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Pendant I Exercice FiG. 37. — Courbe de la ventilation pulmonaire.

Il est remarquable, d'autre part, que la respiration se prolonge toutes les fois que Ton soutient un grand effort^ de quelque durée [fig, 38) ; une branche nerveuse, émanant du bulbe, réalise surtout une expiration prolongée. Mais, précisément, l'effort soutenu tend à devenir impossible dans la fatigue, parce que l'empoisonnement bulbaire précipite et fausse l'action nerveuse; les expirations se font brèves, saccadées, signe d'essoufnemcnt. Il est possible cependant de faire provision d'oxygène, par une inspiration très profonde, et de prolonger la durée de l'expiration; toutefois, ni souvent, ni plus de 2 minutes. Les plongeurs arabes de Ceylan, qui pochent professionnellement les éponges, restent 90 secondes au-dessous de l'eau (*). Malgré cet effort qui semble immobiliser la cage thoraciquc, l'air oscille dans les poumons, comme le montrent les tonogrammes. Les poumons conservent leur rythme et leur amplitude (/?^. 39).

(•) Vernon, Amer, Journ. of PhysioL, t. XXI, p. 126.

Mesurons, maîntcnanl, la consommation d'oxygène : nous la verrons croître, pour un mfme travail, avec les progrès de la fatigue. Le moteur musculaire rend de moins en moins ; il gaspille l'énergie. J'avais constaté au contraire une économie quand, en réglant l'effort et la vitesse, le travail s'effectuait sans grande fatigue (<).

A quelle valeur inférieure du rendement peut-on estimer

Fie. 38. — rneuniograrnmes montrant t'nrrCt eiipiratoire rlu thorax pendant l'elTort 3taliq<ie.

dangereuse la continuation du travail? — C'est une question bien complexe, car le rendement dépenil de la personne elle-m<5me ; c'est un coefficient individuel: il se rapporte i» un genre d'activité nettement spécifié, et ne saurait être généralisé îi tous. Il faudrait avoir, en quelque sorte, fait ries essais pour se rendre compte de la dt-préciation que subissent des muscles fatigués. D'ailleurs, il peut y avoir une fatigue statique, sans mouvements, utiles ou inutiles, par le seul fait de déployer des efforts; cela épuise les terminaisons nerveuses périphériques ("*), et complique l'interprétation

{') Le MoUur humain, p. 353-256.

(') K. Fmujehie, Skand. Arch. f. Ph'j3hl.,t. XXX. p. 409 ; W3.

du phénomène respïraloire, lequel cesse, par conséquent, d'élre exclusif de toute autre donnée physiologique.

Fie. 39. — Tonogrammes durftDt l'effort slntique

XXXVI. — 3° Énergie nét^ro-musculaire. — On conçoit d'ailleurs que la sensation d'impuissance, signe de la fatigue, .se localise dans l'appareil névro-muscitlairr. Un homme, lancé à vive allure, en arrive fatalement à réduire son effort et à ralentir sa marche. On a divers procédés pour s'en assurer. D'abord celui du cycle etgomélrigne, actionné aux pédales ou à la manivelle. On emploie un poids fréiialeur de 'i kilogrammes et une cadence de 200 tours par minute. La roue inscrivant elle-même, par un signal électrique, ses ro-

(allons, on note bientôt un tracé à intervalles plus espacés et irréguliers. Avec le ehirograpke ('), qui sera décrit plus bas, on suit la décroissance de l'activité musculaire, soit des doigts séparément, de toute la main, soit du poignet {fig. 40). Le rythme est réglé au métronome, et le poids à soulever dans les contractions ne varie pas {yîj, 41),

Les facteurs concernant la rorinc c\ la fréquence des con- Iraclions étant ainsi déterminés, c'est la liauleur, l'amplitude des soulèvements qui va seule diminuer par la fatigue. Le travail développé est donc bien décroissant. L'allure d'un ckirogramme. est caractéristique : elle est d'autant plus fléchissante que la fatigue est plus avancée, ou que celle-ci est plus inilueiicéeparlescircousianci's: mauvaise alimentation, manque de sommeil, dépression morale, température élevée, alcoolisme, état d'impolenco non apparent.

Je dis que pour un œil exercé, la comparaison des cblrogrammes avant et après un exercice doit renseigner sur le degré de fatigue. Étalons une des courbes du tracé en faisant

[>) J. AiiAR, Le Moleui- hamain, [.. 391; — Jomn. de l'bysiot., p. H49; 191li.

tourner plus vile le cylindre enregistreur, et nous remarquerons le ralentissement de la contraction dans toutes les phases qui la constituent. La volonté n'agit pas sur les muscles par June excitation unique, les centres nerveux doivent multiplier leurs impulsions, et alors cette paresse de la contraction trahit la fatigue simultanée du système nerveux; simultanée parce que la fibre musculaire elle-même, elle surtout, se fatigue, devenant moins irritable, moins élastique ; elle s'altère jusque dans sa structure élémentaire. A la suite de mouvements puissants, d'efforts considérables, les muscles souffrent de la contracture ; ils sont rigides, ne reprennent que lentement et péniblement leur souplesse primitive. C'est, par exemple, le torticolis rhumatismal, qui affecte le muscle du cou (sterno-cléido-mastoïdicn) ; c'est le spasme dénommé crampe des écrivains, et auquel sont également sujets les dactylographes et les couturières.

La fatigue du système nerveux est en proportion du nombre d'impulsions motrices (pi'il doit fournir au système musculaire pour le faire fonctionner; cette dépense est élevée dans le travail qui demande une grande fréquence des mouv(»mcnts. De petits j)as, très souvent renouvelés, sont plus onéreux que de bonnes enjambées, et l'on ai)erçoit la raison qui, dans certains travaux ne nécessitant pas de force, rend l'épuisement nerveux important et hâte la latigiie.

('e phénomène a, de plus, pour conséquence, des trouI)les de la sensibilité générale; on réagit moins vite: l'équation personnelle augmente ; la vue perd de son acuité : c'est Vasthénopie oculaire des typographes, cordonniers, etc. ; on ne peut plus distinguer les couleurs sans augmenter l'intensité de la lumière (') ; de même, l'activité cérébrale est plus lente à distinguer les idées ou les images.

La sensibilité tactile, source de nos plus fréquentes sensations et notre [principal moyen d'éducation, est à son tour amoindrie. On l'évalue en eflleurant avec deux pointes en

(') Altobeixi, Ai'ch. ilal. BioL^ t. XL, p. 1)9; 1903.

ivoire la surface cutanée ; au lieu d'un écartement normal de ce compas spécial ou esthésiomètre, il faut séparer davantage les pointes et embrasser une aire sensitive plus grande. Ces diverses manifestations de la fatigue nerveuse résultent souvent d'un déficit d'oxygène dans le sang, ou d'un excès de gaz carbonique, ayant pour cause la vitesse de travail. Ce sont là des circonstances où V excitabilité des centres nerveux s'affaiblit, tout au moins pour un certain temps(^), et entraîne la dépression de la sensibilité périphérique. Les actes volontaires et les actes réflexes s'accomplissent dans l'hésitation et parfois dans le désordre. — Par exemple, une jeune fille ([ui joue longtemps à la corde finit par se tromper et s*cmbarrasser dans ses mouvements.

Tous ces éléments, sur lesquels je ne puis jeter qu'un rapide coup d'oeil, sont des grandeurs mesurables; on forme des tableaux de chiffres représentant les valeurs de ces réactions avant et après la fatigue, et on en tire les enseignements utiles.

Dans plusieurs cas, il m'a été possible de remplacer les tracés chirographiques par un procédé plus expédilif pour évaluer la plus ou moins grande résistance des centres nerveux : le sujet, à un instant donné, saisit deux poids de 5 kilogrammes, placés à portée de ses mains, un de chaque côté, les bras étant tendus latéralement et sur une ligne horizontale. Il ne doit les laisser tomber que sous l'efTet de la fatigue î à cet instant, les bras commencent à s'abaisser et à trembler. On note la durée de cet effort statique^ et on reprend à intervalles d'une minute, tant qu'on jugera nécessaire le renouvellement de l'épreuve.

Le produit du poids par le temps, P X/, en kilogrammessecondes, varie d'un individu à un autre ; à l'origine des épreuves, la durée peut osciller de 78 à 20 secondes. Mais il est remarquable que, dans une heure d'expériences. Vendurance, où s'exprime la totalité dos produits P X ^ caracté-

(*) PiOTROWSKY, Du Bois-Reym. Arch. f. Phys.^ p. 205 ; 1893; — Bagliont, Arck. ital. BioL, t. XLII, p. 83; 1904.

rise un homme, parfois un groupe d'hommes, habitués aux mômes exercices. En vingt reprises, par exemple, elle a une valeur à peu près constante. L'endurance-limile se révèle comme suit : d'abord, un coup de collier, puis une chute brusque, et le refus absolu de continuer à porter les poids. Après un repos d'une heure, la courbe s'abaisse encore très vite, et l'on est en droit de dire que l'excitation nerveuse motrice tend à s'épuiser comme l'énergie musculaire elle-

Jàrme ^énéia/c des ùx/ièes d endurance.

Timp»

FiG. 42.

mémo. — La forme des courbes dejidurance est hyperbolique [fig. 42). On aura, par exemple : 44", 30", 29", 19", 16", 15", 14", 13", 13", 11", 10", 11", 10", 11", 11", 11", 8", 10", 11', 11" = 308", soit un total de 308" X lO"^*^' = 3.080 kilogrammessecondes. — En moyenne, les adultes bien portants, non fatigués, fournissent 3.000 kilogrammes-secondes. Toute irrégularité frappante, toutes valeurs inférieures à 2.000 kilogrammes-secondes, trahissent une grande fatigue des centres nerveux.

XXX VII. — 4° Signes biochimiques de la fatigue. — La nature de la fatigue est, on l'a vu plus haut, une intoxication qui, produite aux points où l'activité a son intensité maximum, s'étend peu à peu à l'organisme tout entier.

Ces poisons résultent de la transformation des a/6w/wmo?rfe5 cellulaires^ qui est une opération toujours mauvaise pour la

santé, car non seulement elle est dispendieuse — nécessitant beaucoup plus d'oxygène que s'il s'agissait de substances grasses ou sucrées — mais elle met en liberté précisément des corps toxiques ou ponogènes. Il s'en forme surtout lorsque les muscles déploient des efforts excessifs. Ces dérivés sont des bases nucléiniqties^ dont l'origine est le noyau de la cellule ; ils sont acides et phosphores ou azotés. Aussi, trouve-t-on dans les urines ces bases nucléiniques, des phosphates et de Y acide urique. Ce dernier, que riiomnie élimine à raison de 8 milligrammes par kilogramme et en 2i heures, à taux constant (*), est plus abondant à la suite des fatigues (^). Et tous ces produits, charriés par le sang, empoisonnent Torganisme. On a vu que leur injection à un animal entraîne la dépression des forces et les troubles de la fatigue; ils diminuent l'excitabilité musculaire, ce qui nécessite une dépeuvse croissante d'énergie nerveuse, un véritable gaspillage des ressources de la vie; ils altèrent jusqu'à la matière vivante, celle des nerfs et des muscles ; ils gênent la régularité des phénomènes respiratoires et circulatoires.

Tandis qu'une activité normale réduit la proportion des toxines urinaires (•^), un travail intense, une fatigue extrême l'augmentent visiblement ; et Bouchard a constaté qu'elles ont un effet narcotique certain, pouvant aller de la simple somnolence jusqu'à la mort.

Malheureusement, les mesures pour déceler, à l'examen des urines, la borne dernière de la fatigue physiologique^ font encore défaut. Et ni de Y analyse du sang y ni de la toxicité de la sueur, on ne peut tirer de meilleurs renseignements. II faut confronter de multiples données — sommairement indiquées ici — pour apprécier l'intensité de la fatigue.

(ï) Fal'Stka, Pfl. Arck., t. CLV, p. 523; 1914.

(2) IIerther et Smith, Maiys Jahrsh., t. XXU, p. 200; 1892; — Dlnlop, etc., Journ. of PhjsioL, t. XXII, p. 68; 1898.

(3) Ch. BoucHARi), Leçons sur les aulo-in fox. dans les maladies; Paris, 1887; — CoLASANTi, liicerche Islit. Farmacol. sper.^ t. 11-1 V; 1895-1899.

OHOANISATIO.N PHYSIOLOGIQUE DU TIIAVAIL. 7

Le caractère vraiment physiologique de celle-ci est la disparition de tous ses effets par le i*epos et le sommeil^ tous deux nécessaires, tous deux conditionnés par rauto-inloxication elle-même. La toxine qui détermine le sommeil, Yhypnoloxiiie, se forme dans Tétat de veille, se rencontre dans le sang et plus spécialement dans le liquide cérébrospinal ; elle produirait dans le cerveau frontal de j)assagères altérations ('). Fatigue et veille engendrent la torpeur des organes du mouvement, et relâchent la tonicité musculaire, et dépriment l'innervation; elles rendent inéluctables le repos et le sommeil, car à un certain moment elles deviennent inhibitoires, réalisant un mécanisme de défense contre l'activité exagéré(\ \Joxi/gène du sang rétablira la vitalité.

Si, par une fausse conception des lois du travail, on passe outre à ces avertissements de la fatigue, les limites normales sont vile franchies: l'intoxication s'aggrave et donne lieu à une courbature fébrile, à des maux de tète, à des manifestations doloritiques. La résistance des centres nerveux s'affaiblit beaucoup, et, pour tout dire, la résistance organique s'effondre; c'est ce cpii réveille les souffrances et les maladies latentes, maladies très souvent insoupçonnées, c'est ce qui brise le ressort que les germes infectieux avaient tant de peine à surmonter. La fièvre typhoïde et la tuberculose se déclarent, et l'on sait qu'elles sont le triste lot des armées surmenées par la guerre.

Le but de l'organisation physiologique de notre activité es! de rendre impossibles les circonstances dans lesquelles naît le surmenaire et se ruine la santé. Elle vise à la conservation de l'espèce humaine j)ar l'hygiène sociale.

(^} n. PiKUDX, Le l*rohfèni" phi/siolo;/ique du som'Hi'il; Maason, 1913.

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