C. — Le prix de la main-d'œuvre arabe. — Tel est le
devoir qui incombe au Gouvernement et aux chefs d'usines, à rheure où la vie économique du pays va déborder son lit en balayant les ruines et les horreurs des hommes. 11 s'agit de préparer les réserves de l'armée du travail. Or, en Algérie, 250.000 indigènes, soit le 1/20 de la population, servent nos colons. Ils peinent prés de 12 heures par jour, se nourrissent irrégulièrement, et sont exploités par ceux de leurs coreligionnaires qui les recrutent et se paient, abusivement, frauduleusement, leurs l)ons offices (').
I^es salaires sont très modestes, mais aussi le travail est médiocre. C<\s hommes ne savent, à vrai dire, aucun métier <|ui rellétf* une méthode ou un art étudié.
Le défaut de notre colonisation fut précisément d'avoir niéconnu la vertu de l'apprentissage et de l'enseignement techni(|ue, au point d'y substituer je ne sais quelle vague litlératun» dont les Arabes se repaissent, tandis (|u'ils manquent de pain. Ils aiment le clinquant, et on leur a laissé croire (|uc» les diplômes et les carrières libérales acheminent au foncfionnarismr, sans effort. De là leur est venue l'ardente ambition des droits civiciues... Il eût fallu, bien au contraire, nudtiplier les écoles professionnelles et y enseigner, avec les éléments indispensables de notre langue, tous les métiers utiles, industriels et agricoles.
Non pas seulement afin de rendre |)rospères nos colonies,
>) Jules Amar, Rapport <Iii 3 avril 1909 à M. Reaé Viviani, ministre du Travail «t de la Prévoyance sociale.
stimuler Taclivilé de ceux qui y vivent, et souvent les arracher à la faim, maîtresse de crimes; mais encore pour former des ouvriers qui viendraient, un jour, utilement, en PVance.
L'amour du travail n'a pas d'autre origine ([ue le bien-être qu'il procure. L'Arabe sera ouvrier ou soldat avec ardeur, avec dévouement, à la seule condition (|ue le pain de chaque jour lui soit garanli('). C'est ce (pie nos hommes politiques semblent comprendre maintenant, en observant eux-mêmes et en s'aidant de l'expérience impartiale de (piehpies-uns de nos colons. Car, peuples et races ne se s(»ntent solidaires, depuis l'aurore de l'humaiiilé, que par la chaîne infrangible de l'intérêt.
Cl. — Au cours de cette gut*rre de 1914, on a fait un certain emj)loi de la main-d'œuvre annamite. I^es Annamites ont quelcpe aflhiité avec les Malais et les Japonais; ils sont intelligents et travailleurs; ils conviennent à l'industrie: mais leurs habitudes les éloignent de nous beaucoup plus que les Arabes.
Est-il concevable en (in cpie j'aie traité de la maind'œuvre sans déclarer (|ue le droit au travail est imprescriptible ? Le droit de tons, évidemment, car (h* lui dépend le droit de chacun; la récipro(|ue n'est pas vraie. Comme je l'ai dit i)our les grèves, c'est l'organisation meilleure des conditions de la vie, ce sont les lois bitMi faites (pii donneront sa véritable solution au [u-oblème scxMal : et pour être parfaite, l'ceuvre du législatiuir devra s'appuyer sur la science expérimentale^ et les enseignements très exacts de la physiologie du travail ; mais, surtout, s^app/iqféer larfjementh tous les travailleurs, hommes, femmes, (Mifants, aux ouvriers groupés de la cité comme aux paysans perdus dans les replis de la glèbe. On s'impose aux sociétés humaines |)ar la droiture et l'impartialité, même parfois aux sociétés cultivées.
(ï) Jules A.MAH, leltre-rapporf, adressée, le 4 juin 1009, à M. G. Clemenceau, présulent du Conseil des ministres.