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LA MAIN-D OEUVRE

précieux, et suppose une faible « équalion personnelle », une (lisposilion névro-musculaire k réagir sans relard. Les Ber-

Fio. 69. — Un kïbyle en expérience sur le cycle ergomélrique, à Biskra [1908],

bores m'ont paru avoir la vivacité de réaction de nos ouvriers de Franco, les autres arabes la lenteur de nos paysans, sans posséder leur ténacité.

En mesurant, au bout de plusieurs heures de travail, la

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fatigue el la dépense d'énergie, au moyen des apj)areils déjà décrils, j'ai pu déterminer les ï^c{i)\\vf>i\\x meilleur rendement journalier [fig. 69).

Dans le transport des fardeaux, Tliomme marchant à plat, on a trouvé Ic^s mêmes résultats (pie sur les sujets de la métropole, résultats exposés ci-dessus (chap. vi). Pour s'élever sur une hauleur, l'Arabe est moins ])uissant que TKuropéen et le Berbère, on doit Tc^mployer à des exercices continus nécessitant un elTort modéré, soil de 20 à 30kilogramme>, ou enfin aux travaux agricoles. Le Kabyle seul convient aux travaux industriels, aux exercices raj)ides coupés de courts et fréquents repos. Kn considérani la production de la journée de travail, dans s(»s aspecls variés, on peut eslimer (pie ;î Kahgles valent 6 bons Arabes. Les Marocains et les nègres sont dans le même cas. « Us nous ont semblé d'une endurance très grande, et leur rendement est, en effet, le phis élevé. Celle (Miduranc(» seremanpiait surlout dans la manier*! de reprendre le même travail, plusieurs jours de suite, sans paraître en souffrir. Nos colons de l'Oranais le savent bien : toute ou pres(pie toute la main-(r(euvre (ju'ils emploient se compos(* de Marocains ('). » Mais si Ton lient compte (1(* l'intelligence el de Tadresst» des éléments kalnies, c'est à ces derni(M*s que nos indusliies devront demander l'appoint de leurs cadres (mi personnel. Le* Marocain, et a plus forte raison le ii(''gre, ne peuvent servir (jue de manœuvres.

\(l\'lll. — L'alimentation des Arabes. — La maiiid'(euvn* indigène n'est maniable el parfaite que si l'on respecte ses traditions. 11 va de soi (pie pratiques religieuses et vie en commun lui doivent être assurées, car rien ne pourra les remplacer; d'ailbnirs ce serait un 7nal de le faire. L'Aral)e a tout à perdre au contact d(*s nôtres, dans les discussions politiques des cabarets. Nous savons si peu le noble usage de la liberté, qu'il convient de nous en interdire renscign(î-

(*) Jules Amak, Le Heudement de Ut macJiïne humaine, p. 88.

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ment. Mais ce sont les conditions physiologiques que je vise spécialement. Et d'abord V alimentation des Arabes.

Il n'y a point, dans toute l'Afrique, une chaumière où le plat national, le couscous, ne soit de rigueur. C/esl de la semoule grossière, roulée en petits grumeaux par l'action combinée d'un peu d'eau et de beurre légèrement ranci. On la met dans une casserole à fond perforé couvrant le potau-feu ; on plâtre môme la ligne de jonction des deux ustensiles pour assurer une fermeture hermétique. Les vapeurs du pot-au-feu traversent alors la farine et la font foisonner ; elle cuit et se parfume de tout l'arôme du j)otage. On la sert dans un grand plat de bois, où elle est arrosée du consommé et ornée des viandes et légumes que celui-ci contenait en abondance.

Les indigènes sont friands de couscous, et nos colons eux-mêmes y ont pris goût. En fait, il est nourrissant, léger et stimule l'appétit (voir sa composition dans la table, p. 85), et la présence iVacide butyrique, due au rancissement, en accroît la valeur nutritive. Cette observation, déjà faite par Young, Boussingault, s'est vérifiée dans mes expériences, attendu que le couscous m'a donné un rendement énergétique supérieur de 15 0/0 à celui du {)ain ; il est donc mieux utilisé par l'organisme, probablement parce que, psychiquejyient (Pawlof), et directement, il favorise les sécrétions digestives. En raison de cet avantage appréciable, on ne doit pas changer les habitudes alimentaires des Arabes, sauf à améliorer la ({ualité des repas. Il en sera dans la vie industrielle ou agricole comme ce fut naguère, sur mes instances, dans la vie en campagne, où nos indigènes supportèrent le froid et les plus grandes fatigues (*). Le problème de la boisson est plus important. Ils ne devraient boire que de Veau, purifiée par ébullition ou chimiquement, car c'est leur boisson habituelle, et, d'autre part, leur religion leur défend les li([ueurs fermentécs. Mais les ivrognes, en dépit de c<*tte défense,

{') Jules Amar, Comptes rendus Acad. des Sciences^ 14 décembre 1914.

sont noinbroux parmi eux, nn^me des ivrognes de manjue... si jose dire.

Or, c'est encore une tradition arabe que de faire usaj^e de café et de thé. (|ui ajifissent comme n^rvins grâce à la caféine qu'ils contiennent tous deux. Le café se prend, chez eux, en décoction : la farine se dépose au fond de la tasse sous un liquide trouble et mousseux, d'une agréable saveur.

Le thé constitue le breuvagt* de prédilection des Marocains; ils en absorbent plusieurs lasses bien sucrées chaque jour, et toutes parfumé«*s à la menthe fraîche. C'est par une invitation au café ou encore au thé que se traduit l'hospitalité des indigènes. Tant (jue l'Arabe ne consomme pas plus de 30 grammes de café torréfié, ou de 5 grammes de thé se<* par jour, son travail n'en sçra que plus actif, son effort plus continu, et somme toute les aliments seront utilisés avec une épargne moyenne de 5 0.

Il y a donc des aliments et des hoissons d'épargne que les hommes recherchent instinctivement, et dont il faut savoir tirer parti en évitant l(*s dos(*s toxiques.

Au point de vue de la soif, qui <*sl particulièrement tyrannique dans les climats chauds, cpii augmente en été, ou encore par les fatigues du métier, de la guerre, j'ai réussi à composer une boisson rafraîchissante que mes sujets acceptaient avec plaisir. C'est une limonade à base Ak^ citron, dont on peut s'explicpier aisément les j)ropriélés hygiéniques, nutritives et loni(iant(\s. En voici la composition :

Sucre 25 gr.

Eau \ 1.

Jus de cilron 1. 025

Vin de 10° 1. 070

Cette limonade vineuse dispense des boissons alcooliques, et son abus n'offre aucun inconvénient.

IC. — Climat et acclimatement. — Les effets du climat dans l'Afrique du Nord ont créé un mode de vie et une résistance physiologique particuliers aux indigènes, et par les-

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quels on s'explique la nature de leur alimentation. Les populations arabes sont accoutumées à vivre clans une région tempérée, en plus d'un endroit chaude. Uéiéy la température affaiblit considérablement leur capacité de travail, car chaleur et humidité sont défavorables à la contraction des muscles et au bon fonctionnement des centres nerveux. Et cependant, elles s'y comportent mieux que nous; elles se défendent par Tentraînement des fonctions organiques, et par la protection que leur assurent des maisons et des quartiers tous abrités du soleil. Pour éviter les accidents dus à une transpiration excessive, et la forte absorption de la radiation, les Arabes s'habillent de laine, été comme hiver, et de laine blanche parce que très peu absorbante et perméable à Fair, ce qui évapore lentement la sueur. Leur êpiderme coloré ne subit pas d'inllammation et rayonne la chaleur en plus grande quantité que Tépidcrme du blanc. Tous ces facteurs de défense disparaissent quand les Arabes sont transjjortés dans un climat froid, comme l'est celui du nord de la France. Fatalement, la résistance organique est alors déprimée. Il faudra du temps pour la remettre au niveau normal, car Y acclimatement est un phénomène d'allure toujours lente; il agit graduellement, on Ta vu plus haut. Il résulte d'une série de transformations élémentaires où la cellule vivante a le rôle essentiel ; et il dépend d'un grand nombre de circonstances... Ce qui protège la santé contre les basses températures, ce sont les mécanismes nerveux qui harmonisent l'intensité des combustions vitales avec nos besoins, et, par les vaso-moteurs, activent de plus en plus la circulation du sang. Os mécanismes marchent régulièrement quand on s'est acclimaté, habitué au froid, et leur automatisme ne connaît point de défaillances. Mais quand la chaleur extérieure les a pendant longtemps condamnés à l'inaction et rendus presque inutiles, ils acquièrent une inertie considérable, ils ont alors besoin d'une véritable rééducation fonctionnelle. Chez des sujets qui passent d'un climat chaud à un climat froid, les mécanismes nerveux régulateurs se trouvent

sollicités brusquement, et ils ne peuvent réagir dans la mesure nécessaire, d'autant plus que les réactions chimiques de l'organisme sont devenues paresseuses. Un cercle vicieux s'installe par conséquent dans les opérations de la vie. Les cellules ne sont plus cai)ables d'élever leur production calorifique ef de défendre la santé contre les rigueurs du froid

On se souvient de la cruelle expérience dont furent victimes les contingents créoles de la Martinique et de la Guadeloupe. Amenés en Francepar une décision hAtive,beaucou[) de ces conscrits périrent en peu de temps. Ce sont les brusques variations de température qu'il faut seules incriminer. Entre le climat des Antilles françaises et le nôtre, il existe; un écart de température de 12 h 15°, et les conditions hygrométriques sonl extrêmement différentes. L'évolution physiologique fut donc brutalement contrariée.

J'avais conseillé, cependant (*), pour les créoles comme pour les Arabt*s, de faire Tappel des classes au mois davril^ et de cas(*rner les hommes en Provi^nce; ou encore de les diriger sur divers points de la Tunisie, quitte à les utilisera notre frontière de l'Est aux manœuvres de septembre.

C'est ce dernier parti qui, trop tard malheureusement, fut enfin choisi, en dépit de l'opposition d'un grand quotidien ((ui opinait pour le rapatriement, sans plus, des créoles. L'abstention est une vertu d'ignorance.

Les mêmes précautions doivent être prises à l'égard des travailleurs arabes, dont près de WXiOO étaient occupés avant la guerre par nos industries ; il faut les embaucher d'abord dans le Midi, et ne les prendre (ju'au bout de 2 ou 3 ans dans nos provinces du Nord. Toutefois, les éléments kabyles et montagnards de l'Atlas sont plus résistants et se font plus vile au froid. Ils connaissent les hivers les plus durs; leurs muscles et leurs nerfs ont été fouettés par la radiation des neiges. Bien alimentés, entourés des soins hygiéniques dont ils n'ont pas la moindre idée, et que nos

<*) Voir, par exemple, La Petite Hépublique, du 12 juiUet 1913.

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îndusiriels sauront leur assurer, ils endureront les plus grandes fatigues et les frimas rigoureux sans que leur puissance en soit atteinte.

Et ce qui convient à l'organisation induslvielle convient aussi bien à Torganisalion militaire. Mais Tune et Tautre seraient impossibles, acclimatement et entraînement tourneraient court, si Ton ne prenait des mesures énergiques contre C alcoolisme,

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