I. — Examen du système de la liberté subsidiée
La première question sur laquelle il nous faut prendre parti est celle de la liberté ou de l'obligation. Imposerat-on la prévoyance aux travailleurs ou bien les laissera-ton libres de décider s'ils doivent assurer leurs vieux jours contre la misère, au moyen de prélèvements volontairement consentis sur leurs salaires ? Telle est la question à résoudre. Il est toutefois entendu que lorsque nous parlons de liberté, il s’agit de la liberté subsidiée. Dans
re
ce système, l'Etat, dans le but d'encourager les travailleurs à la prévoyance, ou bien majore la rente obtenue par les seuls versements des assurés, ou bien offre aux capitaux déposés dans certaines caisses déterminées un intérêt supérieur au taux normal du marché. Notre choix est donc entre la liberté aidée par l’Etat et l'obligation.
Les partisans de la liberté n'invoquent guère à l'appui de leur système que des considérations d'ordre philosophique. C’est ainsi que M. Lefort écrit: « La pension de retraite doit être la réalisation d’une idée librement conçue, la mise en œuvre d'une volonté propre », et il ajoute: « le meilleur moyen de décourager une initiative généreuse c’est, la plupart du temps, de la trañsformer en obligation stricte (1) ».
Nous relevons également une formule identique dans le livre de M. Emile Laurent, Le paupérisme et les inslitulions de prévoyance (2) : « En matière de prévoyance, le principe de l'obligation n’a rien qui doive séduire. I n’y a pas de principe plus pernicieux, écrivait Turgot, que celui qui autoriserait à être utile aux autres malgré eux ». La même thèse est également défendue par M. Léopold Mabilleau : « Réservons, dit-il, la contrainte pénible, sans valeur éducative, et d’ailleurs souvent inefficace, au déchet de l’organisation sociale. Faisons-en une
menace, une punition, et accordons toutes nos prédilec-
(1) Lefort, loc. cit., t. IT, p. 537 et 536.
(2) Em. Laurent, t. 1, p. 414.