‹ Organisation physiologique du travailChapitre 38 sur 42 · APTITUDES PROFESSIONNELLES · texte numérisé non relu

APTITUDES PROFESSIONNELLES

État du réapprentissage

Dispositions à observer dans le travail......

Durée probable de la rééducation

Perte de rendement journalier du sujet-

Observations générales

Signé : Le Directeur,

profession aiilorioure cl aux disposiUoiis nouvelles qu'il

fut. 13t. — Cas d'ablation des quatre doigts de la main (menuisier].

accuse, à ses cliarj^es de famille. Ces divers éléments, contrôlés avec soin, hors de toute contestation ou simulation

possibles, sont consigm'-s mut un tableau, «[ui sera la fiche

Fio. 123. — \jp mi^mp, travnjllanl f^riae k àet doigts artificiels spéciaux.

d'aptitude an liurnii {voir labloau ci-dfssus}. La fiche csl int/iiidtie/l''. 11 n'y iiian(|ue que l'iiKlicalion des eapacilés pro-

fessionnelles résultant du réapprentissage ou de la réadaptalion; on les y ajoutera plus tard.

Des renseignements de cette nature et suivant celle méthode inspirent confiance ; ils permettent d'orienter Tinlérossé; celui-ci, témoin de plus en plus curieux d'une enquête i[u'il comprend, en sort réconforté, et comme déchargé de ce poids ohsédant: le souci de ravenir, La science a opéré en lui une transformation morale des j)lus heureuses ipi'il ne cherche |)as à dissimuler.

El non seulement le futur ouvrier ou employé retire de <*et examen un réel profit moral, mais il prend conscience de sa valeur sociale exacte. L'employeur esl guidé lui aussi dans <!e domaine insoupçonné où il voit récuj)érer [des forces qui paraissaient anéanties!; il sont, surtout, <|u'elles sont éduquées pour servir avec un maximum de rendement. Du reste, sur la fiche d'aptitude, on mentionne la perte du rendement journalier résultant de la blessure, et évaluée expérimentalement^ d'^aprh un travail enregistré d mesuré,

CXLVIII. — 2° Rendement de l.v prothèse. — Dans le cas des mutilés, l'évaluation doit être basée sur la gravité d<î la mutilation et les ressources de la prothèse. Manque-l-il des phalanges, ou même tous les doigts, \(^ po/fce excepté? La diminution de la capacité professionnelles sera de 5 à 15 0/0 suivant les métiers, à la condition de pourvoir habilement aux phalanges qui manquent par des segments prothéthiques (').

Un menuisier, un petit mécanicien rejirennent alors leurs occupations habituelles sans gène appréciable (fig. 12i et 125). D'eux-mêmes, ils réussissent à rééduquer leur sensibilité à la pression, et à corriger les petites maladresses qui signalent, au début, la plupart de leurs mouvements. L'amputation d'une main n'oblige que rarement à changer de profession ; de

\^) La perte d'un pouce est difficile à compenser; les Romains dispensaient du service militaire les personnes ainsi mutilées. ToulefoiSf dans les métiers qui n'exigent pas de grands efforts de serrage ou de pression avec les doigts, la prothèse réussit des pouces artificiels assez pratiques.

LA nÉÉDl:cATlo^ des bi-essés 33S

iKÎiiie ceWc: d'un arant-brns où le moignon dépasse i- cenliii<-(i'cs ù partir du \>\ï de llexion i!u coude. On dispose pour

y remédier, soil de l'avanl-bras de travail, soit dw modèle [\ bascule. C'est la profession qui déridera du cltoix, et (.'*esl \\

336 OItGAMSATION PHYSIOLOGIQUE DU TRAVAIL

la réa(lu|iUilion qu'il apparlient de faire valoir les ressources en i>uissaii<'e ronclionnclle du mutilé. OIuî-cî hésite, se découraffc, doute de lui-même. Les faits, clairement et adroitement étalés à .ses yeux, lui doiniciil la volonté iVessayer,

pir-.. iî:, — Ajusieiir ra*eani.'iernlans râtelier dn aon patron.

Or, tout esl là. Le mulilé c]ui veut tenter est déjà prî'.'; du suceras. Je citerai, à cet égard, des professions variées où les blessés — sculpicurs, marliriers (^jf, 126), ajusteurs {/îff. 127), relieurs, tailleurs, imprimeurs — ont pu reprendre leur travail. a]>rès une courte rééducation; maison s'était assuré, au préa-

iable, <|Uti leurs forces avaitml conservé la valeur néL-cssairo aux exercices de leurs métiers. L'ampulatioiid(>£j'n.v deiiiandu une n';ô(Iuralioii plus laborieuse, que la môlliode scientUi»|ue

Piii. t28. — Mauviiise protlièse de travail i In Unie.

seule garanlil. Toutefois, daus ces grandes aiupulaiions, lu perle duifiideineineiil alleiiiHô à 30 0/0, eu dépit d'une prothèse supérieure. Loisque ccUe-ciesl défeclueuso, lual coin-

prise, ou abandonnée à Tempinsme, le rendement est ronsidérablement réduit. Je trouve, par exemple, que dans une École de rééducation, on fait limer en serrant le manche de la lime dans un anneau [fig, 128); c*est d'abord une faute de mécani([ue, attendu que Tanneau ne possède pas Tarticulation qui permet — comme avec la pince tniiverselle — d'orienter Toutil; ensuite, on n'utilise ([u'une fraction de la force du moignon. Des détails semblables, qui ont tous leur importance, démontrent que la rééducation ne saurait être une œuvre de tâtonnements et de hasard.

Quelles idées, du reste, pourraient avoir les instructeurspour faire Y orientation professionnelle, sinon celles que la prothèse en action, la prothèse efficace, leur permet de concevoir sur la valeur actuelle de Famputé et la difflculté du métier? Je noterai ici un cas assez démonstratif. Une œuvre m'adresse un amputé du bras gauche, avec moignon de 9 centimètres. Il s'agit d'un maître d'hôtel, et on me l'envoie pour savoir s'il ne pourrait pas apprendre le russe en vue d'être interprète dans un hôtel. Je n'ai pas besoin de décrire la stupeur du blessé quand je lui conseillai de reprendre son métier. Et cependant, il le fit avec succès, Muni d'un bon bras de travail, il réussit aisément à tenir son couteau et à exercer sa virtuosité dans l'art de Vatel. Il en fut de même d'un chef boucher.

Les cultivateurs, amputés de bras, pourvu que le moignon soit supérieur à 12 centimètres, doivent suffire à toutes les fatigues de leur profession. L'anneau universel et le crochet leur sont d'un prix inestimable. Et toujours, ou à j)eu près^ l'organe artificiel servira pour soutenir Y o\\{\\, ou pour l'appuyer. L'ex|)érience ne me laisse aucun doute en cette matière ; mais il faut savoir intéresser et instruire nos paysans. D'autre part, si on est contraint de s'écarter de la |)rofession primitive, la qualité du travail s'en ressentira inévitablement. C'est une vérité qu'il faut oser affirmer, et qui ne peut pas diminuer les mérites de la réaclaj/tation scientifique au travail.

LA RÉÉDUCATION Di:S BLESStlS 339

CIL. — S'* Simplicité et rapidité. — A lous ces avantages démontrés de la nouvelle méthode de rééducation, ajoutons le témoignage des ingénieurs et des médecins qui l'appliquent depuis bientôt 18 mois. Un stage de 4 à 5 semaines dans mon laboratoire leur permit de se familiariser avec la technique des appareils, et les procédés d'examen et d'orientation professionnelle des blessés.

Des nombreux Instituts <[u'ils dirigent en France, en Italie, en Angleterre, au Canada, en Russie, je ferai particulièrement état de l'Ecole supérieure de Bordeaux, de celle de Rome, de Tlnstitut de Milan. Ces établissements sont fréquentés par une moyenne de 75, 80 et 130 amputés, mais fréquentation pour une rééducation réelle, dont les résultats sont solides. Le nombre des élèves a tendance à augmenter, et l'on éprouve que la certitude des procédés exerce une inlluence décisive sur l'enthousiasme des candidats.

Les œuvres dispersées au souffle de l'empirisme, et qui s'efforcent au même but, gaspillent du temps et de l'argent ; elles sont condamnées à disparaître, à moins qu'elles ne reviennent, sur un sol mieux préparé, jeter des racines tardives.

Je signalerai, toutefois, les ateliers de réapprentissage pour mutilés des doigts [fig, 129) ; ils sont économi([ues et faciles à orienter.

En attendant, le système scientifique a fait ses preuves que nous pourrions caractériser ainsi :

Rapidité et efficacité pour rééduquer impotents et mutilés ; garantie relativement à leur endurance au travail, à leur utilisation rationnelle, à leur moral ; sincérité des informations à donner au patronat et confiance qu'elle établit; discipline des actes professionnels, et habitudes d'ordre et de méthode...

Ne pas sentir toute la vérité prati([ue et agissante contenue dans ces principes, c'est se trom|)er gravement et accepter les plus lourdes rosponsabilités.

CL. — Modalités de cette organisation. — Venons-en maintenant aux modalités de l'organisation scientifique. La rééducation ne pouvant être ni obligatoire pouvions, ni limitée à une région (*), on fera partout une active propagande, dans les familles, dans les écoles, dans les réunions publiques, ])Our décider les blessés hésitants i\ s'inscrire sans tarder dans les établissements organisés pour eux, et où seront accumulés les trésors d'expérience, de science et d'humaine solidarité qu'aucune nation ne pourrait leur marchander. Depuis le jour de leur entrée, jusqu'au jour où ils seront placés dans \v commerce, l'industrie ou l'agriculture, rien ne manquera d(*s égards, des sacrifices auxquels ils ont un droit absolu.

J'ai dit et répété (-) — jusqu'à être compris, je crois — que la rééducation professionnelle prolonge et achève la rééducation fonctionnelle. Elles constituent ensemble une indéniable imité phf/sio/ogiqîte{^). Mais il faut aussi qu'elles forment une unité psychologique, en ce sens que le blessé sera préparé, dès rhApital, à son futur métier. Dans ce butj on lui donnera à lire une sorte de carte à conviction , où se trouvera relaté le genre d'infirmité dont il est atteint, l'orientation professionnelle qu'elle détermine, et les résultats certains de la rééducation ou de la réa(laj)tation. Des professeurs de travail manuel viendront à rhô])ital faire des leçons avec démonstrations cinématographiques. Surtout, que l'enseignement soit concret, réaliste, plus en faits qu'en paroles. Qu'aucune promesse ne soit aventurée, si, demain, elle risque le démenti. Que le blessé se sente soutenu par le savoir et l'expérience unis à la probité, et j)ar le concours matériel d'un pays généreux. 11

(') La loi admet aujourd'hui, à la siiile d'nne heureuse intcrvenliou de M. Pierre Rameil et du rapport do M. Brunet, tous deux députés, que la rééducation professionnelle est ohlif/aloire pour tout mutilé qui a druit à une pension militaire. Remarquons, nvec M. Hameii, que cette rééducation est nn « droit » pour le mutilé, droit qui met l'obligation plutôt à la charge de TÉtat (voir, sur cette intéressante discussion, {'Officiel, séance du !4 avril 1916 .

('^) Comptes rendus de V Académie des Sciences^ du 26 avril 1915, t. CLX, p. 559.

(3) Ces elTets physiologiques des cxerricea professionnels sont, maintenant, mis à profit dans les hôpitaux austro-alleuiaiids sous le noui de Arheiis-ffieropie.

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importe de dissiper en son cœur ranierUnne qu'y laisse toujours le concours charitable.

Je me résume : commencer la rééducation ])rofessionnello le plus tôt ])Ossible, et Tamorcer à Thôpital par Faction de maîtres compétents et d'un grand tact, par des lectures et des spectacles susceptibles d'édifier irrésistiblement, tel est le programme indispensable.

En ])rati(jue, la rééducation |)rolessionn<*lle n'atteindra jias tous les militaires blessés. L<*s uns, qui ont quelque fortune, retourneront à leurs foycM's et trouveront de quoi s'occuper : bien appareillés, ils pourront se réadapter au travail parleurs proj)res moyens; instruits, ils se rattacheront par les liens de rintelligence A de la volonté, à la vie professionnelle générale.

D'autres — une très faible minorité, je l'espère, — se déroberont dans rindiflférence et l'oisiveté par où ils seront menés fatalement à la misère. Ces trisl<»s habitudes ont eu le temps de prendre un développement inquiétant, hélas! depuis près de deux ans que chôme l'organisation du travail des blessés, (»t s'épuisent en de vains tâtonnements lesonivres privées de rééducation. On a abusé des secours en argent, donnés sans la condition formelle d'être la prime ilti travai/, et par là s'est constitué un esprit de paresse et de mendicité dont il sera difficile de quérir les victinn^s, toujours intéressantes, de la guerre.

Le mal a pu empirer à tel point, et je l'ai scruté si profondément cliez h*s blessés <|ue j'étudie*, entre autres rapports sous celui-là, (ju'il m'a semblé irré/iarab/e ; et je m'en suis plaint réccmmcMil (H, dans Tespoir de dessiller des yeux que je croirais volontiers fermés sur les réalités de ce monde. Mais faisons comme s'ils devaient s'ouvrir un jour, et décrivons ces réalités.

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