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décisifs la thèse soutenue, un trop peu hâtivement, par M. Imbert à Ja page 204 de son livre et dont l’idée maîtresse est la suivante : c’est aux plus misérables qu il faut venir en aide et contrairement aux idées généralement reçues, les versements patronaux, au lieu d’être égaux aux salaires des ouvriers, doivent être inversement proportionnels à ces salaires. M. Imbert ne paraît avoir vu au système qui préconise les cotisations patronales et ouvrières égales qu’un seul défaut, celui de favoriser les travailleurs qui ont les plus hauts salaires et il paraît résumer sa critique en disant : « on ne vient: en aide qu'aux riches ». Un pareil résultat va sans aucun doute à l'encontre d’un système qui a pour bases, d’une part l'obligation, d'autre part, l’encouragement, l’aide matérielle de l'Etat. Quel but, en effet, poursuit-on et doit-on poursuivre dans une semblable conception de Ja retraite ouvrière ? Exclusivement d'assurer aux ouvriers vieillis ou usés les ressources nécessaires pour qu'ils ne tombent à la charge ni de leurs familles, ni de la communauté. Il est donc difficile d’admettre qu'avec les deniers publics, qui sont les deniers de tous, on constitue un véritable privilège au profit des salariés qui peuvent eux-mêmes faire œuvre de prévoyance. Mais, ce n'est pas le seul argument que l’on puisse faire valoir contre le système de la proportionnalité: ce système a en outre le double inconvénient, d’abord d'empêcher une hausse ultérieure des salaires, et en outre, de frapper et de décourager les bons
patrons. Plaçons-nous dans l'hypothèse où, par suite de
circonstances favorables, une hausse des salaires pourrait avoir liéu, quel raisonnement le patron va-t-il tenir ? Si j'élève les salaires, se dira-t-il, je vais grever mon budget non seulement du montant de l’augmentation même des salaires mais encore du montant du prélèvement supplémentaire pour la retraite. Placé en face de cette double hausse de ses frais généraux, il s'abstiendra.
L'autre conséquence de ce système, c'est qu’il frappe les meilleurs patrons. En effet, plus un employeur paye cher ses ouvriers, plus ses charges dans la constitution des retraites sont élevées. Son intérêt surtout, par suite de la concurrence que lui feront les mauvais patrons, le poussera à faire comme ses concurrents et a réduire ses salaires aussi bas que possible.
Tout change si l’on admet que le versement du patron sera inversement proportionnel au salaire de l'ouvrier. Il n’hésitera plus à augmenter les salaires, puisque toute hausse de ceux-ci aura pour effet de diminuer proportionnellement sa part dans le service des retraites. Aïnsi, il ne sera pas dupe de l'amélioration qu'il aura accordée à ses collaborateurs. Par contre, les patrons qui ne donnent que de bas salaires se verront obligés de contribuer dans une plus large part au service de Ja retraite. N'est-ce pas justice ? Il ne paraît, pas en effet, téméraire de dire que les patrons qui offrent des salaires inférieurs aux salaires normaux exploitent les ouvriers, cela est surtout vrai pour les ouvrières qui, le plus souvent, ne touchent que
des salaires de famine. Ceux qui voudraient s'en assurer
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n'auraient qu'à se reporter aux beaux livres de M. Ch. Benoist, L'ouvrière à l'aiguille et de M. le Comte d'Haussonville, Misères et salaires des femmes. Ils pourraient également consulter l’enquête faite par l'Office du Travail sur le travail à domicile et ils verraient combien la sécheresse des chiffres de cette publication est éloquente. C'est donc l'équité même que de surcharger ces hommes qui emploient des salariés en leur donnant comme rémunération de Jeur travail un prix inférieur à ce qui est nécessaire pour avoir, selon l'heureuse expression de M. Raoul Jay, une vie humaine.
On nous objectera, sans doute, que ce système qui consiste à imposer à l’'ouvrier un prélèvement progressif sur son salaire peut être l’objet de critiques analogues à celles qui ont été adressées au système préconisé en France en 1901 et qui avait réparti les ouvriers en trois classes. Nous répondrons que si le tarif proposé en 1901 présentait en effet l'inconvénient d'établir des démarcations trop accusées entre les différentes catégories, le système de pourcentage que nous proposons est infiniment plus souple et permet d'établir un grand nombre de catégories. On lui reproche également d'être trop compliqué, de nécessiter la création de véritables barêmes. Ce sont là des critiques qui ne portent pas; l'instruction des patrons et des ouvriers est suffisamment étendue pour qu'ils puissent se livrer à ces modestes calculs. Il ne faut d’ailleurs pas se dissimuler que, quel que soit le système adopté, on se heurtera à des difficultés beaucoup plus grandes que celles