MOMENT
l/lMERTie (3)
Têle
Bras
Avant-bras.
Main
Cuisse
Jambe
Pied
Tronc
Totaux,. . .
ôo»»»? ,000
(1) A [laiiir de l'articulation supérieure ou proximale.
(2) Kn y comprenant la hauteur du pied (« centimètres;.
(3) C'est le produit de la masse par le carré du rayon de giration. produit qui intervient dans le calcul de l'énergie de rotation d'un corps. (Voir sur ces définitions : Le Moteur Humain, page 54 et suivantes).
Ces données indiquent les limites pondérales extrêmes; mais on doit absolument se régler sur la puissance fonctionnelle du moignon déterminée comme on l'a vu plus haut.
Pour le choix et les propriétés des matériaux qui entrent dans la construction des appareils prothétiques, on se guidera sur ce qui a été dit dans Le Moteur humain (livre I). Il suffit de signaler que la résistance de ces matériaux (bois, cuir, métal) est importante surtout pour le membre inférieur, qui a le poids du corps tout entier à supporter dans la marche, et qui, aux allures rapides, supporte un poids de 25 à 30 0/0 su[)érieur. — La nécessité de réduire Tinertie des appareils de cuisse nous fait conseiller l'usage de matériaux spécialement très tenaces et légers, tels que le bois contre-plaqué^ en couches minces et collées immuablement; le carton comprimé ; le duralmnin ([ui a pour caractéristiques :
Densilé 2,8
Limite élastique 27 kg/mm*
Résistance à la rupture 36 kg/mm^
Allongement à la rupture 17 0/0
La tâle cTacier, employée sous Tépaisseur de 1 millimètre à 1"'',5, répond au même but. Mais il convient d'éviter la sonorité mélalliquc au moyen d'une couverture de parchemin 1res adhérente.
Uacier sera toujours recherché, néanmoins, pour la construction des pièces travaillant beaucoup. La prothèse a besoin d'aciers dont la composition et les qualités soient sensiblement les suivantes :
Carbone 0.35 à 0,45
Manganèse. moins de 0,70
Silicium — 0,20
Soufre — 0,t«5
Phosphore — 0,05
Le chauffage du métal sera effectué à 850°; on laisse refroidir à Pair et on trempe à 750°; on fait revenir à 500° pendant 30 minutes.
La ténacité est de 100 kg/mm^avec 10 0/0 d'allongement.
11 faut, à mon avis, abandonner Valvminivm pur; il se déchire, se travaille et se soude mal, et manque de ténacité.
Ot aperçu, forcément très court, sur l'objet et les principes de la prothèse scientifique, nous permet de jeter, maintenant, un coup d'œil sur les applications.
CXXI. — 2° Applications. — Le point capital en prothèse, c'est Yapplication anatomo-plastiqite des appareils. Elle exige <les connaissances solides et une longue expérience.
Prothèse du membre inférieur, — Celle-ci est tout particulièrement une prothèse de force^ simple ou nuancée d'après les modèles que l'on se propose. Simple, s'il s'agit d'appareiller des personnes fatigant beaucoup et désireuses bien plus de posséder un appui solide (|u'un membre artificiel véritable. Généralement, on ne cherche pas, dans ce cas, à réaliser des pas réguliers. On adoi)te le mode de locomotion avec pilon, soit rigide, soit articulé, très analogue à la locomotion sur échasses.
Les modèles les plus compliqués sont les jambes dites ard-
ficielles, dont la disposition imite celle du membre inférieur, pour assurer révolution du pas, dans toutes les phases qui le composent. Celte harmonie l'emporte nécessairement sur la solidité, en raison du nombre d'articulations qu'elle échelonne tout le long de Taxe d'appui.
Je restreins la série des modèles à ceux qui me paraissent les meilleurs, et qui forment actuellement (^), en partie^ le cahier des charges de l'orthopédie militaire de la France.
CXXII. — A. Amputation de cuisse. — a. Type pilon à verrou, — On doit tout d'abord considérer, pour les amputations de cuisse, le pilon à verrou, articulé au genou, et propre aux gens des professions rurales, comme à toutes celles, d'ailleurs, qui nécessitent beaucoup de déplacements et une certaine fatigue. Le pilon rigide ou non articulé, connu déjà au temps de Périclès, est un appareil d'attente ou, suivant le mot de Paré, « la jambe des pauvres ».
Aujourd'hui, le progrès industriel et social condamne l'usage d'une prothèse à ce point misérable et informe.
Au contraire, le pilon à verrou, tel qu'il doit être construit, offre de notables avantages sur le précédent. — 11 comprend un organe de fixation, le cuissard, le genou et lequillon.
L'organe de fixation est formé d'une ceinture abdominale C, d'une bretelle B et d'un sous-cuisse {fig, 85). La ceinture est en cuir souple et large de 4 centimètres, ou en fort coutil, large de 8 centimètres. Elle se boucle devant. — On la réunit au cuissard par l'intermédiaire d'une pièce de hanche P ayant, à peu près, la forme d'un T, et toute en acier. La partie horizontale de la pièce de hanche, rivée et brasée sur la partie verticale, s'articule par deux rivets tournants de part et d'autre de la ceinture, que l'on sectionne à cet effet. La branche verticale présente deux articulations : une chape O à 4 millimètres en arrière de l'articulation anatomique coxo-
(I) Depuis le 15 juin 1916 (Travaux de la Commission du Cahier des charges, réunie au Laboratoire de prolhe-se du Conservatoire national des Arts et Métiers).
Pli.. 63. — PJlun s veri'uii a' I el jambe <le parade.
fémorale, et orieniée dans un plan antéro-])osteneur; elle atteint le bord du grand trochanter. La seconde est une charnière II, avec un point d'arrôt limitant à 30** la llexion externe du bassin; elle se place immédiatement au-dessous de la branche horizontale. Le sommet est à 1 cenlimi''tre en arrière et au niveau de la crête iliaque.
La pièce de hanche se double de cuir ou de coutil avec rembourrage, et elle prolonge le montant externe M du cuissard. Il faut s'assurer qu'elle s'applique très exactement au corps dont elle épousera le contour.
Pour les moignons courts, on doit supprimer la charnière H.
LdL bretelle sera faite en fort tissu élastique, large de ;i''",50. Ses extrémités sont rivées à la surlace externe du cuissard, en avant vers le milieu du corps, et en arrière latérah^menl; elle se boucle par-devant, après avoir passé sur l'épaule opposée ; elle y est maintenue par une seconde bretelle prenant l'autre épaule.
Enfin, le sous-cuisse est constitué par une corde à hrn/au, roulant, sans pouvoir la quitter, sur une petite poulie A fixée au montant interne du cuissard; elle rejoint la ceinture sur laquelle elle se boucle avant et arrière.
(^XXIII. — Le cuissard est une gaine conique G en cuir de vache moulé, le plus rigide possible (densité = l)etdoublée de peau de chamois très résistante. Il présente une surface sensiblement plane correspondant à la partie externe et latérale du moignon ; ce qui assure une bonne fixité (voir seclion S, fig, 85).
Toute la bordure d'appui sera aussi rigide (|ue possible, et -d'une épaisseur réduite.
La gaine est armée de deux montants en acier M et M', ayant 23 millimètres de large et 4 d'épaisseur, renforcés au niveau du genou (4""", 5 d'épaisseur). Ils longent l'axe du fémur en dehors et en dedans, et sont rivés solidement au <:uissard (rivets en cuivre); un cercle d'acier doux R, égale-
ment rivé et avant 2 millimètres sur 30 millimètres, les assemble infèrieurement. Le montant externe s'articule à la pièce de hanche ainsi qu'on Ta vu.
Un second cercle en acier nickelé réunit, à la partie supérieure et intérieurement, les deux montants : il dépasse le montant interne par une extrémité, de 5 à6 centimètres, descendante. Il est donc complet en arrière et ouvert en avant. A la partie postéro-interne, il sera fortement évasé, le bord supérieur éversé en dehors par rapport à Taxe du membre.
Le cuissard est fendu devant jusqu'à une échancrure E qui sert de fenêtre d'aération, et les deux moitiés de la gaine se recouvrent. Elles laissent un intervalle suffisant entre deux rangées d'œillets pour permettre un serrage progressif du lacet à mesure du rétrécissement du moignon. On complète la fermeture au moyen de trois courroies cousues et rivées, se bouclant du côté du montant externe.
La margelle du cuissard est échancrée sur le bord postérointerne, correspondant à une ligne (f appui ischiatiqve concave. Cette partie sera faiblement rembourrée pour ne pas frotter et gêner la cuisse opposée. Le reste de la margelle aura une forme convexe, infléchie, et j>lus ascendante au niveau de la pièce de hanclie. La cuisse, appuyée par l'ischion, se trouvera donc calée de toutes parts, et ne pourra pas tourner dans le cuissard.
Ce dernier se termine, enfin, par une calotte de cuir T distincte, emboutie et sans couture, que Ton rive cl consolide grâce au cercle métallique inférieur, nickelé comme l'embrasse supérieure.
CXX1\'. — Le genou comprend un étrier en acier forgé, fixé par deux vis aux montants, que l'on a incurvés pour disposer l'axe des articulations à / centimètre en arrière A^ la verticale qui descend de la coxo-fémorale. Ces articulations du genou sont deux charnières avec butées, donnant une flexion de ÎK)"*. On leur a réservé un méplat avec épaulemenl à l'exlréinilé inférieure des montants.
La forme de Tétrier est celle d'une courbe rapide (parabolique); son épaisseur sera de 4"",5 et sa plus grande largeur de 38 millimètres.
L*axe de chaque articulation est rapporté et rivé à' Tintérieur de Tétrier; Tépaulement est évidé cylindriquement, déjiÇagé aux extrémités, les faces se rencontrant à Taxe d'alésage suivant un angle de 60".
L'étrier est distant de la calotte du cuissard de 15 milli mètres au centre. A sa base, on a assemblé perpendiculairement, suivant un axe vertical, et par deux tenons en bout opposés diamétralement, un tube creux en acier où sera fixé le quillon. Les tenons servent de rivets et sont logés dans des mortaises réservées dans l'épaisseur de Tétrier. On brase ensuite. Un méplat facilite l'ajustage des deux pièces sans réduire l'épaisseur.
Le genou comprend, d'autre part, un verrou bilatéral^ arc de cercle en acier dont les extrémités sont fixées par des vis aux montants du cuissard, extérieurement. Il occupe la surface antérieure ou postérieure de celui-ci indifféremment, et présente un éperon dans le plan de chaque articulation de rétrier. Il sera rapproché le plus possible du cuissard.
L'éperon doit être tel qu'il s'engage rigoureusement dans l'angle formé par l'épaulement du montant. Il est semblable des deux côtés ; sa section est ovale, sauf aux extrémités où c'est un méplat de 5 millimètres d'épaisseur.
Un tracteur élastique puissant prend le verrou bilatéral au sommet de l'arc, et s'insère inférieurement au tube en acier du quillon. Il sert à rappeler le verrou quand il doit bloquer l'articîulation du genou. Mais pour permettre le fléchissement, le verrou est soulevé à l'aide d'une corde à boyau, qui s'insère d'une part au centre de l'arc, et d'autre part traverse un œillet fixé par un rivet au tiers supérieur du cuissard. Elle s'attache à un gland de tirage.
(HXXV. — Le quillon sera en frêne, de préférence à tout autre bois, et cylindro-conique : diamètres de 43 et 33 milli-
nièlivs. Le bout en sera élargi à 70 milliinèlres, prenaiil la Ibniie d'un petit sabot avec une semelle de cuir clouée. La surface externe du sabot est convexe, à rayon de O^jQO. Entre la semelle et le bois on place une rondelle de caoulcbouc de 5 millimétrés.
La fixation du quillon au cuissard a lieu par rintennédiaire du tube creux brasé sur Tétrier. Dans ce but, Texirémité supérieure du <piillon est cbaussée d'un tube cylindriqueen acier fixé par vis ; il doit pénétrer à frottement doux dans le manchon de l'étrier. On pratique un trou lisse dans it* (|uillon et on brase un renllement sur le manchon externe en les taraudant tous deux en regard du trou. La fixation se fait au moyen d'une vis à portée. Pour les travaux de la campagne, le ([uillon aura un sabot de 12 centimètres de diamètre, et fait exacteuK^nl sur le modèle de l'autre. Si le temps est humide ou le sol détrempé, la semelle sera graissée pour éviter les phénomènes d'adhérence qui ont lieu, par exemple, dans le tire-patés.
L'inconvénient des (piillons en bois (»sl leur fragilité; ils exposent aux accidcMils; on [)()urrait employer le duraluniin en lul^* creux, le sabol en bois se vissant dessus ; ou encore, adopter d(»s (]uillons en bois creusé, sous un diamètre plus grand.
Le pilon à verrou n<* <loil jamais dép'-asser le |)oids de 2''*^,000, toutes pièces comprises.
lU'venant aux |>rincipes cb» la prothèse scientifique, nous trouvons ([ue les appareils du type pilon possèdent une faible inertie, une grande^ sûreté d'appui, et causent un minimum de fatigue dans la marche. A ce dernier point de vue, il est plus pénible de faucher ([ue (bî boiter légèrement avec un (piillon insuffisamment long.
Ajoutons (pie certains orlliopédisles remplacent parfois le sabot j)ar un pied réel en hois^ et articulé en avant. C'est un contre-sens pliysiologi([ue.
La figure 80 monln* une mauvaise jambe de parade, avec sa jambière de cuir: on la visse par son quillon intérieur sur
LA RÉéoUCATtON DES BLBfSÉS
Kic. 86. — Pilons ï verrou n* I et jambe de parnde dérectueuse. A droite, un piloD tout en but».
lY'tricr du pilon, après en avoir séparé l'autre tjuîlloii que retenait une clavette. La vraie jambe de parade {fig. 83) est articulée au cou-de-pîed,
OHilAIIISATmN PMYSIOLOUIOUE OU TU.tV\IL. 18
271 oi«;a>is.\tio?» i'IIVMologiquk du travail
Le jiitoii H verrou. 11'! cju'il vifiil d'élrp tlécril, s'applique bien à| tous les moifanons lie cuisse [qui onl plus de r> ccntimi' 1res (le bras de levier ii parlîr du pli inguinal. Pour les amputations IrtX-; bnutes. inférieures à celle liinile de 5 cenliiiièlres. ou pour désai'lieuliilion, on adoplem la disposition représenléesur la figure 87. II y a trois types de pilons il verrou : n"' 1, 2 et '.i, les deux dernici-s caractérisés par une lai^c eeinture moulée, le n°3 possédant un tenon à iloiilifc effet \ et un rail lî, avec un cuissard, |K)slérieurenienl, en cuir sou[)le S,
CXXVI. — h. Tm^e jaiitfte aitifkielte. — Mais <''esl à la « jambo arlilicielle » <|u'onl recours la pluiiart des
Kii). 87. — Pilon ft verrou n- 3. pour ilésarti- . , , .
culMion de hinche Ouvriers. Ics employés
de bureau.\, b.'s personnes exerçant une profession libérale, tous ceux, en nu mot, ipii doivent sacrifier à restliéliipie et à la montre.
La jamlie artiliciefle, munie d'un pied articulé, rétablit la locomotion {marche seulenieni) dans une mesure à jteii prèn normale, loul à fait si le sujet es! amnuté bas au-dessous du
genou, et s*il n'existe pas d'ankylose à cette articulation importante.
Ifl
ai
cr.
te
Il faut rappeler brièvement les données expérimentales de
la marche (^) pour éclairer tout le problème de la prothèse des jambes.
Les phases du pas sont expliquées par la figure 88 ; la jambe portante forme avec le pied un angle de 90°, qui peut augmenter de 20 à 25**, mais rarement diminue. L'articulation libio-tarsienne d'une jambe artificielle doit donc autoriser une excursion moyenne de 20°, au delà de Tangle droit, mais non pas en deçà. Elle est, d'autre part, sur le sujet vu de face, en arrière de l'articulation du genou, et celle-ci à 1 centimètre en arrière de l'articulation coxo-fémorale ; la cuisse a donc une direction antéro-posiérieure oblique, et la ligne de gravité du corps passe en avant de la tibio-tarsienne, empêchant le fléchissement aux genoux. La contraction du quadriceps produit ce même effeL II faut, par consé- ({uent, donner à la charnière du genou ram[)litude nécessaire pour marcher en terrain plat, s'élever sur un escalier, s'asseoir, mais tûcher d'éviter la tendance aux flexions brusques, cause de chutes. La marche ne saurait être une série d'oscillations du membre artificiel, par impulsions périodiques du moignon. On sait également (jue les segments cuisse et jambe forment un angle inférieur à 180°, et que, dans la phase d'impulsion du pas, la jambe arrière quitte le sol étant fléchie à 160° environ.
J'ajouterai enfin ce détail important, que le pied doit être tourné de 15° en dehors et relevé légèrement quant à son bord interne. On évitera, par là, les démarches défectueuses et les oscillations latérales du corps.
De nombreux modèles de jambes, faites en cuir ou en bois, ont essayé de reproduire tels ou le's des éléments physiologiques de la marche. 11 n'en <»st point A(t parfaitement rationnelles.
Les modèles américains, perfectionnés au cours des années qui ^ont suivi la guerre de Sécession (i8()0-1865), ont semblé parfois très avantageux. En réalité, ces appareils sont copiés les uns sur les autres, c»t demeurent fidèles à des règles
(ï) Le développement en a été fourni dans Le Moteur humain^ p. 440-468.
LA ri^:ëducation des blessés 277
uniformes de construction qui sont loin d'être satisfaisantes. Le pied y est trop lourd et son excursion mal calculée ; le ffenou, trop lâche^ manifeste par des chocs Tinertie considérable de la jambe: celle-ci a donc une oscillation brusque, que rimpulsion de l'autre jambe doit corriger, sous peine de ne pas avoir Y extension nécessaire du membre dans sa phase d'appui vertical. El surtout, \e^ articulations ne sont pas à leur vraie place ; Tampulé reste donc exposé à une flexion accidentelle des genoux, c'esl-à-dire à des chutes.
Ces défauts sont assez graves pour me dispenser d'insister sur Xinsuffisanle fixation par simples bretelles, la mauvaise conformation des cuissards qui n'épousent pas la surface d'appui des moignons, la sonorité du bois qui fait boîte de résonance et sa fragilité.
Locomotion défectueuse, parfois dangereuse, toujours fatigante, c'est ce que j'ai observé sur les mutilés portant des jambes américaines, et parcourant 1.500 à 2.000 mètres à une allure facultative. Il en existe, cependant, qui me paraissent très satisfaisantes.
CXXVII. — Expertise d'un modèle de jambe ou de pilon. — La méthode d'observation des appareils de prothèse des membres inférieurs est double. D'un côté, j'enregistre, sur mon trottoir dynamographique [^), toutes les phases d'appui et de propulsion, les efforts locomoteurs et les durées élémentaires de l'activité des deux jambes normale et artificielle [fig, 89). D'un autre côté, je mesure, au moyen du compteur à échantillonnage (i). 75) la dépense d'énergie qu'entraîne le parcours de 1 kilomètre avec un des modèles étudiés.
Disons brièvement que le trottoir fournit, pour chacun des deux membres inïérieuru, quatre sortes de forces: la pression à l'appui, l'impulsion en arrière, les poussées latérales, interne et externe telles que les indique la figure 90. L'appareil est composé de leviers appuyant sur des ressorts calculés, lesquels sont au contact de petites poires en caoutchouc.
{}) Comptes rendus Académie des Sciences du 31 juillet 1916, l. CLXIll, p. 130.
Les tr:
ORGAMSATION PHV!'IOI.OGIQUE DU TriAVAII.
; [fig. 91) monlrenl «|ue les paysans ont, nalurel-
lenicnl, une niarclie assez voisine de celle avec a]>parcil arli-
LA BééDUCATtON DES BLESSéS
Trottoir djnainogrnpnicjuE Fie. 'JO
Fii^ 91. — Tracés île pus obtenus avec le Trollojr dyaamographique.
280 ORGANISATION PilYSIOLOGIQL E DU TRAVAIL
ficiel ; ils fauchent un |)eu et négligent Timpulsion en arrière- Tout défaut dans la locomotion, imputable au modèle expertisé, se révèle très nettement sur le graphique. En particulier, si l'amputé appuie beaucoup moins que sur sa jambe saine, c'est qu'il y a une mauvaise application, ou une cause de douleur ou simplement de fatigue. On peut ainsi se prononcer, sans crainte de se tromper, sur la valeur comparative des différents modèles, et sur les progrès obtenus dans leur fabrication.
Analyse fidèle, précise, impartiale, qui peut guider sûrement la technique orthopédique et féconder l'invention.
Le trottoir est également employer pour contrôler les effets de la rééducation fonctionnelle des jambes; il la corrige et accélère.
CXXVIII. — Réalisation d'un modèle de jambe pour amputation de cuisse. -*- Je décrirai, ici, le modèle de jambe artidcielle (92, îi gauche) actuellement le meilleur.
D'abord, le citissanl. Ce sera exactement le cuissard du pilon à verrou, avec ses organes de fixation, ceinture et pièce de hanche, bretelle à double boucle; ses organes de consolidation, deux montants latéraux et deux cercles métalliques. Le ^^noî/ se caractérise par deux articulations à charnière prises, au niveau de l'axe transversal, sur les montants du cuissard et de la jambière. Elles sont fraisées avec point d'arrêt limitant leur course à 85** de flexion. La joue externe provient du montant métallique de la jambe : elle est fixée sur l'autre par boulon et contre-écrou.
Sur l'appareil monté, le centre articulaire du genou doit se trouver à 1 centimètre en arrière de la coxo-fémorale, les montants sont coudés pour donner ce résultat. Le cuissard est modifié inférieuremeni : la calotte en cuir est échancrée suivant un méridien antéro-poslérieur pour laisser passer un tendeur élasti(jue T. Celui-ci a pour but de donner plus ou moins de résistance à la flexion du genou. Il est donc réglable à volonté. A cet effet, une corde à boyau se fixe à
LA ri': ÉDUCATION DES BLESSÉS 281
riiitéi'ieur el eii^avanl sur l'embase inférieure des montants du cuissard; elle dépasse de 3 centimètres au moins la hauteur totale de U» calotte et vient s'attacher à un ressort à
Jambe (moii^iio mhes artiQriettes Cn cuir.
boudin fait on acier d'une force jn>propriéc. Une courroie, en cuir souple el rf'-sistanl, ])ercée de plusieurs trous muiii>. d'œillets, termine le dispositif du tracteur, Hlle s'engage
dans une petite fenc^lre ménagée à la base du mollet dans un prolongement du eercle malléolaire et permet de régler la tension en aceroeiiant tel ou tel des œillets au bouton de la parti(» antérieure.
L'écjui libre élasli(jue du genou est complété j)ar un tracteur T' prenant la face postérieure et s*inséranl par rivets solides aux embrasses opposées, inférieure du cuissard et supérieure de la molletière.
Enfin, pour éviter rallaissement du cuir, on borde Téchancrure de la calotte et le bord supérieur de la molletière d'un ruban d'acier cpii en d<*ssine rigoureusement la forme, et rivé |)ar de petits rivets en cuivre.
Ldi jani/jière est une gaine en cuir moulé se rapprochant le plus possible de la forme et des dimensions du mollet sain. Deux montants latéraux de 18 millimètres de large, rivés sur ce cuir, en assurent la rigidité. Ils se terminent en haut par les articulations du genou, c^t sont alésés à leur extrémité inférieure pour recevoir Taxe d'articulation malléolaire. l'n demi-C(Mcle en acier |)lacé postérieurement et un peu audessous du genou consolidera les montants et le cuir.
Le pied sera tout imi bois, ou avec avant-pi<*d en feutre F, celui-ci collé sui' la j)artie malléolaire. Dans les deux cas, on aura une « malléob* bois » articulée à cliajie ; la partie jambière fournit la chape proprement dite, c'est-à-dire la mortaise, et le pied donne h* tenon.
l'n axe en acier, recouv^M-t de cuir, travers»* l'ensendile de l'articulation ci les extrémités inféiieures des montants jaml)iers; il sera incliné d'avant (m arrière et de dedans en dehors pour rejeter le pied extérieurement, à 15" environ d'une direction antéro-poslérieure.
La course de la jambe sur le pied (»st réglée à 90° en avant, pouvant augnienter jusqu'à 1 10** seulement: ces limites sont assignées par le travail régulier et souple d'un ressort dit « à dôubh* effet », formé d'un (il de 4 millimètres. L'avant-pied <mi feutre donne de la légèreté, et, en outre, une lh^\ibilité cjui peut dispenser d'articulation antérieure.
La ligure 93 groupe, à oôlé du modèle (|ui vient d'être décrit, et dont le poids moyen allcinl 3'",300, des modèles en
bois, soil de construction fran(;aisc, soil iimériraiiii'. Le pied possède deux articulations, et les butées se produisant sur dos tampons en caoutchouc. L'appareil porté par l'amputé est
enou
le plus intéressant. Ce modèle français se caractérise par Tingéniosilé de Tarliculationdu genou. On y voit un butoir deux fois coudé AB, formé d'une pièce d'acier qui pivote autour d'un
axe antérieur situé à la base du cuissard, et qui va buter, d'autre part, à la surface postérieure B de la jambe [fig, 94). Il y demeure appuyé grâce à un tracteur T. Ce mécanisme remplît un double rôle : il limite à 180** en avant la position de la cuisse sur la jambe : il redresse autoliHitiqnement celte jambe en cas ^ / ^ de flexion supérieure à 90°, ce
^ ^ ' qui supprimi» toute j>ossibilité
de chute.
Au-dessous de 9(/, <|uand on vient, par exemple, à s'asseoir, le tracteur cesse d'agir. Ce résultat dépend, évidemment, de la position de Taxe du butoir, et peut se calculer avec précision.
L'appareil entier, pour amputation de cuisse, pèse 2*'^,7<X), et permet une locomotion extrénu^ment commod(^
Quoi qu'il en soit, s'agissant d'amputations de cuisse, il s'impose aux orthopédistes depoursuivn* la construction de jambes pesant 2 kilogrammes tout au plus. I^e conlre-plaquage ou le duraluinia sont de nature à donner ce résultat, sans dommage pour la solidité des ai)pareils.
CXXIX. — B. Amputations de jambe. — A tout moignon de jambe supérieur à 7 centimètres, on applique un appareil du modèle des jambes tibia/es numérotées 1, 2 et 3 ; elles concernent des moignons de longueurs différentes {fig, 95), et Tampulation dite tibio-tar sienne [fig, 96) qui supprime le pied seul. Dans tous ces cas, il faut ménager une échancrure
Fie. 91
.B-ai. ^-w ^ - -^---^-^--jfc^— ^^"
Fi'i. Ul/. — Jambe tibiale n' I.
suffisanlc à la partie postérieure du genou. La jauibière sera en cuir moulé .très rigide, doublée de peau de chamois résistante. Le n»l)or<l supérieur est rembourré en avant ; il scMi d'appui au poids du corps, iV appui principal, auquel s'ajoute la pression uniformément répartie sur le moignon : il se moule, par conséipient, sur les tablettes sous-condyliennes du tibia.
C'est ici (|u'un bon moulage doit guider le constructcnir, i)\ que l'application anatomiijue de l'appareil demande une grande attention. L'appui portera surtout latéralement, à la face externe de la jambe ; à la face interne, il serait douloureux.
11 doit en être de même dans mw amputation de Choparl {^). qui j>ermet au sujet de pos(»r sur son moignon ; mais les deux surfaces de pression seront harmonisées pour intervenir simultanrmenL
Les moignons d<* jambe, inférieurs à 7 centimètres, seront fléchis pour marcher sur le gf nou (voir la figure 1)2 ci-dessus).
CXXX. — il. Amiutations nornLKs. — Dans les cas d'amputations des deux membres inféri(HU's, on combinera les appareils suivant les indications précé(h*nles. Toutefois, aux amj)ulés des deux cuisses on donnera exclusivement des pilons à v(*rrou, parfaitement et solid(»m(*iil construits, en réduisant de 5 à 10 centimètres, suivant les j)ersonnes, la hauteur normah* des (juillons. Point de sacrifice à l'estliétique; ils seraient criminels. Les moignons de cuisse, appareillables avec jambes artificielles à articulation libre, sont infiniment rares.
CXXXl. — Prothèse du membre supérieur. — Cette prothèse est plus difficile que celle du membre inférieur. Elle fut longtemps négligée; naguère on semblait en désespérer, et les connaisseurs, ceux-là surtout, de sourire à
(') Ampulalion qui ne laisse subsister que le la!on et l'os astragale.
l'idée de faire travailler les « mancliols ». — Les anciennes tentatives, celles de Laurent (xv" siècle) dont Paré nous a transmis le nom, celles du Père Sébastien au xviii' siècle, du comte de lïeautbrt au xix" siècle, ne furent nullement encourageantes. Hugedé, en 1873, n'eut pas plus de succès avec son modèle de bras.
Vw; 91. — Hras di' Iravail eri étude, el divers orjtiincs de préhension pour outils.
Nous avons donc repris el a])prolbndi le sujet, el conslaté «pi'il ne préseiile, à la tt^clmicpie du mécanicien, aucune difliculté insurmontable.
Au moyen d'un é/us- ej-prrimriiln/ {fi//. 97), avec arliculaf ion spiiériquo, se blofjuant à volonté, pour remplacer le poipnet ; avec lige d'acier comme avant-bras, el un orjîane de lixation tlioraciquc, toutes pièces modifiables et réglables à volonté, nous avons pu éludierel construire le rérilahle hras
de travail pour les métiers de force, simple, robuste^ pratique (*).
D'autre pari, un habile orthopédiste, M. Cauet, a entrepris, SOUS notre direction, des recherches qui nous ont permis de constituer un bras mécanique, à commande entièrement automatique ; il convient aux professions dites libérales.
(iOs deux modèles, bras de travail et bras mécanique, peuvent s'adapter à' toutes les amputations de membre supérieur. Ils offrent Tavantage d'une construction rapide, suivant un type défini une fois pour toutes, si bien que les modèles se répètent avec de légères variantes (*).
(iXXXII. — A. Ampitations dk bras. — a) liras de travait Amar, — Le modèle dit bras de travail A mar coiwienl à toutes les amputations laissant un moignon supérieur à 5 centimètres, à partir du niveau de Taisselle. Il comprend : organe de fixation; gaine brachiale; avant-bras inélallique; pince et anneau universels, crochet, main de parade.
Uorf/ane de fijation est constitué par une |)arlie scapulaire et une partie thoraci<iue (fig. î)8).
La partie scapulaire sera formée d'une plaque de cuir moulé et doublé intérieurement dt^ peau fine et résistante (agneau ou chamois). Klle devra tiescendre juscpiau niveau supérieur de Taissc^lle, el n^couvrir l'épaule sur une largeur de 8 à 10 centimètres, en vcMianl au contact de la voûte acrromiale sans la débordcM*. La partie thoracique a pour but de maintenir solidement la précédente. C'est une ceinture de cuir, en veau souple ou en lissu inextensible, large de 4 centimètres, el fixée à ses deux exlréiniir\s par des rivets tubulaires aux exirémilés de la plaipie d'épaule. Elle entoure le thorax en passant sous Taisselle opposée où elle se recouvre d'un manchon mol)ile, en peau d'agneau ou de chamois rembourrée, long de 20 cfîntimèlres. Dans sa portion
(') Journal (le Physiolof/îe, p. 860; 191.Ï.
(2) Jules Amar, Comptes rendus Acarl, Sciences, du 13 mars 1916, t. CLXII, p. 401.
L*. néÉDUCATlON DES BLGSSI^S 289
dorsale, la ceinture comprend j un segment en fort tissu élastique de 6 centimètres (tissu Barrère); et en avant, elle
Fia. 98. — Bras de travail Amar a.vec main de parade et pince univerBelie.
vient s'attacher par une boucle nickelée (de préférence sans ardillons).
V PllYSlUL'tmiilF, DU TR.W.ML. 19
La gaine brachiale est en cuir moulé, le plus rigide possible, et doublée de peau souple : elle est fendue en avant, les bords découvrant une bande de laçure en veau souple mince ; la fermeture est assurée par des courroies cousues et rivées et de petites boucles. Elle possède une armature métallique, formée d'une cupule en tôle d'acier de 2"", 3 d'épaisseur, enserrant la base, et qui se prolonge par deux montants, externe et interne, le tout étant embouti d*une seule pièce. Les montants sont rivés solidement au cuir (rivets en cuivre).
La cupule possède un noyau central en acier et brasé ; il est alésé pour un taraudage au pas international [\0 millimètres et 1 millimètre et demi).
Le bord externe de la gaine sera convexe (à grand rayon) et montant ; le bord interne, légèrement échancré à Faisselle.
L'articulation de cette gaine à l'épaule sera formée de trois pattes fixées par rivets tubulaires : une patte acromiale, en cuir souple, qui remonte et maintient tout l'appareil ; une patte dorsale longue et en fort tissu élastique, donnant un allongement de 4 centimètres ; une patte antérieure en cuir souple ou môme en tissu élastique.
L'ensemble de l'appareil brachial sera plus court que le bras sain, pour permettre d'adapter une pièce d'acier articulée à l'avant-bras, à moins qu'il ne s'agisse d'une désarticulation du coude.
(IXXXIII. — Vavant-bras métallique est formé d'une tige d'acier pesant 175 à 180 grammes de l'articulation à l'extrémité libre; sa forme garantit une grande résistance sous une petite masse.
Elle s'articule à chape avec une partie filetée au pas de la cupule, et cette chape se commande par une manette du côté externe du bras. Un contre-écrou permet de placer la tige dans tous les plans, tandis que la charnière du coude assure tous les angles de flexion entre 180 et 45*^.
L'extrémité libre de l'avant-bras est percée et taraudée au pas sus-indiqué, pour recevoir les organes suivants : pince et anneau universels, crochet, main de parade,
La pince est en bronze ou en tôle emboutie ; elle a la forme des pinces d'écrevisse. Ses caractéristiques sont : une rotule ou articulation sphérique, pour lui imprimer des mouvements dans toutes les directions, et, si Ton veut, la fixer dans Tune d'elles grâce à une petite manette ; un excentrique pour assurer la fermeture robuste des mâchoires, lesquelles s'ouvrent par une commande automatique grâce à un petit levier que l'on rabat ensuite (voir la figure). Les bouts de la pince permettent de saisir tous les objets et outils ; ceux qui ont un manche viennent s'appuyer au fond d'un entonnoir spécial et y demeurent immuablement.
La pince seule suffit à la grande majorité des besoins professionnels. Mais on peut y adjoindre l'anneau A (^^.99). Celui-ci comprend une tôte en acier, avec partie filetée au pas international, et que l'on perce suivant deux axes rectangulaires, dont un en bout.
C'est dans ces trous que l'on introduit la tige de l'anneau en la fixant au moven d'une manette; elle porte une petite gorge pour être à même de tourner librement. Le crochet H est suffisamment expliqué
par la figure; on radaj)te à la môme léle que l'annt^au. Pince, anneau et crochet seront nickelés.
Enfin, la main de parade sera en bois (tilleul) et de forme élégante, aussi semblable que possible à la main saine, les doigts demi-fléchis et rigides, fendus dans leur
nondclle.
darrèl
CroDhch
dehtoauaqi
deJanneau,
serrmtft.
Aineau universel
Fio. 99.
longueur d'avant en arrière et munis d'un flipol de bois à fibres longitudinales pour en augmenter la résistance. Le pouce est articulé et opposé à Tindex et au médius réunis. La pulpe de ces trois doigts sera fraisée et garnie d'une pastille de caoutchouc. Au centre du poignet se fixe une tige filetée au pas ci-dessus pour adapter la main à Tavant-bras. Et autour du poignet, on applique, au moyen d'une bague nickelée et vissée, la partie inférieure d'wwe gaine de cuir rigide fermée, qui enveloppe Tavanl-bras jusqu'au niveau du coude où elle est échancrée pour dégager la manette. Une petite échancrure à la base delà gaine permet de voirie lèlon qui doit se visser dans l'avant-bras.
Toutes les pièces filetées auront une entrée lisse, correspondant à trois pas, pour éviter au mutilé la |>eine de tâtonner, et économiser son temps.
CXXXIN". — b) Cas d* amputations très hautes ou de désarticulation de bras, — Si Ton est en présence de moignons inférieurs à 5 centimètres à partir du niveau de l'aisselle, ou de désarticulation de bras, on procédera comme suit :
Dans le premier cas, le modèle sera \^ bras de parade n* /. Il permet d'utiliser encore, bien que dans une très faible mesure, le petit moignon mobile du bras et la puissance musculaire de l'épaule.
Ce qui le raractérist», c^'esl son organe de fixation^ formé d'un gilet en fort tissu perforé (peau de diable, par exemple), avec des œillets en celluloïd, parfaitement ajusté à la cage thoracique, «*t se laçant arrière et avant; épaulière en cuir souple d'un ccMé, [>our porter l'appareil, contre-appui de cuir rembourré à Taisselle opposée; on évitera de trop le décolleter pour ne pas donner de jeu [fig. 100, A).
On peut, suivant les circonstances, faire le gilet différemment : la moitié sera en cuir moule sur le thorax et Tépaule intéressée, avec une doublure en [)eau de diable, d'agneau ou de chamois. De nombreux trous d'aération seront pratiqués sur toute la surface du cuir, et une armature métallique
en acier de 10 millimètres de large le bordera extérieurement. La seconde moitié du gilet sera en coutil très résistant, avec un bourrelet sous-axillaire B.
• iv • ' ' •
Kl/,' .a- >^ ,
Fio. 100. — Gilets pour amputations hautes de bras.
Un dernier dispositif est enfin laissé au choix du blessé. H consiste à réunir le demi-corselet de cuir perforé à un large contre-appui de cuir rembourré placé sous Faisselle opposée. La jonction des deux pièces est assurée par des courroies conjuguées suivant le modèle C, et rivées à leurs extrémités; elles auront un segment élastique. Ce modèle me paraît le plus avantageux.
La gaine brachiale est entièrement fermée; elle atteint le sommet de Tacromion d'une part, le niveau de Faisselle
de Taulre, et se trouve maintenue dans celle position par les trois pattes déjà décrites avec le bras de travail; mais celles-ci seront courtes pour ne pas donner trop de jeu à Tappareil. Klntin la lige d'avant-bras aura des dimensions plus réduites, sauf en longueur. L'organe de fixation sera modifié si l'épaule est ankylosée: il ne formera plus qu'une seule pièce avec la gaine bracbiale, mais pièce parfaitement moulée, couvrant la partie moyenne de la clavicule et de Tépine de l'omoplate, et présentant uneéchancrure au niveau de l'aisselle.
Dans le second cas, celui d'une désarticidalion (f épaule, le modèle sera le bras (te parade n° !?, dont la caractéristique est que le gilet fait place à un demi-corselet en cuir moulé et armé de bandes d'acier suivant la disposition B (de la figure 100); on complète conformément aux types de gilet à courroie ou à demi-corselet en coutil. Le cuir est moulé en calotte simulant une épaule, calotte très résistante, au besoin armée de bandes d'acier, pour protéger efficacement le moignon. On y rattachc^le bras au moyen d'une articulation ù charnière démontable, par le jeu de griffes renversées ou d'une clavette. Une large échancrure, bordée d'un ruban d'acier rivé au cuir, permet au bras de s'appliquer à la calotte. Le montant externe de la gaine brachiale est donc prolongé de fa^'on à rejoindre la bande d'acier acromiale, après s'être articulé une première fois au niveau de l'axe transversal de l'épaulière. Une vis et un arrêt limitent l'oscillation du bras à 45° en avant, et 20° en arrière, ce qui suffit à son usage esthétique.
Quant à la charnière, elle est située au sommet de l'acromion et son excursion élève le bras à 90°: on doit lui donner de 20 à 25 millimètres de large. Le mutilé conserve ainsi la possibilité de retirer le bras de parade tout en protégeant son épaule contre les chocs possibles.
CXXXV. — B. Amputations d'avant-bras. — Il y a deux cas h considérer suivant la longueur du moignon.
LA llh^ÉPUCATION DES BLESSÉS 2dS
a) Moignons siipériettrx « 6" centimètres à partir du pli île flexion du coude. — Le modèle sera Yavant-hras de travail, dans lequel la giilne bracliiale est fortemenl échancréc au voisinage du coude [fig. 101), avec montants dessinant parfai-
fi .â
■ Artint'bras de Iravail Amor.
temoiit In légiTc bi-couravili'' du bras. Aux exiroinilés de ci's montants et de roux de la jïainc d'avant-bras on fixe, par vis à portée et rondelles d'arier, deux lani(';res de cuir souple T en forme de 8, étroites et longues, pour pcrmctire toute
296 ORGANISATION PUYJiIOLOGIQUE DU TRAVAIL
la pronalion et la supination dont le moignon est capable. Un morceau de peau de diable ou de peau de chien C couvrant le coude est, enfin, cousu aux bords postérieurs et opposés des deux gaines, laissant le jeu nécessaire à une* flexion au coude de 50**. Et la gaine d'avanl-bras est très adhérente, et fermée pour les courts moignons; pour tous les autres, elle a un laçage antérieur ou des boucles.
Echancrée au niveau du coude, elle doit permettre toute la flexion possible.
On la termine par cupule et tige d'acier, à condition que la longueur de celle-ci n'ait pas moins de 8 centimètres, sinon la gaine sera prolongée jusqu'au poignet. Lorsqu'il s'agit d'une désarticulation du poignet, le noyau central N de la cupule sera brasé en dehors au lieu de l'être en dedans. On tiendra compte de ce fait dans la construction de la main de parade M, qui sera creusée au niveau du carpe pour y loger la vis correspondant à l'écrou de la cupule.
Le principe de toutes ces dispositions est de mettre la cupule au contact du moignon pour en utiliser la sensibilité au profit de l'adresse des mouvements.
CXXXVI. — b) Moignons d avant' bras de 4 à 6 centimètres. — Les courts moignons d'avant-bras sont généralement un obstacle très grand pour la prothèse. Le dispositif suivant, dit avant'bras bascule^ résout la difficulté. Voici les particularités qui le distinguent du modèle précédent.
Les montants de la gaine branchiale se terminent par des bouts renforcés et forgés formant charnière avec les branches d'un étrier [fig, lOi, El); les axes sont rigoureusement sur Taxe transversal du coude, lequel est incliné de dehors en dedans et de haut en bas d'environ 10°. 11 est essentiel de tenir compte de cette inclinaison. Un anneau en fer C (un fil de 6 millimètres de diamètre) embrasse tout le moignon, à 3 centimètres du pli de flexion du coude, et peut tourner autour d'un de ses diamètres. L'arc postérieur de l'anneau est recouvert de peau de chien cousue, d'autre part, à la gaine brachiale, et
qui doitpermelire la flexion la plus grande du moignon (D). Un fort tracteur élastique, placé à la partie antérieure de Fanneau, et fixé sur la gaine* à Taide d'une fourche en cuir, ramène Tanneau à sa première position et empêche le moignon
Fio. 102. — Avant-bras bascule Amar.
d'échapper. Tout cet ensemble constitue une véritable cubitière. Sur Taxe du coude est monfé Té trier, dont le cintre réalise un maximum de résistance; le moignon le commande par l'anneau, et lui fait faire la flexion et Texlension possibles. Il est d'une seule pièce, en acier forgé, ayant
au moins 12 millimètres de large el 2'"'",3 d'épaisseur. Les arliculations permellenl une flexion à 75° ; ce sont des charnières montées avec boulons et écrous. ''
Au milieu du cintre de l'étrier, on rapportera une partie brasée, percée et taraudée au pas international pour recevoir la tige d'avant-bras T, longue seulement de 10 centimètres^ et d'épaisseur égale à celle des bras de parade.
Tous les modèles qui viennent d'élre décrits sont parfaitement jH'aliques et d'une résistance éprouvée. Ils s'harmonisent si bien avec les besoins professionnels, que, depuis deux années d'expériences, aucune modification n'a paru s'imposer.
CXXXVII. — Appareils divers. — Avant d'examiner les modèles de bras méaniques Cauet, réservés plus spécialement aux j>rofessions libérales, nous devons signaler certains dispositifs qui ont semblé offrir quelques avantages pour le travail ouvrier.
En France, c'est le type de la pince universelle qui a inspiré les inventeurs. On a préconisé un modèle avec cardan^ très mobile assurément, mais impropre à l'exercice des grands elTorts; il ne présente pas un réel progrès sur le simple anneau universel^ dont la gorge donne précisément la mobilité qu'exigent les instruments de labour, et en plus la force. La pince à cardan est un organe spécialisé ^ ce n'est nullement le but de la [)rothèse, qui doit, au contraire, réduire au minimum le nombre des organes spéciaux de travail.
Dans ce défaut sont tombés plusieurs autres inventeurs, qui, après examen de telle ou telle opération professionnelle, se sont ingéniés — non sans mérite d'ailleurs — à constituer une série d'instruments adéquats. Le même mutilé serait obligé, dans ces conditions, de monter sur son membre artificiel tantôt un porte-lime, tantôt un porte-burin, etc.; gaspillage de temps et mauvaise adaptation du moignon, dont il importe d'éviter les inconvénients à tous les blessés en quête d'une place.
LA Rl!:ÉDUCATION DES BLESSÉS 299
El Ton reconnaît, en outre, que si rexéculion de certains mouvements est correcte, avec un de ces organes spécialisés, d'autres sont faussés, à raison du manque de synei^ic dont la spécialisation est cause.
II ne faut pas viser, non plus, à toujours transformer le bras artificiel en appareil de soutien^ et à en compliquer le fonctionnement. L'exemple de la main magnétique [^) est, à cet égard, des plus édifiants. Elle consiste en un véritable électro-aimant dont la forme change suivant Toutil à saisir (tenailles, pince, burin, lime). Dans le cas du travail à la lime, Télectro a l'aspect d'un pot, rattaché par un manchon à l'avant-bras.
»//? //tSfi
Fio. 103.
et mobile sur rotule {fig, 103). Les pôles reçoivent le courant d'une batterie électrique portative, ou de l'installation même de l'usine ; il est lancé ou interrompu par la commande de l'autre bras ou du pied.
(') The Electrical Revieu\ du 14 janvier 1916.
On imagine bien ce qu'une telle disposilion a d'encombrant, malgré ses apparences de souplesse; il y a, aussi, à compter avec Vinerlie magnétique^ les tâtonnements pour j)oser rélectro-aimant, Tobligation de munir tous les outils de parties en fer, et Tadaptation difficile du sujet à combiner ses gestes avec les interruptions et les reprises du courant. 11 y a lieu d'ajouter la dépense d'énergie électrique, très onéreuse pour rindustriel.
En Allemagne, on semble s'être rapproché d'une prothèse simple et universelle, comme celle dont j'ai défendu ci-dessus les principes, et Ton a poursuivi à la fois la commodité du travail et son bas prix de revient. Telle est, à mon sens, la doctrine vraie.
CXXXMII. — Bras mécaniques. — Les bras mécaniques cherchent à réaliser Y atttomatisme des mouvements, et notamment la mobilité des doigts. Ceux-ci sont donc articulés. On en a un exr^mple dans le pouce articulé delà main de parade, quehpiefois commandé par une cordelette tirée grâce à l'épaule du côté opposé. Les modèles importants de bras mécaniques sont ceux du type Cauet, dont j'ai longuement étudié le perfectionnement. Aujourd'hui ce sont incontestablement les meilleurs.
L'organe essentiel de ces appareils est la main, entièrement artictdée el métallique, sauf aux extrémités où les doigts sont recouverts de liège, de caoutchouc ou de feutre, afin d'amortir les chocs et de créer une adhérence.
Le jeu des articulations est assuré par le mouvement d'un collier qui embrasse le thorax, ou de bretelles appliquées aux épaules; ils sont transmis à la main ou à l'avant-bras par cAblcs d'acier.
Voyons, maintenant, (piel([ues détails de ces bras mécani((ues.
a) Main articulée. — Elle est composée de deux coquilles limitant une cavité avant la forme de la main; à l'intérieur se trouve une platine qui porte les doigts, tous montés à
LA réi^:duc^tion di^s blessés 301
fliariiière sur un ludme axe cl maititcnus en position fermée gn\ce à des ressorts fixés à leur base. Les charnières sont 4!ominaniJées par des leviers ou tendons en acier T passant sur une came K. C'est précisément à celte came que le cAblc
Fio. 104. — Main articulée Cauet (modèle Ainnr).
d'acier ilexiblc aboutit; il glisse dans un fourreau et va se rattacher au collier de poilriiie (fig. 104).
b) Ce dernier est en cuir, léger à porler, ci il comprend «ne ]>ortion élastii|ue, formée de ressorts <|ui l'appliqucuL
302 ORGANISATION PHYSIOLOCIQUK Df TRAVAIL
parfaiicmeiil au lliorax. On fixe aii\ deux bouls du collier k> câble el le fourreau. Au nioinoul où la poitrine accroll son diamètre, par un etTort d'inspiration, le rAble agit sur la
Fin. im. — liras inéi:aDL')Lie pour amputé d'Bvant-bras.
came el ouvre les doigts, pro'jressipemeiH. Il n'y a donc jamais de mouvements brusques. On peut encore mettre les doigts d'abord en extenxion, el faire agir la came dans le sens opposé.
c) Divers organes, d'une très grande simplicité, permettent
JôrtMlts vùtélUout* fretêUÊftrtei ettir)
(inférieur tià^)
Fio. lOG. — Bras mécanique pour ampulê de bras.
d'adapter la main articulée non seulement au^ amputes d'avant-bras, mais à ceux de bras et aux désarticulés. Dans
'Mi ORGANISATION PHYSIOLOGIQUE DU TRAVAIL
ces deux derniers cas, on introduit une commande pour le coude ; cette commande est faite par les épaules (bretelles en acicM*) et transmise à Tavant-bras au moyen d'un second
0" 0%IW M^ ( ■> »' ■•
FiG. 107. — Brus mécaniiiue pour désarticulé d'épaule.
ciible d'acier. Los organes qui remplacent une partie de l'avant-bras ou du bras, ou tout le membre, sont en feuille d'acier recouverte de cuir, ou seulement en cuir ; ils répondent aux indications de l'anatomie et de la pbysiolo-
jîic, sans |)réjudico des qualités mécaniques, qui i-eslciil les plus iiiiporlaiilcs. Du reste, le bras méranique peut être com- Inné avec le bras de travail, en ce sens que la main articulée se monte sur ce dernier bras; on aura, en même temps, l'automatisme des niouvcmciits el la grande n'isislance du hras de travail (voir les li^çuros 105 à 107, et |)lus loin).
CXXXIX. — Usage et qualités. — Ces bras niécani({ues rendeni servi«'e à toutes les [lersonnes qui ont une profession
Kio. 108. — AnipiiU iliki:lylo^ra[ilic muni ilii brns iiUM-aniqtic.
«le bureau, el sans falifi^iie, sans elTort de leur part. Ils satisibut à une nécessité supérieure, celle de donner aux désarticulés el nm[iulés des deux bras la possibilité de xaisir les ohjets el de faiie les intïims actes de la vie. Car la main arti-
306 umiAMSATION PlIYHIOLOurQLE DU TRAVAIL
cul«;e, avec sa cofiiu', sa came cl ses letulons, avec ses doigts articulés aux iiiouveiiieiits si uuain'cs, peso en tout 300 graiHUios: reliée, par «les '«rj^aiies «l'acier, à un avantbras, elle alleiiit un poids lolal de fCiO à 700 ffranimes ; cl jamais !c bras enUer n'cxcéiic I.KiO f^pammes. Klle perni<^t, cependant, de s«»ulevprdi,'s poids de? à 8 kilogrammes entre les doi^ls flécliis et appuyés au pouce, de [irendre avec les
ongles une [diiine, une épiufrle, une alluiiielie, «I«; boulonner ses vOt«;meuls, de sortir son mou«'!ioir, d'écrire, de feuille- Icr un livre. L'ouveilure de la main esl d'environ 95 millimètres à l'exlension «•oniplélc «tes doigis, sous un elTort d'inspii-alioi) «pii n'a rien de (lénible. J'ai même conslaté «|ue celle gymuiislitpie respiraloin' développe le tliorax. D'ailleurs, pour les amputés d'avanl-bras, la commande de la inaiii doit se l'aire par les épaules.
L'éducalion (pi'exiprent les brastiié{-aiii«pii'sfsl trèscourle ;
LA RÉÉDUCATION ni£S BLtSSÉS 307
Cil (luarante-Iiuil heures, le mutilé s'en sert parfailement. Et l'on peut, suivant les ri-glcs sus-indiquées iX éducation sensitire du moignon, le dresser Ji graduer les efforls qu'exercent li's doigts métalliques, à s(! donner une sensibilité indirecte au tau<lier. Par quoi nous avons vu gouverner, avec suffisaiiimcnt d'adresse, le jeu du clavier sur la macliinc à écrire
PiG. 110. — Offlrier supérieur nmpulé et muni ilu bras m<Tanic|u<.'.
ou à calculer {fi<j. KW), et sur le [tiaiio, ou cnrore le jeu d'un archet de vinjoii [fig. 10!)}.
De nombreux ol^ticiers, ainj>iités très haut d'un bras, ont été a|i|iareillés du bras mécanique dans des conditions (jui leur ont [icrmis de montei' à <-tieval en tenant rorteinenl les rênes, de saisir la poignée de leur é|)ée et, le plus souvent, de repartir utilement aux armées en campagne [fig. tlO et 111).
308 ORGANISATION PlIVSIOI.nr.tQUB DU TRAVAIL
S'il arrive, parfois, qu'iiii diMaîl de roiistrurlîoii semble «le naturel favoriser In foroe ou le moiivemeiil du blessé, eu nucun cas il u'est difficile à trouver et à réaliser. Les bras méennifjues coiiiiiie les bras de travail convieniienl rigourcuseiiienl et luiiversellemeul aux professions pour l'cxereicc
dosi[ueli('s ils ont élê élablis, f.a tliéorie el l'expérieuee s'ac«'ordeiil Mir ce '|ioiiil ; il esl iiii|»ossihl(> de ue pas le reeoini;ii)re.
(;xr.. — Autres modèles de bras articulés. — Le laboratoire do prolliése a eir, néaiiiiioins, différeids modèles de bras à experliser. Dans le eourl espaee que j'ai nl-servc à la proLlièse, dans ce livre de vulf^arisation, il me serait difficile de les décrire lous ; (m>I pounpioi j'ai seulemenl insislé sur
ceux dont le mérite a j)aru incontestable, tant aux essais faits en laboratoire, qu'aux démonstralions pratiques devant les milieux compétents.
Je mentionnerai, de toutes façons, un modèle américain, dont la carcasse est en bois, et les mécanismes orientés dans le sens des efforts de traction, principalement. L'appareil est lourd ; il ne permet pas d'enlever les objets quand la main est dans un plan liorizonlal, ne serre pas assez, el son prix est élevé.
D'autres modèles ne sont utiles qu'aux amputés d'avantbras, parce qu'ils se commandent par la flexion du coude. Mais aussi on ne peut plus rien prendre à bras tendus. Et réciproquement, lorsque le levier placé au coude intervient à l'extension.
Il faut dire aussi que la plupart de ces types sont construits en bois, et, par conséquent, fragiles. Ce n'est i>as tout que d'obtenir l'automatisme des doigts, si l'on n'a point la force nécessaire à l'exécution des actes où leurrùle est indispensable.
Je néglige, à dessein, de parler des appareils où ce point essentiel a été perdu de vue, comme ceux, par exemple, dans lesquels la main s'ouvre par la rotation d'uneplaque de bois formant une seconde paume, rotation qui obéit à la pression d'une petite poire en caoutchouc gonllée par transmission d'air. Absence totale d'esthétique, de réglage, de force, je dirais volontiers de possibilité dutilisation quelconque.
(iXLI. — Prothèse fonctionnelle. — On a donné le nom de prothèse fonctionnelle à la technique qui aide ou supplée l'exercice d'une fonction musculaire, dans tous les cas d'impotence. La dénomination iï orthopédie physiologique serait plus exacte.
Il y a, dans ce genre de prothèse, deux directions différentes : ou bien l'on doit protéger le siège de la blessure el soutenir un membre définitivement impotent; — ou bien l'état névro-musculaire est susceptible A' amélioration en
raison du rétablissement de la fonclion, favorisé par un dispositif mécanicjue à combiner.
Opération statique dans le premier cas, opération dynamique dans le second, telles sont les modalités de la prothèse fonctionnelle. Klle est donc diverse quant à ses méthodes ; elle est nombreuse quant à ses applications, parce (|ue les blessures ne se ressemblent pas, les lésions produisent des effets très variés, et, somme toute, il n'y a jamais, dans ce domaine, que des questions (fespèces, La mécanicjue et la physiologiesont ici absolument souveraines. Elles se complètent, et l'on p<»ut ajouter que l'une serait peu de chose sans l'autre.
En principe, les appareils statiques se rapprochent du tyi>o ordinaire d(îs appareils de prothèse, tout en cuir et articulés ; ce sont des tuteurs, convenant aux fractures des membres, aux pseudarthroses, aux affections articulaires et aux ankyloses. Les appareils dynamiques utilisent la traction des ressorts ou des bandes élasli(|ues pour ("orrij^rer et, au besoin, améliorer l'état moltnir de la main, de l'avant-bras, de la jambe, du pied. Ils concernent les lésions paralytiques^ h\s résections du coude, etc.
Il faut que le (îhoix de rap|>areil elson mode d'application soient ins|)irés par la simi)licilé, la commodité, l adaptation au travail. (Vest, par exenq)le, ce qu*on obtient avec Va gouttière en aluminiunt pour paralysies radiales ; une petite plaque; redresse la main, tandis ([ue la gouttière enveloppe le poignet et maintient le redressement [fig. 112). 11 suflit qu'il en soit ainsi pour restituer au membre intéressé la force et le mouvement : le sujet récupère à peu près toute sa valeur professionnelle (fig. 113). Duchenne de Boulogne (') a particulièrement étudié ce problème des paralysies musculaires de la main et des doigts. Ses modèles d'appareils à traction élastique ont été imités à l'infrni. L'invention, dans ces sortes de mécanismes, est dev(»nue presque impossible. Je renver-
(ij De Vélectrisalion localiaée; Paris, 1861 ; 2* édîUon.
LA ItÉKDUCATlON DES BLESSl':S 311
rai, pour celle vieille technique, à VArsenal de Chirurgie iontemporaine {'). Et je ne citerai que i>oirr inénioire des modèles très simples et économiques dus à Privât et Belot.
Toutefois, l'ingéniosité dans l'application est capitale, surtout si elle s'appuie sur les données de la physiologie. La ligure H4 représcnle, à cet égard, un modèle perleclionné
Fio. 112. — Gouttière pour paralyvie railiale.
utilisant le principe des bras mécaniques. Le pori de l'appareil a rétabli, en l'espace de deux mois cl demi, le mouvement normal de la main cl du poignet, ("est-à-dire qu'en intervenant de lionne heure, on réussit souvent à enrayer la dégéncration nerveuse et l'atrophie.
(') Caujot cl Si'iLLMASN, Aruital..., t. I, p. 60! et suivantes ; Paris, 1861.
dit ORUANISATrON PHYSIOLOGIOL'E [11' TRAVAIL
Bien rares les cîrtonslanres où la jirotlièsc foncHonneU*" ne puisse pas aider le blessé k se réaf/apler au Irarail; le médecin el l'ortliopvdiste ne doiveni pas l'oublier. C'csl assezpour guider leur expérieurc.
La Francca beaurou]>rait, par ses chirurgiens, ses physio-
logistes, ses mécaniciens, pour diminuer l'inlbrlune do ceux que la guerre ou les accidetils proressioiinels ont gravement atteints. Il eût été extraordinaire iine, dans ce pays où la prothèse a pris naissance, oii de loul temps les chevalier» qui avaient eu les mains emportées par une bombarde venaient i-edemander. pour ainsi dire, leurs membres à nos spécialistes, petits serruriers et ouvriers en chambre; ïl eiU
LA RKKIkUCATION ULS Bl.tSSKS 3I'I
(''lé liifii surprenant, tlis-je, «lue l'iiigéntosilé de nos savanis
Fio. lit. — Appnrcil pei'rci'lioniii'' pour jinral^sle raillulv,
ot de nos ouvriers ne se i'ùl pas nianir<'sléc avee èclal dan? un domaine o(i sorenconlrciil l'Art, la Seieiieeel rifunianilé.