourir.
Slruclure des vaisseaux.
Les vaisseaux qui vont, des deux ventricules du cœur, se distribuer dans toute l'organisation , sont très-remarquables par la manière dont leur tissu se [)rêtcaux usages auxquels ils sont destinés. Leur paroi interne est très-polie, et c'est là ce qui prévient les obstacles que le frottement du sang contre les vaisseaux mettrait au cours de ce liquide. Ce qui fait surtout la supériorité des tuyaux vivanis sur les canaux que l'on emploie dans les arts, c'est l'élasticité des premiers; cette élasticité existe dans le sens de la longueur du vaisseau et dans celui de sa largeur. Celte propriété de tissu est beaucoup plus prononcée dans les artères que dans les veines; mais elle a dans chacun de ces vaisseaux un caractère particulier. Ainsi l'artère est moins extensible que la veine, mais elle revient plus promplemenl à ses dimensions premières. La veine, au contraire, étant plus extensible, revient moins vivement sur elle-même.
Les veines ({ui viennent des intestins présentent, dans leur mode de distribution, une parlicularité remanjuable. Après s'êlre réunies en un gros tronc, elles pénètrent dans le foie et s'y ramilient comme les artères;
puis leurs rameaux se réunissent de nouveau et vont se terminer dans la veine cave inférieure près du cœur. On donne à cet ensemble de vaisseaux le nom de syS' lême de la veine porte.
Fondions du cœur.
Le sang veineux de toute l'économie, réuni dans les deux veines caves supérieure et inférieure v. c. s. et v. c. i (Pi. 3), est versé dans l'oreillclle droite o. d (id.) ; de là il se rend dans la pompe droite ou ventricule droit V. d (id.), en vertu de la dilatation de celle cavité et de la conlraclion de l'oreillette. Celle pompe exerce sur le sang une pression qui lérnie la valvide placée entre l'oreilleltect le vcnlricule, et ouvre celle de l'artère pulmonaire v' (id.) et a' p' ( Pi. 5, a). Le sang est ainsi poussé librement vers les poumons. Amené, par les divisions capillaires de Tartére pulmonaire, dans l'intérieur du poumon, le sang subit l'influence de Vair foiu'ni par les bronches; et, toujours sous l'aclion des contractions de Kl pompe dioile, il avance rapidement dans les veines pulmonaires!)'/)' (id.). Celles-ci se rendent à l'orcillellc gauche du cœur v. p., o. g (PI. 5? ^0 ^^ o. g (PI. 3), où elles se résument en quatre gros troncs. La contraction de l'oreillette gauche et la dilatation de la pompe gauche font passer le sang de l'oreillelte dans le ventricule v. g (id.). Alors celte pompe se contracte, la valvule placée entre roreillelte et le ventricule gauche se ferme, celle de Taorle s'ouvre et laisse passer le sang qui traverse alors ce vaisseau , et (jue l'action du cœur |)0usse constamment à tous les organes.
En parcourant tous les points du corps, et en y laissant ce qu'il conlenail de propre à cha<pie tissu, le sang
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était devenu noirâtre, carboné et impropre à vivifier les organes; dans le poumon il reprend une couleur rouge vermeille el des propriétés vitales.
11 résulte de cette disposition que l'oroiliette et le ventricule droits sont, dans leur action, indépendants de l'oreillette et du ventricule gauches, et que le cœur représente ainsi une organe double (Pi. 0, fig. 2) dont chaque moitié a des usages difTérenls.
C'est dans roreillelte droite o. cl (Pi. 0, fig. 2) que viennent s'ouvrir les deux gros troncs veineux, connus sous le nom de veines caves supérieure et inférieure {v. c. s, V. c. i.) , qui ramènent de tous les points du corps le produit des diverses absorptions; et c'est dans l'oreillette gauche o. g (id.) qu'est versé, par les quatre veines pulmonaires, le sang qui vient d'être revivifié dans les poumons.
Le ventricule droit donne naissance à l'arlérc pulmonaire a. p. (PI. G, lig. 5), qui porte aux poumons le fluide à sanguilier. Varlère aorte ao{V\. (>, lig. o) naît delà partie supérieure et droite du ventricule gauche.
Celte grosse artère remonte d'abord vers la base du cou «0 (PI. ;i), puis se recourbe en bas, passe derrière le cœur (id. soulevez le cœur), et descend verticalement au-devant de la colonne vertébrale jusqu'à la partie inférieure du ventre {soulevez les vaisseaux chylifères). Pendant ce trajet, il se sépare de l'aorte un grand nombre de branches dont les principales sont les deux artères carotides a. c. et a'. c\ (Pi. 5, a) qui remontent sur les côtés du cou et distribuent le sang à la tète; les artères des membres supérieurs 4G, 25, 29 (Pi. 4, fig. 4), qui prennent le nom (X artères sous-clavières, axillaires et brachiales, suivant qu'elles passent sous la clavicule, qu'elles traversent le creux de l'aisselle , ou qu'elles
88 rnv.sioi.oGii:
descendent ie long du bras; Varlêre cœliaque^ qui se rendu l'cslomae, :ni (oie cl à la rate; \q^ artères mésentériqiœs, (\u\ se ramilienl dans Icsinlcslins ; les artères rénales, (jui pénèlrent dans les reins r cl /■' (Pi. 3); cl les artères illaques i , ^(id.) qui terminent, en quelque sorte, l'aorlc, el qui portent le sang aux membres iaférieurs.
Le sang, parvenu à l'ex trémilé des vaisseaux capillaires, est, ainsi que nous l'avons déjà dit, pompé par les veines dont les radicules sont très déliées. Ces radicules se réunissent successivement de manière à constituer des troncs qui deviennent d'autant plus gros qu'ils sont plus voisins du cœur.
Les veines , qui pompent l'excédant du sang ainsi transmis à toutes les parties du corps, suivent à peu près le même trajet que les artères, mais elles sont plus grosses, plus nombreuses, et en général situées plus superficiellement. Un grand nombre de ces vaisseaux marchent sous la peau , d'autres accompagnent les artères, el, en dernier résultat, tous se réunissent pour former deux gros troncs qui s'ouvrent dans rorcillelte droite du cœur et qui ont reçu les noms de veines caves supérieure et inférieure v. c. s. et v. c. i. (Pi. 6, fig. 2, 5, G) V. c. s., V. c. i. (Pi. 5, a et b) et 20, 35, 38, Al , 43 (Pi. 4, fig. 1). Pour mieux favoriser le cours du sang, surtout dans les parties où il circule de haut en bas et contre son propre poids, comme aux jambes, les veines sont garnies intérieurement de valvules, véritables soupapes qui s'opposent à toute rétrogradation du tluide vers les radicules o. v. (Pi. 0, iig. 4). Ces valvules sont, en outre, destinées à diviser le iluide en petites colonnes , qui sont consé<juemment plus faciles à luellre en mouvement.
En rcsumanl ce qui vient d'être dit , on voit que le sang qui arrive des dilîérentes parties du corps par le système veineux, pénètre d'abord dans l'oreillette droite du cœur, passe ensuite dans le ventricule du même côté, et se rend de là aux poumons par l'artère pulmonaire. Après avoir traversé l'organe respiratoire, il revient au cœur par les veines pulmonaires qui s'ouvrent dans l'oreillette gauche du cœur; de l'oreillette gauche, le sang descend dans le ventricule gauche, et cette dernière cavité l'envoie dans les artères destinées à le porter dans toutes les parties du corps, d'où il revient, comme nous l'avons déjà dit, dans l'oreillette droite du cœur. Le recto a et le verso h de la planche 5 permettent de rétablir avec une grande lidélité les rapports du cœur avec les vaisseaux qui lui sont liés, et les rapports de ces mêmes vaisseaux avec les poumons.
En parcourant le cercle circulatoire, le sang traverse donc deux fois le cœur : à l'état de sang veineux dans le côté droit, à l'état de sang artériel dans le côté gauche. Néanmoins la circulation est complète , car les cavités veineuses et les cavités artérielles du cœur ne communiquent pas ensendjle, et le sang veineux traverse en entier l'appareil respiratoire pour se transformer en sang artériel.
Le mécanisme à l'aide duquel le sang se meut dans tons ces vaisseaux est facile à comprendre. Les cavités du cŒ'ur se resserrent et s'agrandissent alternativ(»ment, et poussent ainsi le sang dans les canaux abouchés sur elles et qui ne sont, en quelque sorte, que leur continuation.
Les deux ventricules se contractent en même temps, et, tandis que leurs parois se relâchent, les oreillettes se contractent à leur tour. Ces mouvements de contrac-
tiens portenl If; nom de systole , el on a{>[)elle diastole le nionvenient contraire.
Ciiaquc cavité a sa diastole et sa systole. Toutefois, comme les ventricules occupent la plus grande partie de l'organe rpj'ils forment prescjue à eux seuls, le plus ordinairement c'est leur jeu (juc l'on veut désigner sous les noms de systole cl de diastole. On a observé que la diastole était trois fois plus longue que la systole.
Lorsqu'une oreillette se contracte, pour refouler le sang, le ventricule qui lui correspond se dilate pour le recevoir, et vice versa. On conçoit, en effet, que ces deux cavités ne pourraient pas se contracter en môme temps, car alors le lîuidc contenu dans la première ne pourrait jamais se vider dans la seconde. La même alternative n'existe point à l'égard des deux cœurs, et la diastole et la systole sont simultanées dans le cœur gauche el dans le cœur droit.
Pendant h systole ou le mouvement de contraction , le cœur se raccourcit, se déplace et va frapper de sa pointe la paroi latérale gauche du thorax entre la sixième côte et la septième. Ce phénomène, très-apparent lorsqu'on place la main sur le côté gauche de la poitrine, a été attribué à ce que, le cœur n'étant fixé qu'à sa base , tout mouvement imprimé à sa totalité ne porte que sur son extrémité libre; à ce que les oreillettes, qui sont alors dilatées, doivent soulever l'organe el le porter en avant; à ce que l'aorte et l'artère pulmonaire reçoivent une impulsion telle qu'elles sont déplacées, leur courbure tend à s'effacer ; et comme, des deux extrémités de cette courbe, celle (pii répond au cœur est la plus mobile, c'est elle qui se redresse davantage et entraîne avec elle cet organe. Selon M. Pigeaux c'est pendant la
diastole des vonlricules, que le cœur vient frapper de sa poinle la région précordialc.
Les mouvements tlu cœur sont accompagnés de bruits que les auleurs ont explifjués de diverses manières. Laënnec dislingue un bruit sourd, (]ù à la contraction des ventricules; un bruit clair, dû à la contraction des oreillettes, et un repos. M. Turner d'Edimbourg admet que le bruit claii- ne correspond pas à la contraction des oreillettes, et pense qu'on peut l'attribuer à la chute du cœur sur le péricarde. M. Carswell attribue ce même bruit clair au choc du sang contre les valvules sygmoïdes.
Haller admet qu'à chaque contraction d'une cavité, cette cavité se vide en entier du sang ([u'elle contient. Cet illustre physiologiste a vu , en e(ï'ct , chez le poulet, chaque cavité pâlir et se décolorer entièrement au moment de sa contraction.
Selon Hambcrger, la diastole serait un phénomène actif propre au cœur, et qui n'aurait pas besoin du stimulant du sang. En serrant dans sa main le cœur détache d'un animal vivant, il le sentit se dilater comme à l'ordinaire; et pourtant le sang ne le traversait pas.
De même que tous les organes , le cœur est sous l'influence des nerfs, auxquels il doit sa sensibilité propre ; les analomistes ne sont point encore fixés sur la détermination de la puissance nerveuse qui le régit spécialement. On ne peut cependant pas contester (pie cet organe ne soit sous la domination du cerveau, comme le prouvent les passions, dont les mouvements induent si puissamment sur son action.
Le nerf grand sympathi'pie et surtout la moelle épinière paraissent tenir le cœur sous leur dépendance.
Les mouvements du cœur se renouvellent très-fré-
qacmmcnt; chez l'homme adulte on compte ordinairement de soixante à soixante -({uinze battements \y,\r minute; chez les vieillards il bat à peine soixante fois dans le même espace de temps , on l'a môme vu ne donner que trente pulsations; dans les Irès-jeunes enfants il s'élève en général à environ cent vingt. Du reste, une foule de circonstances influent sur la fiéquence et la force des battements du cœur; ils sont accélérés par rexercice, par les émotions de l'àmc et par un grand nombre de maladies; dans la défaillance et la syncope, ils sont considérablement diminués, et même ({uchpiefois complètement interrompus.
Le ventricule gauche, en se contractant, chasse le sang qu'il contient; et connue il existe, entre cette cavité et l'oreillette placée au-dessus, une espèce de soupape 0. g. (PI. (>, fig. G) disposée de façon à se soulever et à fermer l'ouverture lorsque le sang est poussé de bas en haut, il en résulte (|uc le liquide ne peut retourner dans l'oreillette, et pénètre nécessairement dans l'artère aorte, qu'il distend avec plus ou moins de force.
Pouls.
Le phénomène connu sous le nom de pouls n'est autre chose (pie le mouvement occasionné par la pression du sang sur les parois des artères, clia(jue fois tpie le cœur se contracte. D'après la fi'('quence et la force de ces mouvements , on peut juger de la manière dont cet organe bat, et en tirer des inductions utiles pour la médecine. Le pouls ne s(> l'ait pas sentir paitoul; pour le distinguer, il faut comprimer légèrement une arlèrc d'un certain vobune entre le doigt et un plan n'-sislanl , iux os par e\enq)le, et choisir aussi un vaisseau situé
près de la peau, comme Tarière radiale au poignet.
A toutes les époques de la vie, il est des circonstances qui apportent de grandes variations dans les mouvements du pouls; et, sans parler ici de l'état de maladie, où les nombreuses irrégularités de ces phénomènes ont été déterminées, caractérisées et désignées de didércnls noms par les médecins, combien les passions n'inducnlelies point sur les battements du cœur, qui, quebpicfois , se suspendent brusquement et produisent la sipicope, d'autres fois s'accélèrent comme dans l'état fébrile le plus prononcé!
« Outre ces battements sensibles , dit M. Richerand, il est un mouvement pulsatoire intérieur, obscur, par lequel toulcs les parties du corps sont agitées chaque fois que les ventricules du cœur se contractent... Tout vibre, tout tremblote, tout palpite dans l'intéiieur du corps, les mouvements du cœur en ébranlent toute la masse; et ces frémissements, sensibles à l'extérieur, se manifestent surtout lorsque la circulation s'exécute avec plus de force et de rapidité... Dans toute agitation violente, nous sentons en nous-mêmes l'eifort par lequel le sang, à chaque battement du pouls, pénètre tous les organes, épanouit tous les tissus; et c'est de ce tact intérieur que nait en grande partie le sentiment de l'existence, sentiment d'autant plus vif et d'autant j»lus intime que l'elfet dont nous parlons est plus uiar(]ué. »
Circulalion du sang dans le fœtus.
Dans le fœtus, le mécanisme de la circulalion n'est pas tout à fait semblable à celui (pie nous venons de décrire : la source [)riucij)ale de ralimenlation du laHus est le sang de la mère (psi est porté dans le [)lacenta 4
(PI. (J, lig. d) et libsorbc par les pores dos radicules de la veine ombilicale .5, 5 (id.). Cette \cine, chargée du sang qui vient du placenta, pénètre dans l'abdomen, va gagner la partie concave du foie 30 (id.), et s'ouvre dans le sinus de la veine porte, où le sang qu'elle contenait se confond avec celui que cette veine a reçu des veines mésaraïques. De là, le sang est porté dans la veine cave inférieure iO (id.), tant par le canal veineux que par la veine hépatique, chargée de rapporter l'excédant de la portion de ce lluide tjui a circulé dans le foie; la veine cave inférieure, déjà chargée du sang qui revient des extrémités abdominales, va s'ouvrir dans l'oreillette droite du cœur 45 (id.), le sang qu'elle y verse se divise en deux colonnes. La première se rend à l'oreillelte gauche du cœur ^0 (id.) en traversant le trou ovale. De l'oreillette gauche 'il ( id. ) , le sang est j)orlé dans le ventricule gauche (id.); et de cette cavité, dans l'aorte ascendante 10 (id.), qui le distribue aux extrémités supérieures. La seconde colonne du sang apporté par la veine cave inférieure pénètre, par l'orifice auriculo-ventriculaire, dans le ventricule droit iA (id.) ; chassé par ce ventricule dans l'artère pulmonaire, ce fluide se partage en trois colonnes : doux le distribuent en petite (juantité aux poumons, ce sont les branches droite et gauche 13 (id.) de l'aitère pulmonaire ; la tioisièmc colonne, représentée par le canal artériel , porte le sang dans l'aorte 48 (id.), où elle pénètre un peu au-dessous de la naissance de la sous clavière gauche. Ce fluide, mêlé à celui (jue le ventricule gauche a poussé tiaus l'aorte, est distribué par les branches de cette artère aux organes ihoraciques et abdominaux, et aux extrémités inférieures, d'où il est rap[)orléà la veine cave inférieure.
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Quant ;iu sang fourni pour la n'iliilioii des particssupérieures du fœtus, des veines nouihronses le ramènent dans la veine cave supérieure, (jui s'ouvre dans l'oreillette droite; ce sang, nièlc à celui qui est versé dans cette cavité par la veine cave inférieure, parcourt avec lui le trajet déjà décrit. Ainsi, l'existence du trou ovale se rattache à la nécessité de faire parvenir du sang à l'oreillette gauche, dans le double but, r de porler d'une manière active, vers les extrémités supérieures, du sang qui n'y arriverait qu'en faible ([uanîilé si l'aorte n'en recevait que du canal artériel ; '2° d'augmenter, par la contraction instantanée des deux ventricules, l'impulsion imprimée au sang, qui, à cette époque de la vie, a une route plus longue à parcourir, puisque non-seulement il doit être porté vers tous les organes du fœtus, mais encore dans le placenta, par les artères ombilicales 20, 27, 28, 20, (id.). Les mouvements du cœur, chez le fœtus, ont une frécpience plus que double de ceux de l'adulte : on compte de cent vingt à cent soixante battements par minute. Quant à rexislence du canal artériel, elle s'expliipie par le besoin de détourner vers l'aorte un sang qui ne peut alors aller en totalité aux poumons.
Les deux artères ombilicales, 2(5, 27, 28, 29 (id.), provenant des iliaques primitives, sont remplies par le sang qui a excédé les besoins de la nutrition, et le ra[)portent au placenta 4 (id.). Les radicules des artères ombilicales, chargées du sang qui a traversé le fœtus , le versent dans les cellules du placenta où les radicules des veines utérines s'en emparent pour le ramener dans la circulation de la mère. Il se fait donc alors un véritable échange de sang dans le placenta, les artères utérines déposent dans les cellules de cet organe le sang
maternel; les artères ombilicales, le sang qui a circulé dans le fœtus. Les i adicules de la veine ombilicale absorbent le sang maternel; les radicules des veines utérines, le sang qui a traversé le fœtus.
Quant au placenta i (id.)> c'est une masse spongieuse, pénétrée en tous sens par de nombreux vaisseaux sanguins ; elle représente un gâteau arrondi , moins épais à sa circonférence qu'à son centre où il donne naissance au cordon ombilical, qui, composé de la veine et des deux artères ondjilicales, pénètre dans l'ombilic du fœtus, qui s'oblilère et se cicatrise après la naissance.
Ici linit l'histoire des trois grandes actions nutritives. Au point où nous sommes arrivés, il ne nous reste plus qu'à dire quel(]ues mots des sécrétions et du sang, pour achever l'étude de ces phénomènes intérieurs qui se bornent à l'accroissement et au décroissement du corps des animaux , et qui constituent leur vie végétative.
Sécrétions.
Les sécrétions sont les produits de certains organes particuliers que l'on nomme glandes. Les glandes puisent dans le s:uig qui les pénètre, non-seulement les matériaux de leur propre nutrition, mais encore les éléments de certaines humeurs qui reçoivent des noms aussi variés que les usages dilîérents qu'elles remplissent.
Parmi ces humeurs, les unes sont nécessaires aux fonctions de la vie : telles la salive, la bile, le suc gastrique, les larmes, etc., etc. ; les autres sont expulsées du corps et entraînent avec elles les matériaux vieillis et inutiles séparés par le travail nutritif : telles sont l'urine, la sueur, etc.
L'obscurité qui enveloppe le travail de la composition el de la décomposition nutritive, s'étend aussi aux phénomènes des sécrétions. En cfïet , les humeurs sécrétées enlèvent au sang des pioduils (pii diiïérent de ce liquide par leurs propriétés chimifjues, et des substances dont il ne présentait aucune trace avant qu"il eût été mêlé à la texture de l'organe sécréteur.
Le sang contient-il les éléments tout formés des différents fluides qui seront sécrétés par leur passage à travers une glande? Il parait que oui, d'après les expériences de MM. Prévost et Dumas, réjxkées par M. Ségalas, qui, après avoir enlevé les reins, les glandes mammaires ou le foie, ont retrouvé, dans le sang, de l'urée, du lait et différents principes de la bile. C'est dans l'intérieur du parenchvmc des glandes que la sécrétion s'effectue; elle est moléculaire el échappe à nos sens. Les auteurs ont admis, pour l'expliquer, tantôt des théories physiques (liltration, transsudalion , précipitation) et tantôt des théories chimiques. Berzelius la rapporte à une force électrique ou galvanique. M. Du- Irochet admet que les phénomènes cV endosmose et d'exosmose ']onenl ici un grand rôle.
On divise les sécrétions en récrémentilielles , dont les produits sont repris et rentrent dans le torrent de la circulation ; ces sécrétions sont dues à des organes exhalants, et sont versées dans des cavités qui ne communi(|uent pas au dehors : quant aux sécrétions excrévienlUielles , leurs produits sont rejelés au dehors par voie (ïexcrélion.
L'organisation des glandes varie à l'infini : tantôt ce sont d'innombrables petites poches disséminées à la surface des membranes, s'ouvrant directement au dehors et appelées follicules. C'est ainsi que sont disposés les
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organes qui, silucs dans l'épaissour t!o la peau, sécrètent la matière de la transpiration cutanée. Dans l'èlat de santé, cette sécrétion est la plus abondante et celle qui épure le plus activement le sang : la peau, qui en est le siège, est trop exposée aux induonces extérieures pour que des troubles fréquents ne surviennent pas dans l'exercice de celte sécrétion ; de combien de maladies n'est-elle pas en eflet la cause! Les catarrhes et les rhumatismes ne reconnaissent pas ordinairement d'autre origine.
D'autres fois, les glandes sont une masse compacte de petites granulations d'où naissent des conduits qui se réunissent, comme les racines d'un arbre, pour former un tronc par lequel la glande verse au deliois le licjuidc sécrété.
L'organisation humaine renferme un certain nombre de glandes de cette nature : on compte les glandes salivaires qui font la salive -, le foie et le pancréas qui fabriquent la bile et le suc pancréatique; les l'eins qui sécrètent l'urine 5 les glandes mammaires (jui font le lait; les glandes lacrymales qui sécrètent les larmes, etc. La graisse est également un produit de sécrétion; celte espèce d'huile animale varie suivant les sexes, les individus, les âges, les tempéraments. Abondantddans certaines parties du corps, elle mancjuc dans d'autres, La graisse prédomine chez les individus faibles. Sa plus importante destination est, sans doute , de fournir aux besoins du corps dans les circonstances dilficiles où nos organes sont empêchés de puiser au dehors des matériaux de nutrition, et elle peut être regardée, alors, comme l'un des principes constitutifs les plus riches. La graisse contribue aussi à conserver au corps la température qui lui est propre; déposée à l'extrémité des
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doigts, elle scit de point d'nppui à la peuu dans l'exercice du lad.
Mouvement nutritif.
Maintenant nous connaissons le but et le mécanisme des fonctions nutritives depuis la digestion qui forme le fluide réparateur jusqu'aux sécrétions qui extraient les matériaux pour les faire reservir, ou les rejettent comme inutiles; mais c'est laque doivent s'arrêter les explications de la physiologie : car rien ne peut nous faire saisir le mouvement moléculaire quia lieu dans la profondeur de nos oi ganes et qui mêle le tluide nutritif à leur structure, pour en renouveler les parties usées ou vieillies.
La faculté qu'ont les animaux d'introduire dans l'intérieur de leur corps des substances étrangères qui leur servent d'aliments, et d'incorporer continuellement à leurs organes des matières puisées au dehors, explique l'accroissement de volume si remar(|uable chez eux, pendant les premiers temps de leur existence. Un enfant en venant au monde ne pèse, en effet, qu'environ six livres; vingt-cinq ans après, lorsqu'il est parvenu à l'âge adulte, son poids dépasse cent livres. A cette époque de sa vie, il a donc déjà puisé, dans des substances qui lui étaient d'abord étrangères, la majeure partie des matériaux dont ses organes se composent. D'un autre côté, l'amaigiissement qui est l'effet de certaines maladies, montre (pie le corps vivant peut abandonner une portion de la matière dont il était formé, et rendre au monde extérieur une partie de sa propre substance.
Pour (jue l'organisation animale puisse se renouveler ainsi, il faut qu'elle laisse échapper une partie des ma-
tériaux qui la composaient, et que Tusage de la vie a détériorés, car, sans cela, son volume croîtrait indéfiniment. De là deux actions bien distinctes dans la nutrition : le mouvement de composition et celui de décomposition.
Ces deux actions constantes de l'économie animale furent démontrées, pour la premièie fois, par des expériences directes que le hasard lit faire au chirurgien anglais Belchier. En mangeant d'un cociion qui avait été nourri chez un teinturier, il retnarqua que les os de cet animal étaient rouges; et attribuant celle particularité à ce (ju'on l'avait nourri d'alimenls colorés de la niéme manière, il eut l'heureuse idée de se servir d'un moyen analogue pour rendre visibles les effets du travail nutritif. Il entreprit des expériences qui, répétées ensuite par un grand nombre de savants, furent couronnées d'un plein succès. En nourrissant les animaux avec de la garance, pondant un certain temps, on trouva toujours que les os étaient teints en rouge par le dépôt de cette matière colorante dans l'épaisseur de leur substance; et lorsque, après avoir nourri ainsi un animal , on suspendit l'usage de la garance, on remarqua constamment que les os reprenaient leur teinte primitive, ce qui prouvait que la matière rouge qui avait dû se déposer dans la substance de ces organes ne s'y trouvait plus, et qu'elle en avait été nécessairement rejelée.
Sang.
Le liquide particulier qui porte dans tous les organes les matières nécessaires à leur entretien , et qui sert aussi à entraîner les particules destinées à être expulsées du corps, est le sang; sa couleur est rouge, sa
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tempéralurc est celle du corps, dont il est même la partie la plus chaude : sa couleur primitive devient de plus en plus vive à proporlion de l'âge et du développement des forces; elle s'affaiblit dans les maladies et lors de la décrépitude.
Nous avons déjà dit (page 56) rjue le sang extrait des vaisseaux où il est contenu , dans un animal vivant, et abandonné à lui-même, au bout de quelques instants se transforme en une masse de consistance gélatineuse qni se sépare peu à peu en deux parties : l'une liquide, jaunâtre et lrans[)arenle ^ formée par le sérum ; Y àulvc , plus ou moins solide, complètement opaque, et d'une couleur rouge, à laquelle on donne le nom de caillot ou de cnior du sang.
En examinant au microscope le sang des mammifères, des oiseaux, des reptiles, des poissons et de i-uebjues vers de la classe des annélidcs, on voit qu'il est constamment formé de deux parties dislincles : d'un liquide jaunâtre et transparent, auquel on conserve le nom de sérum; el iïuuo foule de corpuscules solides, réguliers, d'une belle couleur rouge, et d'une petitesse extrême, qui nagent dans le fluide dont nous venons de parler, et que l'on appelle les globules du sang.
Dans l'homme et chez tous les animaux delà classe des mammifères (le chien, le cheval, le bœuf, par exemple), les globules du sang sont circulaires; tandis que chez les oiseaux , les reptiles cl les poissons ils ont constamment une forme ovalaire.
Pour apprécier toute l'importance du rôle que remplit le sang dans le corps d'un animal vivant, il suHit de le saigner et d'observer les phénomènes qni suivent l'opération. Lorsque récoulement du sang a continué pendant un certain tenq)s, l'animal tombe en syncope; si
l'on irairèlo pas i'iiéiiiorrliagie, louto espèce de iiiouvemeul cesse en qiiehiuesinslnnls, la rcspiralioii s'arrête, el la vie ne se mam'lesle plus par aucun signe exlérieur. Si on laisse l'animal dans cet élat, la mort ne tarde pas à arriver. Mais si l'on parvient à injecter dans ses veines du sang semblable à celui f|u'il a perdu, on voit aivec étonnement cette espèce de cadavre revenir à la vie ; à mesure qu'on introduit de nouvelles quantités de sang dans ses vaisseaux , il se ranime de plus en plus, et bienlùt il respire libreu^ent, se meut avec facilité, reprend ses allures habituelles et se rétablit complètement.
Cette opèralion, que l'on désigne sous le nom de iransfusioUj est certes une des plus remarquables cjuc l'on ait jamais faites; elle peut aussi prouver l'importance de l'action des globules du sang sur les organes vivants. En elfet, si l'on eniploie, pour la transfusion , du sérum privé de globules, la mort n'en arrive pas nioinSj et l'on ne produit pas plus d'effet (jue si l'on s'était servi d'eau ])ure.
Il est très-facile de montrer l'influence du sanij sur la nutrition des organes. Ainsi lorsque, par des moyens mécaniques, on diminue d'une manière notable et permanente la (juantilé de sang que reçoit un organe, on le voit diminuer de grosseur, se flétrir et souvent même se réduire à rien. On observe également que plus une partie du corps fonctionne et reçoit de sang , plus aussi son volume s'accroît. Chacun sait que la contraction musculaire développe en excès les menjbres ou les régions du corps dans lesquels on l'exerce: chez les danseurs, par exemple, les muscles des jambes et surtout du mollet acciuièrenl une grosseur remarcjuable; tandis (juechez les boulangers et les autres hommes qui e\éculenl de rudes travaux avec leurs bras, les muscles
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des mciïibros supérieurs devicnneiU |)lus cliarmis quo> les aulrcs parties. Or les nuiscles reçoivent plus de sang iors(|u'iIs seeonlractent que lorsqu'ils sont en repos; par cet afllux du sang, le travail nutritif qui les entretient est rendu plus actif et leur volume est accru.