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CHAPITRE IV

XXIX. — On a expliqué que la machine humaine se trouve régie, eu égard à la force motrice, par les mêmes lois que les moteurs inanimés; elle possède dans les cellules un foyer innombrable et silencieux ; elle s*alimente en combustible et en oxygène; elle tire, de Ténergie chimique des «//me/? /5 absorbés, chaleur et travail ; elle arme les muscles et les prépare à se co/i/mc/er, parlant à actionner les outils que représentent les membres robustes de l'ouvrier, adroits de l'artiste, agiles du typographe, de l'écrivain, du pianiste, de la couturière.

Voilà donc la force disponible. Comment agit-elle? Et comment la mesurer, la discipliner, l'utiliser avec soin et économie? — C'est ce ([ue nous allons examiner brièvement.

A. Le travail musculaire. -^ Si nous n'avions pas, dans la grandeur des échanges respiratoires, l'expression réelle de toute factivité musculaire, nous ne pourrions nous en faire qu'une idée approchée, car les efforts statiques ne constituent pas un travail, ne se mesurent pas, et cependant ils affectenl la résistance de l'organisme, ils nous fatiguent. (Test déjà se fatiguer que de rester debout , toute une journée, môme sans faire un pas, à surveiller un chantier.

Cette forme d'activité est la moins utile. Généralement, il

ORGANISATION PHYSIOLOGIQUE DV TIlAVAIL. T)

y a tnouvement, marche, course, travail (*) sur des instruments divers, et dépense de force à la fois physique et intellectuelle.

Nos membres, notre corps se déplacent, mus par Faction musculaire. Quand un membre s'éloigne du corps, il est dit en abduction^ et en adduction quand il s'en rapproche. Sa position ventrale (avant-bras tendu, la paume de la main regardant le sol) représente le mouvement de pronation ; la position inverse, dorsale, c'est la supination.

En outre de la variété de ses positions, un même membre fait intervenir, suivant les cas, des muscles différents, qui ajoutent et harmonisent leurs effets. On se figure, par exemple, que les muscles du bras actionnent l'avant-bras. Mais ceux de l'épaule y contribuent plus effectivement, les autres agissant sur le coude quand on veut un effort de simple traction par les mains. L'articulation très mobile du poignet ne subit presque pas d'effort ; elle est d'ailleurs très délicate et convient aux exercices de vitesse bien plus qu'à ceux de force.

A l'action des muscles qui produisent le mouvement s'ajoute celle de leurs antagonistes, comme pour les fléchissetirs et les extenseurs ; et c'est à une combinaison d'efforts musculaires que l'on doit de pouvoir déplacer un membre dans une direction et avec une vitesse voulues. 11 ne serait donc pas suffisant, pour apprécier le travail musculaire dans la flexion de l'avant-bras, de connaître la force du biceps et la grandeur du déplacement ; il faut aussi connaître le travail du triceps, son antagoniste. La musculature joue, comme on sait, sous l'empire d'excitations nerveuses coordonées, chaque groupe de muscles agissant synergiquement. — Veut-on lever les bras? — C'est aux abducteurs, adducteurs et releveurs à intervenir, les premiers aidant à porter les bras en avant ou en arrière. — Veut-on abaisser les mômes membres? — C'est alors aux

(M On sait que le travail s'exprime par l'cITort, que multiplie le chemin parcouru. Ainsi, quand on fait monter rie Teau du fond d'un puits, les termes du travail sont : X effort exercé sur la corde, et la profondeur du puits.

muscles abaisscurs à agir, non point comme antagonistes des releveurs, mais comme modérateurs du mouvement de chute. Le biceps brachial n'est pas, d'autre part, exclusivement fléchisseur; c'est également un supinateur : on en sent le gonflement quand on tourne une grosse clef.

Le droit antérieur (voir fig, 11) n'est pas seulement extenseur de la jambe : c'est aussi un fléchisseur et releveur de la cuisse, et il sert à maintenir l'équilibre des hanches.

Les modalités de Taction musculaire sont nombreuses et influent sur le degré de fatigue ; il faut savoir l'appropriera reffel strictement utile, avec la plus petite dépense d'énergie; il faut éviter les contractions superflues, les mouvements dans lesquels une partie de l'effort se trouve gaspillée ou stérilisée. Cette économie est précieuse dans la prothèse pour amputés.

Les sports, la boxe et l'escrime notamment, sont logés à la même enseigne que les travaux de l'industrie ; mais ils ont su bien mieux éliminer les mouvements inutiles. Les bons athlètes les évitent avec soin, parce qu'il y va de leur réputation et parfois de leur vie. L'éducatiofi physique doit employer les mêmes moyens d'épai^ne pour la discipline et la santé.

L'usage éduque l'activité des muscles et lui donne une régularité parfaite ; V automatisme, grâce aux réflexes médullaires, se saisit de nos mouvements, et une sorte d'instinct dynamique finit par imposer à notre machine ses lois souveraines.

XXX. — Mesure de' Faction musculaire. — L'évaluation directe de toutes ces forces est chose intéressante. D'abord, elle renseigne sur la difficulté de telle ou telle manœuvre, et sur la possibilité de la faire exécuter par des femmes ou des enfants, ou encore par des invalides, des mutilés, des accidentés du travail. Elle est également nécesaire pour apprécier les progrès de Vêducation physique, la restauration de la puissance musculaire, et enfin pour com-

parer le travail effectué à l'énergie qu'il a fallu y consacrer, ce qui indiquera les bons et les mauvais rendements.

Nous obtenons celte mesure des forces par les procédés jra^A(yM^5, l'enregistrement direct, d'après les règles formulées, il y a cinquante ans, par le célèbre physiologiste français Marey (1830-1904).

Fm. 19. — Scliéma d'un dynamographe.

On fera agir les muscles sur des ressorts qui se déforment légèrement dans les conditions de l'expérience, et chacun de CCS ressorts, terminé par un disque, viendra comprimer une petite poire de caoutchouc. Un i-éunit celle-ci, au moyen d'un tube souple, à une petite cuvette métallique formée par une membrane également en caoutchouc et constituant ce que l'on appelle un Itimbour de Marey {fig. 19). Une compression d'un côté jiroduiru une chasse d'air dans le tambour et soulèvera le levier inscripteur ou nlffle qui se trouve lié à la membrane. En disposant le style devant un cylindre enregistreur, comme celui de.s baromètres, on aura le tracé des efforts musculaires, amplifié -au degré voulu (A- 20).

Je me suis astreint, précisément, à combiner des mécanismes dynamographiciues s'adaptant à tous les outils, et qui me donnent, en toutes circonstances, des tracés nets et lidèles.

S'agil-il, par exemple, d'analyser les efforts F et F' d'un

ouvrier limeur dans le travail du lailon ou de l'acier, au moyen des grosses limes ? — On munit l'oulil de méca -

nismcs convenables, aux jioiuts unîmes où les bras le saisissent, cl on les mol en raj>|iorl avec des tambours de Marey

FiG. 21. — DOco m position des efforts dnns 1c travail & la lime.

montés sur un chariot. On peut donc curegi.slrcr toutes les forces en action et toutes les composanles de ces forces. Il

J t'st facile (le voir que

1 les composanles ver-

licales \' fl V s'ajout<'iil pour presser sur la lime et la faire mordre, tiiniJis que les efforts horizonlaux II et 11' délerminent le glissement, etparcoiisé<iuenl le travail itlile ijig. 21).

La figure 22 moiilre les transforma lions que la lime doit subir pour devenir dynainograpliique; on y ajoule un support spécial l>our mesurer la pression exercée sur le bloc de mêlai.

La lime esl munie fl son exlrémilé libre, en 1), de ressorts qui eonii)rimenl chacun une poin; et donnent la poussée et la pression de la main gauche : d'autre pari, le manche comporte intéri<'uicment un ressort à boudin R et une poire P qui fournissent la poussée de la main droile. Pour le détail des calculs, nous renverrons à notre ou-

vragc {loc. cit., p. 528-552) où sont indiquées de nombreuses transformations d'outils en vue de les rendre inscripteurs (pelle, marteau, sécateur, brouette, etc.). Toutefois, nous décrirons encore ici la varlope inscrioante et la pelle. La force du bras, agissant sur le manche de la varlope [fig. 23), se décompo.so en l'effort horizontal qui transporte l'instrument, et l'effort vertical de pression sur ta planche à raboter. On mesure, par l'office d'organes en caoutchouc disposés convenablement, cette dernière pression et la force totale exercée sur le manche; on en déduit la composante

Via. 23. — Varlope inscrivanle.

horizontale, qui mesuri-, en l'espèce, la résistance du bois au fer de la varlope. D'autre part, la planche est placée entre deux barres parallèles qui peuvent <'tre écartées ou rapprochées à volonté. Sur chaque barre est fixe, tout du long, un tube en caoutchouc très souple, que le moindre contact de la varlope déforme. En réunissant ces tubes i\ des tambours de Marey, on a i'înscriplion des chocs résultant des mouvements maladroits pendant le travail.

EitHn, les mécanismes cjui rendent une pelle djnamographique, soit dans les travaux de terrassements, soit dans ceux de la culture, sont évidents sur la figure 24 ; ils enregistrent la poussée totale ou résistance de la terre, et les efforts des mains pour enlever la pelletée.

Fio. 2(. — Pelle dïnamograpilique (détails ÎDlérieurs).

XXXI. — Mesure de la vitesse. — Ouait ^ 'i "iiesse des mouvements lohnlaires, il est possible de l'enregislrer simultanémenl aux efforts, en utilisant un chronograpke rapide donnant les fractions de seconde. Il est rare que même avec les doigts, qui sont les plus vites, on effeclue plus de sept

MU. 23. — lirapliiquc ilu liuvaii d uji tiuii ouvrier limeur.

mouvements par seconde, — Pour une vitesse déterminée, on s'assure, a la varlope inscrivante, de la régularité, de la rectitude des mouvements; le nombre de chocs fournis sur ie tracé, à droite ou à gauche, renseignera sur les défauts à corriger.

On pourrait également se servir du cinématographe et recueillir, sur un lilm, h une vitesse connue, les différentes

positions de l'oulil. Ce dernier procédé révèle aussi toutes les attitudes du corps pendant le travail, et permet d'en reconnaître les défectuosités. On peut, enfin, à Texemplc de Gilbreth, fixer une i)etite lampe à incandescence sur la main de Fouvrier, et relever, par la photographie, le cycle de ses mouvements. Le cyclographe présente, sinon de l'originalité, du moins certains avantages qu'il n'est pas possible ici de développer (*).

Sur le graphique d'ensemble, on lira donc la succession et l'intensité des efforts musculaires, leur vitesse, leur plus ou moins grande régularité avec une clarté et une fidélité incomparables. On y recueille aussi les efforts de la respiration [fig. 25). La vie active du travailleur met, en quelque sorte, sur le papier du graphique, une empreinte indélébile, la niarqite personnelle.

XXXII. — B. La dépense d'énergie. — Au travail ainsi produit par Thomme, et graphiquement mesuré, correspond une dépense d'énergie prélevée sur les réserves de l'organisme. Non point sur les aliments qui viennent d'être absorbés, mais sur ceux que la cellule a eu le temps iV élaborer, de fixer, de mettre dans cet état particulier qui leur permet de s'oxyder facilement et de produire de l'énergie.

La dépeme est proportionnelle à l'activité des muscles^ à rensomble synergique de leurs contractions, intensité, vitesse, durée, tout étant compris dans cette activité, qui s'étend aussi bien à l'élément nerveux (ju'à l'élément musculaire. Et c'est tout cela qui détermine la fatigue, qui régie la consommation d'oxygène respiré, ajoutant une quantité nouvelle à celle que nous absorbons déjà pendant le repos. L'énergie totale de l'homme actif est donc une somme où l'un des termes, celui du repos, ne varie presque pas à température extérieure constante, l'autre terme augmentant en proportion de l'activité musculaire.

(i) Voir \SL Revue de Métallurgie, p. 203; avril 1)15; — Revue générale des Sciencetj p. 173; 1916.

Sans entrer dans de longs dùlail.'s sur le mesurage des volumes d'oxygène consommé, voici, ii la lumière d'un exemple, le principe de noire leelmique : le sujet respire par

t'iG. 26. — Edinnlillonncurrespirutoii'e.

la bouche — *ce qui est commode en casde grande fatigue — et le nez se trouve serré par une petite pince en bois ayant les mors feutrés. 1,'ne soupape à doitlile valve se tient, par une embouchure en caoutchouc, entre les lèvres et les dents ;

Tair extérieur est aspiré d'un côté; il est rejeté, par l'autre ouverture, à travers une petite cloche C et un compteur à gaz G {fig, 26). La cloche est réunie, au moyen d'un tube de caoutchouc étroit, à un système de réservoirs de mercure R et R'. Suivant que R se vide dans R' ou vice versa, une dérivation sur le gaz expiré se trouve réalisée, ou bien l'échantillon renfermé en R est envoyé dans un eiidiomètre pour l'analyser.

On a donc le débit total de la respiration, ou ventilation pulmonaire, durant l'expérience, et en outre la composition de l'air expiré.

Normalement, l'atmosphère qui nous entoure contient 21 0/0 d'oxygène, en volume. Comme il y en (xmoins dans les gaz expirés, la différence représente la consommation de l'organisme (').

Tel est, décrit sommairement, l'échantillonneur respiratoire j)our Tévalualion de l'énergie dépensée. 11 se monte sur une table à roues caoutchoutées, qui roule sans trépidations, suit le sujet dans tous ses déplacements, et sert à l'élude de la locomotion normale ou pathologique, des exercices physiques, du travail professionnel.

I^e port de la soupape buccale est aisé, sans aucune gêne pour la personne, quelle que soit la durée de l'expérience.

Connaissant le volume total d'oxygène utilisé par l'organisme, on l'évalue en calories, comme il a été dit, à raison de 4,90 calories par litre. On obtient l'expression de l'énergie développée par la combustion vitale.

La distribution de cette énergie est multiple. Elle entretient les activités physiologiques profondes : mouvement et nutrition des appareils circulatoire, respiratoire, digestif. — Elle maintient à un niveau constant la température ducorps,

(1) Ainsi, on trouverait à l'eudiomètre 17 0/0 au lieu de 21 0/0, soit une diffé-

150 X 4 rence de 4 0/0, et le débit total étant de 150 litres, le produit — donnerait la

consommation totale d*oxygène, soit 6 litres.

en compensant les perles qu'il subit au contact deTair et par rayonnement. Elle assure enfin le travail si intense des muscles et celui, moins onéreux, des tissus nerveux. Tandis que la dépense au repos Meinl S. iOO calories en moyenne en 24 heures, pour un adulte, le froid Faugmenle : elle est de 3.500 calories par un hiver de 3 à 2"*. En été, par 25 à 30°, elle tombe aux environs de 1.800 calories.

Si Ton compte que le plus grand travail journalier consomme de 2.000 à 2.500 calories, à ajouter aux précédentes, on arrive à un total de 4.000 calories en été — que la chaleur empêche souvent d'atteindre, par diminution de Ténergie des muscles — et à 5 à 6.000 calories pour la ration de travail durant Thiver.

L'alimentation suffit à ces diverses dépenses. Mais, chose remarquable, si toute substance capable de brûler convient à un moteur thermique, il n'en est plus de môme dans l'organisme vivant, car il n'est pas indifTérent à la qualité de son combustible. V aliment par lui utilisable est toute substance qu'il peut élaborer pour la mettre en réserve dans ses cellules. Cest la seule provision qu'il exploite immédiatement et sans déchets, celle qui peut assurer sans trêve son entretien. La dépense dénergie est continue, puisque toute interruption .serait l'indice de la mort. La vie est doncrénergie.

XXXIIL — C. La FATIGUE. — Le point de vue physiologique offre encore, sur tout autre, l'inappréciable avantage de déceler les effets de la fatigue, de la très grande fatigue, et de fournir les moyens d'éviter qu'elle franchisse les bornes normales. \J éducation physique, sans cela, serait un contresens ; elle conduirait au surmenage, ou ne remplirait pas son but. Il faut ajouter que les troubles organiques, les défaillances des centres nerveux sont devenus plus fréquents par l'effet d'une guerre terrible, comme jamais les hommes n'en ont connue. Le déficit de Tactivité cardiaque est particulièrement à surveiller chez les anciens blessés militaires et les

mutilés. La recherche des indices de fatigue est donc une chose capitale.

La fatigue est la résullantc de phénomènes musculaires et nerveux qui produisent un malaise grandissant, et avant tout une sensation d'impuissance. Celte sensation passe par tous les degrés, depuis la simple lassitude jusqu'à la douleur la plus vive, et persiste un temps variable. Elle provient de sources d'excitations différentes : des fibres nerveuses qui se terminent, on Ta dit déjà, dans les muscles et les tendons, et aux surfaces articulaires, dans les enveloppes des viscères où Lennander a situé l'origine de la douleur organique ; par là elle prend un caractère général, et finit par embrasser toute l'étendue du corps. Car, au fond, la fatigue est une intoxication : si le cerveau, si les muscles fonctionnent d'une façon désordonnée, par suite d'efforts excessifs, ou d'une vitesse d'exercice trop grande, le sang ne parvient pas à suffire à sa tache d'épuration. Les déchets de cette activité cellulaire intense s'accumulent ; le sang, chargé de produits toxiques, produit la fatigue chez tout animal dans les veines duquel il est injecté. Il agit d'abord à la périphérie où sont les fibres sensitives, de sorte que c'est sur les organes musculaires que retentit la fatigue, alors môme que le cerveau seul a travaillé. Singulier paradoxe que de prétendre, à l'exemple de certains pédagogues, délasser l'esprit par la fatigue du corps! C'est avouer n'avoir jamais mis à l'épreuve ni l'un ni l'autre.

D'autre i)arl, il est essentiel de distinguer fatigue et douleur^ celle-ci pouvant être parfois tout à fait accidentelle^ et le résultat d'un effort exagéré ou maladroit, d'une attitude défectueuse, d'un étal palhologi([ue ; dans ces divers cas elle est d'ailleurs circonscrite au membre ou à l'organe affectés; elle n'envahit pas toute l'économie. Pas plus dans l'organisation de l'éducation physique que dans celle du travail professionnel, il ne doit y avoir de place pour cette sensation : ce serait un vice de méthode.

La recherche des signes de fatigue demande à être pour-

TRAVAIL ET FATIGUE l'J

suivie (lans^toules I«s fonctions de la \ic. Une lolle étude est il peine commencée aujourd'hui ('). Examinons IcsTails.

XXXIV. — 1° Circulation du sani/. — Ce n'est pas ici que l'on pourra formuler en détail la lecliniiiue des observations.

Fio. 27. — Prise d'un tracé du pouls pendant un exenùce de fatigue.

Indiquons simplement (|ue la personne expérimentée s'eii- Iralne sur le ci/c/e ergomélrique dont on parlera plus loin. Elie afïit sur les pédales |)ar la contraction des jambes, ou sur la manivelle en contractant les bras {/ig. 27).

On enregistre sur elle, h la fois les battements du cœur et du povh, et on mesure la pression artérielle ; les premiers, en faisant usage du cardiographe et du sphggmograpke de Ma-

[>) X. Mosso. La halif)ue OhstfBalïoiu sur lu fatigue 202; 1914).

rey ('), la seconde au moyen de Voscillomètre de Pacfion, qui donne successivement les pressions si/stoiiqne el diasioHçue, c'est-à-dire la plus forte el la i)lus faible. — Je conseille, toutefois, de se contenter du tracé cjue donne le cardiographe : cet instrument, applique selon la figure 28, demeure

Flti. 28. — Cardiographe et pneu m ri graphe en place.

en |)hioc pendant les exercices, et ses indications sont assez lidèles.

Les résultais des exptjricnciïs sont intéressaiils. Au furet h mesure que les muscles travaillent, en régime régulier,

lents et ta lechnirgue soDt détaillées dans Le

normal, la fréquence des pulsations va en augmentant ; mais, pourvu que deux heures de travail tout au plus soient suivies à'un quart d'heure de repos, la fréquence moyenne ne dépasse pas iSO pulsations par minute, de 70 environ qu'elle est au repos; elle tend à demeurer constante. — La vitesse du travail vient-elle, au contraire, à sortir des limites normales, les battements se précipitent et atteignent rapidement à 120, 140 et même 160 par minute. Celte dernière cii*constance est des plus fâcheuses ; elle est heureusement assez rare, sauf dans Tathlétisme (courses).

Fio. 29. — K\'thme du ccriir suivant le travail (fatigue).

Mais alors même que le nombre des pulsations, sous Teffet d'une grande vitesse alliée à un effort modéré, s'élève à 120 seulement, la prolongation de la durée du travail fatigue l'appareil circulatoire. Celle fatigue se traduit par un fléchissement régulier de la fréquence, qui finit par s'abaisser à 100 et parfois à 96. Le cœur n'est plus à môme de suivre l'allure du travail et d'assurer les besoins de l'organisme. La

solidarité physiologique est troublée, sinon rompue (^j.29). Dès que l'observateur a constaté celte discordance entre les fonctions musculaire cl cardiaque, il doit faire cesser tout exercice, ou en modérer considérablement la vitesse.

Les courbes cardiographiques renseignent, pour le rjUime, tout autant que celles du pouls. On constate, en outre, que l'amplitude, c'est-à-dire la force des battements augmente, et

Fin. 30. — Tracé du cœur d'un joiEue pymnisle [repos el falisue).

le cœur subil un léger et niomenfané accroissement de

volume. Ce dernier fait a été observé en fatiguant le sujet

par une marche sur trottoirroulant, et en soumellant la cage

Ihoraciquc h re.\amt'n radioscopîqne (').

, , diastole . . . ,

Le rapport ^ ^^ est voisin de 2, même de 1 ,50 ; la con-

tiiiction des oreillettes s'accentue, Xomlultitian de droite du

(i; ZiNTiet NitOLAi, Btrl.Klin. Wochenuck.. n* 18, I9U.

plateau systoliquc descend vers le tiers inférieur de la hauteur de la courbe. L'aspect de ce tracé de fatigue est caractéristique [fig. 30), il dénote une décontraction brusque des ventricules, une absence d'effort cardiaque soutenu. En pressant le tracé, on observe une sorte <Xg périodicité des systoles, dont le type est frappant {fifj. 3i), 1! n'y a donc pas lieu de nous attarder à sa description ni, surtout, à sonintcrprétalion.

Fie. 31, — Cardiogrammes i\e repus el de très (iiande falifiiie ;siijet normal,.

Quant h la pression arl(-rieUe, de 15 à Kî rentimétres iiu ropos, elle atteint parfois 33 centimètres, et flécliil éj^alemenl à rextrénie fatijjue. Dans ces conditions d'activité moyenne, où le cœur ne cesse pas d'être rép'ulier, la pression systolique varie peu et oscille autour de lo valeur 35.

On voit à quels indices se reconnail le travail normal, qui n'eJ^pose pas au siirinpnnge : les mouvements du cœur doivent avoir une fréquence de Ij.i à /^,7, et les cardiogrammes un semblant de plateau si/slolique. à ondulation li'-gi-iement abaissée ; la tension artérielle In plus forte sera de W centimètres. Aussi bien, les exercices athlétiques, (pii surmènent souvent

ie muscle cardiaque, rendent-ils son examen préalable absolument nécessaire. La force elle débit de l'ondée sanguine, non moins que son renouvellement suffisanl, sont indispensables à la vie intense des athlètes, comme dans tous les travaux pénibles des ouvriers,

XXXV. — 2° Respiration. — La fatigue relonlit peut-être plus vivement encore sur ia fonction respiratoire. Outre qu'elles deviennent très fréquentes, les respirations cessent d'être régulières; elles sont dyspnéiqucs, saccadées. —

u pneuniograplie.

le cycip.)

L'enregistrement des respirations peut se faire au moyen du pnevmographe double appliqué, par un ruban péritboracique, sur la poitrine, ou mieux sur ie dos, pourne pas embarrasser le travail {voir la /ig. 28 ci-dessus}.

Les graphiques expriment les variations d'amplitude et de rythme du thorax avec ses muscles plus ou moins conlrac-

lés [fig. 32). — Mais on peut placer une dérivation sur la soupape buccale comme le montre la figure 33, et enregistrer les mouvements de l'air dans les poumons, les lonogrammes [fig.Zi), c'est-à-dire les variations de pression (en grec tsvsç:

pression). A cet effet, on forme la soupape au moyen d'un bouchon traversé par une petite canule qui reçoit le tube de caoutchouc d'un tambour inscripteur — Les pneumogrammes et les lonogrammes se complètent dans l'analyse de la fonction respiratoire, ces derniers étant plus fidèles

et plus signilicalifs de l'étal réel des cavités pulmonaires. Tous deux traduisent les iioubks qui pourraient siéger

dans les poumons, ou encore dans le système musculaire qui en détermine le fonctionnement Ifig. 35 et 36}- On sait que, dans le repos, l'expiration E a une durée au

moins double de celle de l'inspiration 1. Le rapport y va en

diminuant avec la fatig:ue, landis que les respirations deviennent de plus en plus profondes. A un certain moment,

ce rapport -T- faiblit beaucoup, !a ventilation cesse d'être

ample et d'avoir un grand débit. Le volume d'air expiré

par minute, i[u\ allait en progressant et qui atteint généralement W litres au cours du Iravail, lend à diminuer. Ainsi, on relève sur te compteur, dans une fatigue normale, les débits suivants :

.iK repos: débit moyen par minule... 7 lilres

Travail au cyrie h 192 (ours par mi- ) 20i,70; 19',70; 22i.S0; 20',85;

uule et frein de2kilogruiiiiiie5.. 23i,IS ; 20 I.; 22 1. ; 2O',i0;

( 20',60; 19',50; ao'.SO

Soit une moyenne de 20', 25

i PHYSIOLOGIQUE DU TRAVAIL

La courbe {/ig. 37) accuse, par un plateau, une période de venlilation constante, qui ne prend fin qu'au seuil de la période dangereuse, c'est-à-dire du surmenage.

On peut donc afiirmcr que, tandis qu'un Iravai! normal développe la ventilation des poumons, et accroît mOme un peu le calibre des broncbcs('), la grande fatigue nuit à la

(1) Ualuase et Doi-oLAs, Journal of PhyaiotoQij, t. Xt.V. p. 335 ; 1912-1913 ; — Rroch elLiNDHAHo, Ibid., t. \LVtl,p. 30; t'.lt; — Kj'ugh,Theresplratoryexchaogc or aminals and Mno ; LoodoD, 1916.

régularité des échanges gazeux ; alors le gaz carbonique^ produit toxique de la combustion vitale, s'accumule dans le sang et détermine V essoufflement; la résistance des centres nerveux, et partant la puissance musculaire, décroissent rapidement. L'observation la plus élémentaire montre aussi que ces troubles respiratoires de fatigue sont dus bien moins à l'exagération des efforts musculaires qu'à la vitesse excessive des contractions, laquelle produit une désharmonie entre les rythmes solidaires des fonctions de la vie.

Courbe narmale de le venKlahon pulmonaire.

mausn/re àe 20 f £5

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