‹ Organisation physiologique du travailChapitre 21 sur 42 · C-i) Vieux de cinq jours · texte numérisé non relu

C-i) Vieux de cinq jours

(■<) A. Ballanu, iicrufi de l'intendance^ p. 031 ; 1007.

XLIIl. — Observations et cas particuliers. — En général, il est bon de faire prédominer les alinients végétaux dans tous nos repas, sans les employer exclusivement, sans exclure par exemple les œufs, lait, poissons délicats (sole, merlan, brochet).

On veillera soigneusement à la bonne <|ualilé des aliments. 11 devrait v avoir un contrôle très sévère des restaurants, car les ouvriers surtout sont exposés à se nourrir souvent d'alimenls avariés, au détriment de leur santé. Le bon marché ne doit, en aucun cas, servir d'excuse à la fraude, ici moins que jamais.

h'enfant, après la période iV allaitement, doit consommer beaucoup à cause de la croissance. Le lait malerncd lui sera toujours avantageux, sinon le lait de vache bouilli et légèrement dilué avec une solution de lactose à 10 0/0. Ensuite on aura recours à la panade; au bout de 18 mois, on donnera du bouillon de viande, du poulet haché menu, de la jmrée de pommes de terre, des confitures. A cet âge, comme plus tard pour l'adulte, il faut veiller au poids du corps ; constant chez l'un, progressivement croissant chez l'autre. Mais le régime du nofniisson demande une surveillance compétente ; en cas de chloro-anémie, dyspepsie ou catarrhe <les intestins, on n'hésitera pas à consulter un spécialiste.

De Tàge de 2 ans à celui de 9 à 10, l'enfant absorbe /m/' kilogramme 90 à 70 calories, soit 2 à 3 fois pluscpie l'adulte. On ne saurait, sans danger, réduire sa consommation et son activité, car ses organes se forment et apprennent à fonctionner. Education n'est pas limitation.

A l'autre versant de la vie, chez les vieillards, la fonction digestive s'affaiblit et la dépense d'énergie diminue peu à peu. Il faut alors éviter de fatiguer l'appareil gastro-intestinal et lui donner des aliments qui se digèrent bien : féculents, nouilles et macaronis, viandes blanches très tendres, légumes frais et compotes. La sobriété ici est une nécessité, sobriété que l'on étendra à toutes les causes d'excitation pour ne pas mettre à l'épreuve le système cérébral. Cette

OKOANISATION PllYSIOLOtilQUB DU THAVAIL. S

économie d'aliments et de stimulants prolonge la vie; on connaît Fexemple du gentilhomme vénitien Louis Coniaro (1464-1566) ([ui poussa l'économie alimentaire jusqu'à la parcimonie, et à 94 ans ! prêcha sa doctrinedans un ouvrage « plein de bon sens et d'esprit (^) » : Melodo di vitere a lungo, ou Discorsi délia vita sobria (Padoue, 1558). Malade jusqu'à Tàgc de 40 ans, ayant abusé de la vie, il réussit à rétablir complètement sa santé et à se passer, grAce au régime qu'il s'était imposé, de toute espèce de médication. Presque centenaire, il eut même un procès qui lui causa du chagrin sans l'ébranler, et il fit une chute de voiture qui ne laissa aucune trace. « C'est ce qui fait voir clairement, écrit-il, que ni la mélancolie, ni les passions de l'Ame ne peuvent causer de fAcheux effets en ceux qui vivent de régime... et que la plupart des accidents ne seraient pas fort dangereux. »{Loc, cif., p. 49, 53.)

Il n'entrait pas dans notre plan de traiter, môme en passant, des régimes et de la science qui les adapte à l'état des malades. La diététique est placée comme au carrefour de la physiologie, de la pathologie et de la thérapeutique; elle ne saurait être ravalée à une des formes de l'art culinaire. Dès qu'un malade a reçu l'avis éclairé de suivre un régime déterminé, il devra faire effort pour s'y soumettre. L'ordre et la mesure gouvernent l'univers entier. Singulière prétention que de vouloir en affranchir notre vie végétative !

XLIV. — Nos boissons. — L'alimentation, au sens vrai de ce mot, comprend aussi la boisson qui, pour une très large part, est rei)résentée par les liquides entrant dans nos aliments.

Ueau est incontestablement la boisson naturelle et hygiénique par excellence, parce qu'elle est un des éléments constituants des êtres vivants. On oublie trop que le but de la

('^ Appréciation de Addison 'Joseph), dans Le Spectateur du 13 octobre 1711 (Introduction de la traduction anglaise du livre de Cok.naiio, The Art of Living Long^ p. 21 ; édition de 1903).

boisson est essentiellement un but physiologique, auquel ne satisfait aucun autre liquide que l'eau : l'organisme s'efforce à conserver un taux invariable d'hydratation ('). Encore faut-il que l'eau soit saine, non surchargée de sels, ni infectée de microbes. // est toujoKrs avantageux de la faire bouillir et de la mettre f24 heures dans la cave. On est ainsi à l'abri de toute contamination, et certain de boire une eau agréable au goût, — D'autre part, elle favorise la digestion, spécialement celle des graisses et dos hydrates de carbone (^). Elle désaltère à coup sûr, car la soif est une sensation résultant du manque d'eau comme Vappétit est une sensation qui annonce la fai?n, le besoin d'aliments. L'une et l'autre ont pour origine un trouble de l'état dynamique cellulaire, ce <jui entraîne des ébranlements du système nerveux.

L'usage a, malheureusement, prévalu d'estimer les //ywirf^.s alcooliques au môme titre que l'eau, et presque tout le monde en consomme. C/est une erreur absolue. L'alcool est, avant tout, un combustible; il fournit plus de 7 calories par gramme ; il peut, à la dose de 50 à 60 grammes par joir, procurer de la chaleur à l'organisme, et décharger en partie de ce soin les aliments usuels. Mais il ne doit jamais être considéré comme une source prochaine d'énergie supérieure, ni mécanique, ni psychique.

Surtout, on ne saurait perdre de vue ses e/fets toxiques, auxquels est particulièrement sensible la cellule nerveuse. Les vinSj bières et cidres, les produisent à raison de l'alcool qu'ils contiennent: par contre, les spiritueux y ajoutent la terrible influence des essences stupéfiantes qui entrent dans leur composition ; et de môme que Y absinthe — aujourd'hui interdite définitivement grâce au zèle éclairé de M. Ribot — il convient de les défendre, ou tout au moins d'en restreindre la vente. Les autres boissons alcooliques peuvent être autorisées sans qu'il y ait danger grave, et pourvu que la consommation journalière ne dépasse guère un demi-litre de vin

(^) Tehroi.xe, Comptes Rendus Biologie, 28 mars 1914.

(îJMATTii.LetnAWK, The Journ.ofUie Amer. Chem,Soc., t. XXXIII, p. 1978; 1912.

OU un litre de bière ou de cidre. Une doclrinc hygiénique, qui préconiserait de. tels principes, sérail comprise de toul le monde et Iriompberail à la longue de ce mal hideux qui a nom : alcoolisme {^).

XLV. — Effets de ralcoolisme. — Il est utile également de décrire les ravages de c(* mal. « Le meiMeur moyen de se garantir de l'ivrognerie, disait Anacharsis le Scythe, philosophe grec du vr siècle* avant notre* ère, c'est de se représenter la dégradation des yens ivres. »

Je passe sur c(*lle déchéance morale; mais l'aulre! Tout \ appareil digestif est irrité ; ses sécrétions s'accumulent ; peu à peu rirritalion fait place* à un ulcèn* ([ui perfore l'estomac. La « pituite* matinale » esl le pre'inieM' sympteime de* ce* processus. Kyrie et Schopper (-) ont constaté que l'alcool de vin, employé à la ele>seî de 100 à HO grammes pour un adulte, elétermine le's ulcérations gastrique^s, la congestion et la dégénération du fe)ie, pour conduire à la cirrhose hépatique. Le foie, ce magasin de* glycogène où les muscles se ravitaillent par l'inteTmédiaire du sang et ((ui contribue à la i)roduction de chale*ur de Torganisme, s'altère profonde'^ment, il de*vie*nt lihreux e't dur, et cesse de remplir ses multiples fonctions.

S'agit-il de* Vappareil circulatoire ? L'alcool exe*rce sur le cerur une action elépre*ssive: la puissance contractile de cet organe tombe rapide*ment; il n'a. plus ni son effort normal ni sa capacité ordinaire de travail; se*s mécanismes nerveux régulateurs sont abolis elès la dose de 2 grammes par kilogramme d'animal (•^); la fréquence des battements diminue, et Finlluence dépressive s'accuse par un re^pos diastolique prolongé ('•).

(>) J'ai donné dans Le Moteur humain, p. 198, 283 et 596, tous les arguments de fait et de doctrine sur lesquels s'appuient mes conclusions.

(•-) Kyrie et Schoppeu, Arch. f. Path. Anal. u. Phys., t. CCXV, p. 309 ; 1914.

(») Pektimalli ctDi CHRiSTiNA,ylrc/iii;. d. Fisio/., t. Vill, p. 131 ; 1910.

(*) Chistoni, Arch. int. de Phf/siol., t. XIV, p. 201 ; 1914; — Galeotti et Di JoRio, Arch. di Fisiol., t. XII, p. 401 ; 1914.

La dégénération du cœur peut entraîner la mort; les vaisseaux sont, d'ailleurs, moins élastiques, et leur rupture a lieu fréquemment : d'où les hémorragies foudroyantes. A cet égard, on observe, comme aux confins de la vieillesse, une dégénération des tissus, leursclérification, rartério-sclérose. Les observations de Lian (*) ont conclu à l'hypertension artérielle chez tous les grands buveurs.

Enfin les troubles nerveux, Lussana, qui expérimenta avec des doses moyennes de 2 grammes par kilogramme, vit s'afi'aiblir la tonicité musculaire et les mouvements réflexes, ce qui est Teffet d'une dépression nerveuse (^). Et quand on recherche la présence de l'alcool dans les organes, on constate qu'il se localise de préférence dans le cerveau, dans le bulbe, arrêtant finalement le jeu de la respiration et produisant l'asphyxie (^). La mort des alcooliques est souvent une mort asphyxique et soudaine.

On observe d'autres manifestations de l'alcoolisme, qui sont les plus connues : tremblement caractéristique des mains, maux de tête, vertiges, crampes, hallucinations des sens, cauchemars, et surtout le delirium tremens, crise violente où la conscience s'évanouit et rend l'homme capable de tous les crimes. Même quand il est encore éloigné de cet état aigu, le contrôle de ses sensations et l'association de ses idées sont moins bien assurés; l'esprit est flottant; on est diminué moralement et physiquement.

L'alcoolique résiste peu aux maladies infectieuses ; c'est sur lui que s'acharne la tuberculose^ c'est en lui que s'accumulent toutes les tares et les germes de morbidité que, par une loi physiologique fatale, il léguera à sa descendance (*); ses enfants, débiles, atrophiés ou idiots meurent en bas âge. Ne serait-ce pas à cette loi cT hérédité que les premiers législateurs avaient songé lorsqu'ils annoncèrent aux coupables

(>) C. Lian, Bull. Acad. de Médecine, du 9 novembre 1915.

(•-) Ldssaîia, Arch. di FisioL, t. X, p. 269 ; 1913.

<»; Sabbataxi, Ibid., t. VU, p. 49-80 ; 1909.

(*; Stookard et Papamcolaoi', The American Saluralisl, t. L, février et mars 191C.

humains que Dieu les punirait dans leurs descendants jusqu'à la quatrième génération!... L'alcoolique est impropre aux travaux qui exigent deVattenlionei de la délicalesse,de la précision dans les mouvements. S'il se blesse, s'il a une fracture, sa guérison est longue et difficile. 11 est bien plus vite à charge à la société. Comment la société pourrait-elle ne pas le traiter avec mépris? [Voir, sur l'organisation de la lutte antituberculeuse et antialcoolique, un bel article d'Albert Robin ('), et une discussion très intéressante entre Chauveau et Landouzy ('^).j

XLVI. — Conditions physiologiques. — L'organisation du travail est fondée aussi sur les aptitudes individuelles et l'état général de l'organisme (voir chap. ii). Un examen médical attentif permettra de savoir si la profession que l'on veut suivre s'accorde avec les ressources physiologiques. Les travaux intellectuels et ceux de vitesse épuisent l'énergie nerveuse cérébrale, surtout quand il faut les prolonger. Les penseurs dont la santé est faible, dont le potentiel nerveux est bas, sont contraints de couper leur travail par de fré- ([uents repos et de ne pas entreprendre une œuvre de longue haleine : le lien qu'ils doivent mettre entre leurs idées, les proportions à établir entre les parties d'un tout immense et complexe, les obligeraient à un effort d'attention dont ils ne sont pas capables. Pour pou qu'ils s'obstinentdans cet effort, des troubles de l'ouïe et de la vue, une impatience de neurasthénique les avertissent du danger, la neurasthénie n'étant qu'une forme de l'épuisement nerveux. Dans les exercices manuels, ces troubles affectent la coordination des mouvements : le sporlsman cesse d'avoir un jeu assuré; les dactylographes, sténographes, typographes manquent les mots; les couturières « ratent » les points. Leur sensibilité, en général exquise, ne peut être suppléée par la volonté ; il

(M A. Robin, BulL Acad. Méd., 15 juillet 19.3.

(•-) A. Chauveau, C. H. Acad. Sciences, t. CLXII, p. 800 et 932 ; juin 1916. — L. Lanoouzy, ibid., p. 903 et 967.

y faut donc une disposition organique. De ces exercices, les alcooliques doivent être écartés absolument. J'en dirais presque autant des sujets ané7niqiies. Dans les travaux de force, les luxations, entorses « coups de fouet », déchirures, sont assez fréquents ; il y faut une constitution robuste, exempte de tares qui prédisposent aux accidents. Ne conviennent pas à ce genre de travail les alcoolique, parce que leur myocarde est déprimé et sujet aux défaillances ; les diabétiques, parce que leur puissance musculaire est réduite au moins de moitié (*) ; les grands tuberculeux, les hernieux, etc. Il est clair que les blessés de la guerre et les accidentés du travail, les premiers tout spécialement, devront faire l'objet d'un examen qui suppute leur degré de résistance physiologique à la fatigue.

On doit écarter des travaux durs les enfants qui n'ont pas atteint dix-huit ans, et les femmes, car ils manquent de la force nécessaire, vu leur maigre musculature. Ces dernières sont aflaiblies par les menstruatiofis (règles) et la grossesse; les douleurs, la lassitude des lombes et des jambes persistent 4 à 5 jours après chaque menstruation. Et du fait de la grossesse, l'utérus envahit l'espace sous-diaphragmatique, comprime le cœur et diminue l'amplitude des respirations.

Les muscles tlioraciques sont en contraction forcée, ce qui met dans un réel état de fatigue permanente, ajoutée à un ralentissement de la nutrition. Durant cette période, le milieu industriel est funeste aux femmes, car elles sont devenues très sensibles aux substances toxiques et aux germes infectieux ('), lesquels, en passant du corps de la mère à celui de Tenfant, seront pour ce dernier une cause de dépérissement ou de mort. C'est ici ou jamais que l'hygiène sociale exercera utilement sa prévoyance, en préparant la résistance de la race et organisant la prophylaxie.

L'attention se portera enfin sur l'état de nos sens, rare-

(1) DuccESciii et Albakenque, Archiv. di FisioL, t. VIII, p. 589-600; 1910.

(2) Lbwin, Berl. Klin. Wochensch., p. 701 ; 190.j.

ment parfait. 11 convient de corriger la vision des myopes pour qu'ils n'aient pas à se pencher sur leur ouvrage; sinon le corps se déforme [scoliose des écoliers) et se fatigue dans une plus large mesure. L'horizon des myopes est borné ; les lentilles concaves semblent l'agrandir et l'éclairer ; ils modifient alors leurs attitudes, rectifient leurs mouvements, apprécient lîiieux les proportions relatives des objets. — Cette correction est indispensable aux bijoutiers, ciseleurs, graveurs, typographes — aux écrivains, aux écoliers.

La vision des coulenrs demande à être surveillée chez les peintres, décorateurs, teinturiers, conducteurs de trains. La personne qui néglige cet examen de la vue peut s'attendre à des déboires nombreux.

h'onïe donne à l'ouvrier son allure normale comme elle donne la note au chanteur, le Ion à l'orateur; elle rvlhmela phrase. Elle règle aussi le mouvement des outils dont l'action est périodique (rabots, scies, limes, etc.). Les forgerons, terrassiers, par exemple, frappent de leurs marteaux sans que ces instruments se rencontrent. L'audition In-auriciilaire contribue à situer exactement Torigine des sons; elle est d'ailleurs beaucoup plus fine que si une seule oreille entendait. — 11 importe, enfin, à certaines professions que ceux qui les exercent aient un odorat bien aiguisé. Tels les pharmaciens, œnologistes, marchands d'huile, cuisiniers. L'odorat peut s'affiner à l'usage, comme il se fatigue sous l'inHuence continue des odeurs (cas des mégissiers, égouttii^rs).

On poursuivrait encore l'exposé du sens du toucher^ mais il en a été parlé incidemment et nous y reviendrons au sujet des aveugles ; c'est donc assez pour clore ce bref aperçu sur les facteurs internes de l'activité humaine.

XLVII. — B. Factkirs exterm:s di: travail: milieu atmospiiKiuyiE. — Je serai, pour la même raison, parcimonieux de détails sur Ic^s facteurs externes, dont le j)rincipal est la température de Cair, Ouand celle température s'abaisse, les

échanges respiratoires sont activés, la production calorifique augmente et permet à notre corps de rester à son niveau thermique normal. C'est par l'intermédiaire des contractions des muscles cutanés, du frisson (Ch. Richet) que ce phénomène de suractivation a lieu; il est d'origine réflexe périphérique (^). A mesure que la température extérieure s'élève, on a moins hesoin de cette thermogénèse. Dès 20°, l'organisme entre dans la zone des températures indifférentes, et le minimum d'échanges respiratoires correspond à 27** ou 28° ('). Mais, par suite de l'effort de contraction des muscles, et sous peine de le diminuer beaucoup, il ne faut pas travailler dans un milieu chauffé au delà de 18°. En été, ou dans les climats chauds^ les muscles sont rapides, mais incapables d'action soutenue; c'est la fibre elle-même qui est déprimée, car les centres nerveux sont peu affectés par des températunvs de 35 à 40° (^).

Les déchets toxiques deviennent abondants; il y en a dans le sang, la sueur, les urines. Il est alors nécessaire de nettoyer l'intérieur des organes par une alimentation végétale sobre et par l'usage de boissons où domine l'eau, comme aussi de netlover l'extérieur en lavant souvent et proprement la surface cutanée.

En hiver, ou dans les climats froids, les mouvements sont paresseux, lents, mais capables d'une action soutenue; les réactions nerveuses manquent de vivacité, et il arrive que Touvrier coordonne mal ses gestes et les nuance sans délicatesse. J'ai constaté, dans plusieurs ateliers, que le meilleur travail se développe dans une température de l^i à / /°, quand les pièces sont vastes et bien aérées. Les bureaux et appartements doivent être chauffés à 17-18". Pour les personnes tenues au repos, il est utile que la température de l'air ne s'abaisse pas au-dessous de 17°.

L'atmosphère nous soumet, d'ailleurs, à des inlluences

(*) Sjostrôm, Skand. Arrh. f. Pfiysiol., t. XXX, p. \ : 1913. (•^) loxATius, Llnd et WÂRRi, ibid., t. XX, p. 226: lb08. {*) Bi(0€A et RiciiET, Avcli. de Vlvjsiol.^ p. 811 ; 1897.

variées : pression bar orné trique ^ état hygrométrique (humidité ou sécheresse), courants aériens, poussières, etc. Les inconvénients qui en résultent sont multiples. C'est à l'excès de chaleur et d'humidité qu'il 'convient de remédier, dans les lissages etfilatures, en utilisant des ventilateurs appropriés; autrement, de graves accidents se déclarent dans l'économie: la transpiration diminuant en milieu chaud et saturé, il s'ensuit une rétention des substances toxiques dans le sang, un empoisonnement que trahit l'aspect anémié des travailleurs des filatures, et leur moindre résistance aux infections.

L'influence de la pression barométrique et de Valtitude est également intéressante; mais c'est une question complexe pour laquelle nous renvoyons à notre ouvrage [Le Moteur humain, p. 322-332). Et le froid ajoute son effet à celui de l'altitude : l'organisme est, par eux, affaibli ; la fatigue survient rapidement; et tandis que le cœur demeure normal, avec une pression artérielle constante (^), on voit au contraire la puissance musculaire s'abaisser et les centres nerveux fonctionner irrégulièrement (^). Un ingénieur a même pu écrire qu'à 5.000 mètres d'altitude, « une mine de louis d'or tout battus ne serait guère exploitable ».

Nous signalerons aussi le cas du travail dans Yair comprimé, pour les ouvriers des cloches à plongeurs et les scaphandriers. Il donne lien à la « maladie des caissons ». La respiration se ralentit; l'air comprimé se dissout dans le sang en plus grande masse, et, en le quittant au moment de la décompression, se dégage dans le tissu cellulaire. Il en résulte des démangeaisons, des piqûres et parfois des tuméfactions. L'instant le plus redoutable est celui de la sortie du caisson. « On ne paie qu'en sortant. » Les embolies gazeuses sont plus dangereuses et plus fréquentes chez les sujets gras ; elles peuvent être mortelles.

A la plongée, c'est un tintement dans les oreilles, quelque-

(1) GuiiXEMAiiD cl Regmeh, G. fl. Ac. Se, 8 novembre 1913.

(2) A. Mosso, risiol. de l uomo suite AIpi, p. 7, 11; Milano, 1897 (2" édit, 1910).

fois douloureux, et que l'on fait disparaître par un mouvement de déglutition. Durant le travail, on éprouve une certaine difficulté de mouvement, et comme de la rigidité aux articulations.

Enfin, la pression artérielle augmente de 1 à 3 centimètres (^), et dénote un excès de travail du cœur; il y aune disposition marquée à la fatigue. Le sang présente les caractères de l'anémie : diminution du nombre d'hématies et de la dose d'hémoglobine, persistant môme quand le travail a cessé ; ce qui est Tindice d'un certain trouble de l'hémalopoiese (-).

XLVIII. — Vêtement. — Contre la température nous nous défendons en nous couvrant plus ou moins ; mais contre les variations de pression atmosphérique et l'humidité, nous sommes mal protégés.

Le choix du t;<?/^m^n/ doit satisfaire à une triple condition : soustraire le corps au froid ou à l'ardeur du soleil, — permettre une facile transpiration cutanée, — et laisser aux membres toute leur liberté.

La laine est le tissu hygiénique par excellence; toutefois, en été, on peut recourir à la flanelle de coton blanche, qui absorbe très peu les rayons solaires, et s'oppose à une rapide évaporation de la sueur. Les ouvriers qui exercent de rudes métiers feraient sagement d'employer toujours des vêtements de laine plus ou moins légers. Il faut remplacer la ceinture par des bretelles élasti([ues, et ne pas se serrer dans un vêtement qui gêne la circulation et la respiration ; une ceinture bien sanglée empêche les efforts soutenus et diminue l'amplification thoracique. Est-il nécessaire d'ajouter que la propreté du vêtement concourt à la santé de celui qui le porte, et montre qu'il est soigneux, attentif, ordonné.

Page 1